à partir de 19h00 en amphi Leroy-Beaulieu (dernier étage, 27 rue Saint Guillaume) à la conférence :
une exception française ?
Pour débattre, retrouvez :
Jérôme Cahuzac
Député PS du Lot-et-Garonne
Membre de la commission des finances de l'Assemblée nationale
Jérôme Chartier
Député UMP du Val d'Oise
Membre de la commission des finances de l'Assemblée nationale
Jean Arthuis
Sénateur (ex-UDF et ex-Modem) de la Mayenne
Président de la commission des finances du Sénat
Conseiller de Paris - 5ème arrondissement de Paris (Avenir démocrate)
Ancien conseiller économique de François Bayrou
On prend un peu de recul et on revient 10 mois en arrière. On nous expliquait alors que la victoire de Sarkozy était large, que la gauche et le PS en particulier étaient atomisés, que son génie tacticien n’avait d’égal que son aptitude stratégique, que la majorité était soudée autour de l’homme providentiel.
Cette semaine, on a assisté, mi-pantois, mi-consterné, au résumé de tout ce qu’est le régime sarkozyste (la "chienlit au pouvoir", comme l'a habilement résumé Marianne). Mensonge,
improvisation, cafouillage, incompétence caractérisée parfois : le chef de l’Etat, le gouvernement et les parlementaires de la majorité démontrent chaque jour leur quasi-incapacité à gérer
un pays.
Revenons sur quelques événements, de manière chronologique (pas tous, ce serait trop long) qui démontrent ce que nous avions écrit à plusieurs reprises.
La flamme du gouvernement est éteinte depuis longtemps
Peu importe ce que l’on pense sur les Jeux Olympiques de Pékin et la position à adopter, mais de facto, qui peut accepter le spectacle navrant de la traversée parisienne de la flamme olympique ? Comment le gouvernement français, qui a géré cette opération pilotée par la préfecture de police, a-t-il pu accepter qu’un vice-Ambassadeur et des officiers de sécurité chinois fassent la loi sur le sol de la République ? Que cette même « clique » pour reprendre les termes qu’ils utilisent à l’encontre du Dalaï-lama, soient autorisés à éviter totalement le passage par l’Hôtel de Ville ?
Le gouvernement n’a pas su gérer cette situation. On peut d’ailleurs défier quiconque d’exposer de manière claire la position officielle de la France à ce sujet. Entre les habituelles stratégies à 3 temps de Rama Yade sur les fameuses « conditions »(1 : je fais une déclaration tonitruante ; 2 : j’atténue mes propos voire je conteste le fait de les avoir prononcés ; 3 : je dis l’inverse), les déclarations toujours très fines de Bernard Laporte et celles de Bernard Kouchner sur les « amis chinois », que faut-il comprendre ? Tout cela sent déjà le (mauvais) réchauffé (la visite de Kadhafi) et démontre une fois de plus que la diplomatie française, seule rescapé des années Chirac, est devenue un champ de ruines.
La prime à la
lâcheté
Quand elle déclare que Borloo est « lâche » et que Copé ne « tient pas ses troupes », qui peut la contredire ? Personne n’a plus vu le soi-disant super-Ministre de l’Ecologie depuis son plongeon à Bali et les couacs incessants à l’Assemblée ne semble pas déranger l’archi-cumulard qui rêve déjà de 2017. Mais surtout, NKM s’était, ô scandale, remise à la « sagesse » des parlementaires lors du vote de l’amendement Chassaigne (député PCF) sur la protection des territoires AOC des exploitations OGM. L’UMP demande sans cesse à l’opposition d’être « constructive », mais refuse de l’être quand un amendement tout à fait recevable est acceptée par une Ministre !
NKM a du malheureusement pratiquer ensuite la valse bien connue de Rama Yade, tout en étant punie de voyage et de questions au gouvernement. 78% des Français partagent sa position, mais c’est bien connu, les sondages n’engagent le gouvernement que lorsqu’ils lui sont favorables (autrement dit, assez rarement ces derniers temps…).
Et dans le jeu des 7 familles
d'erreurs, je veux la carte "nombreuse" !
Dans le cadre de la pagaille autour de la carte "Familles nombreuses", on atteint le niveau
du cas d’école, des couacs en série qui pourraient faire l’objet du contre-exemple parfait de processus de décision et de communication gouvernementale. Mais cet exemple est loin d’être anecdotique, tellement il révèle nature-même de la pratique du pouvoir sarkozyste.
Il n’est peut-être pas nécessaire de revenir sur les dizaines de déclarations contradictoires (Morano,Bussereau, Fillon, Copé…) sinon de rappeler quelle est la source de cette pagaille, autrement dit le chef de l’Etat lui-même. Dans un discours lénifiant, il avait indiqué vendredi 4 avril 166 mesures dites d’économie (comprendre, pour ceux qui ont bien lu les prescriptions du livre de Copé : rigueur).
La SNCF a du coup insisté sur le fait qu’elle devrait revoir cet engagement, avant que le bal des Ministres incompétents déclarent tout et son contraire et que le chef de l’Etat lui-même revienne (sur une mesure, qui rappelons-le, pour être symbolique, ne représente qu’un engagement financier de 70 millions €…) sur cette question.
Plus généralement, c’est toute la logique de la RGPP qui est remise en cause. Le pilotage de cette réforme a effectivement été confié à un cabinet au fonctionnement occulte autour de Claude
Guéant et du directeur de cabinet de Fillon notamment. Les Ministres, l’entreprise concernés et ne parlons pas des parlementaires ont été complètement mis à l’écart. Au bilan, déjà une
prétendue réforme bien mal en point.
Les exemples seraient encore nombreux. Rappelons le mensonge d’Etat au sujet de l’usine de Gandrange ou la pantalonnade pathétique de la politique africaine de la France (déjà dénoncée par
Nicolas Brien ici) et qui pose une fois de plus la question de l’honneur qui peut rester à Jean-Marie Bockel.
Chaque socialiste ne pouvait et ne souhaitait en demander tant. Nous devons, comme nous aurions du le faire lors des campagnes nationales de 2007, insister sur une chose : l’incompétence, la désinvolture, le dilettantisme d’une majorité fatiguée qui en 2012 a largement pris le pas sur toute tentative de discours et encore plus de volonté d’action structurés. Le discrédit – aussi rapide qu’inédit – de l’équipée sarkozyste risque toutefois de rejaillir sur l’ensemble des hommes et femmes politiques. Voilà pourquoi, la constitution d’une alternance crédible n’est pas nécessaire, elle est indispensable.
Il y a 15 jours, le collectif "Ni pauvres, Ni soumis" organisait une grande journée de manifestations pour augmenter l'AAH, allocation adulte handicapé. 30 000 personnes se sont réunis, dont 2000 personnes en fauteuils roulants, pour dénoncer les conditions de vie inacceptables des malades. 628 euros par mois! Voilà le montant qu'ils perçoivent chaque mois... Bien en dessous de seuil de pauvreté.. Avec ces 628 euros par mois ils doivent aussi payer leurs frais médicaux, car le montant de l'AAH est supérieur à celui retenu pour bénéficier de la CMU, couverture maladie universelle, gratuitement.
Il n'est pas possible aujourd'hui d'accepter cette situation, et l'augmentation de 5% proposée par M. Sarkozy ne va absolument pas régler le problème! Il faut un vrai revenu, quasimment égal au SMIC! C'est la seule condition pour que les personnes handicapées puissent en même temps vivre décemment et se soigner...
Même Roselyne Bachelot a déclaré que 4 euros par mois pour des personnes en difficulté, c'était "lourd". D'autant qu'à cela, se rajoutent les 1 euros non remboursés sur chaque acte médical... Quand on se rend chez le médecin deux fois par an, cela ne pose aucun problème, mais quand une infirmière vient chaque jour à votre domicile, faites le calcul, cela revient très cher. Et encore une fois, ce sont les malades qui paient pour les malades...
Manifestations récurrentes, grèves de soins... Que faudra-t-il faire d'autre pour que le gouvernement prenne les mesures nécessaires et non pas symboliques pour aider les personnes en difficultés? Plutôt que de supprimer la publicité sur les chaînes publiques, ce qui va coûter cher si on veut garder un certaine qualité de programme, d'autres réformes sont nécessaires! C'est maintenant qu'il faut agir!
Devenu depuis peu une espèce en voie de disparition, le secret des sources des journalistes sera ajouté prochainement à l'article 2 de la loi de
1881 sur la liberté de la presse. Les juges amateurs de safaris anti-journalistes n'ont qu'à bien se tenir, le soldat Dati est envoyé en mission commandée avec un beau projet de loi,
bancal comme on les aime (voir le texte sur le site de l'Assemblée).
On peut donc s'étonner de cette soudaine passion du Président de la République pour le secret des sources des journalistes. Mais en observant de près le projet de loi concocté on remarque que ce texte porte en réalité un certain nombre d'atteintes au secret des sources voire à l'intégrité de la profession de journaliste.
Tout d'abord, les juges pourront contourner le secret des sources en cas de "crime ou délit grave". Non seulement on apprend au passage que dans l'esprit de Madame Dati il peut exister des crimes qui ne sont pas graves, mais on sait désormais que les juges peuvent, sous couvert de "sureté nationale", se permettre d'attenter aux libertés fondamentales que sont le respect du domicile et du respect des biens.
Et Dati s'empresse d'ajouter: les documents saisis sont toutefois soumis à l'arbitrage du juge des libertés car en cas de contestation, le document incriminé est placé sous scellé, et ne peut être restitué au journalistes que si le juge des libertés donne raison à ce dernier. Là encore, nouvelle entourloupe: un juge du siège a t-il l'habitude de contredire un autre juge du siège ?
Ignorance crasse ou cynisme d'Etat, cette loi annonce un nouvel épisode de la démocratie en Sarkozie: là où une inscription du pluralisme de la presse dans la Constitution est exigée par les socialistes, Sarkozy répond par un texte issu directement de ses mésaventures personnelles avec les derniers survivants du journalisme d'investigation français.
Nicolas Brien




