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Dimanche 9 décembre 2007

La réalité dépasse la (mauvaise) fiction. On a déjà rappelé ici la prétendue volonté de rompre avec une politique étrangère qui oubliant souvent ses grands principes, et notamment la sauvegarde et la défense des droits de l'homme, quand l'odeur de la monnaie se faisait tenace. Etienne Longueville a également évoqué ici deux des principaux revirements par rapport à cette prétendue nouvelle doctrine. Mais cette fois-ci, le spectacle donné dépasse l'entendement. Non seulemement Nicolas Sarkozy renie totalement ses engagements de campagne mais il s'enfonce délibérément dans une démarche quasi autistique de défense et même de promotion de l'indéfendable.

Nicolas Sarkozy recevra effectivement le "Guide" lybien Kadhadfi en visite d'Etat (soit le plusKadhafi---Sarkozy.JPG haut rang protocolaire) à compter de demain. Malgré les remarques légitimes de l'opposition socialiste en France, les messages d'étonnement envoyés par nos partenaires européens et américains, Nicolas Sarkozy non seulement persiste mais signe : "Je suis très heureux de recevoir Mouammar Kadhafi à Paris". Une réelle complicité semblait même se créer entre les deux hommes, Sarkozy n'hésitant même pas à s'adresser à lui comme à n'importe quel autre chef d'Etat.

Or, que déclarait ce grand homme devenu "fréquentable" par la promesse de quelques contrats le même jour ?
-
"Les superpuissances ont violé la légitimité internationale, le droit international et les Nations unies, et ont exécuté leurs décisions en dehors de ce cadre et donc il est normal que les faibles aient recours au terrorisme";
-  "Le Conseil de sécurité de l'ONU a imposé une dictature"
et encore quelques autres...

Légitimation du terrorisme dont la France a été victime notamment en 1995, dictature dont la France (l'un des cinq membres permanents) serait l'un des acteurs, voilà les messages pleins d'humanité que le Guide Suprême de Lybie apporte en France à notre compréhensif Président de la République.


Irreal Politik

Pourtant, contrairement à ce que certains zélotes du sarkozysme ambiant pourraient penser, il ne s'agit pas ici de faire le procès de la Realpolitik, que le candidat Sarkozy avait pourtant dressé : "elle fait renoncer à ses valeurs sans gagner des contrats" (Strasbourg, novembre 2006). La Realpolitik peut effectivement s'appliquer dans une certaine mesure, l'"idéalisme ou le pacifisme bêlant" comme le dit Pierre Moscovici ne sont pas non plus deux horizons souhaitables. En revanche, cette fois-ci, on dépasse tout à fait les limites de cette définition réaliste de la politique internationale. Au-delà des concessions absolument grotesques que l'on a faites à Kadhafi (rencontrer - sic - 200 Françaises "musulmanes", installer sa tente dans l'enceinte de l'hôtel Marigny, délégation pléthorique...) et que l'on refuse même au Président des Etats-Unis, comment ne pas au moins exprimer une condamnation ferme suite aux propos inqualifiables qu'il vient de tenir ? Comment croire à sa volonté réelle de se réinsérer dans le concert des Nations (seul argument "justifiant" sa visite) quand on prononce un tel discours ?


Les justifications de trop


Face à un tel embarras, on a tout entendu ce week-end pour légitimer cette invitation, du faux bon sens à la remarque ouvertement grotesque ou dangereuse :

1. Et les contrats, ma bonne dame !


On parle de quelques avions et d'une éventuelle centrale nucléaire. Rien de chiffré, rien de précis. Bien évidemment, concernant l'aéronautique en tout cas, la France ne va pas délibérèment rejeter ces commandes. Mais il est proprement inqualifiable d'avoir entendu plusieurs responsables de l'UMP déclarer tout au long du week-end, que vu l'état des finances de la France, ces commandes étaient les bienvenues et qu'elles nécessitaient que l'on se taise sur tout. Tout d'abord, ces commandes ne règlent même pas le problème du commerce extérieur français (avant tout créé par le déficit de R/D et le manque de PME exportratrices) mais en outre cet aveuglement ne garantit en rien les commandes futures.

Kadhafi-Sarkozy-2.JPGL'Allemagne est la première puissance exportatrice mondiale. Ses exportations vers la Chine notamment sont d'un montant plus de dix fois supérieur à celui de la France. Cela n'a pas empêché la chancelière Angela Merkel de tenir un discours extrêmement ferme avec la Chine (elle va même recevoir le Dalaï-lama). Elle en a d'ailleurs encore fait la démonstration ce week-end avec le président du Zimbabwe, Robert Mugabe. L'argument des contrats est donc doublement mensonger : sur l'impact réel de ces contrats tout d'abord et le rôle que joue véritablement le Président de la République dans la conclusion de ces mêmes contrats ; sur son opposition catégorique ensuite avec tout discours établissant des principes clairs de respect des droits de l'homme.

A titre de démonstration par l'exemple, en dépit de tout le faste déployé pour recevoir Kadhafi, ce dernier a écarté cette demaine GDF et Total de l'attribution de quatre nouveaux périmètres d'exploration gazière au profit notamment de Shell ou de Gazprom.

2. La perle (un habitué) : "Les infirmières bulgares méritaient bien une visite"

On nous l'avait pourtant promis : "aucune contrepartie". Voilà donc que Jean-Pierre Raffarin, l'auteur de cette remarquable saillie, vend la mèche. Vous libérez les infirmières bulgares et je vous laisse parader librement, le jour de l'anniversaire de la Déclaration des droits de l'homme, sur les Champs Elysées. Réfléchissons deux minutes. Cela signifierait-il que tout otage français vaudrait tous les renoncements ? Marulanda (le leader des FARC) peut-il être reçu officiellement en France s'il libère Ingrid Betancourt (dont nous souhaitons tous au passage la libération) ? Les preneurs d'otages, les terroristes (encensés par Kadhafi) n'ont qu'à bien se tenir. La repentance en France, on n'aime pas, et ils auront beau comme Kadhafi avoir tuer et torturer des milliers d'innocents dont les infirmières bulgares et le médecin palestinien, s'ils nous signent un petit chèque même en blanc, des comptes, des vrais, sur leurs agissements, ils n'en auront pas à rendre.


La visite est désormais et malheureusement inévitable. Mais on ne peut croire que le Guide suprême libyen soit en outre reçu à l'Assemblée Nationale, enceinte par excellence de l'exercice démocratique dont Kadhafi prive les Lybie depuis plus de 35 ans. Qu'au moins M. Sarkozy entende cette opposition qui sait être audible et refuse de l'accueillir dans cette enceinte.

Compléments :

- lien vers la vidéo du Dr
Ashrat Ahmed Gomma El Hagoug lors de son audition par la Commission d'enquête sur la libération des infirmières bulgares mise en place par l'Assemblée nationale, ce médecin torturé pendant plus de sept ans a exhorté la France à ne pas recevoir le colonel Kadhafi comme un chef d'étranger "normal" ; 
- lien vers une récente déclaration incroyable de Rama Yade. A ajouter avec les propos de Kouchner, déclarant ne pas vouloir être présent au dîner d'Etat autour de Kahafi. A vrai dire, on ne l'aurait pas remarqué... Le remaniement n'est pas loin...

N'hésitez pas à participer au sondage (pas si idiot que ça) ci-contre

 

John_G 
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Questions internationales
Vendredi 7 décembre 2007
Bonjour à tous,

les 9 et 16 mars prochains, les Français vont choisir la politique qu'ils souhaitent voir mener dans leurs villes. A Paris notamment, il s'agit d'un véritable choix de société, quand on connaît l'ampleur de la différence entre le clientélisme, l'affairisme et le déclin économique auxquels a conduit la gestion de la bande Chirac-Tibéri-Panafieu pendant 25 ans et la ville dynamique, durable et attractive qu'a commencé à bâtir l'équipe de Bertrand Delanoë depuis 6 ans. Afin que tout le monde ait voix au chapitre, afin que l'élan démocratique qui s'est levé lors de l'élection présidentielle se confirme, la section des socialistes de Sciences Po vous encourage d'ici le 31 décembre à vous inscrire massivement sur les listes électorales !

Inscription.JPGL'équipe du PS Sciences Po
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Campagne 2008
Jeudi 6 décembre 2007
En complément de l'article d'Etienne Longueville ci-dessous, rappelons simplement que parfois, Sarkozy arrive à oublier qu'il a été un jour candidat. "Je ferai tout ce que j'ai dit"...

 



par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Questions internationales
Jeudi 6 décembre 2007
Le Général de Gaulle apprenait une poésie par jour selon la légende. Nicolas Sarkozy s’est arrêté à la fable du Corbeau et du Renard. Il a bien retenu la morale: “Tout flatteur vit aux dépens de celui qui l’écoute”. Comme cette tactique s’est révélée payante lors de la dernière élection présidentielle, le Président cherche désormais à l’appliquer a sa politique internationale.
 
La tactique est simple. Aller voir les hommes politiques les moins fréquentables, souvent isolés sur la scène internationale, vanter leur talent, les féliciter et enfin ramasser le fromage en guise de remerciement. Cette politique a été amorcée dès le début du mandat de Sarkozy lorsque celui-ci est allé rendre visite à Khadafi.
 
Récemment, deux exemples attestent de cette « politique du renard » de Sarkozy :


Quand Sarkozy ne vise même pas le juste (empire du) milieu entre flagornerie et réserves sur la Chine
 
Chine.JPG-  D’abord en Chine. Ah oui, j’allais oublier, Sarkozy a abordé la question des droits de l’homme ! Oui. Sauf que la secrétaire d’Etat aux droits de l’homme n’a pas eu le droit de faire le voyage et que l’intervention concernant les droits de l’homme fut particulièrement brève. En revanche Sarkozy a beaucoup plus insisté sur des sujets qui ont fait très plaisir aux petits hommes en cravates rouges.
 
Il a précisé à de nombreuses reprises qu’il existe une seule Chine, et a vivement critiqué l’organisation d’un referendum à Taiwan pour savoir si l’île devait devenir un membre de l’ONU. Arrêtons-nous un instant sur ce point :  ce référendum est évidemment surtout symbolique puisque même si le oui l’emporte, la Chine mettra son veto pour bloquer l’entrée de Taiwan. Mais l’important n’est pas la. A l’ONU, seuls des Etats peuvent être membres. La question de ce referendum, de façon plus directe, correspond à demander aux Taïwanais s’ils veulent être Chinois ou bien indépendants. Voilà donc un pays avec des leaders élus démocratiquement, qui demande à son peuple de dire quelle voie il souhaite prendre. Evidemment, ça ne plait pas au gouvernement chinois, qui réclame la souveraineté sur Taiwan.
Mais est-ce vraiment le rôle du Président français d’aller prendre position en faveur du parti unique et totalitaire, plutôt que de laisser le peuple choisir ? Les 20 milliards d’euros de contrat sont à ce prix…
 
Insistant sur “une seule Chine”, Sarkozy a évidemment précisé que le Tibet faisait partie intégrante de la Chine. Adieu les principes de non-violence, adieu l’eldorado dont ont rêvé tant d’Occidentaux. Le Tibet est aujourd’hui une occupation militaire de la Chine. Pour avoir croisé plusieurs personnes s’y étant rendue récemment, leurs témoignages sont clairs:
“La Chine fait au Tibet ce qu’elle reproche au Japon de lui avoir fait pendant la Seconde Guerre mondiale. C’est une occupation” m’indique ainsi Thomas, un voyageur français revenant du Tibet.
“Aujourd’hui il n’y a rien à voir au Tibet, à part les soldats chinois”, rajoute Fatima, une Marocaine qui s’y est également rendue.
 
Le Dalaï-lama a fait récemment une grande tournée. En Allemagne, en Australie, au Canada et même aux Etats-Unis, il a été reçu par les Présidents ou les chefs de gouvernement avec tous les honneurs. La Chine se retrouvait isolée sur cette question. Heureusement, l’ami français est là pour la secourir. Le Dalaï-lama est donc la nouvelle grande figure de la voyoucratie internationale? Les 20 milliards d’euros de contrats sont à ce prix.

Sarkouztine
 
- Il y a quelques jours ont eu lieu les élections législatives russes. La liste emmenée par Vladimir Poutine a évidemment été “élue”. La communauté internationale s’est indignée de ce semblant d’élection. Les observateurs européens ont noté que l’élection n’avait pas été équitable. Des images de bourrages d’urnes apparaissent même sur des vidéos sur Internet:
 
Sarkozy---Poutine.JPG Deux chefs d’Etat dans le monde ont appelé Poutine pour le féliciter, devinez lesquels:
Nazarbaïev, Président du Kazakhstan et…Nicolas Sarkozy…
Président, on gagne combien cette fois?
 
 
A court terme, cette stratégie est peut-être économiquement payante: on obtient de bons contrats de pays qui ont du fric à dépenser. Pourtant, la France elle aussi avait dans son bec un fromage. Il avait été construit avec le temps, depuis la Révolution Française jusqu’a Jaques Chirac et se fondait sur certains principes moraux comme le droit des peoples à disposer d’eux-mêmes par exemple. Bien sur, les écarts avaient déjà été nombreux. Mais jamais autant en si peu de temps.
 
A l’étranger d’ou je suis, la France jouit encore de cette réputation d’Etat moral, qui respecte avant tout la liberté, l’égalité, la paix, la démocratie, et en particulier avant les intérêts économiques. Ce “fromage” français vaut à la France une image inégalée qui permet par ailleurs d’obtenir des retombées économiques indirectes, via un très fort tourisme par exemple.
 
Ce fromage, il a bien fallu que Sarkozy le lâche, pour pouvoir ouvrir sa bouche et flatter Kadhafi, Hu et Poutine. C’est bien triste.  

Etienne Longueville (depuis Hong-Kong)
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Questions internationales
Mercredi 5 décembre 2007
International-socialiste.JPGCette étape transalpine marque la fin de la première série des échos internationaux de nos camarades en échange à l'étranger. Le suivi de la campagne américaine, les enjeux asiatiques et européens reviendront en revanche très rapidement. Dans cet article, Diego Melchior nous propose en tout cas d'essayer de tirer profit de l'expérience italienne de refondation de la gauche, dont le paysage politique est
(était ?) comparable à certains égards à celui que l'on connaît en France. Vous pouvez retrouver Diego sur son blog tenu depuis l'Italie : http://diegomelchior.ilcannocchiale.it/


La victoire de Nicolas Sarkozy a provoqué une onde de choc qui a atteint de plein fouet le Parti Socialiste. Dès lors, nous avons commencé à mener un travail de réflexion interne. Les uns et les autres ont développé de nouveaux corpus d’idées sur les grandes questions du moment. C’est une partie importante du travail de rénovation, mais l’aspect « stratégie politique », au-delà des idées, c’est-à-dire la simple réflexion sur « comment prendre le pouvoir » a aussi toute sa place. Le PS n’est pas un parti d’opposition "proclamatoire", il n’a aucun intérêt à jouer ce rôle. Le PS est un parti de gouvernement qui a déjà fait ses preuves. Dans l’actuel travail de rénovation, le questionnement autour de la prise de pouvoir est essentiel et, très simplement, dans une démocratie, cela revient à avoir le plus grand nombre d’électeurs de son côté. Tout cela peut paraître très froid, mais si la politique est bien sûr une question d’idée, c’est aussi une question de pouvoir. L’aggiornamento amorcé par Ségolène Royal nous a fait comprendre que le PS pouvait trouver de nouveaux alliés. Mais la gauche française reste à ce jour la dernière en Europe à ne pas avoir totalement mis à jour son logiciel politique. Nos camarades européens sont aujourd’hui tous adhérents de formations de gauche, socialistes ou non, plus ouvertes et mises à jour. Certains ont vu dans le néo-travaillisme de Tony Blair ou encore dans le centrisme du SPD des pistes à suivre pour la rénovation du PS. Ces expériences ont connu des succès mais aussi des déroutes. Néanmoins, pour nous, les configurations britanniques et allemandes sont difficilement adaptables à la gauche française qui n’a jamais bénéficié d’une aussi grande culture réformiste. Et, de toute manière, la présence d’une gauche plus radicale, limite la mise en place de ces modèles.

 

 

 

En revanche, plus proche de nous, l’expérience italienne est bien plus apte à fournir des éléments réutilisables dans la rénovation du PS. Rappelons d’aboUlivo.JPGrd que la gauche italienne part de beaucoup plus loin que la gauche française. En Italie, après le fascisme, la social-démocratie n’a jamais réellement réussi à s’imposer. Le Parti Socialiste Italien est un parti moribond qui a toujours pâti de la concurrence, sur sa droite, de l’aile gauche de la Démocratie Chrétienne et, sur sa gauche, du Parti Communiste Italien. En ce qui concerne la gauche historique, la rénovation est donc partie du PCI, puis de ce qui lui a succédé après 1989, le Parti démocrate de gauche. Mais du côté de la DC, et ensuite dans le Parti Populaire Italien, après 1992, s’est aussi structuré un courant social qui a imposé l’orientation de centre-gauche. Le Pds s’est alors rapidement rendu à l’évidence que pour pouvoir battre une nouvelle droite structurée autour d’une composante populiste (Forza Italia de Silvio Berlusconi) et d’une composante libérale (Alliance Nationale issue de la droite post-fasciste), une coalition avec le centre était inévitable. Confronté à une droite décomplexée et agressive le Pds acceptait en 2004 de construire une nouvelle coalition de centre-gauche, l’Olivier, qui devait permettre d’accéder au pouvoir. Bien sûr, une telle orientation pour un parti post-communiste ne pouvait pas se faire sans quelques accros. Mais la première scission dPartito-Democratico.JPGe Refondation communiste, puis les récentes scissions des courants de gauche du Pds qui ont refusé la récente fusion avec la Marguerite (telle est actuellement le nom du parti issu de l’aile gauche du PPI) dans le Pd ont été salutaires car elles ont permis de clarifier le logiciel politique du Pds et d’avoir sur la gauche des interlocuteurs valides qui n’entravaient plus les décisions internes. C’est ainsi que le 14 octobre 2007, après des élections primaires auxquelles ont participé 3 millions de citoyens italiens et étrangers, naissait le Pd de la fusion du centre (La Marguerite-Démocratie et Liberté) et de la gauche (Le Chêne-Démocrates de Gauche) avec à sa tête Walter Veltroni, maire de Rome.

 

 

 

La situation française actuelle possède des similitudes. La droite de Sarkozy, est elle aussi décomplexée et agressive. Au centre, un espace s’est libéré, il s’est électoralement manifesté par les 18,5% de voix qu’a obtenus François Bayrou au premier tour de l’élection présidentielle. Ce dernier a incarné le virage à gauche du petit parti démocrate-chrétien, l’UDF, aujourd’hui Modem, lui aussi adversaire de l’UMP. Au sein du PS, nous avons aussi des courants qui refusent toute orientation vers le centre-gauche comme cela a été autrefois le cas au sein du Pds. La situation française est donc comparable en trois points à la situation italienne. Néanmoins, cela ne veut pas dire que le PS doit devenir une pâle copie du Modem ou fusionner avec lui ; le rapport de force est différent, le PS reste un géant politique par rapport au Modem, ce qui n’était pas complètement le cas du PdsRoyal-Prodi.JPG vis-à-vis de la Marguerite (600 000 adhérents contre 400 000). Cependant, les récents succès du centre-gauche italien aujourd’hui matérialisé par le Pd doivent nous faire réfléchir. En effet, la nouvelle unité a perturbé la coalition de centre-droit qui a éclaté en novembre dernier. Contrairement à la France où c’est la droite (avec sa stratégie de débauchage) qui a ébranlé le PS, en Italie, c’est l’exact effet inverse qui s’est produit. Le centre-gauche a provoqué la désorganisation de la droite, révélant aux grands jours des contradictions qui ne pourront être éliminées qu’en menant un travail de rénovation et d’unification (qui se résume surtout à extirper de son sein la composante populiste incarnée par Berlusconi).

 

 

 

La gauche italienne a mis plus de dix ans à occuper l’espace au centre apparu après 1992. Le fait d’avoir finalement réussi lui permet aujourd’hui d’avoir l’initiative sur la droite. En France aussi, lors de l’élection présidentielle, nous avons tous constaté qu’un espace s’était ouvert au centre. De la conquête de cet espace au niveau des idées comme au niveau de la pure stratégie politique réside l’avenir du PS. Comme nos camarades italiens, il est temps de passer au centre-gauche : c’est la meilleure alternative possible face à une droite qui désormais n’a plus peur de rien.

Diego Melchior
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Vu(e) d'ailleurs

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