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Mardi 6 novembre 2007
Du fond ...

Il y a quelques mois, après la défaite aux législatives, lefantome.jpg PS a mis en place un "shadow cabinet"  sous la coordination de J-M. Ayrault, A. Montebourg et  de P. Martin. Ayrault récuse cette appellation (est-ce parce qu’il aurait préféré celle déjà prise, de Shadok Wabinet?). Il s'agit en tous cas d'une équipe de députés (peu éléphantesques) du PS chargée de mener l'opposition non seulement en dénonçant les injustices et insuffisances de la politique gouvernementale, mais aussi de proposer des solutions alternatives.
 
L'initiative est louable. Elle apporte même un bol d'air au fonctionnement de l'opposition,  puisqu'elle est la 2e
expérience de ce type en France (40 ans après la première). L'opposition socialiste pourrait ainsi, selon les mots de M. Ayrault, être "plus lisible, plus intelligible, plus efficace".                


... mais trop peu d'audibilité ...

Ce cabinet fait, sans nul doute, son travail. Mais la création du shadow cabinet, ne le cachons pas, était aussi un coup médiatique pour relancer l’intérêt autour du PS après la défaite. Or, l’équipe de ce gouvernement fantôme reste très inaudible. Essayez donc de retrouver une intervention de ses membres sans faire une recherche par nom et sujet sur internet. Sans parler de la presse, où la "dynamique d'opposition nouvelle" est peu sensible.

De la même  façon, les permanents du Parti font un important travail de fond, tout comme les collaborateurs des élus.  L'un de ces collaborateurs était à l'honneur dans l'hebdo des socialistes de la semaine dernière. Mais leur travail est difficile à identifier pour le citoyen, même intéressé par la politique, ou le militant, même bien impliqué. Même le visionnage intégral des séances de questions au gouvernement (exercice aride s'il en est) reste peu enrichissant dès lors que l'on veut être précis, incisif, analytique et porteur de changement.

d--perdition.pngSouvent, ce qui ressort, ce sont des versions édulcorées, pastellisées, simplifiées au point de ne plus être, parfois, une argumentation mais des séries d'assertions parfois hasardeuses. L'exemple du budget est intéressant. Qui peut croire, par exemple, que la position socialiste se résume à ce que l'on peut trouver sur une page du groupe parlementaire, de l'hebdo (même s'il contient parfois des argumentaires intéressants), ou du site du parti?

Etre audible, c'est aussi disposer de canaux de communication structurés, hiérarchisés, ou chacun pourrait trouver de quoi nourrir sa réflexion, son opposition, son solutionnement des problèmes. C'est être encore plus transparents, pour conférer aux idéaux de notre parti une dynamique et un sérieux que les militants et les citoyens y cherchent trop souvent en vain, doutant alors de l'existence même de ce travail pourtant réalisé.

... faute, somme toute, de peu de chose !

Il est évident que cette approche pose d'importants problèmes.

Hiérarchisation, par exemple : internet étant un mode d’information que l’on peut nourrir lus facilement qu’un média traditionnel, comment l’utiliser ? Faut-il nourrir plus les sites des groupes parlementaires? Etoffer celui du Parti? Créer un site web du "shadow cabinet"?

Ou encore légitimité : les membres du "shadow cabinet" peuvent-ils engager le parti, ou vont-ils être (comme trop souvent au PS) soupçonnés de prêcher pour un courant? quel est le rapport entre le bureau national, le premier secrétaire, et le "1er ministre fantôme" Ayrault, ou d'autres (cf, déjà, les présidentielles de 2012)?

Sans parler de ce que d'autres partis, avec leur unité de façade, sont au moins aussi divisés que les socialistes, ou que certains disposent d'un temps de parole disproportionné en raison de leur affranchissement des pratiques. Etc.

Il est grand temps, cependant, que le PS parvienne à réellement clarifier son discours, à insister sur ce qui unit ses membres, l'essentiel, et non ce qui les divise, plus accessoire malgré parfois l'importance des divergences.  Qu’il sache montrer son sérieux, son unité, sa volonté de rendre la vie des gens plus simple et plus juste.

On n'est jamais aussi bien battu que par soi-même !

Faute de quoi les raisons de fond de notre opposition continueront d’être ignorées d’un trop grand nombre de nos concitoyens. Faute de quoi nos propositions ne pourront les toucher en temps utile. Faute de quoi l’image de notre parti risque de continuer à se dégrader. Faute de quoi, aussi, nous ne pourrons, au plan national, pas espérer grand-chose de plus qu’un faux pas communicationnel de l’UMP.

« Ce n'est qu'en essayant continuellement que l'on finit par réussir. Autrement dit : plus ça rate, plus on a de chances que ça marche. » Le PS sait bien que ce n’est pas vrai. Pourquoi semble-t-il pourtant se conformer à cette maxime de Shadocks abîmés suite à une tempête dans un verre d’eau électorale ?
« On n'est jamais aussi bien battu que par soi même » : la voilà, la vraie maxime à méditer chez nous.

shadok-battu-soi-meme.jpg
Pendant ce temps là, le gouvernement en applique une autre : « si ça fait mal, c'est que ça fait du bien. » A qui donc ?


Néel Travers
 
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Point de vue militant
Lundi 5 novembre 2007
Voici la traduction (faite par un militant dévoué) d'un article paru dans le South China Morning Post, dans son édition de jeudi dernier. Il a été rédigé par U Gambira et Ashin Nayaka
U Gambira est le pseudonyme de l'un des dirigeants de la All Burma Sangha Coalition. Ashin Nayaka est fondateur de la Société missionnaire bouddhiste.


"L'ordre religieux des Bonzes a été une vitrine de la Birmanie depuis que le Bouddhisme y a été introduit il y a plus d'un millénaire. Pour un Bonze, s'impliquer en politique ou tenir un discours politisé est interdit par le code éthique du bouddhisme theravâda. Mais aujourd'hui, en Birmanie, cette philosophie spirituelle - fondée sur les principes de compassion et de non-violence, assume des champs d'action inattendus, de défiance et de récalcitrance: Les Bonzes contestent l'hégémonie de la junte militaire qui dirige notre pays. Bonzes-birmans.JPG

En tant que Bonzes, nous souhaitons soulager les douleurs quand nous les voyions. Nous ne pouvons pas ignorer les souffrances de notre peuple. Nous avons formé la coalition des Sangha quand nous avons vu que les Bonzes du pays étaient unis. Et ce ne sont pas les seuls. Quand nous avons commencé nos marches pacifiques pour le changement, étudiants, jeunes, intellectuels et gens ordinaires nous ont rejoint dans les rues.

Nous pensions que nous pouvions obtenir le soutien de certains généraux - eux-mêmes Bouddhistes - afin qu'ils nous rejoignent dans nos revendications pour moins de souffrance. Au début, nous leurs avons montré notre rejet des règles militaires en refusant leur aumône. 

Nous n'avons pas perdu notre tendre affection pour les soldats ordinaires, ni même pour les leaders qui leurs ordonnent de brutaliser la population. Mais nous voulions les encourager au changement pendant qu'il en est encore temps. 

Nous savons que certaines personnes dans l'armée et dans les organisations proches du régime sont hésitants à utiliser la violence contre les Bonzes. Certains soldats, qui avaient recu l'ordre de nous battre et de nous arrêter ont refusé car ils ne comprenaient pas pourquoi ils devaient agir ainsi.

Nous avons espéré créér un chemin différent de celui des chefs militaires, une route pour commencer un véritable dialogue avec les leaders de la population, pour l'unité de la nation. Mais cet espoir fut de courte durée. Le régime traque désormais tous ceux qui particient aux manifestations et commet d'innomables actes de violence.

Ils ont attaqué des monastères, arrêté des Bonzes et des Soeurs par la force. Nous avons entendu des témoignages selon lesquels des manifestants blessés auraient été enterrés
vivants dans des tombes massives ; et des rapports ont confirmé que des corps ont été engloutis dans des canalisations à Rangoun. 

Le général brigadier Kyaw Hsan, un représentant des militaires, a récemment déclaré a l'envoyé spécial des Nations Unis, Ibrahim Gambari, que les manifestants dans la rue n'étaient pas des Bonzes mais des escrocs. Pourtant nous sommes des milliers de Bonzes, tous authentiques qui manifestons pour la paix. 

La junte veut que le monde croit que le soulèvement est terminé. Mais nous pensons au contraire que ce soulèvement marque le début de la fin du regne militaire sur notre pays. 

Le gouvernement militaire fera tout pour rester au pouvoir. Mais leurs actes de violence doivent etre montré au reste du monde. Peut-être pourront-ils encore pour un temps contrôler les rues et les monastères, mais ils ne pourront jamais dominer nos coeurs et notre détermination".  

 

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Questions internationales
Dimanche 4 novembre 2007

Compte tenu du long week-end de la Tousssaint, la semaine politique a été moins longue qu’à l’accoutumée. Malheureusement, cela n’a pas permis au pouvoir en place de limiter les bévues, voire les fautes graves. L'amateurisme, l'à peu près, semblent être les marques constantes du gouvernement actuellement en place. Toutes ses actions sont marquées de ce sceau : l'incapacité à négocier de Rachida Dati compensée par un autoritarisme et un clientélisme sans bornes, l'absence de maîtrise de ses dossiers par Christine Boutin la conduisant à rejeter l’ « agitation médiatique » des associations du droit au logement tout en ne s’agitant pas beaucoup pour faire avancer les choses, si ce n’est en… médiatisant le déplacement bidon de son Ministère à Lyon…  Ajoutons à cela que Nicolas Sarkozy s'est joint à ce joyeux concert de n'importe-quoi cette semaine en déclarant devant des cheminots médusés la chose suivante :

 

 


Précisons que le problème des décotes est le principal point de friction dans les négociations menées depuis près d'un mois et que le Ministre du Travail Xavier Bertrand clame qu'il ne veut pas les remettre en cause...

Mais à cette incompétence généralisée s'est ajoutée cette semaine une autre forme de caractéristique du pouvoir actuel : la décomplexion totale, jusqu'au mauvais goût, de ce que certains éditorialistes ont qualifié de droite "bling-bling".


1. Tout devient possible, même gagner plus... mais pas ensemble !

Il ne s'agit pas de verser dans le poujadisme. Depuis plus de 10 ans, le député de l'Aisne René Dosière (PS) mène un combat sans relâche pour que le budget de la présidence de la République soit clarifié. Pour l'instant, les choses sont tout sauf claires dans la mesure où la prise en charge du personnel de l'Elysée est très largement effectuée par les Ministères d'attache des collaborateurs du Président. La volonté de clarifier la situation doit être saluée, ainsi que celle de faire contrôler le budget de la Présidence de la République par la Cour des Comptes, comme cela se fait dans la plupart des pays de l’OCDE auxquels la France aime tant se comparer. On peut aussi comprendre que la rémunération ancienne du président de la République n’était pas assez Palais-Elys--e.JPGélevée au regard de celles du Premier ministre (quasi emploi fictif désormais) ou d’un secrétaire d’Etat.


Mais tout d’abord, on observe que cette hausse de la rémunération présidentielle se fait vers le haut (19 000 Euros bruts mensuels), c’est-à-dire vers le niveau de la rémunération de la chancelière allemande (21 000 Euros bruts mensuels), très loin du niveau de la rémunération du premier ministre espagnol (7200 Euros bruts mensuels) et plus largement de la moyenne européenne autour de 12 000 Euros.

En outre, au-delà de la rhétorique umpiste insupportable (comparant le chef de l’Etat à un joueur de football ou à un présentateur télé... dixit la toujours sémillante députée Nadine Morano), cela correspond-il à une vraie clarification ? Si la chancelière allemande dispose d’une rémunération aussi élevée, c’est que cette dernière n’est ni logée ni nourrie par l’Etat allemand. Elle prend par ailleurs en charge ses déplacements personnels, comme le général de Gaulle le faisait. La faible rémunération du Président français était largement compensée par les avantages en nature nombreux dont bénéficie le chef de l’Etat (six résidences officielles, avion, voitures…). Nicolas Sarkozy n’a pas du tout clarifié cette situation qui crée un trouble profond et laisse à penser qu’une sorte de monarchie républicaine perdurera, couplée en outre à un rapport décomplexé avec l’argent… du contribuable.  

Le message politique (une augmentation de 140% du salaire présidentiel), au-delà de la question de la légitimité de la mesure, est donc particulièrement problématique : était-ce une urgence nationale, une injustice insupportable au moment où la question du pouvoir d’achat et des inégalités salariales est la priorité essentielle de l’ensemble des Français ? L’exemple donné par Nicolas Sarkozy n’est-il pas étrange au moment où l’on explique que les marges de manœuvre budgétaires, toutes proportions gardées, n’existent pas pour pallier la hausse du coût de la vie ? Au moment où l’on parle de réforme de l’Etat ? Rappelons qu’au cours de la campagne présidentielle, Ségolène Royal avait pris des engagements très clairs en matière de « pratique du pouvoir ». Il s’agissait, précisément, de donner l’exemple.

2. Le contre-exemple par excellence : le sens de l’Etat prend le maquis en Corse

Au-delà de la spécificité du "dossier corse" évoquée par Jean-François Giunti ici, on est abasourdi à plusieurs titres du contre-exemple absolu donné par l’orgaCRS.JPGnisation d’un « Conseil des ministres décentralisé » à Ajaccio cette semaine.

- Un contre-exemple de saine gestion publique : 2600 agents des forces publiques mobilisés, ce qui représente 1 policier pour 35 habitants, plusieurs quartiers d’Ajaccio inaccessibles tout au long de la journée… le coût de cette opération de communication est absolument pharaonique, le gouvernement pourtant décomplexé avec l’argent quand ça l’arrange, n’a même pas donné de chiffres à cet égard ;

- Un contre-exemple environnemental criant : 2 Airbus présidentiels mobilisés pour transporter le Président et 26 Ministres, plus d’une vingtaine de vols en tout afin de permettre le déplacement des collaborateurs… sans parler des cortèges de voitures qui ont généré au minimum 2000 tonnes équivalents CO2 dans l’air, soit la consommation de 2000 Français pendant un an. C’était tellement visible après le pseudo-succès du Grenelle de l’environnement que Jean-Louis Borloo a piteusement tenté de forcer sa secrétaire d’Etat (pas lui tout de même), Nathalie Kosciuszko-Morizet, à faire semblant de prendre le ferry pour se rendre en Corse et faire diversion sur les 25 autres Ministres (raconté par Rue89) ;

- Un contre-exemple en matière de communication : c’est sans doute le clou de l’opération, dans la mesure où il s’agissait précisément d’une opération de pure comm’. Comme dirait la poétesse décomplexée Christine Lagarde : « la proximité [sous-entendu avec les Corses] n’a pas de prix ». Or, en dehors d’une « communication » sur la Corse, maintes fois répétée, le Conseil des ministres (voir l'ordre du jour ici) a porté sur deux projets de lois, l’un relatif à la propriété intellectuelle, l’autre au service aux consommateurs, qui n’ont aucun lien avec le sujet corse. Ajoutons à cela que les Ministres sont restés en général 2 heures sur l’île, le temps du Conseil des ministres ! La presse corse, pourtant peu avare de compliments à l’accoutumée sur le gouvernement en place, a d’ailleurs profondément regretté l’ensemble de cette opération.

3. L’arche de Zoé ou… avant moi, le déluge gouvernemental ?

Cette affaire est bien évidemment éminemment complexe. A priori, le comportement de l’ONG « L’arche de Zoé » et de son émanation « Children Rescue » est condamnable. Mais il convient tout d’abord de respecter plus que jamais la présomption d’innocence, qui a été complètement négligée par le gouvernement.

Ce sont d’ailleurs les volte-faces constantes du gouvernement qui sont inquiétantes. Choisissant d’abord d’accabler l’ensemble des personnes impliquées (y compris les journalistes et équipages présents), Nicolas Sarkozy choisit la voix de la fermeté, négligeant totalement au passage la récupération politique interne (au Tchad) évidente dont l’ « affaire » est l’objet. Puis il décide de se déplacer, lui-même, ce jour, pour ramener les journalistes en mettant de côté les autres détenus.


Mais plus que cela, c’est l’exemple typique de l’irresponsabilité donnée par le pouvoir en place qui alerte les observateurs. Rama Yade répondait que tout allait bien, François Fillon a finalement décidé de diligenter une enquête. Deux questions simples persistent :

Puma-arm--e-air.JPG- comment le Quai d’Orsay et l’Ambassade de France sur place, compte tenu de la forte présence des agents secrets en Afrique, n’a-t-il pu venir l’affaire ? Pourquoi l’information judiciaire a-t-il été lancée si tardivement en France (septembre) alors que les projets étaient anciens ?

- comment l’Armée française a-t-elle pu transporter les personnes de cette association, même s’ils avaient changé de nom, sans s’être renseignée plus en avant sur la probité de cette organisation ?

Encore une fois, le gouvernement doit donner l’exemple en la matière. Reconnaître les fautes permet de crédibiliser l’ensemble du message politique. Rien ne serait plus choquant qu’un Etat qui ne se donne pas les mêmes leçons de transparence qu’à ses citoyens. Une commission d’enquête parlementaire, au-delà de l’enquête administrative, est indispensable. C’est le rôle du Parlement dans une démocratie qui se veut un « exemple ».

Par ces trois exemples, on illustre parfaitement que le pouvoir démocratiquement élu légitimé à édicter des lois ne peut pas s’abstraire dans le même temps de la symbolique donnée par la façon dont le pouvoir s’exerce. Plus que jamais on doit respecter alors ce que Voltaire, dans l’Ingénu écrivait : « Plus on est homme de bien, plus on doit s’y soumettre : on donne l’exemple aux vicieux qui respectent un frein que la vertu s’est donné elle-même ».


Jonathan Gindt
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Opposition
Dimanche 4 novembre 2007
Il y a quelques mois, durant un été (pour aller vite? pour profiter de "l'état de grâce"? pour profiter du voile d'ignorance que jettent les congés sur nos concitoyens?), une nouvelle loi avait été préparée, instaurant une franchise médicale. Elle vient d'être votée.

Résultat : la Sécu est sauvée, les malades sont responsabilisés, et tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes. La preuve...
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Questions économiques et sociales
Samedi 3 novembre 2007

Le Président de la république adore la Corse, qu’il connaît bien [1]. Sa visite de mardi, qui a précédé le Conseil des Ministres décentralisé, n’est rien moins que la vingt-huitième en cinq ans : rien à voir avecMaures.JPG Jacques Chirac (une seule visite pendant la campagne de son second quinquennat).  Nicolas Sarkozy est donc sans doute conscient du défi auquel il s’attaque en annonçant souhaiter l'ouverture d'une « nouvelle ère » en Corse dans une interview publiée dans Corse-Matin. Une gageure, pourrait-on penser. Pourtant, va-t-il réellement se donner les moyens de changer les choses ou ne s’agit-il, comme souvent avec lui, que de promesses ?

Il serait beaucoup trop long de rappeler ici la litanie de handicaps – physiques, économiques, sociaux, politiques… - qui constituent le fameux « problème corse ». Le sénateur Jean-Patrick Courtois rappelle, dans son rapport sur le projet de loi organisant la consultation des électeurs de Corse en 2003, en fait le constat exhaustif.[2] Trente ans après les évènements d’Aleria, (l’évènement fondateur du nationalisme corse), la situation insulaire n’a que fort peu progressé, et conduit souvent au fameux refrain du « qu’on leur donne l’indépendance et qu’on en finisse ». Les Corses ont évidemment leur part de responsabilité dans cette situation, mais faire changer les mentalités ne se fera pas sans l’impulsion des pouvoirs publics, qui porte lui aussi sa part du gâchis[3].

 

Une réponse institutionnelle trop tardive et trop complexe
 

L’Etat a longtemps nié, contre toute évidence, l’existence d’un particularisme en Corse, à l’opposé notamment du pragmatisme italien qui a donné une large autonomie à la Sardaigne, avec des résultats très positifs (et il est vrai une population bien plus élevée). Il fallut attendre 1982 pour que le premier statut spécifique soit adopté, suivi d’un autre en 1991 instaurant la Collectivité Territoriale de Corse (CTC).
Malheureusement, l’évolution institutionnelle de l’île a abouti à ce que le député Guy Geoffroy qualifie d’«éclatement institutionnel
»[4] : 360 communes, 2 départements et une collectivité territoriale à statut particulier (la CTC). Il dénonce à juste titre «l'empilement des structures». Cette situation favorise le maintien des caciques locaux surtout préoccupés de la conservation de leur pouvoir.

Une économie sous perfusion

En parallèle, l’Etat a maintenu l’économie corse sous perfusion, notamment le secteur agricole, via de nombreuses aides. Le développement économique apparaît comme le corollaire indispensable du changement, mais le cercle vicieux est difficile à rompre : former un marché intérieur nécessiterait de doubler au minimum la population de l’île (270.000 habitants aujourd’hui), mais cela ne se fera pas sans arrêt de la violence et sans nouvelles perspectives de développement… La solution au « problème corse » passe donc par une approche à la fois politique (au sens large) et économique.


Depuis le processus de Matignon (2002) achevé par le gouvernement de Lionel Jospin, 5 années de paroles sarkozyennes

 

Dans le domaine politique proprement dit, des progrès ont été effectués suite au processus de Matignon, qui a démontré la possibilité d’un dialogue avec les élus corses (notamment nationalistes) et a abouti à la loi n° 2002-92 relative à la Corse du 22 janvier 2002. Il convient de souligner, comme le rappelle le professeur Xavier Crettiez[5], que malgré les importantes compétences transférées à la CTC, « ces accords, en termes strictement institutionnels, vont accroître la (très) faible autonomie de la collectivité territoriale de Corse. Mais en aucun cas, […] on n’aboutira à une autonomie semblable à celle dont jouissent les communautés autonomes espagnoles, voire les régions italiennes ». Cette loi a avant tout marqué la reconnaissance de la spécificité insulaire, mais elle pêche par l’incapacité des élus locaux à utiliser les prérogatives qu’elle leur octroie.

 

Le référendum de 2003 impulsé par Nicolas Sarkozy sur la fusion des deux départements (une opération pourtant de bon sens) s’est heurté à la défense des intérêts des élus locaux et a enterré tout évolution postérieure. Nicolas Sarkozy s’est alors replié sur les thèmes de l’économie et de la sécurité, alternant le discours selon ses visites. Sur l’économie, le Programme exceptionnel d'investissements (PEI), issu de la loi du 22 janvier 2002, prévoit le versement de 2,15 milliards d'euros en quinze ans, financés à hauteur de 70 % par l'Etat. Mais la CTC ne peut assumer sa part de financement et il devient urgent de lui accorder de nouvelles ressources. Nicolas Sarkozy a également affirmé sa volonté de rendre l’île indépendante énergétiquement et d’en faire une région pilote en matière d’environnement. Là encore l’objectif  (« faire de la Corse un exemple de réussite républicaine »), est louable, reste la question des moyens de le réaliser.

 

Concernant la sécurité, le Président a appelé en août à un « sursaut » contre les « cagoulés ». On peut toutefois douter que ces souhaits suffisent à rétablir l’ordre public, même si le volontarisme affiché est de bon aloi, tant le chemin à parcourir est long [6] et s’il est important que les victimes se sentent soutenues par les pouvoirs publics. De ce point de vue, la tenue du Conseil des ministres décentralisé est avant tout symbolique (d’où l’insistance pour sa tenue, malgré son coût exorbitant). « J'attends de la Corse qu'elle soit paisible et réconciliée », a déclaré le chef de l'Etat. Espérons-le : une centaine d'attentats ont été commis en 2007.

 

Son implication dans ce dossier est louable et son volontarisme contraste avec la résignation qui touche souvent au dossier corse, mais il ne suffira pas. Connaisseur du problème, le chef de l’Etat devrait, on l’espère, éviter la voie du tout répressif. Le PEI est un pas en avant, mais les infrastructures ne peuvent en elles-mêmes sauver une économie touchée par le chômage et un coût de la vie supérieur de 30% à la moyenne nationale. Le tourisme est quant à lui handicapé par l’enclavement de l’île (les propos présidentiels sur l’installation des compagnies low cost en Corse, jusqu’à présent soumise au monopole de service public par l’association Air France/Compagnie Corse Méditerrannée ont d’ailleurs déclenché une grève de la CCM) et le manque de structures. De ce point de vue, la Corse offre un bel exemple de la difficulté à concilier développement et environnement, le débat se cristallisant autour de la question de la loi littoral.

 

Beaucoup reste donc à faire pour que les affirmations du président ne sonnent encore creux et que la Corse ne devienne le « dragon » de la méditerranée, pour reprendre l’expression de Jacques Marseille, grâce à ses nombreux atouts naturels. En 2007, l’Ile de Beauté a ainsi reçu 2,5 millions de touristes. En attendant, les Corses semblent apprécier l’intérêt que le président leur porte : 60% ont donné leurs voix à Nicolas Sarkozy lors de la présidentielle – rien d’étonnant, comme le fait remarquer Camille de Rocca Serra, sur cette terre « gaulliste et bonapartiste » et surtout profondément conservatrice.

Jean-François Giunti

 


[1] Cf. Le Monde du 5 juillet 2007, « les racines corses du président »

[3] Cf. le rapport sur le projet de loi relatif à la Corse de 2001, http://www.assemblee-nationale.fr/rapports/r2995.asp, le rapport de la commission d’enquête sur le fonctionnement des forces de sécurité en Corse, http://www.assemblee-nationale.fr/dossiers/corse99/r1918t1p1.asp, le rapport sur l’utilisation des fonds publics et la gestion des services publics en Corse, http://www.assemblee-nationale.fr/dossiers/corse.asp : la liste est longue…

[4] Dans son rapport sur le projet de loi organisant la consultation des électeurs de Corse sur la modification de l’organisation institutionnelle de l’île en 2003 : http://www.assemblee-nationale.fr/12/rapports/r0870.asp

[6] cf le  rapport de la commission d’enquête sur la conduite de la politique de sécurité menée par l’Etat en Corse, http://www.senat.fr/rap/l99-069/l99-069.html

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Questions de société

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