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Lundi 15 octobre 2007

Prenez un sujet dans lequel la situation de la France se détériore actuellement. Vous avez effectivement l’embarras du choix. Vous aurez droit à une réponse du gouvernement, avec quelques variantes : c’est la faute de Jospin [et de son gouvernement] !

 

Le cas le plus emblématique est celui d’EADS. Un Ministre qui se déclare objectivement incompétent, un Président et un Premier ministre aux abonnés absents, un numéro 2 du gouvernement de l’époque « frère » (politique et pas biologique) d’Arnaud Lagardère et il ne faudrait pas s’interroger. Tout cela est du au « pacte d’actionnaires », évidemment signé par Lionel Jospin et Dominique Strauss-Kahn.

Rappelons que dans un pré-rapport, l’Autorité des Marchés Financiers (AMF) a établi des délits d’initiés caractérisés de la part des principaux dirigeants d’EADS qui auraient détenu des informations confidentielles sur les retards de livraison de l’A380 et auraient lever leurs options sur le stock d’actions qu’ils détenaient, juste avant que le cours de l’action s’effondre brutalement. S'il convient de laisser la justice faire son office, revenons sur plusieurs éléments du "dossier".


Pourquoi ce pacte d’actionnaires était indispensable et qu’il ne justifie en rien les délits d’initiés incriminés

 EADS.JPG

Ce pacte d’actionnaires précisément, revenons-y. En 2000, l’aéronautique mondiale est en pleine restructuration. Malgré de véritables efforts industriels, le développement de nouvelles gammes d’aéronefs (A320 puis A340), Airbus ne parvenait pas à dépasser son éternel concurrent Boeing. En outre, l’aéronautique européenne était complètement disloquée, à la fois entre ses branches civil et militaire, mais aussi entre projets concurrents. Si la mise en place d’EADS n’a pas tout réglé, elle a tout de même permis à Eurocopter de devenir le premier vendeur d’hélicoptères au monde et aussi et surtout à Airbus de dépasser Boeing en termes de livraisons d'avions pour la première fois de son histoire en 2004.

Faire ensuite croire que le pacte d’actionnaires tel que mis en place notamment par le gouvernement Jospin est responsable des échecs d’Airbus est alors d’un grotesque achevé. Ceci étant, ce pacte a bien entendu des limites. Pourquoi ?


Le gouvernement allemand ne souhaitait pas que l’Etat soit directement représenté au sein du Conseil d’administration d’EADS. Se garantissant toutefois un droit de veto dans les sujets sensibles (notamment au niveau militaire), l’Etat français de l’époque (autrement dit aussi bien M. Jospin que M. Chirac) a donc consenti à cet arrangement afin de consolider l’aéronautique européenne. Un refus de leur part aurait signifié que les Allemands allaient s’allier avec les Britanniques (BAE) pour constituer un projet concurrent. Ce pacte d’actionnaires répondait donc à un impératif de réalisme politico-industriel évident.   

 

Le fonctionnement actuel de EADS

L'Etat français, par l'intermédiaire d'une holding, la SOGEPA, et le groupe Lagardère sont liés par un premier pacte au sein de la SOGEADE qui regroupe les participations françaises. Chacun (l’Etat-SOGEPA et Lagardère) détiennent 7,5%. La SOGEADE est elle-même liée par un autre pacte d'actionnaires (le « Participation Agreement ») à DaimlerChrysler et à la SEPI (société holding de l'Etat espagnol).


Darkstream ?

 

DDV-NS.JPGSa première stratégie de défense (accuser Jospin) ayant fait pschitt comme disait l’autre, les plus hautes autorités de l’Etat ont hésité. Ils ont commencé par attaquer l’ancien directeur général de la Caisse des Dépôts et Consignations, Francis Mayer, qui a l’avantage… d’être décédé. M. Lagardère vient aujourd’hui de trouver le bouc émissaire par excellence : M. de Villepin. Il ne s’agit pas de défendre l’ancien Premier ministre mais simplement de rappeler plusieurs faits.

1. Le climat au sein de la direction d’EADS a été fondamentalement plombé non pas par le pacte d’actionnaires ou même par le management bicéphale franco-allemand mais bien par une rivalité purement franco-française. Pendant près de 2 ans (2003-2005), Noël Forgeard et Philippe Camus se sont livrés à une guerre sans merci pour prendre le contrôle d’EADS. Et c’est l’intervention directe du Président de la République de l’époque qui a réglé les choses. Etrange comme l’Etat peut avoir un pouvoir quand il le souhaite…


2.
EADS a été mêlé, bien malgré elle, au principal scandale politico-financier de ces dernières années, à savoir l’affaire Clearstream. Celle-ci, qui s’est transformée en affaire purement politique de guerre de succession au sein de la droite française, implique notamment Jean-Louis Gergorin, qui était, il y a un an et demi encore, vice-président du groupe EADS…


3. Aujourd’hui, Arnaud Lagardère déclare que Matignon, c’est-à-dire Dominique de Villepin, l’un des principaux protagonistes de l’affaire Clearstream, aurait eu en sa possession en février 2006 un mémo l’informant de la volonté de Lagardère de « vendre des titres EADS à la banque IXIS CIB en 2006 et de la possibilité qu'une partie soit rachetée par la Caisse des dépôts et consignations ». Alors que M. de Villepin reconnaît avoir vu cette note mais la distingue de l’opération de cession des titres à proprement parler, cela contredit les propos de M. Breton, Ministre de l’Economie et des Finances de l’époque qui précise avoir appris tout cela par la presse (ce qui avait paru au mieux... ridicule...).

 

On perçoit bien que du terrain économique, cette affaire a rapidement glissé vers les terrains boueux des guéguerres politiciennes les plus viles. On ne comprend plus grand chose dans cet embrouillamini. M. Lagardère déclare préférer être considéré comme « incompétent que comme malhonnête ». Au-delà du caractère grave de cet aveu, on paraît nager en plein délire. M. Lagardère nous explique qu’il serait tout à fait normal selon lui de privatiser les profits et de socialiser les pertes. C’est exactement ce qui s’est passé dans cette affaire. Quand M. Lagardère décide de quitter le capital d’EADS, c’est l'Etat, via la CDC, qui rachète les titres, pour un montant de 1,8 milliards d’euros. Un tiers, soit 600 millions d’euros, a été perdu en raison du délit d’initiés.

 

Un halo semble protéger M. Lagardère. Pour quelle raison ? Alors qu’il s’est déjà considéré « incompétent » et que la justice devra attribuer dans quelle mesure il a été malhonnête, il est incroyable de rappeler que M. Lagardère doit devenir dans les prochaines semaines président de la SOGEADE !

 

Il s’agit juste de finir sur ce constat établi par un député… UMP…, François Goulard : « Qui, en 2006, profite de l'opération de vente d'actions EADS? Arnaud Lagardère. Qui, en 2006, a de gros intérêts dans les médias? Toujours Arnaud Lagardère. Qui, en 2006, est le probable candidat de l'UMP à la présidentielle? Qui est un proche d'Arnaud Lagardère? ». Aucun commentaire supplémentaire ne semble nécessaire.


Au-delà des nuages

 

Au-delà de l’instruction qu’il conviendra de mener, cette affaire suscite toutefois deux questions politiquesA380-copie-1.JPG

1. Quand le rôle de l’Etat est essentiel

- La question de la capacité d’un acteur privé à être un actionnaire fidèle et sûr au sein d’une entreprise où l’horizon temporel est si lointain et les risques d’incidents de parcours dans l’organisation de la production si forts est posée. Le compétiteur Boeing qui vient de connaître des retards dans les lignes de montage du nouveau 787, ne survit à cette contradiction qu’en raison des subventions indirectes massives reçues chaque année par le gouvernement américain (estimées à 800 millions $ par an, uniquement dans la branche civile).

- En outre, lorsqu’on incrimine le pacte d’actionnaires, on met en avant non pas que l’Etat soit présent, mais précisément qu’il soit absent – directement – au conseil d’administration d’EADS. Le rôle de l’Etat au sein de ces secteurs stratégiques et par définition oligopolistiques en raison des coûts d’entrée sur le marché est donc essentiel. S’il est nécessaire que l’Etat revienne au sein du conseil d’administration, il serait indispensable qu’à l’initiative de la France, l’Union Européenne lance une offensive de clarification des règles d'intervention en la matière auprès de l’ORD (Organe de Règlement des Différends) de l’OMC.

 

2. Quand la collusion et l’endogamie exacerbées régnant au sein du capitalisme français sont générateurs de ce genre de confusions

- Comme le montre parfaitement Thomas Philippon dans Le capitalisme des héritiers, la France se caractérise par cette reproduction sociale particulièrement préoccupante au sein des élites dirigeants dans les entreprises privées. Le problème du pantouflage de certains hauts fonctionnaires doit aussi être posé et solutionné. Il est tout aussi incroyable de constater à quel point les assemblées générales d’actionnaires sont tant dépourvues de pouvoirs en France ;

- On se situe en outre dans un cas de figure encore plus grave où le Président actuel de la République est très proche de la plupart des grands patrons français. Il est donc invraisemblable que politiquement, Nicolas Sarkozy et son gouvernement continuent à évoquer une « dépénalisation du droit des affaires » alors que nous sommes face à un scandale financier majeur. Cela est d’autant plus incroyable que le droit français est pour l’instant particulièrement clément à cet égard, si l’on compare par exemple les dispositions prévues par la loi SOX (Sarbanes Oxley) aux Etats-Unis, votées après le scandale de l’affaire Enron…

 

Il y avait au moins un pilote dans ce… scandale

 

En raison de ses imbrications politico-industrielles, ce dossier est totalement nébuleux. Il serait incompréhensible qu’une commission d’enquête parlementaire, allant bien au-delà des auditions déjà effectuées par les deux Commissions des Finances du Parlement, ne soit pas lancée comme l'a réclamé François Hollande. Les mises en accusation contradictoires et politiciennes ne pourront finir par déresponsabiliser tout le monde.

Une entreprise comme EADS, fleuron français et européen a non seulement besoin de sérénité dans la concurrence internationale féroce face à Boeing mais aussi et surtout, ses salariés, concernés par un plan de réduction des effectifs (Power 8) inique méritent du respect et de la considération.  

Jonathan Gindt
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Opposition
Vendredi 12 octobre 2007

On glose souvent sur les investitures, les synthèses, les motions ou encore les congrès, parfois à juste titre. Mais on oublie souvent que tout cela est la condition du fonctionnement parfaitement démocratique du Parti Socialiste. Au-delà des limites évidentes de ce qui constituait une première, tout les observateurs ont d’ailleurs souligné le caractère démocratiquement incontestable des primaires organisées par le PS en novembre dernier, seul parti de France à l’avoir fait.


Face à cela, l’UMP est en progrès tout relatif, certains de ses candidats (même si cela ne leur porte pas toujours chance…) étant désormais, comme à Paris, désignés par les militants.

Vous avez dit "Mouvement" quoi déjà ?  


On pouvait alors se dire, au vu de la jeunesse et de la prétendue fraîcheur qui anime celui qui se réclame comme la « seule nouvelle formation politique française », qui porte en étendard, dans son propre nom, la revendication « démocrate », qu’il fasse de même.
Puisque ce parti nouvellement constitué prétend faire de la politique autrement, créer une « force politique nouvelle », qu’il le fasse en prenant le meilleur du fonctionnement d'un parti moderne !


Jean Arthuis (président du groupe UDF au Sénat) déclarait récemment qu’on ne « dirigeait pas un parti comme une secte » en visant explicitement ce qui ou est pas son parti, that’s [an other] question. Or, la façon dont le Modem vient de procéder au désignation à l’investiture des candidats aux municipales dans de nombreuses villes de France témoigne au contraire du caractère extraordinairement passéiste et anti-démocratique de sa démarche.


Dans ce qui est présenté comme une première vague d’investitures, c’est une « commission électorale nationale », composée de 12 membres, qui a procédé à la désignation de 41 têtes de listes, dont, rien que ça, la tête de liste aux municipales de Paris, bien entendu Marielle de Sarnez. Ajoutons à cela que, force politique nouvelle s’il en est, 17 candidats sur les 41 d’ores et déjà investis sont des sortants…

 

Outre que cette commission fédérale n’a pas de légitimité puisqu’elle n’a pas été désignée par les adhérents du Modem, elle est en contradiction avec l’exigence démocratique dont ne devrait s’affranchir aucun parti politique d’importance, d’autant plus s’il est aussi jeune que le Modem.

Alors, erreur de jeunesse ou récidive ? On se souvient à Paris de la façon dont Quitterie Delmas (voir son blog), pourtant excellentissime relais de la parole bayrouïste pendant la campagne présidentielle, avait été éjectée de l’investiture aux élections législatives dans le Xème arrondissement, le Modem préférant à la franchise de son engagement une manœuvre politicienne (la candidate finalement investie était un transfuge des Verts).


De nombreux adhérents Modem, qui en sont pour nombre d’entre-eux à leur premier engagement politique, ont réclamé l’organisation de primaires, notamment à Lyon ou à Marseille, où plusieurs candidats à l’investiture pour les municipales s’affrontent. François Bayrou a déclaré qu’il s’y « rendrait »… Pour rendre la justice divine ?

 

On ne peut pas comprendre qu’un mouvement politique qui se réclame comme le parangon de la modernité puisse adopter des méthodes aussi moyen-âgeuses. Cela illustre les difficultés d’un parti concentré autour de la figure d’une seule personne, dont l’anti-sarkozysme est l’unique marque de fabrique au niveau national mais qui n’hésiterait pas, au gré de ses envies princières, et sans consultation de la base, à s’allier avec des listes pourtant soutenues par… Nicolas Sarkozy.

Modem.JPGLe droit d'ingérence démocratique

Mais qu’est-ce qu’un militant PS vient donc faire dans cette galère ? N’a-t-il pas suffisamment à faire avec la rénovation de son propre parti avant d’évoquer les problèmes des autres ?


Tout d'abord, il semble que les militants d'autres partis se sont suffissament prononcés sur l'"avenir" du PS pour que nous puissions en faire autant.


En outre et surtout, il semble que si la parole était réellement donnée à la base militante du Modem, ce serait une ligne politique claire qui se dégagerait visant certes à proposer le maximum de listes indépendantes Modem au premier tour des municipales mais témoignant de sa cohérence au deuxième tour.


Il est effectivement assez rare d’écouter des adhérents Modem encenser le pouvoir national en place. Il est aussi assez peu commun d’entendre des « démocrates » souhaiter le retour du système Chirac-Tibéri-Panafieu à Paris ou du système Perben-Millon à Lyon…

L'illusion de la schizophrénie UMP

L’ « ouverture » fallacieuse menée par Nicolas Sarkozy a déjà suffisamment brouillé inutilement les cartes du jeu politique national transformé en théâtre des ambitions pour que cela ne se reproduise pas au niveau local. Il faut ajouter à cela que la trop forte « concentration des pouvoirs » dénoncée y compris par François Bayrou serait encore renforcée avec des maires UMP.

 

Comme le disait justement Azouz Begag pour Lyon, les villes, les départements (n’oublions pas les cantonales) sont désormais dotés de compétences qui leur permettent dans de nombreux domaines (éducation, insertion, logement…) de remédier aux politiques désastreuses menées par la majorité au pouvoir. Sans n'être que des laboratoires "anti-Sarkozy", ces collectivités territoriales pouraient toutefois éviter de n'être que des laboratoires pro-UMP. Comment imaginer qu’un élu UMP soit d’accord au niveau national avec une forme de politique qu’il ne mettrait pas en œuvre dans sa propre collectivité ?

 

En privant ainsi les jeunes adhérents au Modem de leur expression démocratique, de leur liberté (pourtant deux notions particulièrement revendiquées par eux), François Bayrou continue à ne dessiner qu’une seule perspective… la sienne.

 

Adhérents du Modem, un parti jeune, peu suspect de devoir encore ménager les susceptibilités d’édiles locaux, qui réclame en outre une « nouvelle voie », doit avoir cette exigence, cette cohérence. Soyez libres, soyez démocrates !  

Jonathan Gindt

 

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Campagne 2008
Mercredi 10 octobre 2007

DSCN0966-copie-1.JPGLe PS Sciences Po faisait sa rentrée hier. Une affluence à vous remplir Boutmy et Chapsal en même temps, mais nous n’avions que l’A13…

 

Au-delà des capacités de la salle, 80 personnes, pour la plupart nouvelles et nouveaux venu(e)s, ont donc montré pendant plus d’une heure et demi leur volonté de s’engager pleinement dans le travail de rénovation du Parti Socialiste mais aussi dans la campagne municipale qui s’annonce, notamment à Paris.



Qui a dit que le PS n’intéressait plus ? Qu’entre « sexy centrisme » et omni-sarkozysme, ce parti n’attirait plus ? Un démenti cinglant fut apporté hier soir.


Après avoir présenté la dynamique impressionnante de l'année écoulée
(désignation interne, campagnes présidentielle et législative mais aussi réflexion au sein des AG et des Ateliers du changement), le secrétaire de section et les membres du Bureau ont chacun présenté rapidement les chantiers en cours, esquissé des pistes nouvelles d’action et de réflexion.

 

La section PS Sciences Po, comme les autres sections universitaires, a la chance, tout en affirmant sonDSCN0998.JPG engagement militant, de ne pas être concernée directement et immédiatement par des enjeux de pouvoir. Nous ne sommes toutefois pas dans le monde pur des idées qui ferait de nous un think tank désincarné à l’extérieur du PS. Plus que jamais, nous affirmons notre plein attachement à notre Parti, notre fierté à observer son fonctionnement pleinement démocratique et notre entière volonté à participer aux futurs scrutins de désignation, notamment municipaux.

Notre Fédération, celle de Paris. Notre candidat aux municipales, Bertrand Delanoë.

Mais nous revendiquons dans le même temps la parité. La parité entre une action militante notamment dans l’objectif des municipales et, à sa modeste place, une contribution à la rénovation du Parti dans son ensemble.

 

Présents au lancement de campagne de Bertrand Delanoë à la Mutualité, de nombreux militants, Parisiens d’origine ou d’adoption, ont pu noter l’évolution incroyable, le lustre rendu à la Ville de Paris en près de 7 ans de mandature de gauche. Au-delà de ce bilan quasiment incontesté, ce sont aussi les nouvelles perspectives que dressent Bertrand Delanoë qui nous conduisent encore davantage à le soutenir. Notre pleine inscription dans la Fédération de Paris, démontrée tout au long des précédentes campagnes électorales, nous conduira bien entendu à s’activer pleinement et entièrement pour la victoire des listes du Parti Socialiste à Paris.

Rénovation, rénovation, rénovation.

DSCN0980.JPGLa rénovation, action toute aussi militante par excellence, est une exigence fondamentale. Comme l’a bien décrit Bastien, elle ne doit pas rester cette sorte d’« illusion performative ». La section était en quelques sortes précurseur puisque les Ateliers du changement sont précisément censés être les principaux outils de cette dernière. En raison de l’intensité des campagnes électorales et de la participation massive de la section à ces deux événements mobilisateurs d’énergie et de réflexion, tous les Ateliers initiés l’année dernière n’ont pu être menés à leurs termes. L’Atelier « Europe et services publics » a toutefois conduit à la mise en place d’un texte et d’une AG portant sur le sujet.


Mais chaque militant doit aussi s’approprier la rénovation. Lors de cette réunion de rentrée, l’assistance nombreuse a donc été sollicitée plus que jamais pour soumettre la création de nouveaux Ateliers thématiques ou encore de nouvelles orientations à donner aux Ateliers existants. La philosophie de ces Ateliers, qui se veut opérationnelle, c’est-à-dire visant à dépasser l’indispensable état des lieux idéologique pour entrer dans le vif des propositions a été exposée. Au vu de l’essentiel des thèmes proposés (Intégration, Institutions, Education, Communication du PS…), ce modus operandi semble avoir été avalisé de facto par les nombreux militants présents.


Toutefois, puisque la démocratie est la deuxième et inséparable exigence de la rénovation, l’ensemble des thèmes proposés hier en AG seront proposés au vote des militants. Les critères retenus pour la mise en place d’un Atelier seront assez clairs : nombre suffisant de militants souhaitant s’investir dans l’AG, ciblage assez précis des objectifs de l’Atelier… Encore une fois, la rénovation ne doit pas se contenter de discours et en venir aux actes.

Par ailleurs, et cela est tout à fait complémentaire, la section s’inscrit parfaitement, par l’intermédiaire du blog notamment, à entrerDSCN0990.JPG dans le processus de rénovation avalisé par le Conseil national du PS.
Concernant les trois principaux forums organisés en interne, la section y sera représentée autant que possible et plusieurs articles évoquent déjà le rapport du socialisme au marché et au capitalisme (ici ou ici), thème du premier Forum thématique. Nous invitons d’ailleurs l’ensemble des militants à s’investir sur ces trois sujets.

 

Enfin, la section a également travaillé au cours de l’été sur une tribune illustrant la méthode que nous revendiquions pour la rénovation. Cette tribune fera l’objet d’un débat au sein de la section, elle sera amendée et la signature de la section y sera apposée une fois qu’un consensus, et non une synthèse, se sera dégagé.


« On n’aime que l’exigence ».


Rénovation, débat d’idées, échanges permanents avec les sections territoriales, les sections universitaires (ENS, Sorbonne…), engagement militant dans les campagnes municipales… cette première AG a témoigné de l’alchimie particulière qui s’est créée au sein de notre jeune et pourtant si mature section. Fougue, innovation permanente et en même temps conscience à la fois des réalisations passées, de leurs difficultés, de leurs limites et de l’impérieuse nécessité de la traduction en actes de toute action militante.

 

Les synthèses et les ratiocinations nous ont fait trop de mal. Il est temps de tout se dire, de tout évoquer, de ne rien oublier dans nos différends pour les trancher et démontrer que l’essentiel nous rassemble. La première AG hier soir est un message de double exigence. A l’égard de nous-mêmes tout d’abord : sans gérontophobie ambitieuse mal placée, les jeunes socialistes que nous sommes ont une responsabilité particulière : c’est le Parti de demain que nous construisons, celui qui sera un opposant crédible mais aussi et surtout celui d’après-demain, celui qui doit nous mener à la victoire parce que notre seul but doit rester l’action, la transformation de la société par l’action gouvernementale. Une exigence vis-à-vis du Parti ensuite : les militants, les sympathisants ont soif de débats, d’idées. Nous en avons fait la démonstration hier soir de cette volonté, presque inconsciente ou sado-masochiste si l’on en croit la doxa médiatique dominante, de s’impliquer pleinement dans ce Parti qui est avant tout ce que les militants en font, de l’attraction que représente toujours (au-delà des qualités intrinsèques de notre section) le plus grand parti de gauche de France.

 

Le message d’hier soir était clair : plus nous serons nombreux, plus le PS se renouvellera, se diversifiera, travaillera sur le fond, plus les militants auront la parole, mieux celle du Parti sera entendue.


Espoir, exigence, changement. Ce sont les mots qui résument parfaitement cette première AG de rentrée
.

Pour l'ensemble du Bureau de la section PS Sciences Po, Jonathan Gindt
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Vie de la section socialiste de Sciences-Po
Lundi 8 octobre 2007

L’emploi indistinct des notions de marché et de capitalisme est monnaie courante dans le discours aussi bien de la gauche que du néolibéralisme. Pourtant, il y a une réelle ambiguïté voire une contradiction entre ces deux concepts. Lever cette ambiguïté doit être un défi pour les socialistes s’ils veulent se doter enfin d’une doctrine économique claire, enjeu central de la rénovation…

 

 

Marché et capitalisme : le piège d’une imposture

 

Dans un contexte marqué par la nécessité de la rénovation, un des points sensibles et le plus souvent mis en avant est incontestablement la clarification du discours économique de la gauche et notamment de son rapport au marché et à l’entreprise.Fernand-Leger-copie-4.jpg A la lecture de certaines publications, textes de réflexion ou déclarations, on peut pourtant être frappé par une ambiguïté récurrente : l’emploi indistinct des mots « marché » et « capitalisme » comme s’il s’agissait de deux synonymes qu’il serait possible d’amalgamer, tantôt pour les assumer, tantôt pour s’y opposer.

 

Or le marché et le capitalisme sont deux choses tout à fait différentes. Le premier renvoie à un mode de régulation fondé essentiellement sur la concurrence et – condition par excellence d’une concurrence effective – l’atomicité des acteurs. Le second se définit davantage comme un mode de propriété et un processus. S’il est particulièrement difficile à définir – François Perroux parlait du capitalisme et de ses innombrables définitions comme d’un « mot de combat » – le capitalisme renvoie essentiellement en réalité à la propriété des moyens de production par des acteurs privés qui cherchent à concentrer et accumuler du capital afin d’atteindre une taille suffisante pour occuper une position dominante sur un marché, se mettant ainsi à l’abri de la concurrence.

 

Le capitalisme rassemble donc deux éléments fondamentaux qui sont difficiles à distinguer tant ils sont liés : un mode de propriété et un processus de concentration et d’accumulation du capital aboutissant à la constitution d’entités économiques dont la taille est susceptible de remettre en cause l’atomicité des acteurs et d’engendrer inégalités et inefficacité.

 

La contradiction entre le marché, mode de régulation, et le capitalisme en tant que processus est ici aisément perceptible : le premier favorise l’innovation, la concurrence au profit du consommateur et est tout à fait compatible avec l’émancipation individuelle ; le second, par sa logique de concentration porte in fine de sérieuses atteintes à la concurrence, provoque des déséquilibres et, parce qu’il engendre un déséquilibre des rapports de force, peut être source d’exploitation et de domination. Il constitue en définitive une perversion de l’économie de marché.

 

Le contraste est alors saisissant et l’on voit mal d’où pourrait provenir une confusion entre ces deux termes. Il y a pourtant une relation entre capitalisme et marché. Le marché, loin de toute la perfection des théories microéconomiques de la fin du XIXème siècle, peut porter en réalité, s’il n’est pas régulé par la collectivité, les germes d’une dérive vers la concentration inhérente à la dynamique du capitalisme. La multiplication des déséquilibres entre acteurs, au profit d’entreprises qui dominent progressivement le marché peut le faire dériver vers une situation que Schumpeter, à la fin de son œuvre, avait admirablement décrite : une configuration dans laquelle se constituent des « technostructures économiques » aucunement incitées à innover.

 

Or, le discours néolibéral, depuis les années 1970, contribue à brouiller habilement le message en promouvant le capitalisme sous les traits de l’économie de marché.

 

Dupe des apparences et victime d’un discours économique condamnant ou se méfiant au moins du marché et du capitalisme indistinctement, la gauche est tombée dans le piège de cette imposture intellectuelle.

 

Il lui revient aujourd’hui de lever l’ambiguïté et d’affirmer haut et fort sa préférence pour un marché régulé, qui doit faire une place à l’intervention publique afin de le prémunir de toute dérive et déséquilibre qui en menaceraient le fonctionnement et l’esprit même. Cette vision implique une reconnaissance de la légitimité des politiques de concurrence[1], à condition qu’elles n’empêchent pas les synergies nécessaires à la politique industrielle et qu’elles adoptent la maximisation du surplus du consommateur comme critère de référence.

 

En revanche, cette adhésion au marché, n’est pas une adhésion au capitalisme, au contraire : c’est parce que nous sommes attachés au marché que nous voulons combattre les risques de dérives que peut comporter le capitalisme. Nous adhérons au marché, contre le capitalisme en tant que dynamique tendant à la perversion de l’économie de marché. En effet, si, par opposition au communisme, nous privilégions la propriété privée des moyens de production, nous combattons les abus de position dominante qui serait source d’inégalités et d’inefficacité.

 

La gauche doit donc prendre garde de ne pas, à la hâte et pour satisfaire aux simplifications du discours journalistique en période de rénovation, dire qu’elle assume indistinctement un attachement au marché et au capitalisme sans lever cette ambiguïté.


Pour une approche pragmatique du marché

La reconnaissance de l’efficacité du marché comme mode d’allocation des richesses ne signifie cependant pas que sa logique soit légitime dans tous les secteurs. S’il ne fait pas de doute que des entreprises privées peuvent être investies de missions de service public, la privatisation de certains secteurs pose question.

D’un point de vue purement économique, l’ouverture à la concurrence du secteur de l’énergie centraleEDF-copie-1.jpgest-elle réellement porteuse d’une plus grande efficacité, sachant qu’elle entraînera inévitablement la transformation d’un marché monopolistique en un marché oligopolistique ?
Compte tenu de la lourdeur des infrastructures nécessaires, il est en effet inenvisageable que plus de trois entreprises se partagent le marché français. Or l’oligopole incite inévitablement les opérateurs à s’entendre sur les prix et ce au détriment du consommateur, comme le montrent les ententes dans le domaine de la téléphonie mobile (sur les tarifs des SMS ou des communications internationales par exemple). Mais il y a plus. Pour les socialistes, l’accès à l’énergie constitue un droit fondamental qui peut légitimer un contrôle des prix. En outre, ce secteur est aujourd’hui au cœur de considérations géopolitiques et le marché du gaz est particulièrement vulnérable aux caprices de la Russie, ce qui incite plutôt à conserver un opérateur unique, afin de peser davantage dans les négociations avec Gazprom.

Mais il existe d’autres secteurs dans lesquels il peut être utile, voire vital de préserver des opérateurs publics, en situation de monopole ou de complémentarité avec les acteurs privés
. On peut penser par exemple aux secteurs de l’éducation ou de la culture. Si l’on ne peut que se réjouir de la diversification de l’offre générée par l’ouverture des ondes et des canaux télévisuels, l’existence de chaînes de radio et de télévision publiques a vocation à assurer des missions complémentaires, pédagogiques, culturelles et non soumises à des impératifs de rentabilité. Et elle y réussi, au moins partiellement.

Loin de tout dogmatisme, il importe donc de débattre librement du champ et des modalités de l’intervention de l’Etat.
Après avoir redéfini dans un premier temps les missions d’intérêt général au regard des besoins et des attentes actuelles de nos concitoyens, le débat politique devra déterminer ensuite si ces objectifs peuvent ou non être atteints par des acteurs privés évoluant sur un marché concurrentiel. Pourtant, trop souvent, le débat reste bloqué car ces deux  temps de la réflexion sont confondus, la deuxième étape constituant dans beaucoup d’esprits un préalable.

 

De même, reconnaître l’efficacité de la régulation par le marché ne signifie pas que la planification doive être systématiquement vouée aux gémonies. En effet, les marchés répondent souvent à des logiques court-termistes et ne sont pas nécessairement à même d’assurer les investissements nécessaires pour faire face aux grands défis de demain (réchauffement climatique, économie de l’innovation, sauvegarde de la diversité culturelle, etc). Que ce soit dans le domaine de la politique industrielle, de l’environnement ou de la culture, le politique reste donc pleinement légitime pour fixer des orientations de long terme et veiller à leur mise en œuvre, par des acteurs tant publics que privés.

 

La distinction entre les notions de marché et de capitalisme est donc particulièrement importante et surtout féconde en réflexions sur des thèmes tels que la politique industrielle ou l’environnement. Elle doit constituer pour la gauche la matrice et l’armature d’un discours économique sans ambiguïté, assumé, capable de voir dans un marché régulé un instrument possible au service de ses objectifs.

 

Sandra Desmettre et Bastien Taloc


[1] C’est, de ce point de vue, toute la difficulté et l’ambiguïté de l’action de la Commission européenne, perceptible dans son Livre blanc de 1994 sur la compétitivité : politique de concurrence ou promotion de « champions industriels » au nom de la compétitivité européenne ? La voie est étroite.

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Rénovation
Dimanche 7 octobre 2007
Comme le journal Le Monde l’annonce : « le MPF revient dans la maison UMP ». Le Mouvement pour la France de Philippe de Villiers négocie des alliances avec l’UMP en vue des prochaines élections municipales et cantonales.

L’objectif de la manœuvre : conserver les villes et cantons que le MPF a déjà conquis, et obtenir 500 places de conseillers municipaux.

De-Villiers.JPG Parmi les territoires stratégiques, on trouve la ville d’Orange et le canton Orange ouest du département de Vaucluse, dont le maire et conseiller général n’est autre que Jacques Bompard. Le MPF vise également la ville de Bollène, située dans le nord du département provençal, à la tête de laquelle la femme de Jacques Bompard se verrait bien.

En tant que Vauclusien, natif d’Orange, et ancien stagiaire au Conseil général de Vaucluse, je ne connais que trop les époux Bompard, tous deux conseillers généraux. Ils ont gagné leurs sièges sous l’étiquette Front National, et n’ont quitté le parti de Jean-Marie Le Pen pour celui de Philippe de Villiers non pour des raisons idéologiques mais pour des raisons personnelles. Jacques Bompard notamment souhaitait avoir une place plus importante dans le mouvement que celle que lui proposait Le Pen. Villiers a su lui offrir un poste à la dimension de ses ambitions.

Les Bompard ne sont pas de droite. Ils sont clairement à l’extrême droite. Tant dans leur rhétorique que dans leur pratique du pouvoir, ils se montrent xénophobes, populistes, démagogues. Les électeurs vauclusiens en sont pleinement conscients. Et lorsque l’extrême droite recule, comme ce fut le cas lors des élections présidentielles de 2007, Jacques Bompard est en difficulté. Ainsi lors des élections législatives dans la circonscription du nord Vaucluse, il n’a pas été en mesure de se qualifier pour le second tour, qui a vu s’opposer l’UMP et le PS. Le candidat de l’UMP, réélu député, n’était autre que … Thierry Mariani, auteur du fameux amendement sur les tests ADN pour les candidats au regroupement familial ! Le monde est petit.

Jacques Bompard aurait donc pu être en difficulté lors des prochaines élections municipales, même si je pense qu’il aurait été réélu maire dans tous les cas, tant l’extrême droite est implantée dans la ville, et tant les oppositions de droite (laminée par une affaire de mœurs) et de gauche (très mal implantée) sont faibles. Il ne le sera que plus facilement.


L’UMP montre là que l’ouverture ne concerne pas que les personnalités de gauche en manque de reconnaissance. Elle concerne également l’extrême droite. Non seulement Nicolas Sarkozy et sa majorité courent après l’extrême droite sur le terrain des idées, mais ils recherchent même l’alliance pure et simple.

Les élus et militants de l’UMP sont souvent prompts à dénoncer l’archaïsme du PS et son manque de « modernité ». Il est certain que la modernité réside bien dans l’alliance avec le vicomte de Vendée et son mouvement extrémiste, antieuropéen et réactionnaire. 

Adrien Brun
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Point de vue militant

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