Pourtant ce fils de militaire chilien est bien l'homme du coup d'Etat du 11 septembre 1973, qui a entraîné la chute du gouvernement démocratique de gauche d'Allende, et la mort de celui-ci. Soutenu par les Etats-Unis, il s'auto-proclame président, et se fait passer pour le seul rempart contre le communisme. S'en suivent arrestations, exécutions, et "disparitions" d'opposants au nouveau régime, auxquelles s'ajoute la mise en place d'un dictature militaire. La chasse aux opposants s'étend à toute l'Amérique Latine (opération "Condor"), et des nombreux chiliens sont contraints à l'exil. Amnesty International parle notament de 100 000 personnes torturées ; les chiffres officiels font état d'au moins 3000 morts. En 1988, les chiliens refusent qu'il soit reconduit au pouvoir par voie de référendum. En 1999, il devient sénateur à vie (grâce à une réforme constitutionnelle qu'il avait lui-même fait passer), ce qui le place sous immunité judiciaire au Chili ! Toutefois, il est arrêté à Londres et détenu pendant un an et demi, jusqu'à ce que ses avocats le fassent sortir de prison à cause de son état de santé qui l'empêcherait soit-disant de participer au procès. En 2000, il retourne au Chili où une plainte a été déposée contre lui pour la première fois, dans une affaire prise en charge par le juge Guzman.
Il est clair et incontestable que Pinochet a mis en place une dictature militaire sur le Chili, qui s'est prolongée plusieurs années après son départ du pouvoir. Il est tout aussi clair et incontestable que les droits de l'homme ont été massivement bafoués au Chili de 1973 à 1988, et que Pinochet est directement responsable de nombreux crimes perpétrés contre ses opposants politiques. Pourtant il est mort sans avoir été complètement jugé.
En quoi tout cela nous concerne-t-il et doit nous interroger sur notre propre politique nationale ? Certes, le travail de mémoire appartient aux chiliens, et à eux seuls. Mais se pose la question de l'ingérence internationale en matière de crimes contre l'humanité, ou du moins de violations des droits de l'homme perpétrées par un gouvernement. A mon sens, les Cours Pénales Internationales sont légitimes. Si l'on considère les droits de l'homme comme universels, alors la souveraineté juridique des Etats doit s'arrêter là où commencent les violations massives de droits humains, perpétrées par ou sous la complicité des gouvernements. Sans cela, l'individu vivant sous dictature ne dispose d'aucune protection. Il est vrai que les droits de l'homme restent un concept occidental, mais ce genre de critiques ne s'appliquent pas à un pays comme le Chili, dont l'histoire et la culture restent étroitement liées à celles de l'Occident.
Ensuite, il est temps de rappeler que la dignitié de la personne humaine est d'une manière générale supérieure aux intérêts économiques, quels qu'ils soient. Certes, les droits économiques, sociaux et culturels font partie des droits de l'homme dits de nouvelle génération, et il est noble et légitime de les défendre... à condition que les droits de première génération soient d'abord défendus et respectés, à commencer par la liberté d'expression, l'égalité en droit, le droit à la justice et le droit à la sûreté. Cela sonne comme une évidence, pourtant toutes les réactions ne vont pas dans ce sens, y compris en Europe. Dans certains esprits, Pinochet reste avant tout l'homme du redressement économique.
Deuxièmement, il est grand temps que la politique étrangère des démocraties soit placée sous le contrôle de l'opinion publique, comme l'est déjà la politique intérieure. Pour cela, les média ont un rôle énorme à jouer ; il n'y a pas que le conflit israélo-arabe qui mérite les gros titres. Tout comme les Etats-Unis doivent se pencher sur leur propre histoire, qui a conduit le gouvernement à soutenir des coups d'Etats et des dictatures, de même nous devons nous pencher sérieusement sur l'action de la France à l'étranger. Il est facile de fustiger les Etats-Unis, mais combien de dictateurs africains sont en place grâce à la France ? Par exemple, François-Xavier Vershave, dans Noir Silence, tenait les "trois E" pour responsables des "évènements" du Congo : Etat français, Etat-major, Elf. D'accord, c'est l'Afrique, d'accord c'est compliqué, d'accord on ne peut pas appliquer dans ces pays les mêmes recettes que chez nous. Il n'est dans l'intérêt de personne que nous restions immobiles face à des situations politiques tragiques à l'étranger. Dès lors, toute action diplomatique ou militaire française à l'étranger est une forme d'interventionnisme. Certes, mais il s'agit de trouver les limites à ne pas franchir. N'est-ce pas là que commmence "l'ordre international juste" ?
Le premier objectif de toute politique étrangère est d'oeuvrer pour la paix internationale, et de contribuer à cet "ordre juste". Ca n'est pas qu'une question de beaux discours naïfs ; c'est tout simplement l'intérêt, à long-terme, de n'importe quelle nation libre. Il est temps de cesser les politiques étrangères de très court terme, au nom d'intérêts immédiats ; elles se retournent trop souvent contre nous. Il est dans l'intérêt de tous les peuples que ses voisins vivent également en paix, dans des Etats de droit. Lutter contre l'impunité, à Santiago, Paris ou Kinshasa, est un devoir.
Vous vous êtes certainement rendu compte ce matin qu'il se passait quelque chose d'important, la rue Saint-Guillaume étant complètement fermée, le bâtiment du 27 interdit aux étudiants pas munis du mail de confirmation: Shimon Pérès donnait une conférence à Sciences-Po. Vous pouvez faire part de vos remarques sur ce qu'il a dit dans les commentaires.
Dans un premier temps, il a parlé de sa vision du monde d'aujourd'hui. Un monde où les territoires ne revêtent plus vraiment d'importance, et où les sciences et les technologies prennent le dessus. "C'est en fonction du nombre de chercheurs produits par une nation que l'on peut déterminer si celle-ci est riche ou pauvre" déclare t-il, avant de préciser "Nous avons besoin d'une culture mondiale de la prise de risque".
A cela, il faut relier le déclin de l'importance des gouvernements, même si ceux-ci refusent de le voir. "Ce sont les individus qui créent leur propre Etat, en créeant une entreprise mondiale" dit-il précisant qu'"on les appelle souvent companies privées, mais en réalité elles sont publiques car elles influent sur nos vies. Regardez google".
L'importance de l'économie est, à ses yeux, capitale: "On fait trop de diplomacie mais pas assez d'économie" déclare t-il.
Le problème israélo-palestinien est ensuite abordé, surtout à travers les questions des étudiants. "Une démocratie moderne correspond au droit égal de chacun d'être différent", déclare t-il. Plus tard, il ajoutera "Il n'y a pas de raison pour laquelle un musulman devrait être inférieur à un juif"
Le problème du conflit israélien n'est selon lui "pas une question de territoire, c'est un problème d'interlocuteur, le Hamas". "Le Hamas veut l'élimination d'Israel, même si on lui donne tous les territoires et toute l'eau. Dans ses conditions, on ne peut pas discuter."
Il est prêt à discuter avec le Fatah: "Vous pouvez être musulman et moderne, il n'y a aucune contradiction à cela" précise t-il.
Il est beaucoup plus gêné sur la construction du mur. Dans son discours introductif, il évoque la nécessité de commercer avec les Palestiniens pour sortir de la guerre ("Vallée économique de la paix"); mais quand on lui demande si ce mur n'empêche pas le commerce, il répond que la sécurité des Israéliens est la priorité. Or depuis que le mur a été construit, la plupart des attentats ont cessé.
Sur l'Iran , il a été très net. Parlant d'Ahmadinejad il demande "Qui est le danger? Nous où lui?"
Enfin, il pense que la France a un rôle à joué dans le cadre de l'Union Européenne pour arriver à la paix. En revanche, il ne pense pas que l'ONU, une "organisation lié au monde d'il y a 60 ans", soit encore efficace aujourd'hui. Mais il promet aux étudiants dans la salle "Vous verrez la paix dans le futur, vous la construirez."
Etienne Longueville
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Il existe à Sciences Po de nombreuses associations politiques, ainsi que des syndicats: UNEF (gauche), UNI (droite dure) et Interzaid-FacVerte (écologiste et international). Cette année il y a un nouveau venu avec Nouvelle Donne. Ne vous fiez pas au nom, il n’y a guère de nouveauté dans la donne, puisque les fondateurs du syndicat se disent proches de De Gaulle, Giscard, Chirac, Juppé, Raffarin (non, non, vous n’avez pas mangé de champignons hallucinogènes, on peut avoir 20 ans et être fan de Raffou) et bien sûr de la petite crotte karchérisatrice. Un club de rebelles quoi. En gros il s’agit d’étudiants UDF et UMP qui espèrent récupérer les voix des étudiants de droite effrayés par la radicalité de l’UNI, et certaines voix centristes qui se portaient sur Interzaid-FacVerte.
Tout cela n’a rien de très réjouissant, et ne mériterait pas une place sur ce blog, si Nouvelle Donne n’avait décidé de doter son site internet d'une très jolie bannière européenne. Et en observant cette bannière, on réalise que l’Union Européenne a subi des évolutions qui sont passées inaperçues dans tous les grands médias. Nouvelle Donne est en effet en mesure de vous annoncer un grand scoop : la Croatie est entrée dans l’UE, et la Hongrie en est sortie !
Comme je n’ose imaginer que des étudiants de Sciences Po ne connaissent pas les 25 Etats-membres de l’Union Européenne, je pense qu’il s’agit là d’une manière pour Nouvelle Donne d’afficher sa colère contre le gouvernement socialiste hongrois et en particulier le Premier Ministre qui a avoué avoir menti pour gagner les élections (oui, Nouvelle Donne est attachée à l’honnêteté, d’ailleurs ils soutiennent Chirac). Pour compenser le départ de la Hongrie, les membres de Nouvelle Donne ont décidé de faire entrer la Croatie dans l’UE, comme ça à l’avenir leur traditionnelle croisière sur les côtes croates ne sera plus polluée par d’horribles formalités administratives.
Ayant gardé des contacts avec le cycle est-européen dont je suis issu, je me suis empressé de signaler l’info aux étudiants de Dijon. Un étudiant qui est en stage dans un département des affaires européennes d’un ministère hongrois m’a dit que cela avait fait beaucoup rire les fonctionnaires du ministère ….
Nouvelle Donne voulait avoir un caractère « international » : c’est fait, leur réputation dépasse déjà nos frontières.
Aux mauvaises langues qui affirmaient que Nouvelle Donne avait une utilité marginale tendant vers zéro, cet épisode aura servi de leçon : Nouvelle Donne est là pour nous faire rire.
Adrien
J’ai été déçu. Et j’ai peur. Sincèrement, j’ai jusqu’à maintenant douté de la capacité de notre candidate à concevoir un système de pensée cohérent. Douté de voir autre chose que de la provocation creuse. Douté de mon engagement, tellement Mme Royal me semblait aux antipodes de ma conception de l’éthique politique. Et je doute encore…
Mais quelque chose d’imperceptible est en train de faire chavirer la gauche réformiste, et ce quelque chose me fascine. J’ai tout à coup l’impression que l’image absolument ringarde qui lui collait à la peau (et accessoirement à celle de nos éléphants préférés) vient d’être balayé. Cette image tellement destructrice qu’elle a fait refleurir l’extrême gauche et qu’elle a poussé le prolétariat du tertiaire dans les bras de l’extrême droite.
Cette image, honnie de suffisance et d’indécent misérabilisme, est en train de changer.
Si je suis de gauche, c’est parce que je veux un parti de proximité, de compréhension, de respect et de tolérance. Certes, nous n’avons pas « le monopole du cœur », et qu’importe ! Nous avons celui de l’espoir ! Qui, et même à l’UMP, croit sincèrement que Nicolas Sarkozy nous mènerait vers des jours meilleurs ? Qui, et surtout à la LCR, croit concrètement qu’il peut apporter du bien être à notre société ? Qui, enfin, à la droite de la droite, a d’autres solutions que la haine ?
Le PS, c’est le seul parti qui défend la société dans son ensemble et sur tous les sujets. C’est le seul qui peut désamorcer les conflits que la droite est en train d’envenimer. Alors cela me fait mal de voir à quoi peut ressembler l’image d’un parti pourtant si pur dans ses idéaux.
Alors, si Mme Royal peut bousculer les vieux mythes de la gauche, et bien c’est tant mieux, et ce n’est pas la moindre des qualités. Je soutiendrai notre candidate non pas par dépit, mais parce l’avenir de la gauche m’enthousiasme.
Mais par pitié, et je m’adresse là surtout à ceux qui soutiennent fortement la candidate, méfiez-vous ! Nous avons tous à y perdre, si l’on rejette, dans l’emballement, ce qui fait la crédibilité du PS : sa compétence et son réalisme.
Que notre candidate garde ses marottes et ses phrases chocs, grand bien lui fasse ! Mais je commencerai à me poser des questions sur mon engagement socialiste si elle a la faiblesse de s’enfoncer encore une fois dans les marécages de la démocratie d’opinion.
Jean-Michel Charles
Lorsque la section avait présenté en mai dernier sa Contribution au projet du Parti Socialiste intitulée « Pour une nouvelle ambition socialiste au service de la décentralisation », j’avais proposé qu’il y soit fait référence à une proposition qui me tenait à cœur : celle de l’établissement d’un pouvoir de contrôle des assemblées délibérantes locales sur les exécutifs.
Comment ? En dissociant les fonctions de présidence de l’exécutif et de présidence de l’assemblée délibérante qui sont confondues actuellement en la personne du président du conseil général ou régional et en donnant à l’assemblée le pouvoir de censurer l’exécutif.
Cette confusion des rôles est une curiosité française de l’exercice du pouvoir local qui contraste avec ce qui se fait dans les communautés autonomes espagnoles où il existe un président du gouvernement régional qui siège avec son équipe en bas dans l’hémicycle et un président du Parlement.
Cette singularité française est d’autant plus curieuse que l’on imagine mal au niveau national un équivalent : la présidence des débats du Parlement par le Premier ministre ! Loin de sombrer dans le mauvais esprit, cette confusion des pouvoirs est d’autant plus gênante que les collectivités territoriales sont appelées à gérer un nombre croissant de compétences, ce qui renforce le pouvoir des exécutifs locaux.
Sans vouloir faire feu de tout bois, l’attristante « affaire Frêche » témoigne de cette nécessité. Au-delà du débat sur la réalité de ses propos, Georges Frêche n’en est pas à son premier dérapage.
Au lieu de donner en spectacle ses hésitations, le PS aurait gagné à ce que l’affaire soit réglée en Languedoc-Roussillon (et non en Septimanie, n’en déplaise à Georges Frêche). Comment ? En permettant à l’assemblée régionale de voter une motion de censure et de renverser ainsi le président de l’exécutif.
Ceci n’est malheureusement pas possible et le fonctionnement institutionnel local gagnerait à être modernisé dans le sens des propositions faites dans notre contribution. Faute de ce changement, ce sont nos partenaires de gauche qui font aujourd'hui pression sur les élus locaux PS pour désavouer Georges Frêche.
Ce triste avatar des archaïsmes de notre cadre institutionnel n’est pas sans rappeler la situation qui avait été celle d’Alain Carignon en 1994, alors président du conseil général de l’Isère, inquiété pour des faits d’une toute autre nature certes, mais accroché à son fauteuil alors que, dans le même temps, l’assemblée délibérante était impuissante.
Soyons ambitieux et exigeons cette réforme (pourquoi pas dans la lettre collective que nous pourrions écrire à François Hollande ?). Le débat est ouvert !
Bastien Taloc.




