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Vendredi 8 février 2008

Lénifiant sur la forme (une longue lecture). Déplorable souvent. Extrêmement bro2elysee432.jpguillon sur le fond. Accablant et dérisoire sur certains points. Les adjectifs ne manquent pas pour décrire le prétendu plan « Espoir Banlieue » présenté par Sarkozy ce matin. Pendant la campagne, il parlait d’un « Plan Marshall » qui s’est ensuite transformé en plan « anti-glandouille » puis « Espoir banlieue », qui devait être présenté à Vaulx-en-Velin avec Fadela Amara le 22 janvier, puis critiqué (par Christine Boutin) puis présenté ce matin « en grandes pompes ». Un discours de trois quarts d’heure suivi d’ailleurs d’aucune question. Le Président aurait-il peur des questions ? Il a de quoi. Revenons sur trois quarts d’heures consternants pour la crédibilité de la parole politique dans ce pays.


L’aveu d’un terrible échec

 

Discours électoraliste oblige, Sarkozy en revient aux « fondamentaux ». Outre le couplet sur l’immigration, sécurité, sécurité, sécurité. Et cette phrase extraordinaire : "J'assume tout ce que j'ai dit et fait par le passé sur le sujet", juste après avoir dit que rien n’avait été fait, qu’il fallait tout commencer, discours habituel et amnésique ressassé depuis le mois de mai dernier. Il en appelle ensuite à la fin de la « loi des bandes », à la 72cc86a0-d612-11dc-8cb0-bb6535f13b34.jpg« hausse spectaculaire des moyens des GIR (Groupes d’Interventions Régionaux) » en créant 4000 postes de policiers supplémentaires. Mais qui depuis 2002 était Ministre de l’Intérieur, qui a créé les GIR sans leur donner les moyens nécessaires, qui a supprimé d’un trait de plume et par pure idéologie, la police de proximité qui,si elle demandait quelques aménagements, est une voie intéressante reconnue par tous ? Qui a laissé prospérer l’économie souterraine, sinon le Ministre qui a supprimé une police de terrain, seule capable d’identifier les réseaux agissant dans les cités populaires, au profit d’opérations spectaculaires devant force caméras ?

 

Pendant plus de quinze minutes (soit le tiers de son discours), en insistant sur la dimension sécuritaire nécessaire, mais certainement pas suffisante du relèvement des banlieues, Sarkozy n’a fait que solder les comptes désastreux de sa politique menée depuis 2002.

 

Le Président qui annonce la démission… de l’Etat !

 

Quelques perles idéologiques déclenchent la consternation dans ce discours. A priori encore chef de l’Etat, même si les Français ont du mal à s’en rendre compte, Sarkozy a à deux reprises signifié la démission de l’Etat dans les banlieues ou au minimum un message éminemment contradictoire. Reprenant une des rares idées de François Bayrou au cours de l’élection présidentielle, Sarkozy a indiqué qu’il souhaitait un « représentant coordonnant l’action de l’Etat à plein temps dans les banlieues ». Le problème est évidemment pris à l’envers. Il faudrait déjà que ce « sous-préfet » (si l’on reprend l’idée de Bayrou) ait quelque chose à coordonner. Il n’y a plus ni bureau de poste, ni agence Assedic ou ANPE, ni hôtel des impôts ou caisse de sécurité sociale dans un grand nombre de quartiers populairse. Ne parlons même pas des transports alors que l’Etat consent une aumône de 500 millions € quand cela représenterait à peine le coût du développement du tramway tant nécessaire de Clichy-sous-bois.

 

Le plan "Espoir Sarkozy" et ses oublis

 

Pour faire illusion, Sarkozy était entouré de ses « Ministres », dont Fadela Amara. En réalité, son355403.jpg discours a été une suite de « je » absolument terrifiante, brimant toute dynamique collective.


C’est pourtant précisément en s’appuyant sur les élus et les acteurs locaux, qui ont fait depuis longtemps de nombreuses propositions, que la problématique des quartiers populaires pourra se régler. Certainement pas en ânonnant des chiffres les uns les plus invraisemblables que les autres (100 000 par ci, 250 000 par là). 
En outre, puisque Sarkozy a signifié le désengagement coupable de l’Etat, il n’a pas évoqué bien sûr l’un des sujets centraux de l’absence de résolution des difficultés des banlieues qui passe par la fiscalité locale. Totalement inique et archaïque, cette fiscalité conduit à priver les collectivités locales de toutes ressources. Ce sont pourtant elles, beaucoup plus que les agences nationales (créées puis supprimées, voir le cas lamentable de l’ANRU de Borloo) qui permettront d’initier sur le terrain, en s’adaptant à chaque logique locale, des projets fédérateurs. La remise à plat de la taxe d’habitation que demandent depuis longtemps les députés PS Manuel Valls et François Pupponi notamment, le caractère fixe de la dotation de solidarité urbaine (abaissée de manière scandaleuse encore cette année) sont des éléments indispensables de succès de la rénovation de nos quartiers. Rien non plus dans la longue communication élyséenne sur l’absolue nécessité du respect de la loi SRU (condition indispensable de mixité sociale), pourtant l’une des 312 propositions sur 316 du rapport Attali que Sarkozy avait dit vouloir « appliquer »… (assurément, on n'est plus à une contradiction près...)

De ce Plan étriqué, on pourrait retenir quelques initiatives plutôt bonnes comme celles de financer de manière pluriannuelle les associations (un bel aveu d'échec également, après avoir supprimé massivement les subventions...), à faire accéder des jeunes issus des quartiers populaires aux CPGE (ce en quoi Sarkozy ne fait que réinventer l’eau chaude après les initiatives prises par l’ESSEC et l’ESCP notamment). Mais surtout, on est frappé par la bouillie informe, souvent indigeste (éternels rappels sur le refus de l’ « excision », de la « loi des tribus »…), par le caractère idéologique de certaines mesures dangereuses et par les manques criants d’une analyse qu’on nous promettait comme « révolutionnaire ». 

Une seule question : Fadela, à quand la démission ?

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Questions de société
Jeudi 7 février 2008

Commençons par un mea culpa. Nous, socialistes, avons fait une erreur manifeste – non pas d’appréciation (nous le savions) – mais de tactique lors des dernières élections présidentielles.

 

Même si certains d’entre-nous avait fait part de leur prudence, nous n’aurions pas du faire passer Nicolas Sarkozy pour un « ultra-libéral ». Non seulement cette assertion n’a pas vraimChiracSarkozy.jpgent de sens mais elle était fausse quand on observait de manière attentive le programme du candidat de l’UMP. Qu’il s’agisse de mœurs (hostilité réaffirmée au mariage des couples homosexuels), d’une grande partie de la politique économique (suppression des droits de succession) ou pire encore de politique sécuritaire et d’immigration, le programme sarkozyen n'était pas ultra-libéral mais un vrai condensé d’ultra-conservatisme. Ajoutez à cela une politique internationale mêlant atlantisme doctrinaire et pseudo-hostilité à la Realpolitik au profit d’une diplomatie morale et vous rajouterez une petite touche de « néo-cons » (à la sauce américaine). 

L'escroquerie du 6 mai

 

Dans la pratique ensuite, Sarkozy n’est ni libéral ni même conservateur, il n’est rien du tout. Il est chiraquien. La cacophonie invraisemblable de ces dernières semaines (en résumé : oui puis non puis oui puis ? aux OGM, à la police de proximité, à la suppression des 35 heures, au rapport Attali, à la politisation des municipales, à l’étatisation du site Arcelor-Mittal de Gandrange…) n’est pas seulement qu’un jeu d’influences au sein de la cour sarkozyenne entre conseillers de la lumière et ministres de l’ombre (tiens, ce n’est pas censé être l’inverse ?). Ce capharnaüm permanent est en réalité consubstantiel du sarkozo-chiraquisme. Elevé aux mamelles de Pasqua et de Chirac, après les avoir tous deux trahis, la sarkozysme est un mélange d’affairisme jet-setteur (les « contrats », l’étalage de la vie privée, le jet Bolloré) et de démagogie politique permanente. Ce n’est pas un hasard si le seul précédent historique d’une telle chute dans les cotes de popularité est précisément celui de… Chirac !

 

Sarkozy a en effet été élu sur une double imposture :

- celle de sa prétendue « compétence » alors que ses bilans ministériels (hormis peut-être le sauvetage d’Alstom) sont de véritables naufrages, qu’il s’agisse du Budget en 1993-1995, de l’Intérieur ou de l’Economie et des Finances entre 2002 et 2007 ;

- celle de la prétendue « rupture » qui n’est en réalité qu’une continuité refoulée (vous n’avez jamais remarqué que les Ministres toujours au gouvernement et déjà présents sous Raffarin et Villepin font toujours partir les « réformes » de 2007, comme s'il s'agissait de l'"année zéro" de la droite ?) des piteuses années Chirac. Qu’il s’agisse de sa promesse d’être le « président du pouvoir d’achat », de créer un « choc de confiance » ou encore de faire « revenir la France au centre de l’échiquier mondial », le moral des Français est au plus bas depuis 20 ans, la croissance est à un niveau lamentable (et le déficit du commerce extérieur à un niveau « historique ») et la France est la risée de la presse internationale bien moins obséquieuse que les journalistes français à l’égard du pouvoir en place.

 

La tour d’ivoirisation

 

Au départ, on pouvait croire que Sarkozy rompait avec l’autisme dont Jacques Chirac a fait preuve pendant son deuxième mandat en particulier, en utilisant les recettes de Claude Pilhan sur la « rareté de la parole présidentielle », qui confinait à un isolement total dans la forteresse file_242458_117867.jpgélyséenne tandis que la pays grondait.

Aujourd’hui, c’est en définitive du Chirac, en pire. Comme durant l’époque chiraquienne, l’Elysée est un bunker duquel tout sort (voir les déclarations quotidiennes des porte-paroles et autres conseillers) mais au sein duquel rien ne rentre. Contrairement à Chirac, il intervient sur tout, surréagit en permanence, court après le fait divers, fait des déclarations à l’emporte-pièce immédiatement démenties par les faits. Sarkozy, c'est l'indécision et la démogagie de Chirac, l'ostentation et l'amateurisme en plus

Sarkozy s’est aujourd'hui totalement enfermé dans une bulle, persuadé que son action est soutenue, que ce sont ses réformes (lesquelles ?) qui ont créé une très forte impopularité qu’il juge temporaire. Il balaie d’un revers la main toute critique sur son comportement, sa désinvolture, son incapacité à incarner la fonction présidentielle, ce que Chirac, bon gré mal gré, avait toutefois réussi à faire.

 

Entouré d’une cour qui lui doit tout, qui est habituée aux pratiques claniques depuis leurs premiers amours dans les Hauts-de-Seine, personne n’ose lui dire ce qui est en train de se passer.  Malgré de sérieux remous, mais municipales obligent, la majorité fait encore front pour le moment. Toutefois, comme le promet déjà Claude Goasguen, à qui on ne peut pas vraiment faire des procès de lèse-sarkozysme, ça risque de « chambarder » pas mal après les municipales.

 

Electoralisation, piège à cons !

 

Et comme le niveau de chambardement sera proportionnel au niveau de la défaite, Sarkozy en pur chiraquien aux abois, nous refait le coup de la bonne soupe électoraliste. Une obole de 200€ par ci pour les retraités (parmi les premiers déçus du sarkozysme), un Carambar par là en plus par mois pour les fonctionnaires (le ridicule 0,5% d’augmentation du point d’indice), le retour des OGM pour les furax déjà dépendants des semences de Monsanto, la promesse de l’augmentation des pensions, le retrait en quelques jours (c’est la rue qui gouverne ?) d’une mesure pourtant nécessaire du rapport Attali… Bref tout y passe, n’en jetez plus. Les caisses de l’Etat sont vides, « archi-vides » même, comme le dirait le sémillant Ministre du Budget (qui mérite un bon zéro pointé), mais il faut tout de même penser à d’autres caisses… celles de l’UMP !

 

Cette précipitation dans la distribution de petits cadeaux dont certains pourtant nécessaires en deviennent honteux tellement ils sont déconnectés de toute politique globale cohérente. Les Français ne doivent pas (ou plus) s’y tromper. Il y a 8 mois, ils ont fait confiance dans leur majorité, certains sans doute en toute bonne foi, à un homme qui leur promettait ce qu’il n’a jamais été capable de faire : « changer » aussi bien lui-même, son comportement (politique évidemment) que le pays qu’il dirige.

 

Les douze années de Chirac, par les faux espoirs qu’il a suscités en 1995 et les blocages qu’il a imposés au gouvernement Jospin entre 1997 et 2002, par son calamiteux deuxième mandat (qu’il partage largement avec Sarkozy) ont contribué à déclasser la France au niveau international.


Les cinq ans de Sarkozy, ce « coup d’éclat permanent » (belle formule de François Hollande)bush__afp_ngan-1.jpg s’annoncent désormais sérieusement et malheureusement comme largement pire. Si nous avions dit une chose de plus juste durant la campagne, c’était que l’élection de Sarkozy était « dangereuse ». Dangereuse parce qu’après les cinq dernières années de chiraquisme notamment, les Français avaient soif de politique et l’ont démontré en mai 2007 en participant à plus de 85% au scrutin présidentiel. Cette illusion de volontarisme « politique », relayée complaisamment par les media s’est transformée en volonté égocratique. Afin que les Français croient à nouveau en l’action politique, répondant à des critères simples de lisibilité et de cohérence, le Parti Socialiste, seule force d’alternance, a plus que jamais besoin de se rénover pour dire dès mars 2008 que nous allons résister sur le plan local et démontrer que d’autres politiques sont possibles. A nous aussi de faire comprendre aux Français que 10 ans (voire 17…) en 2012, ça suffira, largement.

 

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Opposition
Mardi 5 février 2008
Depuis le début, ce blog expose des points de vue différents. Sur la question européenne notamment, nous avions déjà ouvert le débat (ici, ici ou encore ici). 

Si nous aimons débattre, nous aimons aussi trancher et la section des socialistes de Sciences Po s'était prononcée, en Assemblée Générale, le 22 novembre dernier :
- à l'unanimité moins une voix pour la ratification du traité constitutionnel
- à 70% des voix pour l'organisation d'un boycott du Congrès lors de la révision constitutionnelle, pour marquer notre refus de la méthode employée (recours au Parlement plutôt qu'au référendum). 
La révision constitutionnelle a été adopotée lundi 4 février (560 voix "pour" et 181 voix "contre"). Sophie Banasiak exprime ci-dessous un point de vue différent, tentant de démontrer qu'une autre démarche était envisageable. 


Ce lundi 4 février, le Congrès a voté la révision constitutionnelle préalable à la ratification parlementaire du traité de Lisbonne.

Ce traité, adopté par le Conseil européen le 13 décembre 2007 est d’après le Conseil Constitutionnel, à quelques détails près (drapeau européen…), identique au Traité Constitutionnel rejeté en 2005. De l’avis même de VGE, « en termes de contenu, les propositions demeurent largement inchangées, elles sont justes présentées de façon différente ».

L’adoption par voix parlementaire de ce traité constitut donc un passage en force visant à contourner tout simplement le choix des citoyens en 2005, ce qui pose un « problème démocratique »… 

Scepticisme démocratique ?

Fallait-il voter non à la révision constitutionnelle du 4 février ? Cette question a alimenté les polémiques les plus vives au Parti Socialiste. «Nous irons à Versailles et on s'abstiendra», avait UE-1.JPGfinalement déclaré Jean-Marc Ayrault, sans pour autant recueillir aucun consensus. 

Il apparaît que si les députés socialistes s’abstiennent, cela permettra de façon automatique la validation de la révision constitutionnelle, et donc in fine sa ratification parlementaire.

Certes, les socialistes ont présenté ensuite une motion référendaire lors de l'examen, le 6 février à l'Assemblée nationale, du projet de loi de ratification, mais elle n’a évidemment pas été adoptée.

Certes, seul le président de la république peut décider de la convocation d’un référendum, et le blocage de la révision constitutionnelle ne peut pas juridiquement l’y obliger, pas plus qu’une grève générale.  Mais il est plus facile de voter non que de faire grève générale. Et peut-on imaginer qu’il n’y ait pas de référendum s’il y devait y avoir effectivement blocage ?

Pouvait-on accepter, surtout, que le traité passe, sans référendum ?

Les différentes hypothèses socialistes (boycott, abstention…) sont symptomatiques d’un parti divisé sur la question européenne. Mais sur le fond, il est clair aussi qu’elles reflètent un certain flou sur le sujet. De fait, il faut bien le dire, un certain nombre de socialistes sont plutôt sceptiques sur le référendum, et ne sont pas si mécontents que le traité passe au Parlement, ou du moins cela ne leur paraît si scandaleux – en tout cas moins grave que l’éventualité d’une non adoption du traité.

Il y a notamment l’idée qu’il est nécessaire, parfois, qu’une Assemblée « progressiste » débloque une situation où l’opinion publique est conservatrice – comme pour la peine de mort.

Il est à noter tout d’abord que les Français ne se sont jamais prononcés pour la peine de mort par référendum. Un sondage n’est pas un référendum, il n’a pas le même poids juridique, politique, n’a pas impliqué les même choses en terme de campagne et de débat, d’élaboration des choix collectifs. Le référendum de 2005 a donné lieu à l’expression d’un choix, qu’il faut respecter. Le parallélisme des formes est un impératif démocratique.

D’autre part, la comparaison avec la peine de mort est profondément stigmatisante, puisque elle renvoie le non à une expression uniquement populiste et conservatrice. A contrario, les élites elles seraient « éclairées », auraient forcément raison et tout compris. D’où cette idée que les Français n’ont vraiment rien compris à la question, et logiquement n’y ont pas répondu : dès lors il convient de mieux communiquer, et de faire preuve de pédagogie. Ces discours, d’une extrême arrogance, témoignent de l’absence totale de remise en cause de ceux qui les tiennent, et de leur profond mépris du débat public… 

De l’importance du débat public en démocratie…

Or le débat est une composante essentielle de la démocratie, qui ne saurait se résumer à des élections. Le élus ne représentent pas spontanément, par « magie », les intérêts des citoyens. Ils ne le font jamais qu’imparfaitement, et dans certaines conditions. Une de ces condition est l’expression et la prise en compte d’une pluralité de points de vue, qui reflète mieux la réalité des besoins et des attentes undefineddes citoyens, sachant le fossé grandissant entre les citoyens et leurs représentants (professionnalisation de la politique…), et le moule qui caractérise la formation des décideurs (technocratisation de la politique, énarchie…).

A titre d’exemple, en 1994, le Parlement européen a voté les accords de l’OMC, avec toutes les « faiblesses » que l’on sait : renoncement de l’UE (mais pas des Etats-Unis…) à la possibilité de politiques de marchés publics préférentielles pour les PME (Small Business Act), entrave des politiques de santé dans le Tiers-Monde, du fait de la protection à outrance des brevets (ADPIC) qui permet à des firmes multinationales de monopoliser la production de certains médicaments… A cette époque, il n’y avait pas eu de débat, et la mode libre-échangiste allait de soi. A l’inverse, en 1998, les accords multilatéraux sur l’investissement (AMI) ne sont pas passés parce qu’il y a eu la société civile et les associations pour alerter le public et obtenir du gouvernement Jospin qu’il s’oppose à ces accords.   


Le verouillage sur l’Europe est-il durable ?   

Actuellement, le verrouillage médiatique et le choix d’une ratification parlementaire témoigent d’une volonté réelle de décourager sinon censurer le débat sur le traité de Lisbonne. Implicitement, cela est justifié par les « mauvais souvenirs » de 2005 qui ont traumatisé bon nombre de oui-ouistes…

Beaucoup de reproches ont été faits aux débats de 2005 : pour leurs inexactitudes, leur « nationalisation », voire leur instrumentalisation… Ce que l’on peut déplorer, mais c’est fuir le débat que de le réduire à ces choses là. 

D’autre part, les débats de 2005 ont permis une prise de conscience et une mobilisation populaire autours des enjeux européens. Le non était certes hétérogène, certes il n’était pas le rassemblement autours d’un projet européen alternatif que la gauche de la gauche espérait. Mais il n’était pas non plus un amalgame populiste d’extrêmes marquées fondamentalement par le rejet de l’Europe dénoncé par certains pseudo-spécialistes (G. Le Gall).

Un eurobaromètre réalisé après le référendum montre que 83% des non soutenaient alors l’appartenance de la France à l’UE. Ils étaient 66% dans les bataillons du non à penser qu’une Constitution est indispensable à la poursuite de la construction européenne et 83% d’entre eux (contre 30% des « oui ») considéraient que la victoire du non « non » allait permettre de renégocier la Constitution afin d’arriver à un texte plus social.

La forte mobilisation des électeurs (près de 70%) a montré l’intérêt suscité par le traité, et la volonté des citoyens de faire valoir leurs opinions et de peser sur le cours de la construction européenne, et le « non » a cristallisé les interrogations et les attentes des citoyens vis-à-vis de l’Europe. Il a été question d’Europe sociale, d’alternative, de réécriture de la Constitution par une nouvelle Assemblée, de débat européen, de scénario B…

Certes le scénario B n’a jamais pris corps, et l’on peut s’interroger à juste titre sur l’immobilisme de ces trois dernières années. Cependant, n’était-il pas aussi de la responsabilité des partis européens, notamment du PSE, de s’emparer du texte de la Convention, de le réécrire, de proposer des motions concurrente pour lesquelles les européens auraient tranché dans le cadre des élections de 2009 ?

Quoi que l’on pense du traité, on ne peut simplement ignorer le message du 29 mai 2005 en le stigmatisant à outrance. Il y avait dans ce « non » une exigence d’une autre Europe, et la dénonciation d’un problème démocratique que l’on ne peut nier. Le passage en force du traité n’était certainement pas la réponse appropriée. Comment peut-on imaginer ainsi de construire durablement l’Europe ? N’y a-t-il pas moyen plus efficace pour nourrir lesundefined extrêmes et l’abstention ?

Si aujourd’hui le traité a été adopté, ceux qui ont adopté cette position auraient du prendre leurs responsabilités et se donner les moyens de convaincre leurs concitoyens, en étant à l’écoute de leurs attentes (par exemple une autre façon de faire l’Europe et ses traités…), au lieu de verrouiller les débats.

Ce lundi 4 février s’est donc soldé par une majorité acquise à la révision constitutionnelle préalable à la ratification d’un traité qui avait été rejeté par les Français en 2005 : jour de deuil pour la démocratie pour ceux qui se bâillonneront à l’heure du vote. Quant aux partisans du traité, certains d’entre eux auront peut-être un soupir de soulagement…


Un épisode qui se clôt ?

Si le « big-bang européen » n’a pas eu lieu, il est toujours, plus que jamais, d’actualité.

 

Traité très insatisfaisant ou alternative très incertaine… ? On pouvait ainsi formuler les débats de 2005, mais là n’est plus la question. On va vraisemblablement trancher pour le traité – l’alternative n’en reste pas moins urgente.

 

Comment peut-on imaginer d’en rester à un « compromis conservateur » qui ne résout rien ? Le droit de la concurrence reste le droit organisateur de l’UE. Le traité ne touche pas à la liberté de circulation des capitaux, non seulement entre les États membres, mais aussi entre ceux-ci et des pays tiers (art. 56 TFUE ou 156 du TCE) et l'unanimité des États reste requise pour toute mesure visant à restreindre la libéralisation des mouvements de capitaux (art. 57-3 TFUE ou 157-3 du TCE). La stabilité des prix fait maintenant partie des objectifs de l'Union (art. 3 TUE modifié repris du TCE). La Déclaration 15, préconisant le renforcement de la compétitivité, invite « à une restructuration des recettes et des dépenses publiques, tout en respectant la discipline budgétaire conformément aux traités et au Pacte de stabilité et de croissance ». A contrario, les droits sociaux qui sont contenus dans la Charte des Droits fondamentaux sont de très faible portée.

Les pouvoirs du Parlement sont élargis, mais dans les domaines les plus importants le Parlement n'est pas co-décideur : la politique étrangère et de sécurité, les tarifs douaniers, la politique monétaire, la fiscalité, l'essentiel de la politique agricole, le marché intérieur et la politique sociale pour partie. Les quelques points positifs ne remettent pas fondamentalement en cause le fonctionnement actuel de l'Union, marqué par un profond déficit démocratique avec une confusion des pouvoirs qui voit l'organe exécutif de l'Union, la Commission, dotée de pouvoirs législatifs et judiciaires, et qui fait du Conseil un organe législatif alors même qu'il est la réunion des exécutifs nationaux.

Tout reste à faire tant au niveau économique et social (serpent fiscal européen, protection des services publics, démocratisation de la politique commerciale commune…) qu’au niveau institutionnel (généralisation de la co-décision dans les compétences communautaires, transparence au Conseil des Ministres, élection du Président de la Commission par le Parlement, alternance politique…).

Il faudrait pour cela sortir du marchandage intergouvernemental rendu inopérant par l’élargissement de l’UE et l’accroissement concommittant des interdépendances et des dérégulations. 

La Convention a ouvert une brèche qui doit être élargie. C’est bien une relance du processus constituant qui doit être la prochaine étape institutionnelle, et au cœur des débats des élections européennes de 2009. Il faut obtenir des partis progressistes qu’ils s’engagent à ce que leurs représentants se saisissent du traité pour en débattre, l’amender, le réécrire dans le cadre d’une assemblée qui soumettrait sa copie à un référendum simultané dans les 27 pays de l’UE. C’est alors qu’il serait possible de refonder l’espace politique européen en d’en faire quelque chose de démocratique.

A défaut, l’UE restera un espace civique rachitique, où les seuls citoyens actifs se recrutent parmi les élites les plus instruites ou les plus fortunées, avec le risque de voir les attentes populaires dévoyées par les tenants du nationalisme ou de la droite extrême.

Les Etats sont hostiles à un processus constituant ? Ce sont 80% des Européens qui souhaitent une Constitution pour l’Europe !

Jean Monnet ne disait-il pas : « je ne suis pas optimiste, je suis déterminé » ?

Sophie Banasiak 
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Questions européennes
Lundi 4 février 2008

Fran-oise-Vallet.JPGAvec plus de 55% des voix, Françoise Vallet a été élue députée de la 1ère circonscription d'Eure-et-Loir, en étant victorieuse du député sortant, Jean-Pierre Gorges (UMP), actuel maire de Chartres et dont l'élection en juin 2007 (à 59 voix près) avait été invalidée par le Conseil constitutionnel pour fraude au Code électoral.


Il s'agit du meilleur score réalisé par la gauche dans cette circonscription, avec une participation élevée pour une élection législative partielle (plus de 45% de participation contre moins 25% en moyenne).

Indubitablement, une lecture nationale peut être dressée quand on observe que le candidat réalise ses plus mauvais scores (et la gauche, par ricochet, des scores historiques) dans les parties les plus rurales de la circonscription, qui avaient pourtant largement voté pour Nicolas Sarkozy lors de l'élection présidentielle.

Bravo à Françoise Vallet et à tous nos camarades de Chartres pour cette très belle victoire, sans appel.

Saluons aussi la belle performance de Philippe Kaltenbach, candidat dans la 12ème circonscription des Hauts-de-Seine (Clamart, Le Plessis-Robinson...) qui a fortement progressé en réalisant 48,5% des voix, dans un fief sarkozyste dont les pratiques clientélistes mettent malheureusement en péril le bon fonctionnement démocratique.

Une députée de plus à l'Assemblée, à quand la majorité ? Même si le PS n'est nationalement pas au mieux de sa forme (ce qui est somme toute assez logique après la défaite de mai), nous réalisons des scores indiscutables. Qu'est-ce que ce serait si nous étions en plus en pleine forme ? Une petite cohabitation ? Imposons-la en tout cas au niveau local dès le 9 mars prochain.

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Campagne 2008
Samedi 2 février 2008


Pas celle de Nathalie Sarraute, mais celle que Nicolas Sarkozy aggrave.  Qui n’entend pas régulièrement que le moral des Français est au plus bas depuis la création de l'indicateur de l'INSEE,  que leur confiance est en berne ? Et si ce climat était
provoqué par le même gouvernement qui dit chercher à combattre cette atmosphère ? 

En effet, réfléchissons quelques instants à ce que présupposent certaines réformes menées par le gouvernement.

La « rétention de sûreté » tout d’abord (dont Florence Damiens avait déjà parlé ici) : elle crée une privation de liberté, non pour un acte commis, mais sur la présomption de dangerosité. Un individu pourrait être privé de liberté au motif qu’il serait susceptible de commettre un acte répréhensible. ….La question de la présomption d’innocence passe donc au second plan….et le soupçon passe en premier.
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Et puis, les politiques de l’emploi de M. Sarkozy. Les chômeurs seraient sanctionnés après deux refus d’emploi. Quelle est l’idée qui sous tend cette politique ? Le soupçon de la fraude. Les chômeurs ne veulent pas retourner au travail et il faut donc utiliser « le bâton » pour les y forcer. C’est tellement plus facile de voir les choses ainsi plutôt que de construire une véritable politique de l’emploi ….

 Quant au prochain qui prétendra que les gens qui touchent le RMI profitent vraiment du système,  qui parlera des « assistés perpétuels », il contribuera à justifier mes propos. Il y a effectivement sûrement quelques personnes qui gagnent le RMI et ne cherchent pas d’emploi, se reposant sur le reste de la société. Mais ce n’est qu’une minorité des minorités !... Le RMI est d’un montant très faible (pour rappel, il est de 447 euros par mois). Ce n’est pas avec un revenu aussi peu élevé qu’on vit bien. La plupart des RMIstes ne choisissent pas de ne pas travailler ! Surtout que la « valeur travail » - pas celle défendue par Nicolas Sarkozy- existe bien. Le travail a de la valeur et ne pas travailler est stigmatisant.  D’ailleurs, même parler de « RMIstes » est stigmatisant : cela les enferme dans une catégorie. Qui peut croire que c’est un choix ?...

Ainsi, critiquer l’existence ou le niveau du RMI s’inscrit dans cette ère du soupçon. On se méfie de tout. Chacun - enfin surtout ceux qui n’essaie pas de s’en sortir….-  est un tricheur en puissance. Au lieu d’avoir a priori confiance dans les membres de la société, c’est l’inverse qui se produit.

Alors que comme disait François Mitterrand : « Il y a des poissons volants, mais ce n’est pas la majorité des poissons »…


Camille Spire
 
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Opposition

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Numéro 7
(Novembre 2007)
Numéro 6 (Octobre 2007)
Numéro 5
(Avril 2007)
Numéro 4 (Février 2007)
Numéro 3
(Novembre 2006)
Numéro 2 (Octobre 2006)
Numéro 1
(Juin 2006)

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-Téléchargez notre contribution au Pacte présidentiel sur les prisons : "Politique carcérale, un devoir de changement pour les socialistes" (février 2007)

projet_so.jpg

-Téléchargez notre contribution au Projet socialiste sur la décentralisation : "Pour une nouvelle ambition socialiste au service de la décentralisation" (juin 2006)


-Téléchargez le compte rendu de notre débat-formation sur la fiscalité et la protection sociale (janvier 2007)
.

- Retrouvez l'atelier du changement sur l'ancrage social du Parti Socialiste (Juin 2008) 

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