Marseille est de fait la ville la plus endettée de France. Au cours des 13 années de pouvoir sans partages de l'UMP, l'endettement a doublé : si chaque habitant de Marseille était endetté à hauteur de 1798 € en 1995, il l'est de 3792 € en 2007. De manière générale, la fiscalité (taxe d'habitation et taxe foncière) a pourtant été fortement augmenté au cours de la même période, de 30% en moyenne, ce qui représente le record absolu des villes de plus de 100 000 habitants.
Que la droite se sente encore permise de donner des leçons de bonne gestion quand on observe le désastre marseillais reproduit à la tête de l'Etat (64% du PIB d'endettement contre 58% en 2002) témoigne de son arrogance et de l'indigence de ses arguments. Les Français et les Marseillais en particulier ne devraient pas s'y tromper les 9 et 16 mars prochains.
Il est de bon ton dans une certaine
gauche française de prétendre que les démocrates et les républicains américains sont finalement interchangeables et que l’élection de l’un ou de l’autre importe peu.
D'une analyse partielle
L’analyse du bilan calamiteux de la présidence Bush ou la lecture de ce seul article saisissant
devraient suffire à n’importe quelle personne sensée
d’y voir de profondes différences. Plus fondamentalement, on est d’ailleurs frappés par le suivi très superficiel que les medias français accordent à cette élection. Il est par
exemple communément admis que les programmes économiques de Hillary Clinton et de Barack Obama sont similaires ou encore que Barack Obama serait plus « à gauche » qu’Hillary Clinton. Si
Clinton et Obama s’accordent pour remettre en cause les « cadeaux fiscaux » (tiens tiens…) accordés par l’administration Bush, leur conception de la généralisation de
l’assurance-maladie repose sur deux philosophies très différentes. Clinton propose une généralisation obligatoire quand Obama en fait un choix délibérément consenti par le citoyen (en dehors des
moins de 25 ans). Malgré toutes les explications de l’équipe d’Obama, on a du mal à comprendre comment le fait de généraliser l’assurance-maladie abordable et de qualité n’est pas, en soi, un
authentique choix de la part des citoyens, qui sont aussi des électeurs. Par ailleurs, comment un authentique fonctionnement solidaire de la protection sociale peut-il reposer sur la coexistence
de systèmes à géométrie variable ? Sur ce point, il semble donc difficile de prétendre que Obama est plus « à gauche » que Clinton, même si cela n’enlève en rien la qualité de la
candidature du sénateur de l’Illinois.
Pire que Bush : McCain Fries !
Mais surtout, puisque nous n’avons pas vocation à nous ingérer dans les affaires de politique intérieure américaine,
nous pouvons en revanche avoir plus qu’un avis sur les options de politique étrangère présentées et leurs répercussions sur l’équilibre mondial. De facto, la victoire de John McCain, seul
candidat républicain semblant émerger, serait une véritable catastrophe. Sa proposition de maintenir « indéfiniment » les troupes américaines en Irak est aussi invraisemblable
budgétairement (les deux conflits, irakiens et afghans, ont déjà coûté plus de 750 milliards $ aux contribuables américains) que dangereuse d’un point de vue géostratégique. Comme on l’a déjà
écrit ici, les Américains ne perdent pas sur un seul front, mais sur les deux. L’envoi, plus que contestable
d’ailleurs, de renforts français en Afghanistan, alors que cette guerre depuis 7 ans déjà, démontre à quel point la situation est calamiteuse.
Les deux propositions des candidats démocrates (retrait sous 16 mois pour Obama, d’ici 2013 pour Clinton) permettent
au moins de fixer un cap, un horizon. Sans être un faucon patenté, la proposition de Barack Obama de bombarder de manière « ciblée » certains foyers abritant de manière évident
des talibans au Pakistan (dans des territoires tribaux où le pouvoir central d’Islamabad n’a aucune influence) ne doit pas être balayée d’un revers de main. La plupart
des spécialistes s’accorde sur le fait que l’essentiel du pouvoir terroriste, tout au moins ce qu’il reste de faible centralisation de la nébuleuse Al Qaeda se trouve sur place, et certainement
pas en Irak (où les mouvements sont « spontanés »).
C’est aussi de l’Afghanistan et du Pakistan qu’essaime de nouvelles formes d’organisations terroristes qui s’établissent non pas en Irak mais dans les Républiques d’Asie
centrale. A ce titre, la déclaration du GAFI (Groupe d'Action Financière sur le blanchiment de capitaux) du 28 février
2008 qui porte principalement, outre l’Iran, sur l’Ouzbékistan et le Turkménistan, illustre ce déplacement du problème et le total échec de la stratégie néoconservatrice de lutte
(nécessaire) contre le terrorisme.
Les propositions du sénateur McCain refusent cet état de fait et persévèrent dans leurs erreurs, allant même jusqu’à penser qu’il suffirait de mettre un soldat américain derrière chaque Irakien pour stopper la spirale infernale. Prétendre que le retrait d’Irak ferait de ce pays un « refuge du terrorisme international » démontre à quel point la proposition de McCain est dangereuse. L’Irak n’est pas un terreau facile pour l’islamisme radical, il n’y a aucune adhésion, bien au contraire, de la population aux opérations kamikazes (dont elles sont les premières victimes), contrairement à ce que l’on peut voir, pour des raisons différentes, en Cisjordanie. Le pouvoir de Saddam Hussein, reposant sur l’idéologie de « laïcité de combat » du parti Baas, a pendant très longtemps pourfendu toute immixtion de la religion dans la cité. Inutile de préciser que les armes de destruction massive n’ont en outre jamais existé. Plus les Etats-Unis restent en Irak, plus ils empêchent au contraire la population irakienne de se charger elle-même (par l’intermédiaire de sa police et de son armée) de la lutte contre les terroristes. Bien évidemment que la désorganisation générée par l’invasion américaine ne se règlera pas du jour au lendemain mais le maintien voire le renforcement des troupes serait la pire des solutions.
John McSarkozy vs Ségolène Obama et Dominique Strauss-Clinton ?
Pour cette simple raison, on ne peut pas se permettre d’associer les démocrates aux républicains. Pourtant, même s’il faut se garder de trop plaquer une élection sur une autre, on est frappés par la similarité
entre les élections présidentielles américaines de 2008 et celles qui ont eu lieu en 2007 en France. D’un côté, un camp républicain qui gouverne depuis 8 ans et ne cite jamais, sauf pour
le critiquer, le Président encore au pouvoir issu de leurs rangs. Des républicains qui prétendent aussi à la « rupture » par rapport à quelque chose qu’ils ont eux-mêmes construits… Ca
ne vous rappelle rien ?
De l’autre, un camp démocrate qui a longtemps vu 3 candidats sérieux s’affronter (avec le sénateur John Edwards),
désormais 2 candidats, dans une primaire beaucoup plus âpre que celle qui existe au sein du parti républicain, avec des critiques d’incompétence et d’inexpérience d’un côté, de faire partie de
l’establishment et de pratiquer une sorte de « vieille politique » de l’autre. Le candidat républicain a d’ailleurs déjà récupéré ces critiques issues des joutes internes aux démocrates
pour les intégrer dans ses propres attaques. Ca ne vous rappelle rien ?
Clinton comme Obama doivent comprendre que la division du camp démocrate étalée aux citoyens américains est la seule chance pour les républicains de gagner la présidentielle. Ils
doivent aussi comprendre que cette élection les dépasse et qu’ils n’ont pas le droit de la perdre, pour les Etats-Unis, pays ami de la France, pour le monde aussi, uniquement par opposition
personnelle.
Bernadette Chirac déclare effectivement : "Nicolas Sarkozy est fantastique". Mais surtout, on la remercie de nous apporter un soutien sans failles dans notre analyse des rapports entre son mari et le Président actuel (exposée ici), en précisant : "Nicolas Sarkozy est fantastique. Il a été formé à l'école de Jacques Chirac". CQFD.
Ascenseurs assassins, chiens dangereux, piscines tueuses : autant de sujets du « 20 heures » qui deviennent des lois votées en fanfare par le Parlement. Bâclées, mal rédigées, votées en catastrophe dès qu’un fait divers suscite l’émotion, les lois que nous concoctent nos représentants, sénateurs et députés réunis, prolifèrent et se distinguent par leur illisibilité. Pour autant, qui doit-on blâmer, du gouvernement ou du Parlement, pour cette diarrhée législative ?
90% des textes de lois sont des projets de loi, provenant du gouvernement, ce même gouvernement qui a tôt fait de rejeter la responsabilité de certaines dérives sur le dos des élus, comme avaient pu en témoigner la déresponsabilisation de l’Élysée au moment de l’affaire des tests ADN et de l’amendement Mariani en Octobre 2007.
Le gouvernement, et tout particulièrement depuis l’arrivée au pouvoir du président Sarkozy, multiplie donc les lois d’affichage, les « neutrons législatifs », ces textes à charge juridique nulle… mais à l’impact médiatique extrêmement efficace. Rien de plus en plus contestable en effet que cette loi absurde sur la « rétention de sûreté », qui ne vise que 30 à 50 condamnés dans toute la France ! Une loi pour 0, 000 002 % de la population !
Encore plus intéressant, on peut penser à cette pauvre ordonnance du 2 février 1945 « relative à l’enfance délinquante », qui a été modifiée, tailladée, raturée 60 fois depuis son entrée en vigueur, et que Madame Dati s’apprête à « réformer » à nouveau. Elle suit en cela le brillant chemin traduit par notre hyperprésident, qui, depuis son entrée au ministère de l’Intérieur en 2002, « carbure » à un texte de loi sur (ou plutôt contre) l’immigration tous les ans.
Car c'est bien là le drame de l’ère Sarkozy : la France est passée de « l’inflation législative », d’une loi dévalorisée, à la «diarrhée législative ». La loi est désormais à la fois dévalorisée mais aussi nauséabonde, car votée par une armée de godillots sur des thèmes électoralistes souvent destinés à attiser les peurs, alors qu’elle est sensée être l’expression du débat démocratique. Chose que le président Sarkozy semble ne pas connaître, puisqu’il multiplie les procédures de vote en urgence au Parlement, limitant ainsi à deux pauvres semaines le débat sur des décisions aussi fondamentales que le temps d’emprisonnement d’un individu ou le droit d’asile. Alors que le président Sarkozy prétend de restaurer le statut de l’opposition, pourquoi chercher à la rabaisser en lui refusant plus d’une séance par mois pour proposer des lois ? Pourquoi ne pas donner les moyens au Parlement de réaliser des études d’impact en amont de chaque projet de loi ?
C'est ce genre de question qu’aurait du évoquer la commission Balladur. Or, le rapport Balladur de décembre 2007 semble bel et bien enterré. La « commissionite » aigue dont souffre le président Sarkozy semble à l’image de son mandat : beaucoup de paroles, de commissions médiatisées, mais peu d’actes…




