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Mardi 11 mars 2008
undefinedUne analyse journalistique s'est  répandue comme une trainée de poudre ces dernières heures qui finirait par vouloir nous faire croire que la droite a gagné les élections municipales, puisqu'elle ne les aurait pas perdu. Certains parlent de "vaguelette", d'autres de "rééquilibrage" (suite aux résultats des municipales de 2001), d'autres encore n'ont pas hésité à prétendre que le gouvernement n'était pas contesté puisque tous les Ministres étaient élus... Pas de chance, c'est un peu plus simple de se faire élire à Chantilly (67% de votes pour N. Sarkozy en mai 2007) ou dans le VIIème arrondissement de Paris (78%), quoique Rachida Dati ne soit même pas fichue de passer au premier tour (tous nos encouragements à Laurence Girard), qu'à Colombes, Périgueux ou Mulhouse où Yade, Darcos et Bockel sont en ballotage, la plupart du temps défavorable...

Par ailleurs, la droite prend ensuite constamment comme argument que les élections intermédiaires seraient toujours néfastes pour la majorité en place. Et on cite allègrement les municipales de 1983 ou celles de 2001. Sauf que ces dernières se sont traduites par une défaite assez relative de la gauche (Paris, Lyon, Dijon gagnés pour la première fois) et surtout elles sont intervenues 4 ans après l'arrivée de Lionel Jospin et de son équipe au gouvernement, 2 ans après dans le cas de 1983. Cette fois-ci, l'élection présidentielle était il y a peine 9 mois en arrière et on observe déjà qu'une grande partie de l'électorat qui a fait le succès de Sarkozy en mai 2007 (les classes moyennes) l'a déjà lâché (en votant pour la gauche ou en s'abstenant), quand on observe les scores incroyables à Vierzon, Alencon, Reims, Rouen, Laval, Rodez...

Enfin, on est frappés de constater que l'UMP se dit quasiment victorieuse mais que dans le même temps, elle effectue, selon les termes du jaloux et sémillant François Sauvadet (président du groupe Nouveau Centre à l'Assemblée nationale) une "danse du ventre" autour du Modem. François Fillon lui-même, vient de nous expliquer que le Modem devait aujourd'hui, main dans la main avec l'UMP, permettre d'éviter la "guerre civile" que veut instaurer la méchante gauche. Le problème principal de la droite, que l'on observe à Toulouse notamment, à Marseille ou encore à Strasbourg est précisément qu'elle ne dispose d'aucune (ou très peu) de réserves de voix. La porosité des voix FN vers l'UMP risquant d'être moins importante qu'à la présidentielle, les réserves de la droite sont encore plus faibles.

Que le pouvoir reste sourd, c'est son problème. La gauche ne doit pas pour autant fanfaronner. Les scores magnifiques obtenues par les listes du PS et de nos alliés sont dus aux belles campagnes menées, aux propositions nombreuses faites, à l'enthousiasme des militants sur le terrain, parfois dans le cas des maires sortants à l'excellent travail effectué (voir les scores remarquables de Gérard Collomb, Jean-Marc Ayrault, Hélène Mandroux, Bertrand Delanoë ou encore Martine Aubry). Comme nous l'avons déjà dit ici, non seulement il reste un deuxième tour mais il reste une nouvelle étape, que celle-ci nous permettra d'atteindre sereinement, en expérimentant sur le terrain non pas le socialisme municipal mais le futur de la gauche nationale.

Par ailleurs, puisque les municipales sont l'occasion de s'apesantir sur quelques résultats qui nous font plus que jamais croire aux vertus démocratiques :
- L'élection au premier tour (du jamais vu !) du candidat Michel-François Delannoy à la mairie de Tourcoing. Face à un candidat haineux condamné par la justice mais investi par l'UMP malgré les engagements de Sarkozy, le candidat socialiste l'a emporté, au terme d'une campagne digne de son côté, de très belle manière (près de 54% des voix) ;
- Le score calamiteux de Nadine Morano à Toul (24%), loin derrière la maire sortante PS, Nicole Feidt (35%) et un candidat dissident ne supportant pas la vulgarité de la candidate "officielle". Même si Morano avait retiré le logo UMP de ses affiches, elle est l'une des illustrations de la défaite de la droite sarkozyste. Usant de toutes les cordes du sarkozysme : vulgarité confondante, populisme consternant ("la gauche du côté des assassins" entre autres) et vieilles recettes politicardes pseudo-ouverture (elle avait débauché l'ancien directeur de cabinet socialiste de Nicole Feidt). On voit comme toutes ces magouilles ont payé... et on s'en félicite ! Bonne chance à Nicole Feidt au deuxième tour ;
- Le score réalisé par Patrick Balkany (réélu dès le premier tour, avec 51%) aurait de quoi nous accabler (rappellons outre les procès multiples, la dette de Levallois-Perret : 4000 € par habitant, certains viennent ensuite nous parler de "bonne gestion"...) mais on ne peut que se réjouir de la décision courageuse prise par la candidate ex-UMP, ex-adjointe de M. Aeschlimann (ancien conseiller en communication de Nicolas Sarkozy) à Asnières et du candidat Modem de s'allier au candidat socialiste au deuxième tour, Sébastien Pietrasenta. Le courage de ces militants de droite doit être saluée et démontre que la droite républicaine est en cours de reconstruction.

En tout état de cause : n'oubliez pas de voter dimanche !

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Campagne 2008
Dimanche 9 mars 2008

Votez--.JPGLa campagne pour le premier tour des élections municipales et cantonales est achevée. En votre âme et conscience, prenez part au vote aujourd'hui.  La démocratie, d'une manière ou d'une autre, en sortira grandie.

Ouverture des bureaux de vote :


Dans les villes de moins de 100 000 habitants: 8h00 - 18h00

Dans les villes de plus de 100 000 habitants : 8h00 - 20h00

Jusqu'à dimanche soir 20h00, les commentaires seront modérés sur le blog, afin de respecter les règles du Code électoral. 

 

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Campagne 2008
Samedi 8 mars 2008

Le numéro 8 de la Rose au Poing, journal de la section PS Sciences Po, déjà distribué dans sa vers1-re-page-RAP.JPGion papier, est désormais disponible en version électronique.

Numéro spécial consacré aux élections municipales, ce journal n'en oublie pas la rénovation : nouveau logo, nouvelle maquette, nouvel agencement. Tous les remerciements (plus que) nécessaires au meilleur graphiste que la planète socialiste (et pas que...) ait porté, Charles Gauthier.

En plus des articles déjà consacrés sur ce blog aux enjeux municipaux, ce numéro vous permettra de montrer que les élections municipales ont lieu nationalement. Merci à tous nos contributeurs, qu'ils viennent de Poitiers, de Metz, de Colombes ou de Limoges !

Durant ces dernières heures de campagne, inutile de dire que sa lecture achèvera de vous convaincre !

Bonne lecture à tous et bon vote !

Jonathan Gindt 
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Vie de la section socialiste de Sciences-Po
Vendredi 7 mars 2008

undefinedPersonnes handicapées, sans domicile, en difficulté temporaire, victimes de violences, personnes âgées dépendantes…la politique sociale municipale vise à permettre à chacun de retrouver son autonomie. Pour ce faire, un effort sans précédent a été mis en œuvre : le budget consacré à la solidarité a augmenté de 70% par rapport à 2001. Mais le combat pour une ville plus solidaire ne s’adresse pas seulement aux personnes en difficulté, il concerne la qualité de vie de tous les Parisiens. Une ville plus solidaire, c’est aussi une ville plus conviviale, une ville où les citadins se rencontrent et se parlent, faisant sauter la barrière entre les quartiers Est délaissés et les arrondissements de l’Ouest excessivement favorisés. Pour cela, une politique volontariste de mixité sociale est sur les rails, contribuant à maintenir ou à renforcer la diversité de la population parisienne.

Depuis 2001, la politique sociale de la ville a connu des évolutions profondes dans tous les secteurs. Tout d’abord, le Maire de Paris et son équipe sont convaincus que l’accès à l’emploi constitue le préalable indispensable à une insertion réussie. Le forum Paris pour l’emploi qui met en relation les employeurs et les demandeurs d’emploi a permis près de 6000 embauches en 2006. La municipalité a également renforcé l’accompagnement vers l’emploi des allocataires du RMI en systématisant la signature de contrats d’insertion et en ouvrant des guichets uniques qui leur sont destinés. Au total, le taux de chômage a baissé depuis 4 ans de 28% à Paris contre seulement 18% sur la France entière. Ce résultat est aussi le fruit de la politique de développement économique de la capitale qui permet d’attirer de plus en plus d’entreprises de pointe créatrices d’emplois

Pour éviter que des difficultés temporaires ne conduisent à l’exclusion, les aides sociales gérées par la ville ont été réformées afin de les rendre plus justes et mieux adaptées, avec par exemple la création dès 2002 d’une allocation logement pour les familles monoparentales. Mais la municipalité n’a pas les moyens de se substituer à la politique nationale. La lutte contre l’exclusion notamment relève d’après les textes de la compétence de l’Etat, il s’agit d’un enjeu national que la ville n’a pas les moyens d’affronter seule. Paris est déjà le département d’Ile-de-France qui compte le plus de centres d’hébergement d’urgence avec 1 place pour 472 habitants alors que ce ratio est de 1 place pour 2049 habitants dans les Hauts-de-Seine.

Toutefois, face à l’insuffisance flagrante de l’action de l’Etat en la matière, Bertrand Delanoë et son équipe ont créé une unité d’assistance aux personnes sans-abri  afin de les rencontrer et de les aider à trouver des solutions car la rue doit rester un espace public et ne peut en aucun cas constituer un lieu de vie décent. 1000 places d’hébergement nouvelles ont ainsi été créées  dans des centres à taille humaine. Le soutien au Samu social et les distributions de repas ont été renforcés. Toutefois, pour indispensables qu’elles soient, ces solutions d’urgence ne sont pas satisfaisantes. Pour débloquer la chaîne du logement, les personnes en voie de réinsertion doivent pouvoir avoir accès à des logements durables.

Cette question du logement est évidemment clé à Paris. Plus de 30 000 logements sociaux ont été financés durant la mandature, soit près de 4300 par an, contre seulement 1564 par an quand laundefined droite était au pouvoir. Sur ces 30 000 logements, près de 30% sont destinés aux classes moyennes. De plus, le nouveau plan local d’urbanisme prévoit la réalisation d’au moins 25% de logements sociaux dans tout nouveau programme immobilier à partir de 800 m2, mesure à laquelle s’est opposée l’UMP au Conseil de Paris. Si le nombre de demandeurs de logements sociaux reste stable (autour de 100 000), le turn-over est en réalité très important : entre 2001 et 2007, plus de 90 000 logements ont été attribués. De plus, la Ville estime qu’il est important que des ménages parisiens à revenus moyens puissent accéder à la propriété. C’est pourquoi un prêt à taux 0% a été mis en place dont plus de 6000 ménages ont déjà bénéficié.

Enfin, la municipalité s’est engagée dans la lutte contre toutes les discriminations. Dès 2001, un Conseil de la citoyenneté des Parisiens non communautaires a été créé pour permettre aux étrangers qui résident dans notre capitale, de participer à la vie citoyenne, même s’ils ne possèdent pas le droit de vote. Par ailleurs, de nombreuses actions ont été conduites pour favoriser l’apprentissage du français et mieux accueillir les étrangers dans les services publics : les agents ont été formés, des interprètes sont mis à disposition et de nombreux documents sont proposés en plusieurs langues. Autre exemple, la volonté de promouvoir les droits des femmes et l’égalité entre les sexes a guidé en permanence l’action d’une équipe municipale, d’ailleurs majoritairement féminine. Les champs d’action principaux ont porté sur la lutte contre les mariages forcés, l’aide aux femmes victimes de violences, avec la création d’un centre d’hébergement spécifique dans le 15e, et la sensibilisation des enfants et des jeunes à l’égalité entre les sexes. Enfin, la municipalité a décidé résolument de changer la vie des personnes handicapées dans la cité. Le budget  consacré à faire reculer les entraves à la vie quotidienne de ces personnes a été multiplié par 12 depuis 2001.

Pourtant, dans ce domaine, comme dans d’autres, beaucoup reste encore à faire. Le champ social est en effet en perpétuelle évolution et très sensible aux inflexions de la politique nationale, comme aux aléas de la conjoncture internationale. Les socialistes parisiens sont donc résolus à rester très vigilants afin qu’aucun Parisien ne se retrouve à devoir dépendre durablement des systèmes d’assistance

Pour ce faire, le logement sera la priorité numéro 1 de la prochaine mandature.


Batignolles.JPGL’accès de tous à un logement convenable est en effet le seul moyen de préserver la diversité de la population parisienne, en évitant notamment que le départ des familles. Dès 2014, Paris atteindra l’objectif de la loi SRU de 20% de logements sociaux. Pour cela, 40 000 logements sociaux supplémentaires seront financés : un tiers de constructions neuves, un tiers de logements réhabilités et un tiers issus d’immeubles vacants situés dans des arrondissements qui comptent peu de logements sociaux. L’effort portera également sur les constructions de logements en général et non uniquement sur le parc social : le nouveau Plan Local d’Urbanisme, adopté sous cette mandature, prévoit la réalisation de plus de 70 opérations d’aménagement, intéressant 1000 hectares soit 10% du territoire parisien. La Ville financera au moins 4000 logements étudiants sur la mandature, après en avoir déjà financé 3700 depuis 2001 (à comparer aux 321 de la précédente équipe municipale). De même, pour les jeunes travailleurs, les socialistes créeront 3000 nouvelles places en foyers, s’ajoutant aux 1700 financées depuis 2001.

En trois ans, la résorption de l’habitat insalubre devrait être achevée.


En
2001, avec plus de mille immeubles insalubres recensés, la situation était dramatique. Aujourd’hui, plus de 80% de ces immeubles sont sortis de l’insalubrité ou sont en train d’être réhabilités. Les 19 000 personnes concernées ont été relogées. Un système public d’aide à la caution sera également lancé à destination des jeunes et des classes moyennes. Enfin, afin d’aider des personnes à revenus très modestes à louer un logement, la Ville de Paris financera une agence immobilière à vocation sociale chargée de prospecter des logements, d’assurer la garantie des loyers et charges pendant toute la durée du bail, ainsi que la remise en l’état à l’expiration du bail.

L’équipe municipale veillera également à proposer aux personnes sans domicile des solutions durables et adaptées à leur situation. Des centres expérimentaux seront lancés pour accueillir dans de meilleures conditions les personnes les plus désocialisées, notamment les jeunes sans ressources. Les personnes souffrant de troubles psychiatriques ou de conduites addictives seront plus étroitement suivies.

Parisolidaire... en passe d'être gagné !

Afin de mieux protéger les femmes victimes de violences conjugales, deux nouveaux lieux d’hébergement spécifique et d’accompagnement seront créés.


Par ailleurs, le plan de rénovation des foyers de travailleurs migrants sera achevé et 4 nouveaux cafés sociaux vont être réalisés (s’ajoutant aux trois déjà réalisés depuis 2001) pour rompre l’isolement et apporter l’aide sociale nécessaire aux migrants âgés dans des lieux conviviaux.
Nous augmenterons en outre les permanences juridiques gratuites proposées dans les 5 points d’accès aux droits ouverts depuis 2001, et en créerons un nouveau dans le centre de Paris. 
Logo-campagnes.JPG

Une lutte spécifique contre l’exclusion bancaire va être engagée par le développement d
u crédit micro social sous la forme d’un prêt personnel à taux très modéré, avec un accompagnement associatif.

Le plan d’accessibilité de tous les lieux publics aux personnes handicapées sera poursuivi et le service Paris Accompagnement Mobilité qui propose à ces personnes un dispositif de transport individualisé sera étendu le vendredi et samedi soir jusqu’à 2h du matin.

Le succès de cette politique ne peut toutefois dépendre que des Parisiens. Il dépendra d’abord du vote que nous allons exprimer les 9 et 16 mars mais il tiendra surtout au comportement de chacun au quotidien. C’est pourquoi la municipalité va s’organiser pour soutenir directement l’engagement solidaire et le bénévolat afin que toutes les bonnes volontés puissent se mettre au service des autres pour que notre capitale internationale soit aussi une ville chaleureuse où chacun puisse trouver sa place.

Sandra Desmettre

 

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Campagne 2008
Jeudi 6 mars 2008

Le récent débat sur la loi LRU s’est cristallisé autour de la question de l’autonomie des universités et de l’opportunité du développement de leur financement par des acteurs privés, mêlant des craintes fondées à des fantasmes. Au-delà des questions relatives à l’articulation entre les différentes sources de financement, le débat public tend, de façon générale, à se centrer sur la problématique de l’efficacité du système universitaire français. 

 

Cependant, les dysfonctionnements de notre système ne posent pas seulement des problèmes d’efficacité, ils posent également des problèmes d’équité, essentiellement en ce qui concerne la répartition de la charge du financement de notre système universitaire.

Le système français combine essentiellement deux sources de financement : l’impôt et les droits de scolarité acquittés par les étudiants. Au nom de l’égalité et des principes du « service public de l’enseignement supérieur », la gauche a longtemps été l’avocate du principe de gratuité ou, tout du moins, de modicité des droits d’inscription et d’un financement essentiellement assuré par l’impôt.

Or, l’évidence de l’association de la gratuité à l’égalité doit être sérieusement remise en question aujourd’hui. Les socialistes sont invités, non pas à renier leurs principes, mais au contraire à constater que les instruments qu’ils pensaient être les meilleurs au service de l’équité de notre système éducatif ne le sont sans doute pas. Il s’agit pour nous de forger de nouvelles solutions afin d’assurer une plus grande égalité, tout en modernisant notre système universitaire.

 

Une formidable machine à redistribuer … à l’envers

 

C’est en réalité une redistribution massive mais à l’envers qui s’opère dans le cadre du système de financement actuel. La gratuité donne l’illusion d’un libre accès à l’enseigUniversit-.jpgnement supérieur pour tous les étudiants, quelles que soient leurs catégories sociales d’origine. Cependant, la proclamation de la gratuité comme corollaire de l’idéal égalitaire procède d’une négation des situations de départ des individus. De fait, les disparités de taux d’accès à l’enseignement supérieur selon la catégorie sociale d’origine sont criantes. L’existence d’une contribution uniforme indifférente au profit que retirent les familles du système d’enseignement supérieur favorise mécaniquement les ménages les plus aisés.

 

On assiste de facto à une véritable redistribution à l’envers, renforcée par le dualisme Grandes Ecoles-universités et par le caractère peu redistributif de l’autre levier de financement de l’université : l’impôt. En effet, proportionnellement, les ménages situés sur le bas de l’échelle des revenus « profitent » moins des avantages du système d’enseignement supérieur que les ménages situés sur le haut de l’échelle, dont les enfants sont bien plus représentés au sein des facultés et dans les classes préparatoires de surcroît. Les ménages les moins aisés financent en résumé les études des enfants des ménages les plus aisés, les mêmes études auxquelles leurs propres enfants n’ont pas accès. En guise d’illustration, parmi les jeunes de 18 à 24 ans, moins d’un quart suit des études supérieures dans les familles des premiers déciles et largement plus d’un sur deux dans les familles des derniers déciles.

 

L’égalité, réellement !

 

L’idée selon laquelle l’égalité d’accès passerait nécessairement par la modicité des droits d’inscription ou la gratuité (dans le cas des CPGE) procède en réalité d’une conception formelle de l’égalité qui fait abstraction du caractère inégalitaire de la situation de départ des individus. Les socialistes ne peuvent se contenter de proclamer une égalité formelle – qui consiste en un traitement uniforme – surtout quand celleci masque en réalité des inégalités qu’un traitement indifférencié conduit même à amplifier. Ils doivent poser clairement la question des mécanismes redistributifs implicites à l’oeuvre dans le cadre du système actuel de financement de l’enseignement supérieur pour viser l’égalité réelle. Au-delà d’une simple correction des inégalités engendrées par le marché, il s’agit de lutter concrètement contre les inégalités, là où elles se forment, à la racine.

 

Allocation d’autonomie…ou d’anomie ?

 

Tel que proposé par le pacte présidentiel de Ségolène Royal, le dispositif dit d’ «allocation autonomie » Argent.jpgprévoyait une prestation mensuelle d’environ 800 Euros, sous conditions de ressources, à chaque étudiant contre l’engagement d’assurer quelques heures de soutien scolaire. 800 Euros, cela représentait une somme déjà beaucoup plus enviable que la moyenne des bourses actuelles mais encore trop peu, dans la plupart des villes universitaires, pour assurer une réelle autonomie financière de l’étudiant. L’allocation d’autonomie laisse en outre deux questions en suspens : elle ne tranche pas la question de l’autonomie de l’étudiant par rapport aux parents et ne règle pas le problème de la redistribution à l’envers (le financement de cette prestation demeurant assuré par des impôts peu redistributifs).

D’où la nécessité de rechercher un effet redistributif à travers les droits de scolarité. Il apparaît donc une complémentarité entre la hausse des droits des scolarité et une allocation d’autonomie substantielle, pouvant aller jusqu’à 1200 Euros mensuels. Une telle réforme combinerait à la fois l’exigence de l’équité et d’effi cacité puisqu’elle permettrait, par ailleurs, de dégager des marges de manoeuvre supplémentaires pour le financement des universités.

 

Tanguy ou Charles-Henri, ni l’un ni l’autre !

 

Par ailleurs, fonder, comme cela a été proposé par l’UNEF, l’obtention de l’allocation d’autonomie sur le revenu des étudiants et non celui de leur famille d’origine renforcerait le phénomène de redistribution à l’envers, déjà à l’oeuvre dans le système actuel de droits de scolarité d’un montanttrès faible. En outre, l’institution d’une telle allocation fondée sur l’autonomie de l’étudiant par rapport à ses parents engendrerait des coûts budgétaires exorbitants (5 millions d’étudiants et 800 Euros en moyenne : 48 milliards €) et présenterait des risques de dérive, compte tenu de la difficulté à s’assurer de l’absence de transferts financiers entre parents et enfants.

Enfin, les enjeux de redistribution en matière éducative se posent également en termes de cycle de vie et font intervenir la problématique de la formation tout au long de la vie. Dans ces conditions, une réforme juste et efficace du financement de l’enseignement supérieur doit reposer sur trois axes essentiels, prenant en compte les phénomènes redistributifs dans toutes leurs dimensions :

 

Réforme du système des bourses et des organismes assurant leur délivrance (à commencer par le CROUS) pour en améliorer leur efficacité. IEtudiants.jpgl s’agit d’augmenter substantiellement les bourses, en multipliant leur montant actuel par 3 et d’élargir nettement le nombre de leurs bénéficiaires afin d’éviter les effets de seuil, dont sont victimes les classes moyennes. Il s’agira pour se faire de lisser la dégressivité éventuelle des bourses ;

 

Instauration d’un système de droits de scolarité progressifs, proportionnel aux revenus de l’étudiant (ou de ses parents le cas échéant) et mise en place parallèle d’un barème national évitant les effets d’éviction entre universités ;

 

De la redistribution à l’envers à la redistribution au long du cycle de la vie : le droit à la formation tout au long de la vie doit être réellement instituée, afin depermettre notamment aux employés sortis tôt du système scolaire de bénéfi cier d’une formation permanente. C’est aussi la condition de la mise en place d’une sécurisation des parcours professionnels. 

Une réforme volontariste appuyée sur ces trois axes casserait la logique de la redistribution à l’envers générée par le fonctionnement actuel du système et dégagerait en outre des marges de financement substantiels et pérennes (loin des ventes ponctuelles par appartement du capital des entreprises nationales) pour l’université, chantier fondamental de la gauche revenue au pouvoir.                                                                                                    

Depuis la publication de cet article, dans le numéro 1 du journal des sections universitaires, Allons voir si la rose, cette réflexion a été inscrite dans le rapport de la commission de la rénovation « Les socialistes et l’individu ». Najat Vallaud-Belkacem, rapporteuse de cette commission, nous en parlera sans doute lors de son très prochain passage rue Saint Guillaume… juste après son élection dans le canton de Montchat !

Jonathan Gindt et Bastien Taloc

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Education

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