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Samedi 5 avril 2008


La France n'est pas le seul pays dans lequel la hausse des prix des produits de base ébranle l'opinion publique et les titres des journaux. Petit détour de l'autre côté de la Méditerranée, en Egypte, grâce à Elsa, où la pénurie de pain a déjà entraîné la mort de quinze personnes. Goutte de trop ou élément de fond ? La grogne pourrait bien prendre de l'ampleur. Ce sera l'occasion d'y revenir, après les manifestations de dimanche.

 

5 piastres la galette de pain au prix subventionné. Avec un euro fort, on ne peut même pas convertir. Disons que 20 galettes valent environ 0,10€, autant dire un prix véritablement dérisoire pour un regard européen, même celui d'un Européen vivant en Egypte. Pourtant, on recense actuellement 15 morts en Egypte, suite à des émeutes devant les boulangeries, conséquence de la situation actuelle de pénurie.

En Egypte, le pain subventionné, beaucoup moins cher mais de piètre qualité, était traditionnellement consommé par les couches les plus populaires de la société, dans un pays où environ 20% de la population vit avec moins d'un dollar par jour (... et 40% avec moins de deux dollars). Le système coûte cher, mais c'est la solution adoptée par le régime pour nourrir 80 millions d'habitants concentrés sur un territoire pas plus grand que la Belgique. Ainsi, le régime d'Hosni Mubarak reste une dictature policière, un temple de la corruption, une bombe à retardement qui catalyse tous les mécontentements, et un obstacle majeur au développement économique et social du peuple... mais, même mal nourrie, la population ne meurt pas de faim.

Le pain constitue véritablement la base de l'alimentation, avec une consommation moyenne équivalente à celle de la France au début du XXème siècle (400 grammes par jour et par personne, ce qui représente environ 80% des apports caloriques).

L'inflation récente sur les produits de base - notamment l'huile et le riz, qui constituent la base de la cuisine égyptienne - entraîne une plus grande consommation de pain par effet de compensation, et les boulangeries subventionnées attirent aujourd'hui jusqu'aux classes moyennes. Jusqu'à récemment, celles-ci préféraient acheter du pain non subventionné, de bien meilleure qualité, disponible dans la rue pour 25 piastres la galette, soit cinq fois plus cher, et qui coûtait encore 10 piastres il y a environ un an.

Parallèlement, l'augmentation du prix du blé sur les marchés mondiaux favorise le marché noir. Un
boulanger peut espérer gagner 10 livres (1,2 euros) en transformant une tonne de farine subventionnée en pain, et 300 livres (35 euros) en la revendant au marché noir. De plus, certains éleveurs nourrissent leur bétail avec ce pain subventionné, devenu moins cher que l'aliment du bétail à cause des cours internationaux. Comme souvent en Egypte, les contrôles sont lacunaires et biaisés par la corruption des agents. Il n'en demeure pas moins que l'Egypte subit de toute façon de plein fouet les hausses sur les marchés mondiaux, d'autant plus qu'elle est le premier importateur mondial de blé et produit une farine à 80% d'exportation.


La situation est telle que le président Mubarak vient d'ordonner... à l'armée de faire du pain. Cette décision ne manque pas, bien entendu, de faire sourire l'opposition. "There is something wrong when the Central Security forces, which used to beat us, now provides us with bread" (député Al-Sadat, neveu du président Sadate issu du parti libéral Al-Ahrar, DailyStar Egypt). Pour contrer le marché noir, accusé par le gouvernement d'être la principale cause de la crise, celui-ci propose surtout de séparer la production de la distribution, afin de faciliter les contrôles et éviter la corruption des boulangers. Ces mesures restent illusoires, et ne s'attaquent pas du tout au véritable problème, celui de l'inflation générale dans un pays où les salaires trop faibles et gelés font du backshish une source de revenu normale et quasi-institutionnalisée et ne permettent pas à l'ensemble de la population de subvenir à tous ses besoins malgré une croissance forte et régulière.


Et c'est ainsi que, chaque matin depuis quelques semaines, on assiste à un spectacle bien étrange devant les boulangeries. "Pas plus de 20 galettes de pain par personne", crie le boulanger. Pour une famille de 4 enfants, cela représente seulement trois galettes de pains par jour. Du coup, les femmes viennent souvent avec leurs enfants, pour obtenir une plus grande quantité. Il est très rare que tous les consommateurs de la queue soient satisfaits. Les journaux cairotes relatent donc des drames, d'accidents suite à des mouvements de foule en vengeances entre familles. La situation n'est pas complètement inédite. On se souvient des 18 et 19 janvier 1977, où l'Egypte avait connu de violentes émeutes, suite à la décision de Sadate d'augmenter les prix de certains produits de base. 


Evidemment, le souvenir de ces évènements ne manque pas de rejaillir dans les colonnes de la presse. Faut-il s'attendre à un mouvement de grande ampleur, susceptible de faire trembler le régime ? Rien n'est moins sûr. Certes, la situation du pain cache de nombreux autres mécontentements, et la grogne monte dans toutes les classes. Ainsi, les professeurs d'université et les médecins sont déjà en grève actuellement. On annonce dimanche prochain (6 avril), une grande grève générale, où chacun est appelé à rester chez soi (le dimanche n'étant pas chômé en Egypte) et à ne pas travailler, en guise de protestation.  Des rumeurs annoncent que "ça va cogner", d'autres restent sceptiques quant à l'ampleur du mouvement à espérer. La journée de dimanche et son issue seront certainement un bon indicateur du baromètre social égyptien. On peut certainement y voir l'occasion attendue depuis longtemps de tester la foule, sa grogne et sa capacité de soulèvement, dans un pays où les journaux sont largement soumis à la censure et les journalistes indépendants régulièrement embêtés par la justice. Le mouvement intervient juste avant les élections municipales, et la journée de dimanche jouera également le rôle de test pour tous les partis d'opposition, des libéraux aux islamistes radicaux.


Elsa Foucraut
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Vu(e) d'ailleurs
Samedi 5 avril 2008


Comme nous l'avions indiqué et fêté
ici
, le numéro 2 d'Allons voir si la rose, le journal des sections universitaires, est paru. Vous pouvez le retrouver dès aujourd'hui en téléchargement dans sa version électronique sur le blog ci-contre.

     


Ci-dessous, l'édito de ce numéro, qui explicite l'esprit ayant  présidé à sa rédaction, en vous laissant le soin de commenter.

"La gauche a gagné les municipales et les cantonales. Le Parti Socialiste sort incontestablement victorieux des dernières élections. Inutile d’entamer une liste à la Prévert égrainant le nom des villes et des départements qui ont basculé. Cette victoire est le fruit de campagnes actives de la part des candidats et des militants sur le terrain, mais elle constitue aussi un avertissement pour le gouvernement et sa politique. Toutefois les socialistes ne veulent pas s’arrêter là. Utiliser les collectivités locales comme des contre-pouvoirs est une idée, mais elle est loin d’être suffisante pour mettre nos valeurs en pratique. Dans leurs analyses à l’issue du scrutin municipal, certains (Olivier Duhamel et Eric Zemmour pour ne pas les citer) ont cru percevoir dans les bons résultats socialistes les prémisses d’une défaite à l’élection présidentielle de 2012, arguant que la partition de 2004 sera immanquablement rejouée à cause de « l’ivresse de la victoire », nous détournant ainsi du véritable enjeu, celui de la rénovation.

Faire le pari d’une répétition du scénario de 2004, c’est considérer que les socialistes n’ont pas retenu la leçon. Mais comment pourrait-on perdre de vue que nous avons perdu trois élections présidentielles consécutives ? Comment ne pas être convaincu que les victoires prochaines ne reposent pas seulement sur la bonne gestion de nos municipalités (bonne gestion qui n’est plus à prouver, du reste, à en regarder la réélection des maires socialistes sortants) mais repose avant tout sur notre capacité à proposer une alternative crédible ? La simple agrégation des expériences locales, aussi novatrices soient-elles, ne saurait en aucun cas nous conduire directement à l’élaboration d’un nouveau projet national.

Ce deuxième numéro d’Allons Voir Si La Rose est la preuve que les sections universitaires ne s’endormiront pas sur les lauriers des édiles socialistes fraîchement élus ou reconduits. Les collectivités locales peuvent être un laboratoire de la gauche de demain (en matière de logement, d’attractivité économique, d’environnement). Les collectivités locales ne sont qu’un pouvoir. Elles ne sont pas LE pouvoir. Si nous voulons vraiment transformer la société, c’est seulement en arrivant aux responsabilités nationales que nous pourrons le faire. Même s’il ne s’agit pas d’établir un programme de gouvernement, nous devons dessiner les contours d’une gauche renouvelée dans ses paradigmes. Le rapport des socialistes à la nation, à la laïcité et à l’économie sont autant de sujets qui méritent des clarifications que nous tentons d’esquisser. Ce panorama de l’environnement idéologique socialiste serait lacunaire sans évoquer avec précision la question écologique à laquelle nous consacrons notre rubrique centrale. Au-delà du bilan nécessaire des mesures en place, il s’agit à chaque fois de définir notre champ d’action en tant que socialistes.

Puisque la partition n’est pas écrite à l’avance, nous essayons patiemment d’en écrire une nouvelle qui soit en harmonie avec nos valeurs. Même si le tout doit attendre avant d’être mis en musique, et qu’un chef d’orchestre nous fait défaut pour quelques temps encore, les sections universitaires agiront de concert pour maintenir le rythme !"


L'équipe d'Allons voir si la rose
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Rénovation
Vendredi 4 avril 2008

Premier article sur le blog, mais certainement pas le dernier.

Merci à Aulne, le nouveau trésorier de notre section, de prendre le clavier pour revenir sur une notion bien malmenée ces derniers temps : la laïcité.

 

Nous vivons une période à la fois étrange, angoissante et stimulante. Un moment particulier où des

valeurs qui furent au cœur du combat de la Gauche et que l’on croyait devenues des acquis, presque des terres pacifiées sous le règne du compromis œcuménique du consensualisme, sont à nouveau questionnées, secouées voire récusées par le parti au pouvoir qui après cinq années d’attentisme est atteint d’un accès de fièvre. Et souvent, prétendant briser les tabous, il se laisse tout simplement aller à ses pires instincts, que l’on croyait à jamais refoulés, voire évacués par la psychanalyse de la pratique républicaine…comme quoi les vieux démons sont toujours quelque part !


Mais l’important n’est pas là. Il n’est pas non plus, ici, dans le débat véhément pour savoir si un président de la République, garant des institutions, doit respecter ou non l’article premier de la Constitution de la République… Ce dont j’aimerais parler ici c’est ce que la Gauche entend (doit entendre ?) par laïcité, pour que celle-ci ne soit pas un mot creux et parce qu’un certain nombre de nos opposants veulent faire croire que c’est par frilosité que nous n’osons pas poser la question de la laïcité. En somme j’aimerais essayer de montrer que poser la question de la laïcité, de la manière dont elle est posée par les temps qui courent, ce n’est pas « briser un tabou » ni « ouvrir un débat », encore moins « être moderne et/ou pragmatique » mais bien poser une question politique assez vieille, que l’on croyait réglée et qui visiblement ne l’est pas.

 

Loin de moi l’idée de dire que la laïcité est une idée périmée, au contraire, elle est toujours plus d’actualité dans le monde moderne. Néanmoins il me semble que la manière dont nos gouvernants ont posé la question et tentent de mener le débat sent, elle, quelque peu le renfermé. La laïcité c’est une manière de vivre ensemble. Cela doit largement dépasser la question religieuse, même si celle-ci en est le premier acte en quelque sorte. La laïcité est une manière non pas de nier les différences et les spécificités de chacun mais de refuser qu’elles soient des barrières à l’intérieur de l’espace social. La laïcité c’est un pari d’intégration ambitieux, qui pose que chacun peut apporter ses bagages en France et « devenir français » c’est-à-dire entrer dans une communauté de droit. Il ne perd rien au passage, il gagne le droit d’être citoyen et le devoir de considérer son voisin comme tel. Ce pari est très français, et je sais bien que nos « spécificités » ne sont pas à la mode chez nos adversaires…

Mais n’aurions-nous pas ici raison de faire autrement ? La France n’est pas organisée en communautés, elle n’est pas un melting pot ; la France ne connaît que des Français, ni catholiques, ni juifs, ni noirs, ni blancs, ni homosexuels, ni travestis... Et ce parce qu’elle fait un pari ambitieux et désespérément simple : le pari laïc que les Français peuvent être juifs, homosexuels, protestants ou maghrébins (ou même tout à la fois) et être…français ! Et surtout que toutes ces différences, réelles ou fantasmées, revendiquées ou discrètes, n’empêchent pas les citoyens de vivre ensemble en France.
 

Et la Loi de Séparation dans tout ça ?...


On dira que je néglige la question religieuse, que je contourne mon sujet et que je noie le poisson. Je ne le
crois pas. Je crois qu’au contraire le cœur du sujet est là et que c’est bien pour ça qu’une partie de la Droite nous explique qu’il y a deux laïcités : la leur, la « laïcité positive » ; la notre, négative et sectaire. Ce discours veut cacher que s’en prendre à la laïcité c’est s’en prendre à un des fondements même du contrat républicain. Parce que s’en prendre à la laïcité c’est renoncer, petit à petit, à l’idée que la République refuse de voir les différences religieuses (et partant toutes autres différences identitaire) comme déterminantes, comme des catégories de droit. C’est s’en prendre à une idée qui n’est pas du sectarisme, ni une négation de la foi, ni un manque de respect. Au contraire, la laïcité permet à tous de croire, en leur âme et conscience, sans se soucier des conséquences de telle ou telle croyance ou appartenance sur leur place dans la société, puisque la seule communauté qui compte pour la République est celle des citoyens.


Doit-on rappeler qu’aux Etats-Unis, dont les premiers citoyens fuyaient les persécutions religieuses, on a séparé les Eglises et l’Etat pour protéger les Eglises et la liberté de conscience des citoyens ? En terre de France, fille aînée de l’Eglise, terre de papauté et amie du Saint Siège, la Séparation a eu comme butpremier celui de protéger l’Etat, certes. Mais aussi la foi de tous ceux qui n’étaient tout simplement pas catholiques et le choix de tous ceux qui n’avaient tout simplement pas la foi. La laïcité n’est ni un refus de la religion, ni même une adversaire de la religion. Elle est une certaine cécité du Léviathan qui rend les citoyens plus libres et une certaine cécité des citoyens qui est le premier pas vers la tolérance.C’est la seule laïcité que je connaisse en tout cas, elle paraît peut-être négative à certains. Du temps de mon grand-père elle s’appelait tout simplement laïcité et sa soi-disant soeur positive, s’appelait tout simplement cléricalisme…


Aulne Abeille
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Questions de société
Jeudi 3 avril 2008

Débat difficile s'il en est, la question tibétaine (et surtout ses répercussions sur les JO de Pékin) semblait tout à fait appropriée à un point de vue extérieur aux polémiques peut-être trop internes. Rien de mieux pour tenter de nous donner un éclairage sur cette question complexe que le point de vue d'un émigré dans un endroit symbolisant ce que le Tibet ne veut pas devenir  :  Hong-Kong. Merci à Etienne, accessoiremment fondateur de ce blog, pour cet article qui prend du recul sur un sujet qui en a besoin.

La presse internationale couvre aujourd’hui la crise qui ébranle le Tibet, avec un fort retentissement qui contraste avec les années de silence sur le sujet. Hongkong, qui fut une colonie anglaise jusqu’en 1997, et qui conserve une très forte autonomie vis-à-vis de la « Chine continentale » - une frontière sépare encore les deux entités – présente, à cet égard, un angle de vue intéressant sur la question. La ville a connu, avant son retour dans l’Empire du Milieu, des manifestations démocratiques demandant son indépendance. Elle a craint la mainmise chinoise. Et pourtant, les « émeutes du Tibet » n’émeuvent pas la population locale, bien au contraire. Certes, cela provient en partie du fait que le Tibet n’est pas perçu comme un eldorado perdu dans un monde ou règne le capitalisme sauvage, mais plutôt comme une terre que les Chinois ont développée, alors que les Tibétains y réalisaient des pratiques d’un autre temps. C’est bien connu, les conquêtes se font toujours dans l’intérêt du peuple colonisé. La France de Napoléon qui voulait exporter les droits de l’homme en est un exemple. Pourtant, il y a, dans le traitement même de la crise par les medias occidentaux quelque chose de gênant.


Le Tibet, de 1989 à aujourd’hui

 

Pour bien comprendre le sujet, il faut revenir aux faits. En 1989, la Chine massacre ses propres étudiants dans la place centrale de Pékin, à Tienanmen. Je reviendrai sur cet événement très révélateur de la politique chinoise, en conclusion de cet article. Il est intéressant de rappeler qu’en 1989, la Chine effectue également une répression féroce au Tibet envers des milliers de Tibétains qui se révoltaient. Le jeune gouverneur de la province, qui allie ouverture économique et répression politique, un certain Hu Jintao, séduit alors le leader chinois Deng Xiaoping, qui le désigne comme son deuxième successeur après Jiang Zemin. A ce moment, le Tibet suit avec déchéance le principe de non-violence fixé par le Dalaï-lama.

 

Depuis l’arrivée au pouvoir de Hu Jintao en 2002, la stratégie de la Chine concernant le Tibet a changé. Elle consiste à inciter par tous les moyens les Chinois (que l'on nomme les Han, ethnie majoritaire à 92%) à s'installer au Tibet.

C’est un exercice périlleux car la plupart des Chinois craignent la haute altitude tibétaine. Toutefois, dans un pays encore très pauvre, rural à 75% (ne l’oublions pas !), les promesses de salaires élevés séduisent les Chinois. Lhassa, la capitale tibétaine, est désormais peuplée majoritairement par les Han. De plus, en 2004, la ligne de train qui reliait Pékin au Sichuan (la province la plus proche du Tibet), est prolongée jusqu'à Lhassa, au prix d’un exploit technique sans précédent pour construire des rails sur ce toit du monde, et de dégâts irréparables concernant l’environnement et la nature. Ce train qui relie Lhassa à Pékin en deux jours permet évidemment un déplacement de population plus important, et les Tibétains se sentent envahis par la présence des nouveaux arrivants.

 

2008 : Et si le Dalaï-lama n’était plus le chef politique des Tibétains…

 


Personne ne peut vraiment rester insensible à ce « génocide culturel », comme l’a désigné le Dalaï-lama. Pourtant, le traitement de l’information occidental provoque un malaise, même chez moi. Pourquoi ? Car quand on lit les blogs des touristes sur place, par exemple le blog d’Aurélien (cf. http://parceque.over-blog.com/) un Français présent à Lhassa le jour du début des affrontements, on découvre un autre point de vue : Celui selon lequel les violences seraient l’œuvre des Tibétains sur les Chinois.
 

Est-ce en partie ou complètement vrai ? Difficile de le dire. En tout cas les medias occidentaux, a quelques exceptions près, comme par exemple rue89.com ou arretsurimages.net en France, refusent de présenter ce point de vue. Pire, pour défendre la thèse inverse, ils falsifient des images. Le Monde rapporte ainsi qu’un élève de l’université pékinoise Qinghua n’a pas manqué de reporter sur un site le trucage de photos.

http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2008/03/29/tibet-la-guerre-de-l-information_1028768_3216.html#ens_id=994548)

 

 


Pourquoi après tout ne pas présenter cet autre point de vue ? Si cette situation de violence des Tibétains était vraie, ce que je crois, elle peut s'expliquer. La non-violence prônée par le Dalaï-lama est un bel idéal, mais elle a mené le Tibet dans une situation désespérée.

Aussi, pour en finir avec cette politique de colonisation, et décourager les Chinois de venir s’installer au Tibet, massacrer des innocents est une stratégie atroce, mais efficace. Il est probable que les risques encourus dissuaderont de nombreux Chinois d’émigrer sur le toit du monde dans les prochaines années.


La réponse à cette mystérieuse interrogation provient peut-être de l’appétit de vente de la presse, et de l’hypocrisie des hommes politiques. Du point de vue médiatique, insister sur les souffrances du peuple tibétain que les Chinois massacrent, c’est un drame passionnant, une tragédie. Pour aller encore plus loin, la description du Dalaï-lama ressemble presque à la figure du Christ : toute sa vie, il reçoit les coups et les encaisse sans se défendre, prônant inlassablement l’idéal de non-violence. Bien sûr, dire que les Tibétains ont peut-être tué des Chinois, même si c’est légitime de leur point de vue, c’est beaucoup plus difficile à vendre.


Néanmoins sur le sujet, les principaux responsables sont les hommes politiques occidentaux qui font preuve sur le sujet d’un double langage stupéfiant. Rappelons, par exemple, que lors de son dernier voyage en Chine en novembre 2007, le Président Sarkozy a jugé utile de préciser dans son discours que le « Tibet fait partie intégrante du territoire chinois ». Comment peut-on d’une part tenir ces propos, et d’autre part, critiquer le prolongement du train en provenance de Pékin, du Sichuan au Tibet ? Si cette région appartient à la Chine, on peut difficilement lui reprocher la construction d’un moyen de transport à l’intérieur de son territoire (surtout quand on essaye de lui vendre nos trains…).


Aujourd’hui le Dalaï-lama semble dépassé. Sa déclaration selon laquelle il remettrait sa « démission » si jamais les Tibétains étaient violents n’est qu’un aveu de son incapacité à contrôler le mouvement. Le congrès national de la jeunesse tibétaine dispose aujourd’hui d’une aura grandissante, surtout auprès des jeunes, et son discours est bien moins lisse que celui du Dalaï-lama : Il ne croit pas en la non-violence, et surtout il réclame l’indépendance complète du Tibet. Une flamme de l’indépendance du Tibet a ainsi été allumée par le Président du mouvement, et elle devrait faire le tour du monde, en même temps que la flamme olympique.

Face à ces revendications qui vont à l’encontre des choix diplomatiques des dirigeants occidentaux, je crois que ces derniers se replient encore sur le Dalaï-lama, puisque celui-ci ne veut pas l’indépendance mais l’autonomie culturelle. Un bon moyen pour tout le monde de retomber sur ses pieds…  

Mais forcément, cette stratégie montre elle-même ses limites. Si la Chine est souveraine sur le Tibet, alors l’argument de la Chine, qui demande à ce que les autres pays ne prennent pas position dans ses affaires intérieures, se défend. Cela permet même à un représentant de la Chine en France de comparer ces « émeutes » aux « émeutes de Villiers-le-Bel ». Ou comment prendre conscience de la démesure du vocabulaire de la presse française sur les questions d’insécurité, en période électorale…

 

Les Ouighours sont moins vendeurs que les Tibétains


La Chine connaît des difficultés à maintenir son autorité dans l’ouest du pays. On entend donc beaucoup parler des Tibétains, mais beaucoup moins des Ouighours. Qui sont-ils ? Ce sont les habitants historiques de la région du Xinjiang (ou Turkestan Oriental, selon le point de vue). Ils sont musulmans, et sont eux aussi une ethnie minoritaire en Chine. Comme pour les Tibétains, la Chine a mené une politique de colonisation de peuplement dans cette région ; comme au Tibet, la capitale de la région, Urumqi, est reliée à Pékin par la système de chemin de fer chinois, et comme Lhassa, cette ville est désormais à majorité Han.

Début 2008, Pékin a annoncé de façon bien trop bruyante avoir déjoué une menace d’attentat visant les Jeux Olympiques de Pékin. S’agit-il d’Al Qaeda ? Non. Cela viendrait du Xinjiang. Encore une fois, si les journaux ont reporté la nouvelle de « l’attentat », rares sont les medias français à avoir indiqué le flou de Pékin sur le sujet, ou encore les conséquences politiques qu’une telle déclaration peut avoir. Car si les terroristes sont au Xinjiang, voila donc un bon alibi pour y maintenir une répression, ou du moins, pour tenir la région sous tutelle. Le sort des Ouighours intéresse moins nos journalistes et nos hommes politiques que celui des Tibétains. On n’ose même pas imaginer que leur religion puisse avoir un rapport quelconque avec ce silence


Quelles actions mener ?


Il ne faut pas se tromper sur l’idée que je veux développer dans mon article. En aucun cas je ne cherche à critiquer les Tibétains. La stratégie adoptée à la veille des Jeux Olympiques, fondée entre autres, sur la violence, relève de la survie du peuple. Elle fait suite aux longues souffrances que les Chinois ont fait subir aux Tibétains. Novembre 2007, au cours d’un voyage au Sichuan, j’ai rencontre un touriste français revenant du Tibet. « Les Chinois font subir aux Tibétains ce qu’ils reprochent aux Japonais de leur avoir fait pendant le Seconde Guerre mondiale, c’est une occupation » m’avait-il dit. Pour reprendre a la question de mon article, « en fait-on trop sur le Tibet », la réponse est non. Mais il faudrait le faire mieux. Et évoquer le cas du Xinjiang également. Par cet article, je cherche bien plutôt à insister sur un risque de désinformation, à la fois par les journalistes et les politiques sur la question. Voila bien un sujet sur l
equel il ne faut pas prendre exemple sur les médias chinois, qui eux aussi désinforment leur population, avec des slogans tels que « Les Tibétains sont des terroristes ».

Défendre les populations du Tibet et du Xinjiang, c’est affirmer que les êtres humains sont plus
importants que les enjeux économiques.

Les tergiversations du pouvoir chinois ne sont pas sans rappeler celles de 1989 concernant Tienanmen, comme l’a intelligemment remarqué Hubert Védrine. On a su, bien après les événements tragiques de Tienanmen, que les dirigeants communistes s’étaient déchirés sur la question. Le Premier secrétaire du parti communiste chinois de l’époque, Zhao Ziyang, soutenait même les étudiants et leurs revendications. Son isolement international, au contraire de Deng Xiaoping, lui a été fatal, ainsi qu’aux étudiants. 


La lenteur de la prise de décision du PCC aujourd’hui laisse penser qu’un scénario similaire se reproduit peut-être au plus haut niveau de l’Etat. Parmi l’ancien président Jiang Zemin, qui conserve beaucoup d’influence, les différents anciens premiers secrétaires du PCC, les neuf membres du Politburo qui appartiennent à différentes factions et qui doivent statuer sur la question, Hu Jintao et Wen Jiabao, qui doivent faire face à une forte pression au sein même de leur parti, et qui savent que tout faux pas peut leur être fatal, il semble évident que certains empêchent une répression musclée et sanglante sur le toit du monde. C’est aux diplomates étrangers de soutenir ces dirigeants, et de les épauler dans ce long bras de fer.


C’est surtout aux hommes politiques étrangers de prendre leur responsabilité, d’expliquer clairement la situation pour qu’elle soit comprise, de ne pas mentir sur la teneur et les acteurs des violences au Tibet et au Xinjiang, et d’agir en conséquence, en laissant planer le doute d’une absence lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympique. En revanche, prendre dès aujourd’hui des positions fermes et définitives serait une erreur et risquerait de braquer le pouvoir chinois. Jusqu’au dernier moment, il faudra laisser des portes de sortie honorable pour les leaders de l’Empire du Milieu. Encore faut-il que des dirigeants occidentaux courageux prennent des initiatives courageuses. Tiens, il parait que depuis les élections municipales, Nicolas Sarkozy aurait changé…


Etienne Longueville

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Vu(e) d'ailleurs
Mardi 1 avril 2008

 

Mercredi soir à 20h30, les sections universitaires du PS (ENS, Sciences Po, Sorbonne), le GSE Saclay, le GSU de Grenoble, les associations Progrès et Contre-courant (HEC) organisent la soirée de lancement du numéro 2 de leur journal, Allons voir si la rose

Conformément à la volonté qui a présidé à sa fondation, ce journal authentiquement militant se veut néanmoins davantage force de propositions que de contestation. Notre dossier central cette fois-ci consacré à l'écologie (après l'enseignement supérieur dans le premier numéro) tente de le démontrer.



Venez nombreux demain et repartez, en avant-première, avec un exemplaire du journal.



Rendez-vous à partir de 20h30 :

Ecole Normale Supérieure, 45 rue d'Ulm, Salle des Actes
RER B - station Luxmbourg
Bus 21 - arrêt Feuillantines
 

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Vie de la section socialiste de Sciences-Po

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-Téléchargez le compte rendu de notre débat-formation sur la fiscalité et la protection sociale (janvier 2007)
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