Les Ateliers du changement, créés dès janvier 2007 par la section des socialistes de Sciences Po, ont été relancés par le vote des militants et sympathisants en novembre
dernier. Cinq nouveaux Ateliers font donc leur apparition, approuvés par le vote des militants. Ces Ateliers constituent l'une des principales contributions de la section à
Sciences Po à la rénovation du Parti Socialiste. Nous commençons aujourd'hui la présentation de ces cinq Ateliers, invitant chaque militant, chaque sympathisant à se joindre à la réflexion menée
à l'intérieur de cet Atelier, qui doit déboucher sur des propositions concrètes d'ici le moins de juin prochain.
- Europe et services publics
- Flexisécurité
- Intégration
- Question scolaire
- Solidarités
Ce blog n'est pas habitué, c'est le moins que l'on puisse dire, à la politique people. Pourtant, depuis le 6 mai, Gala est devenu la Gazette du Palais (exhibant la
Ministre de la Justice sous toutes les coutures) et Paris Match le Journal officiel.
Plus grave, une utilisation toute politique des événéments people est sciemment organisée par le pouvoir en place. La mise en avant de la vie privée
du chef de l'Etat, qui a fait la une de tous les media aujourd'hui, est ainsi censée venir effacer des mémoires la semaine désastreuse à laquelle a correspondu la visite de Kadhafi en France.
La vieille devise romaine "Du pain et des jeux" a été modifiée. Faute de pain et de possibilité d'agir sur le pouvoir d'achat, le pouvoir en place cherche à noyer le "cerveau" des
Français en le goinfrant de nouvelles insipides mais qui suscitent néanmoins l'intérêt de la classe politico-médiatique. Et surtout, par le chassé-croisé qu'ele opère, cette nouvelle
(pense l'Elysée) en cache une autre.
Tout cela ne serait déjà qu'une grave manipulation politique si des accents pathétiques ne venaient pas se greffer à cet éternel retournement de veste du
chef de l'Etat. Voici en tout cas la leçon politique à en tirer pour chaque Français : ils ne peuvent pas croire une seule seconde à ce que dit cet homme :
Tout d'abord rappelons le visage grave d'un homme blessé répodant aux horribles journalistes et rappelant que l'on ne l'y reprendra plus jamais...
C'était en mai 2005.
- n'ayant aucune solution à proposer aux Français, et préférant répondre aux questions des grands journaux comme Point de vue, il met en scène sa vie privée ;
- mais les Français n'en ont rien à faire, c'est indiscutable.
Et préparons nous dès maintenant au retour de l'homme blessé par tant d'ingérence médiatique... la rupture avec toute morale publique, la voilà !
- Philippe Kaltenbach, maire de Clamart, candidat dans la 12ème circonscrption des Hauts-de-Seine. Après l'invalidation de l'élection du député UMP par le Conseil constitutionnel, une occasion historique est donnée aux habitants de cette circonscription pour démontrer l'effritement du système Pasqua-Sarkozy ;
Après les "cinq piteuses", autrement dit les cinq jours de la visite de Kadhafi en France, cette semaine marque de manière assez évidente une profonde évolution, sept
mois après l'élection de Nicolas Sarkozy.
Même si certains n'ont certainement pas tort en percevant une forme de manipulation dans les déclarations - un peu trop franches pour ne pas être coordonnées - de Rama Yade, on sent bien que cela
a en partie échappé à l'Elysée. Contrairement au fantasme de certains commentateurs et d'Opinionway, l'opposition a eu la possibilité de reprendre le dessus, et elle l'a
prise.
Face à cela, et afin de brouiller encore davantage les cartes, un prochain remaniement serait envisagé. Il donnerait lieu à de nouveaux débauchages, témoignant si l'en était besoin du simple
caractère stratégique de cette opération.
Tout cela doit être fait pour respecter le tempo des municipales, qui commence à s'accélérer. Patrick Devedjian n'a pas hésité à dire qu'il s'agissait d'un
vote à signification nationale. François Hollande, lui répondant, lui a emboîté le pas en disant qu'il s'agissait d'un référendum anti-Sarkozy. On peut apprécier la franchise de ces deux
analyses, les deux grands partis rejetant souvent cette interprétation, au gré il est vrai des résultats obtenus. D'autres pourront objecter que les élections municipales portent sur des enjeux
locaux, des hommes plutôt que des idées voire des projets "apolitiques" si l'on rentre dans le conception bisounourso-bayrouïste.
Paris vaut bien une... remise en cause de la fonction présidentielle !
En réalité, cette deuxième interprétation des élections municipales n'est plus possible. Rachida Dati, candidate parachutée dans le VIIème arrondissement de Paris (face à l'excellente
candidate socialiste Laurence Girard) vient d'indiquer que le Président de la République s'impliquerait personnellement dans la
bataille des municipales,
viendrait même sur les marchés (sic), voire participerait à des meetings de campagne. Voici donc tout le sens de la rupture : la campagne permanente. Sauf que si on ne peut pas empêcher
Nicolas Sarkozy de continuer à faire des discours de campagne quand il intervient en tant que chef de l'Etat, on s'étonne fortement qu'il oublie ce que cette fonction lui incombe comme
positionnement "au-delà des partis". Il est incompréhensible par ailleurs qu'un Président se vantant d'avoir pratiqué une "ouverture" explique ensuite que tous les pouvoirs devraient être
concentrés dans les mains d'un seul parti (l'UMP) et des groupuscules l'entourant qui lui ont fait allégeance.
C'est à ce niveau qu'intervient la déclaration de Bernard Kouchner, qui ne sait plus quoi dire pour tenter d'exister. Il a déclaré dans une phrase alambiquée dont il a le secret : "que la
victoire de Bertrand Delanoë ne lui déplairaît pas", rajoutant, in extremis, que cela ne signifiait pas que Françoise de Panafieu lui déplaisait. Cette réaction a immédiatement donné
l'occasion à certains féodaux parisiens de l'UMP de se payer le soldat Kouchner, notamment les inénarables anciens compétiteurs à la désignation face à Panafieu, à savoir Goasguen et Lellouche.
La candidate UMP a elle, feint de jouer la grande joueuse. On craint en réalité qu'elle n'ait soit pas compris soit apprécié le simple fait que Kouchner parle au moins d'elle. Cette déclaration a
pu faire croire certains au génie sarkozyste tentant de faire croire à une volonté élyséenne de faire perdre l'UMP à Paris et de porter Bertrand Delanoë aux nues pour plus tard. Cette lecture est
totalement fausse. Plus que jamais, Nicolas Sarkozy veut la victoire de chacun des candidats UMP. Il s'agit d'un test national, dont il n'hésitera pas à exploiter les résultats s'ils lui
sont favorables.
La contre-attaque plutôt que la résistance
Cette manoeuvre témoigne d'une chose : ces élections municipales mettront chaque Français devant un choix à double facette. Bien sûr, il s'agit de choisir des orientations d'une politique locale
et bien entendu, comme le rappelle à juste titre Bertrand Delanoë notamment à qui l'on demande souvent de réparer tous les dégâts causés par la politique gouvernementale, la municipalité dispose
de compétences précises et limitées. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'au-delà de la lecture politicienne qui en sera faite, le seul moyen pour les Français de créer des ilôts non pas
de résistance mais de contre-attaque à la politique menée au niveau national se trouve d'ici les régionales de 2010, au niveau municipal (et cantonal). Dans de nombreux
domaines (économie, petite enfance et écoles primaires, environnement...), les municipalités peuvent pallier les carences étatiques et proposer de véritables contre-propositions
concrètes. C'est aussi avec ces laboratoires de terrain que le PS pourra construire l'alternative nationale.
Pourquoi François Bayrou aurait du refuser de monter dans l'appartement... d'Alain Juppé
Par ailleurs, comme nous l'avions déjà écrit ici, il est illusoire, pour les électeurs du Modem comme pour toutes
personnes souhaitant créer des alternatives au sarkozysme, de croire à une schizophrénie entre l'UMP nationale et ses équipes locales. Le troc politicien organisé entre François Bayrou
et Alain Juppé (craignant la panne électorale à Pau, Bayrou a cédé aux avances d'Alain Juppé lui promettant d'user de son influence...) est l'exemple caractéristique des dérives de l'absence
d'une consigne nationale.
On ne peut pas prétendre, comme le Modem mais aussi comme toute organisation politique proposant la remise
en cause du sarkozysme (pensons à la LCR par exemple), vouloir éviter la concentration des pouvoirs, être en désaccord profond avec la plupart des actions du gouvernement et de la majorité
actuels et dans le même temps, s'allier en fonction des circonstances.
On peut le regretter, mais ces élections locales auront valeur de validation grandeur nature de la fin de cet "état d'apesanteur" de la majorité présidentielle qui a tenté de
brouiller les cartes pour mieux rafler la mise finale. Essayons de remettre de l'ordre et montrons que des victoires nettes de la gauche, sur des projets solides, c'est loin d'être du
bluff.
On ne réclamera pas la paternité de la révélation de ce système organisé puisque Ségolène Royal l'évoque notamment dans son ouvrage publié récemment (Ma plus
belle histoire, c'est vous). Si nous ne l'avions pas commenté pendant la campagne, en dépit de leurs manipulations déjà plus que douteuses, cette fois-ci, la ficelle est tellement
énorme que cette mascarade doit être dénoncée.
Le Président de la République est humilié et traité de menteur par un dictateur, le Ministre des Affaires
étrangères est traité de bouffon par son homologue lybien sur le territoire français, les
contrats tant annoncés fondent comme peau de chagrin, la France accusée de ne pas respecter les droits de l'homme... pas d'inquiétude ! Opinonway est
là.
C'est ainsi que ce matin un sondage nous faisait savoir doctement que "81% des Français étaient d'accord avec Rama Yade". Le Figaro en a bien sûr fait un article, l'AFP et Associated Press en ont fait deux dépêches qui se contredisent d'ailleurs. Rama Yade
faisant (même si on ne s'en était pas aperçu) partie du gouvernement, même si on en doute souvent, fermez le ban, donneurs de leçons et autres idéalistes, les Français sont d'accord avec le
gouvernement.
Mais sur quelles bases les Français sont-ils d'accord avec Rama Yade ? C'est ici qu'il faut osculter précisément la question posée par Opinionway. Vous pouvez la
retrouver à la page 13 de ce saisissant document :
Autrement
dit, exit les propos les plus sulfureux de l'apprenti secrétaire d'Etat, qui s'est d'ailleurs bien rétractée depuis, qui consistaient notamment à dire : "Le colonel Kadhafi doit
comprendre que notre pays n'est pas un paillasson sur lequel un dirigeant, terroriste ou non, peut venir s'essuyer les pieds du sang de ses forfaits. La France ne doit pas recevoir ce baiser de
la mort". Sont-ce ces derniers propos qui ont été repris toute la semaine par les media ou ceux sélectionnés par Opinionway, qui n'ont fait partie que du retropédalage incroyable de
Rama Yade au fur et à mesure que la semaine piteuse de voyage du Guide suprême lybien s'écoulait et que le sermon élyséen avait été digéré ?
Le choix opéré par Opinionway est donc profondément biaisé et le résultat de ce soi-disant sondage tout autant. Il n'y a qu'à regarder pour
s'en convaincre les réponses totalement contradictoires données par les personnes ayant répondu "oui" (page 14). Les propos de Yade sont tellement consensuels : oui au principe de la visite et
dans le même temps rappel des droits de l'homme, que tout le monde avait la possibilité de s'y reconnaître.
Bien sûr Opinionway peut se draper dans la vertu de l'échantillon représentatif, qui n'est pas en cause quoique la consultation uniquement par Internet ne pose pas moins de problèmes que celle
n'utilisant que les téléphones fixes. Mais c'est bien encore une fois dans la façon dont est posée la question qui que la réponse est totalement téléguidée. Et dans ce cas, on a atteint
les limites du comique si ces manipulations de la vérité n'était en même temps tragique pour les conditions d'un débat démocratique serein.




