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Jeudi 24 avril 2008
Nous entamons aujourd'hui une nouvelle rubrique sur ce blog, qui s'inscrit dans le cadre d'une démarche plus large lancée par la section des socialistes de Sciences Po. Cette série d'article, réunie sous la bannière "En 2008, contre l'esprit de repentance sur Mai 68" a pour objectif de montrer que la commémorationnite aigue dont semble souffir la droite en particulier sur cette question ne doit et ne peut toucher la gauche de la même façon. Les socialistes ne doivent pas avoir de mal à assumer l'esprit de Mai 68. Cela ne doit pas empêcher le PS d'une analyse sans concessions sur ce qui s'est passé à l'époque en son sein, des réussites et des échecs de Mai. Mais en aucune manière, ce travail doit consister à renier, à expier les prétendues fautes de la génération précédente, voire de fomenter un complot contre cette même génération qui serait encore au pouvoir.


Notre objectif, dans la série d'articles que nous ouvrons aujourd'hui, est de se demander ce que la gauche a retenu de Mai 68, ce qu'elle ne doit pas oublier et en reflet ce que la droite n'a toujours pas compris à propos de cet événement et pourquoi il reste pour elle, 40 ans plus tard, un "passé qui ne passe pas".

Aulne Abeille inaugure cette rubrique avec cet article qui dresse les principales caractéristiques de la perception de Mai 68 pour un militant de gauche, mélange de romantisme politique et de revendications sociales fortes. Il revient a contrario sur la vision mi-revancharde, mi-schizophrène de la droite actuelle.

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Ces mots flottent, parmi d’autres, sur un mur du hall de notre vieille maison. Rue d’Assas, sur un mur de la faculté de droit on lit : « Comité civique demande bonnes consciences pour délations ». A Nanterre on souhaite : «  Bientôt de charmantes ruines » et on l’écrit sur un mur. Et on scande : « Vivre sans temps morts, jouir sans entraves. »

Quarante ans en arrière le mois de Mai fit trembler la vieille République gaullienne dans ses charentaises et manqua lui faire rechausser ses bottes pour se solder finalement par la plus belle sortie de chaussettes à clous de la Vème République.

Bien, ça fait 40 ans et alors ? Une amie, qui n’est pas de gauche, me disait hier : « Mai 68, qu’est-ce que vous en avez à faire ? ». C’est une bonne question, à laquelle je vais essayer d’apporter un brin de réponse.

 

Mai 2008, les barricadiers de la rue Soufflot au Panthéon !

 

Je pense que quand on est de gauche on a, quelque part au fond de soi, le palais de la Modena en flammes, s’effondrant sous les bombes du fascisme. Je pense qu’au fond de son placard on a, enfoui sous la glorieuse poussière du souvenir, le feutre de Léon Blum et un poil de barbe de Jean Jaurès, comme talismans ! Je pense que l’on se prend à relire avec émoi les discours de Clemenceau ou de Badinter sur l’abolition de la peine de mort. Et dans l’album photos, entre les clichés vieillis de la Commune et ceux, numériques, de la dernière campagne présidentielle, sont glissés quelques images de Mai : des CRS, des pavés, des slogans, des filles souriantes et des garçons aux cheveux longs...

Cela s’appelle la mémoire politique, l’héritage. Ce sont des symboles. Cela fait partie de l’esthétique, de l’engagement de gauche. J’entends déjà ricaner… « On la voit la gauche, archaïque, regardez, elle a 40 ans de retard, voire plus. Mais modernisez-vous bon sang ! ».

Là est une différence cruciale. Mai 68 est pour moi et ceux de mon camp un souvenir romantico-politique. Mais nous ne rêvons pas de faire aujourd’hui Mai 68, tel n’est pas notre programme. Et nous ne sommes pas le parti d’une faction. Nous sommes le parti de tous et d’aujourd’hui. Et si sur les photos de Mai, je me sens plus proche de l’ouvrier gréviste que du CRS, je vois malgré tout deux victimes d’un système qui méritait d’éclater. Et mon souhait est que la société soit organisée de telle manière à ce que les matraques et les pavés n’aient plus à se parler de manière aussi musclée, pour ça il faut réformer la société, progresser sur le chemin de l’égalité des chances et des droits, de la justice sociale et de la liberté politique. C’est pour ça que je suis socialiste, je me sens du côté des grévistes de 68 parce que je vois l’injustice contre laquelle ils se sont élevés et je souhaite qu’à l’avenir de tels soulèvements ne soient plus nécessaires car, hélas, ils opposent les victimes aux victimes…

 

Mais qui donc a 40 ans de retard ? Qui rêve encore de Mai 68 ?...

 

Apparemment nos adversaires en font des cauchemars. Et j’irai plus loin, pour eux ce souvenir fonde une politique. Une politique d’ordre et de sécurité, une politique de la matraque bien plus que de la libération sexuelle… Mais parce que la droite d’aujourd’hui s’est bien rendue compte que « jouir sans entrave » est plus agréable, au fond, que de « travailler à la sueur de son front » et d’ « enfanter dans la douleur », en menant cette politique elle n’a même plus l’honnêteté de tante Yvonne. Son discours est encore plus étrange que celui de ses vieilles années. Il s’agit de faire comprendre que certains ont le droit de jouir, parce qu’ils occupent certaines places dans la société et que d’autres doivent travailler toute leur vie pour mériter la montre, la belle voiture et le reste…

Alors qu’avons-nous à faire de Mai 68 ? Et bien pour nous c’est un symbole et une étape dans le progrès de notre société. Nous sommes en paix avec Mai 68, ni triomphateurs, ni revanchards, le passé c’est le passé comme on dit. Mais en face… Et bien en face ils ont plus de problèmes, il faut les comprendre. La liberté de tous les effraie un peu, parce qu’elle fait de l’ombre à la sacro sainte autorité, surtout quand elle est liberté de jouissance et d’épanouissement. Mais en même temps, le droit au bonheur et au plaisir c’est tentant… Et pourtant, c’est coupable, parce que jouir est un péché. Alors on retrouve les bonnes vieilles recettes de la bigoterie : le mérite, le travail, la souffrance, l’effort avant le réconfort, le devoir des uns et le droit des autres…ou l’hypocrisie, tout simplement…

Mai 68 n’est pour nous ni un programme, ni une question, ni un problème. C’est un fait, une étape, un pas. Il y a du bon et du mauvais, dans la méthode et dans le fond. Mais telle n’est pas la question du jour. Dans la société de XXIème siècle les héritages de Mai ont eu le temps de passer à travers le tamis de l’histoire et des différents gouvernements. Ce qui reste n’est pas contestable, ce sont des progrès démocratiques : la femme doit être l’égale de l’homme, ils doivent tous les deux être libres sexuellement, pouvoir maîtriser leurs corps et leurs vies et avoir le droit au bonheur et à l’épanouissement, quelle que soit leur position sur l’échelle sociale, librement. Vouloir solder cet héritage, c’est être rétrograde. Vouloir en profiter pour soi en privant une partie de la société de la possibilité matérielle d’exercer ces droits, c’est ne même pas avoir le courage de ses idées. Si on n’est même pas capable de s’appliquer à soi même les principes que l’on veut appliquer à la société, c’est que l’on reconnaît qu’ils sont mauvais. Je ne reproche pas au Général d’avoir voulu étouffer Mai, il allait en week-end à Brégançon en DS, parfois au péril de la vie des poulets de tante Yvonne… Mais de ceux dont la vie illustre l’héritage de 68 j’attends qu’ils ne prétendent pas que ces principes sont nocifs pour la société. Du temps de l’UDR un préfet divorcé était mis à la retraite d’office, je ne regrette pas cette époque, je comprends qu’on veuille mener une vie plus moderne. Mais dans ce cas, que tous puisse mener le même type de vie s’ils le souhaitent.


Aulne Abeille

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Contre l'esprit de repentance sur Mai 68 !
Mercredi 23 avril 2008
Un comité de rédaction représentant l'ensemble des sensibilités a permis la naissance de ce projet de nouvelle déclaration de principes du Parti socialiste.

Ce texte rédigé en 21 articles est désormais soumis à l'examen de l'ensemble des militants du Parti socialiste qui ont la possibilité de faire part de leurs amendements.
Le texte sera ensuite voté le 14 juin prochain par le Conseil national (Parlement du parti) et deviendra la 5ème déclaration de principes, prenant la suite de celle du Congrès de Rennes en 1990.


La section des socialistes de Sciences Po participera au débat. N'hésitez pas à déposer ci-dessous vos commentaires sur le texte que vous pouvez lire à partir du lien ci-dessous :



Nous organiserons ponctuellement des débats, sur ce blog, et en section, sur les différents articles de ce projet de déclaration.

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Rénovation
Dimanche 20 avril 2008

79%

C'est le chiffre de la semaine, qui résume, dans deux enquêtes distinctes, les premières grandes lignes du bilan de la première année de sarkozysme intégral (puisque précédée de cinq années de sarkozysme au moins partiel).

Le PS est (aussi) le parti des entreprises

La droite n'a pas eu de mots assez forts pour critiquer l'attitude des parlementaires socialistes, évidement non constructive, lorsqu'il s'agit de juger le paquet fiscal, qui a remplacé, dans le vocabulaire usuel, la loi dite "TEPA". Depuis le vote cette funeste loi au cours de l'été 2007, les socialistes n'ont eu de cesse de rappeler le caractère injuste de certaines mesures contenues dans le paquet (droits de succession, bouclier fiscal...) et l'aspect inefficace de l'ensemble et en particulier du dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires. Toutes les premières études empiriques (déjà évoquées ici) démontrent la réalité de cette analyse et l'immense effet d'aubaine qu'a généré cette mesure.

Mais l'on pouvait se dire qu'a minima, même si les entreprises ne souhaitaient évidemment pas avoir recours aux heures sup sans disposer d'un carnet de commandes en expansion, elles pouvaient toutefois être seulement intéressées par ce dispositif.

Une étude menée par le cabinet d'avocats Fidal
auprès de 2049 entreprises (publié mercredi 16 avril)  nous démontre que nous sommes restés encore trop timorés dans la critique. Cette enquête révèle effectivement que 79% des entreprises interrogées ne "se sentent pas incitées à augmenter le volume d'heures supplémentaires", malgré le dispositif gouvernemental. Seules 18% des entreprises déclarent que cela les a au contraire incité à le faire, soit moins d'une entreprise sur cinq.

De manière générale, 39% des entreprises interrogées considèrent même que cette loi (TEPA donc) représente une "contrainte" pour elles plutôt qu'une "opportunité". Le plus cocasse, quand on entre dans le détail de l'enquête est que plus la taille de l'entreprise est importante, plus la perception de cette loi comme une contrainte grandit (48% des entreprises de plus de 250 salariés la considèrent comme une "contrainte" et 56% des entreprise de plus de 500 salariés). Or, ces entreprises sont celles précisément où les 35 heures sont en application complète (lois Aubry I et II), contrairement aux TPE où le passage aux 35 heures s'est effectué, pour la majeure partie, avec les aménagements Fillon.  

L'échec est total : même les entreprises qui disposent des capacités logistiques pour appliquer cette usine à gaz et qui seraient étranglées par les horribles 35 heures sont celles qui rejettent le plus le dispositif gouvernemental.L'enquête explique ensuite l'une des causes de la rapide désillusion sarkozyste : 61% des ouvriers et employés déclarent effectivement être désireux d'effectuer davantage d'heures supplémentaires (contre 35% des techniciens et agents de maîtrise et 18% seulement des cadres). Or, contrairement à ce qu'a voulu leur faire croire une démagogie de campagne que nous n'avons pas assez démontée, ce ne sont pas les employés qui sont maîtres de leur temps de travail, mais bien les employeurs... dont le désir de générer des heures supplémentaires est a contrario pour le moins fortement limité...

Même si l'on en vient à ne plus vouloir tirer sur une ambulance, rappellons, comme l'a démontré
le rapport de la commission des Finances commandée par Didier Migaud, que cette ambulance coûte cher ! Le prix de ce gigantesque effet d'aubaine n'est effectivement pas neutre pour les finances publiques (4,1 Mds €) et il ne faut pas faire croire aux Français que cela leur rapporte un seul seul sou supplémentaire puisqu'il donne de leurs poches de contribuable plus qu'ils ne reçoivent en tant que salariés (3,78 Mds €). Autrement dit, un petit jeu sarkozyste à somme plus que nulle.


La rupture pas tranquille du tout avec la France


Aux 79% évoqués plus haut font écho un chiffre similaire, qui démontre, avec le recul que l'on accorde à l'égard de tous sondages, que la majeure partie de la France a divorcé avec Sarkozy et surtout avec la politique qui est menée.

Au-delà du seul examen de sa cote de popularité qui connaitra sans doute encore des hauts et des bas, 79% des Français considèrent, selon le sondage IFOP réalisé pour le JDD, que "l'action du Président et de son gouvernement n'a pas permis d'améliorer la situation de la France et des Français". Non seulement la chute est importante par rapport à novembre 2007 où les Français n'étaient "que" 59% à émettre ce jugement mais désormais ils considèrent majoritairement, qu'en dépit de l'agitation déployée, la situation n'a "pas du tout" changé. Enfin et surtout, désormais
même le coeur de cible est atteint puisque les sympathisants UMP ne considèrent qu'à une très courte tête (50% contre 49%) que l'action est plutôt positive...


Encore une fois, cet état de fait ne réjouit aucun citoyen responsable. La désillusion du sarkozysme rejaillit, parfois de manière injustifiée, sur l'ensemble des partis politiques. La majorité actuelle aura 10 ans de bilan à soutenir derrière elle en 2012. Aujourd'hui, le rôle des socialistes est de rappeler aux gouvernements les trois actions urgentes à entreprendre :


- De la rigueur... dans l'action gouvernementale : depuis janvier, avec une apothéose tragi-comique cette semaine, les cafouillages divers que certains prennent pour de la stratégie (c'est dire où on est arrivés...) sont l'une des raisons essentielles de l'impossibilité d'avoir un débat politique serein et compréhensible ;

- De la méthode dans les "réformes" : plutôt que de sauter comme un cabri sur sa chaise en criant "réformes, réformes !", le gouvernement doit éviter que la catastrophique et prétendue "réforme" de la carte judiciaire ne serve de modèle pour le reste des chantiers à venir. La concertation n'est pas l'ennemi de la décision, bien au contraire ;

- De la prise de conscience sur les erreurs passées : l'annulation quasi-totale du paquet fiscal (seules les mesures sur les intérêts d'emprunts, pour des questions de sécurité juridique, devraient être maintenues) qui démontre chaque jour son coût exorbitant pour des résultats plus que médiocres est la première des priorités.

Même s'il est de bon ton (à l'UMP) de dire que les cafouillages n'existent pas, le chef de l'Etat s'exprime demain. Espérons que cette fois-ci il écoutera cette fameuse "majorité (plus vraiment) silencieuse"...
  

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Opposition
Vendredi 18 avril 2008


Diego Melchior, notre correspondant en Italie, nous fournit une analyse à vif des derniers résultats électoraux décevants pour la gauche. Il serait intéressant de tirer les enseigments au niveau européen de cette défaite, tellement la comparaison entre le sarkozysme et le berlusconisme est riche d'enseignements. 



Le résultat des élections politiques italiennes du 13 et 14 avril est sans appel : la coalition de droite menée par Silvio Berlusconi est sortie victorieuse du scrutin.
Le Peuple de la Liberté a obtenu à la Chambre des députés 36,4% des voix et son allié, la Ligue du Nord, 9%. Au Sénat, le Pdl a obtenu 37,8% des voix et la Ligue du Nord, 8,2%. Le Parti démocrate a obtenu 33,6% des voix à la Chambre des députés et son allié Italia dei Valori, 4,3%. Au Sénat, le Pd a obtenu 33,8% des voix et Idv, 4,3%. La coalition Pdl+Ligue+Mouvement pour les Autonomies aura 344 députés et 174 sénateurs : c’est une large majorité qui va permettre à Silvio Berlusconi de gouverner seul, à la tête de sa coalition.

 

 

Victoire de la droite ne veut pas dire, défaite de la gauche. En effet, le centre-gauche incarné par Walter Veltroni, à la tête du Pd, même s’il a été battu, a obtenu le plus haut score de son histoire : en 2006, l’Ulivo n’avait totalisé que 31,3% des voix. Le Pd s’est imposé comme le grand parti de la gauche et du centre-gauche. La gauche radicale incarnée par La Sinistra/L’arcobaleno n’a obtenu que 3% des voix (alors qu’elle totalisait plus de 10% des voix en 2006). Cette coalition de quatre partis (dont Rifondazione Comunista et les Verts) n’aura pas de représentants au Parlement. De même pour le Parti Socialiste Italien qui a obtenu 0,9% des voix. Pour la première fois de son histoire, le Parlement italien n’aura pas en son sein de représentants de la gauche historique. C’est la deuxième leçon qu’il faut tirer, simple et pragmatique : alors que le discours économique du Pd, axé sur la lutte contre la précarité, a su convaincre, les idées de la gauche radicale n’ont rencontré aucun soutien auprès des Italiens. Son projet de société est apparu totalement décalé avec les aspirations de la population. C’est un avertissement fort pour la gauche européenne et, en particulier, pour tous ceux qui, dans un PS en plein travail de rénovation, défendent idéologiquement l’ancrage à gauche. Le Pd italien l’a prouvé : seule la voix réformiste du centre-gauche est l’alternative viable à la droite.

 

 

Cependant, le Pd n’a pas réussi à dépasser la barre des 35%, objectif initialement prévu. Pourquoi ? Les raisons sont probablement multiples. D’abord, le Pd paye le fait d’avoir participé à la législatureprécédente : faire partie d’un gouvernement sortant est toujours un désavantage surtout quand des problèmes importants non résolus existent encore sur le territoire au moment de l’élection. Ensuite, la droite a été habile et n’a rien épargné au Pd et à Walter Veltroni : mensonges et menaces. D’un côté, Silvio Berlusconi accusant le Pd d’être le Parti Communiste Italien du XXIe siècle, d’un autre côté, Umberto Bossi appelant les Italiens à sortir les fusils en cas de défaite de la droite…

 

En outre, le Pd n’a pas complètement atteint l’objectif de conquérir l’électorat modéré. En effet, l’Union du centre a obtenu 5,5% des voix ce qui lui permet d’avoir députés et sénateurs. Ces voix qu’a prises l’Udc sont probablement celles qui ont finalement manqué au Pd pour faire la différence. Qu’en déduire ? Le Pd n’a probablement pas convaincu suffisamment l’électorat catholique modéré. À l’avenir, tout en respectant l’idée de laïcité, il faudra peaufiner le discours sur les mœurs qui a toute son importance en Italie. Mais tout cela ne saurait expliquer l’écart de voix entre la droite et la gauche. Le fait que la Ligue du Nord soit à 8% et l’extrême droite (incarné par le parti La Destra) à 2,5%, c’est-à-dire presque autant que la gauche radicale, est significatif. En effet, certains thèmes qui paraissent importants pour les Italiens ont été mieux exploités par la Ligue et l’extrême droite. L’Europe, le fédéralisme italien et l’immigration ont servi de terreau électoral pour les extrémistes. Le Pd a manqué de pugnacité dans son argumentation pour la défense de l’Europe dans un pays où le passage à l’euro est encore mal vu. Le sujet du fédéralisme a été totalement absent ce qui a laissé le champ libre à la Ligue qui a pu développer à souhait son discours inégalitaire concernant le fédéralisme fiscal. Enfin, le raccourci véhiculé par la Ligue et l’extrême droite, « présence des immigrés=chômage et insécurité » n’a pas été suffisamment démontée. Le Pd a manqué de répondant sur la question de l’immigration face à une droite adepte d’un discours volontiers nauséabond sur ce sujet.

 

 

Une dernière leçon doit être enfin tirée et devrait intéresser particulièrement le PS. Pour gagner face à une droite adepte du « tous les coups sont permis » une réelle force organisationnelle s’impose. Le choix d’un leader après des primaires nationales, non limités aux seuls adhérents du parti, est la première étape. Doit suivre immédiatement l’élaboration d’un projet qui doit offrir un programme économique clair et précis mais qui doit se différencier de la droite principalement sur des sujets comme l’immigration ou la sécurité. Leader et projet sont indiscutablement liés. Les petits compromis entre forces antagonistes internes doivent être écartés. En ce sens, le Parti démocrate italien a ouvert une voie réformiste et démocrate que le PS ne doit pas avoir peur d’emprunter, d’autant plus que la configuration politique française d’aujourd’hui n’est pas sans rappeler la configuration italienne d’il y a quelques années. Il faut dès à présent concilier les tenants de la tradition socialiste et les tenants du christianisme social. C’est cette voie-là que doit suivre le PS, c’est la voie du centre-gauche.

Diego Melchior

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Vu(e) d'ailleurs
Jeudi 17 avril 2008
Cela pourrait paraitre anodin dans le climat actuel au sein de la majorité... sauf que Chantal Brunel, députée UMP, vient également d'être nommée porte-parole de son parti il y a quelques jours. Après la "lâcheté" des parlementaires de sa famille politique et de son ministre de tutelle dénoncée par la nouvelle secrétaire générale adjointe de l'UMP, Nathalie Kocziusko-Morizet, rien ne va plus au sein même du gouvernement mais aussi du parti.

En effet, que fait Chantal Brunel sinon dresser un réquisitoire contre le paquet fiscal récemment voté par la majorité (par elle également) en mettant en avant la nécessité de la lutte contre les niches fiscales, notamment créées par le bouclier fiscal ?

Chiche ?




par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Questions économiques et sociales

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