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Samedi 22 septembre 2007
 

Pour refonder la gauche, il convient peut-être simplement de prendre du recul, doublement. Un recul géographique tout d’abord : s’éloigner loin des turpitudes de la rue de Solférino, de l’ambiance parisienne. Un recul temporel ensuite : voilà près d’une semaine que le forum organisé par Libération est terminé. Et c’est seulement maintenant que l’on se sent en mesure de rédiger quelque chose sur cet événement plus que constructif.

 
Il y avait pourtant une librairie dans le hall d’entrée de la Maison de la culture de Grenoble. Mais lesForum-Lib--.JPG personnes présentes se détournaient rapidement de tous ces chaleureux ouvrages qui respirent la camaraderie et l’aspiration à l’idéal de fraternité. Ils étaient venus pour autre chose. Pour écouter, pour réfléchir, pour inventer.


Neuf ministres du gouvernement étaient présents. Les intellectuels aussi étaient nombreux et bien entendu les principaux ténors de la gauche française. Si chacun peut regretter telle ou telle imperfection (notamment le manque de caractère participatif des débats, sans doute du à l’absence de Ségolène Royal…), il faut toutefois sincèrement remercier l’équipe du journal Libération qui a su organiser ce qui s’apparente à une première dans l’histoire politique française.

Loin de tout tapage médiatique, chacun a pu ainsi s’exprimer. Au-delà de l’écoute, respectueuse, des projets du gouvernement, c’est la question de la reconstruction de la gauche qui animait la plupart des participants. Sur les 20 000 participants à ce Forum, la plupart avait voté pour la candidate de la gauche aux dernières élections, bien que certains déçus du sarkozysme s’y soient aussi glissés.

 

N’ayant pas encore le don d’ubiquité, tous les débats (60 au total) n’ont pu être couverts. Mais ce que cette série d’articles tentera de mettre en avant, ce sont les pistes claires de refondation de la gauche qui se sont dessinées à cette occasion, avec des a priori personnels certains.

 

Le premier d’entre-eux sélectionné « opposait » Clémentine Autain à Manuel Valls. On a d’abord appris avec Clémentine Autain qu’être de « gauche de gauche » moderne, c’était ne pas être galant. C’est donc pour cette raison que cet article n’épargnera pas Clémentine Autain…

 

Autain.JPG« Qu’est-ce qu’une gauche moderne ? ». Voilà le débat que devaient trancher en une petite heure nos deux intervenants. Ce qui est le plus saisissant, c’est que Clémentine Autain commence par déclarer que pour moderniser, il faut « trancher, ne pas conserver les mêmes formules et les mêmes recettes ». Mais sentant l’horrible dérive « droitière » qui infusait sa pensée, elle décida de se rattraper en pérorant ensuite que « la gauche ne devait pas abandonner ses valeurs fondamentales et notamment le mouvement ouvrier ». En revanche, ces fameuses nouvelles recettes ou formules, on n’en a pas entendu parlé.


Saisissant l’occasion, Manuel Valls lui indique précisément qu’il ne s’agit pas d’ « abandonner » les valeurs fondamentales de la gauche mais précisément de les « retrouver ». La gauche doit continuer à être la « voix des sans-voix », à exprimer une révolte face à l’état du monde mais elle doit aussi revenir à ses fondamentaux, qui sont précisément la mise en avant de la Nation (qui reste le seuil à partir duquel le débat démocratique s’organiser), la réhabilitation de l’autorité de la loi qui s’oppose au pouvoir arbitraire et enfin la défense de la valeur travail.


Selon Manuel Valls, le socialisme est aussi un individualisme. L’émancipation de l’individu est effectivement la fin suprême de toute démarche de gauche. C’est en démontrant que les synergies collectives aboutissent à l’amélioration de la situation de chacun que le PS deviendra à nouveau audible.


M.-Valls.JPGPour qu’il soit ensuite crédible, et se situe clairement dans le champ de la gauche qui gouverne et non de celle qui proclame, le PS doit aussi apporter des réponses claires à des sujets cruciaux. Sur les retraites, l’allongement de la durée de la vie oblige des réadaptations de notre système. Sur le nucléaire, sans verser dans la nucléocratie, il conviendrait d’accepter et de souligner les vertus de ce type d’énergie. Enfin, le PS doit aussi être le parti des entrepreneurs. Comme Ségolène Royal l’avait initié durant la campagne présidentielle, cette réconciliation entre les entreprises et leurs salariés est indispensable au bon fonctionnement de l’économie et au bien-être de tous.

 

C’est en en finissant avec ce « long remords du pouvoir » (A. Bergougnioux, G. Grunberg, L’ambition et le remords, le PS au pouvoir de 1995 à 1992), en assumant sa pleine et entière disposition réformiste dans le cadre d’une économie de marché que le PS sera naturellement le leader d’une opposition efficace et entendu puis deviendra à nouveau ce parti de gouvernement audible, crédible et performant qu’il a déjà été.

 

Clémentine Autain rétorque à cela que la gauche ne doit pas « vouloir le pouvoir pour le pouvoir ». Elle se défend d’être dans l’action, aux côtés du Maire de Paris (elle est Adjointe à la culture, apparentée PCF) mais que précisément, la gauche aurait remporté les élections sur un programme « très à gauche ». L’élue parisienne continue ensuite sa démonstration en déclarant étrangement « être favorable à la mondialisation mais pas au marché ». Il faut bien avouer que cette phrase a laissé dubitative la majorité des participants. Répondant ensuite à une question légitime sur cette assertion étrange, Clémentine Autain a rétorqué que la mondialisation n’était pas qu’un phénomène économique et que l’on pouvait apprécier les échanges culturels entre les peuples. Elle a même ajouté, devant la foule stupéfaite par cette révélation, que la «  mondialisation n’était pas un phénomène nouveau ». Percevant toutefois les limites de sa démonstration, elle en revient assez rapidement à ce qui met tout le monde d’accord (et ce n’est pas facile…), à la « gauche de gauche »,  en se définissant comme « anti-libérale ». En revanche, à nouveau, on n’a pas eu d’explication probante de ce système fabuleux que Clémentine Autain comptait nous proposer. Elle avait pourtant reconnu, dans un élan jospinien qu’elle avait pourtant condamné au début de sa grande tirade comme un élément de dérive droitière sur l’abandon des valeurs de gauche, que « l’Etat ne pouvait pas tout »…

 

Pour revenir à Manuel Valls, il ne serait pas honnête de terminer ce papier sommaire sans revenir sur la fameuse théorie du « bout de chemin » chère au député-maire d’Evry. Comme il l’a déclaré dans une interview dans le Figaro qui a d’ailleurs fait bondir Clémentine Autain sur son blog (mais elle n’est pas revenue sur ce point), Manuel Valls proposait que sur deux sujets, à savoir la sécurité et l’immigration, le PS « fasse un bout de chemin avec la majorité… à condition qu’elle nous entende ». Bien entendu, cela Mariani---Hortefeux.JPGsous-entend qu’il pourrait y avoir un débat serein sur ces deux questions et que notamment, sur la question de l’immigration, il y a davantage de Etienne Pinte que de Thierry Mariani dans le groupe UMP. Or, deux députés de la majorité seulement se sont opposés à l’amendement sur le fichage ADN. Brice Hortefeux a commis un discours absolument scandaleux sur la « majorité silencieuse ». Nicolas Sarkozy a déjà annoncé hier qu’une cinquième loi était en préparation selon son bon-vouloir (sur les quotas) alors que la discussion sur la quatrième n’est même pas finie. Comme tu l’as remarqué en tant que parlementaire Manuel, le bout de chemin n’est pas possible. Sur ces deux sujets précisément (mais on pourrait en citer d’autres), la majorité en place a décidé de faire preuve d’un populisme à toutes épreuves. Si comme tu le réclames, nous voulons être audibles et crédibles, nous ne pouvons sombrer là-dedans.

 

Ce débat a donc permis très clairement de dégager deux écueils dans laquelle la gauche ne devra pas tomber.

- La tentation de la « pureté » que met très clairement en avant Clémentine Autain, cette antienne perpétuelle d’une gauche qui serait à gauche (sous-entendu « vraiment », « purement » de gauche) contre une gauche qui ne serait je ne sais où mais en tout cas corrompue (au moins par le pouvoir), droitière et simple accompagnatrice d’un libéralisme que la « vraie » gauche ne pourrait que combattre, que dis-je, pourfendre.

La position de Clémentine Autain est d’ailleurs intenable. D’un côté, elle se situe dans l’action et le revendique. De l’autre côté, elle sait pertinemment que ce type d’alliance, avec les « sociaux-traîtres » socialistes, ses « amis » de la LCR et de LO la refusent catégoriquement. Il n’y a donc pas de salut dans cette velléité de pureté de la proclamation et de la revendication permanente. Surtout quand ces mêmes personnes sont ensuite celles que l’on retrouve dans la rue pour défendre les acquis sociaux mis en œuvre par des majorités de gauche. De deux choses l’une, soit ces acquis sociaux ne sont que des « aménagements » du capitalisme et la cohérence intellectuelle voudrait de ne pas les soutenir, soit ils constituent de véritables avancées que seule l’accession aux manettes de l’Etat permet de mettre en œuvr

 

- Le mythe de l’union nationale. C’est que Sarkozy a voulu faire croire aux Français avec les débauchages. Or, contrairement à ce que voudrait nous faire croire Kouchner, nous ne sommes pas en guerre. On est même dans une situation doublement inédite. La droite se succède à elle-même. Mais surtout, elle semble être victime d’une sorte d’Alzheimer précoce qui a contaminé la plupart des media puisqu’elle renie son propre bilan (et celui-ci ne lui ait pas rappelé).

Ni Sarkozy, numéro 2 du gouvernement pendant 5 ans ni Fillon ministre pendant 3 ans ne semblent être responsables de quoique ce soit. Fillon déclare être, de manière totalement grotesque (sait-il ce que veut dire ce mot ?) être à la tête d’un Etat « en faillite » alors que depuis 5 ans, le déficit et la dette ont explosé ? Sait-il que sur les 15 ans évoqués, la droite avait les pleins pouvoirs pendant 10 ans ? Quand Sarkozy déclare n’être « responsable en rien » de la situation économique de 2007, on se pince pour y croire !

Comme à son accoutumée, la droite mauvaise gestionnaire joue donc la stratégie du pire, de l’enlisement pour justifier des réformes d’une rigueur sans précédent. Donc oui, Manuel, aujourd’hui plus que jamais, la droite a besoin d’une bonne gauche. Plus que jamais, nos moyens mais aussi et surtout nos objectifs sont différents des leurs. Sur l’économique et le social bien entendu mais aussi sur le terrain sécuritaire et sur la question de l’immigration. Tant que la majorité UMP comptera davantage de Thierry Mariani que de Etienne Pinte, aucun dialogue ne sera malheureusement possible. Ils ne sont pas prêts, Manuel, « à nous entendre ».


Nous ne sommes toutefois pas au Modem et nous ne devons pas nous satisfaire d’un ni-ni stérile. Si nous devons affirmer notre volonté à transformer la société, nous devons surtout affirmer notre capacité à le faire, c’est-à-dire à gagner les élections (nationales) pour être en mesure d’agir sur le quotidien ! De cette façon, la stratégie du pire organisée par la LCR et LO doit être ignorée. Le « comité de riposte » qui a d’ailleurs accouché d’une souris ne semble de ce fait avoir aucune crédibilité, dans la mesure où le hiatus de base sur la volonté d’accéder aux responsabilités et ainsi de transformer réellement la société n’est pas réglée. Stoppons donc cette palinodie qui brouille notre message politique auprès des Français !

 

En revanche et comme Manuel Valls l’exprimait, tout en revenant à ses fondamentaux, une gauche moderne doit cesser de chercher cette « pureté » en chassant cette idée selon laquelle le pouvoir viendrait corrompre nos idéaux. Une gauche moderne y parviendra en cessant de s’arroger le monopole du cœur et de la compassion pour proposer avant tout des objectifs et une méthode de gouvernement.


Prochain épisode : le débat entre un « sage actif », Laurent Fabius et un moins sage, néanmoins très actif, Alain Finkielkraut.
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Rénovation
Jeudi 20 septembre 2007

* Tout d’abord, rendons à César… C’est Christian Martin, secrétaire national du PS à la Fonction publique, qui a trouvé cette formule qui décrit parfaitement la tonalité de l’énième discours élyséen prononcé hier sur l’ « avenir de la Fonction publique ».

Certains ont voulu y voir un révolution, une transformation radicale de la façon de concevoir la fonction publique en France. En réalité, il ne s’agit ni plus ni moins que du discours éculé de la droite sur ce sujet. Et surtout du même discours que l’on entend depuis cinq ans. En revanche, au-delà de la flatterie convenue, c’est sans doute le sous-jacent, l’implicite qui sont bien plus inquiétants. Y a-t-il fondamentalement remise en cause ou non du statut du fonctionnaire ? Y a-t-il réellement une suppression progressive du système de recrutement par concours ? Tout cela n’est pas dit. La droite « décomplexée » aura des complexes au moins jusqu’aux municipales…


L’écueil à éviter pour nous socialistes serait de donner l’impression d’être le creuset des corporatismes. Ceci alors que c’est le gouvernement Jospin, (certes à l’unanimité du Parlement mais avec une majorité nettement de gauche), a fait voter en 2001 une véritable loi « révolutionnaire » qu’était celle de la LOLF (Loi Organique relative aux Lois de Finances). C’est cet outil indispensable qui a permis d’instiller une dynamique de la recherche de la performance au sein des administrations. Nous l’avons voulu mais nous n’avons malheureusement pas eu l’occasion de la mettre réellement en application puisqu’elle n’est entrée en pleine application que pour la loi de finances 2006.

 

Les gouvernements de droite en ont malheureusement eu une lecture maximaliste et idéologique qui a conduit à certaines dérives soit dangereuses (les « indicateurs individuels » de performance dans les commissariats par exemple) soit ridicules (les indicateurs bidons dans certains Ministères). Les fonctionnaires n’ont en outre pas été associés à la mise en place de ces outils, privilégiant le top-down au bottom-up.

La méthode de la LOLF visait à la réforme incrémentale (que Bastien développait ici), sur la longueur, en infusant les esprits petit à petit. Comme le reconnaissent la plupart des économistes et sociologues, seule cette démarche conduit à des résultats probants. En somme, nous n’avons encore aujourd’hui pas tiré tous les bénéfices de la LOLF et en avons cerné ses limites dans sa lecture trop rigide. Or, à quoi correspondent les annonces faites hier ?

1. Le choix entre contrat privé et statut de fonctionnaire à l’embauche

D’ores et déjà, de nombreuses directions de Ministères accueillent dans leurs effectifs au moins un tiers de contractuels. Ces pratiques ont aussi lieu dans la fonction hospitalière. Un grand nombre d’entre-eux ont été titularisés et confirmés en CDI de droit public, ce qui équivaut à une forme de fonctionnarisation. Il ne paraît pas aberrant que certains appuis épisodiques des Ministères et autres collectivités territoriales soient recrutés de manière contractuelle (pour une mission spécifique par exemple). Mais il s'agirait de ne pas créer une rupture d'égalités, comme le suggère la proposition élyséenne, entre deux personnes qui effectuent le même travail et disposent de conditions salariales totalement différentes.

En revanche, il serait très dangereux de revenir sur le statut général de la fonction publique. Ce statut, s’il protège le fonctionnaire, protège aussi le citoyen. Imaginons un inspecteur des impôts provenant d’une entreprise dont il aura en charge le contrôle fiscal ou un responsable des questions d’urbanisme soumis à un licenciement s’il ne donne pas la « bonne » décision. Ce sont des questions sérieuses et la réponse apportée par Sarkozy, sous des apparats de bon sens, est profondément idéologique.

2. La remise en cause du pacte républicain : vous vouliez le mérite, vous aurez le clientélisme

En se gardant de relents boutiquiers, on peut s’interroger sur le fait que le Président de la République se félicite du caractère de plus en plus malthusien du concours de l’ENA. 40 places au concours externe cette année, 30 places au concours externe (vive la promotion interne !), 8 places seulement au troisième concours, créé par la gauche précisément pour diversifier le profil des énarques. Au contraire, si l’ENA demande à être réformée, ce n’est certainement pas en en faisant une forme de super-élite. Elle doit au contraire s’ouvrir, se diversifier, former pourquoi pas aussi bien des administrateurs civils que des secrétaires ! Elle ne doit plus être un statut, mais un label d’exigence, de qualité de formation. En la matière, regardons l’évolution de Sciences Po qui a réussi à le faire sans se dénaturer.

Alors que le terme de « mérite » est prononcé à tout bout de champ, quel est le meilleur exemple du réel mérite républicain, si ce n’est le concours ? Et quel est son contraire absolu si ce n’est le clientélisme que risque de provoquer un recrutement à la solde du bon-vouloir des directeurs d’administration centrale ?

 

3. La « rémunération au mérite » : entre art de réinventer l’eau chaude et idéologie cachée

 

La LOLF a conduit à la mise en place dans de nombreuses directions de la rémunération au mérite. De nombreux cadres du Ministère de l’Economie et des Finances sont ainsi déjà concernés par ces dispositifs qui demanderaient à être évalués.


En revanche, la généralisation de la rémunération au mérite est tout proprement dangereuse. Comment envisager de rémunérer au mérite un professeur, un juge ou un policier (même si cela est déjà malheureusement en partie fait ?) ? L’Etat n’est pas une entreprise, répète Sarkozy. Ces quelques exemples en sont la meilleure illustration.

 

4. Vous ne savez pas quoi faire, auditer, évaluer !

 

La dynamique de la performance a conduit aux audits de modernisation dont on peut critiquer la méthode mais qui ont néanmoins existé. Plus de 200 audits ont été menés, souvent à des coûts prohibitifs puisqu’ils mêlaient des fonctionnaires à des consultants privés. Eh bien, puisque Copé avait promis qu’il arrêtait la langue de bois (sic), il ferait bien de le rappeler à son cher Président qui vient une nouvelle fois de promettre une « évaluation des politiques publiques ». La méthode est la suivante : on fait un premier audit relevant une situation difficile, on laisse la situation se dégrader et on en fait un deuxième pour montrer que la situation serait catastrophique. C’est tout de même embêtant quand on a été au pouvoir à ce moment-là…

 

Face à ce discours lénifiant, maintes fois entendu, les socialistes doivent à la fois résister et proposer.

Résister parce que c’est le CNR qui le premier a perçu la nécessité de la mise en place du statut de la fonction publique et du recrutement par concours pour éviter les dérives clientélistes du passé.

Proposer parce que nous avions commencé à porter la réforme de l’administration qui reste nécessaire, celle d’un meilleur service aux citoyens, plus efficace, plus lisible. Une réforme qui s’adresse aussi aux fonctionnaires qui leur explique à quel point la mobilité ne pourra se faire que par une suppression drastique du nombre de corps de la Fonction publique, par une ouverture de l’ensemble des écoles de formation destinées à les former et par une volonté de redonner ses lettres de noblesse à une administration dont la France a tant besoin pour fonctionner correctement.

 

Jonathan Gindt

EDIT : Nous avions également évoqué cette problématique dans un article de la Rose au Poing de février 2007 intitulé "Comment tuer la LOLF" (pp.10-11)
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Opposition
Samedi 15 septembre 2007

elie-cohen-01.jpgDans la perspective de la rénovation du Parti Socialiste, l'Hebdo des socialistes s'ouvre à des personnalités extérieures pour susciter des débats sur l'analyse de la situation française et les réponses à y apporter. c'est le contenu, et non la méthode de la rénovation, qui est ici en jeu.

Cette semaine, c'est Elie Cohen, économiste,
directeur de recherche au CNRS et membre du Conseil d’analyse économique, qui interpelle
les socialistes. Selon lui, nos valeurs fondamentales peuvent et doivent être mises en oeuvre, tant sur les thèmes de la mondialisation, de l’égalité des chances que de la protection sociale.

Les Français ont pris l’habitude de plébisciter localement les socialistes pour leur gestion sérieuse et solidaire et de les sanctionner nationalement pour un discours ultragauche fondé sur le déni de la réalité. Les défaites nationales répétées ont cette vertu d’inviter à la lucidité, à l’ouverture et parfois même à la refondation. Dans ces moments, le retour aux valeurs qui fondent l’identité socialiste peut être utile. Les socialistes étaient internationalistes parce qu’ils avaient appris la leçon des guerres et parce qu’ils avaient une conscience aiguë des solidarités entre travailleurs par-delà les frontières. Ils sont devenus altermondialistes par peur d’une mondialisation qu’ils ne comprenaient pas et dans laquelle ils ne voyaient que les manifestations de multinationales assoiffées de profits, les dérives d’une finance débridée et les inéquités d’une régulation au service des puissants. Bref, la mondialisation, c’était la misère au Sud, le chômage et les inégalités au Nord.

Avec la montée des pays émergents et face à la vague des délocalisations, ils ont trouvé refuge dans le néoprotectionnisme et la remise en cause de l’intégration européenne. Et pourtant, la mondialisation, c’est d’abord la moitié de la planète qui accède au développement; c’est une croissance mondiale exceptionnelle qui enrichit les détenteurs de matières premières ; c’est une formidable accélération du commerce mondial dont profite chaque consommateur.

Dans le monde nouveau, l’abondance de capitaux, l’abondance de bras prêts à s’employer, font des talents scientifiques techniques et gestionnaires la ressource rare, celle qui devient décisive pour la croissance. Pourquoi la France, forte de ses talents, de ses acquis de vieille nation industrielle, fait-elle si mal ? Pourquoi ses parts de marché dans le commerce international se sont-elles effondrées ? À cause de l’Europe offerte, de l’euro fort, du rôle néfaste de la BCE, nous dit-on. Le drame, c’est que la France a en fait décroché par rapport à ses voisins européens grands comme l’Allemagne ou petits comme le Danemark ou l’Irlande. Le problème ne réside donc pas tant dans la mondialisation que dans les politiques menées depuis 30 ans qui n’ont pas permis d’équiper la France pour faire face à ce choc. Y a-t-il une réponse française à la mondialisation? Non, mais il peut y avoir une réponse européenne fondée sur trois principes : la compensation des perdants de la mondialisation; la compétition équitable qui interdit les relations asymétriques entre pays développés et pays fermés, par exemple pour le rachat d’entreprises; la régulation des échanges et des flux financiers pour prévenir les crises et faire reculer les risques systémiques.

Si l’économie ouverte met à mal les hommes et les territoires, il faut indemniser et requalifier. L’Union européenne a ouvert la voie, on peut faire naître un nouveau droit. Hérauts de l’égalité des chances et du progrès, les socialistes auraient dû être les meilleurs acteurs de l’amélioration continue des capacités et des compétences des jeunes enformation, de la prime enfance à l’université ; ils auraient dû être aussi les meilleurs défenseurs de l’excellence universitaire.

Comment une vision généreuse de l’égalité des chances a-t-elle pu conduire à l’abaissement de l’université française ? Parti des travailleurs, comment les socialistes ont-ils pu accepter de devenir le parti de la RTT, des départs anticipés à la retraite et du non-travail des jeunes, si bien que la France bat des records de sous-activité ? Dans une économie globalisée, les vieilles nations industrielles à forts coûts salariaux ne peuvent maintenir leur position qu’en innovant en permanence. L’excellence scientifique, le transfert rapide de connaissance, la valorisation industrielle constituent les trois pôles indissociables d’une économie de la connaissance performante.

Dans la bataille mondiale pour les talents, la France a besoin d’universités généralistes qui élèvent le niveau général de formation, elle a besoin de requalifier en permanence les travailleurs, elle a besoin aussi d’universités de recherche compétitives. Cela passe par l’autonomie, la concurrence, la mobilité, la différenciation des moyens. Gardiens du long terme et rétifs à la politique des lobbies et à la protection des intérêts particuliers, les socialistes auraient dû être au premiers rang des réformateurs des systèmes de protection sociale. Comment ont-ils pu au cours des cinq dernières années affirmer avec raison qu’il fallait avancer l’âge de la retraite pour ceux qui avaient les tâches les plus pénibles et soutenir les régimes spéciaux fondés sur les tâches pénibles du siècle dernier?

La réforme sociale qui devrait être au coeur de leurs préoccupations ne peut souffrir la démagogie. Trois faits bornent aujourd’hui l’horizon de la réforme : le vieillissement, l’envolée des dépenses de santé, la peur du chômage. Pour faire face, il faut d’abord adopter un principe simple : tout gain d’espérance de vie allonge la durée d’activité, faute de quoi il n’y a pas de régime de retraite public soutenable.La dépense de santé augmentant irrésistiblement, il faut admettre que, si la mutualisation des gros risques est vitale, des paniers de soins remboursables doivent être définis par la Haute Autorité de santé. Le reste doit relever des arbitrages individuels. Enfin, en matière d’emploi, la priorité doit être le retour à l’emploi. On le sait,ce qui nous guette n’est pas le chômage mais la pénurie de compétences, il faut donc assurer l’adéquation offre/demande et pour cela accompagner le chômeur par des formations adaptées, un suivi individualisé et une indemnisation incitative.

L’idéal socialiste consiste à réaliser ce programme de réformes pour la croissance qui permettra à chacun, débarrassé de la peur du lendemain parce que porté par un effort collectif, d’exprimer son plein potentiel.

Elie Cohen

 
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Rénovation
Vendredi 14 septembre 2007
La gratuité va être expérimentée dans 9 musées en France au début de l'année prochaine. C'est une bonne nouvelle, à mon sens, et c'est un des points - peu nombreux - du programme de Sarkozy  - avec lesquels j'étais plutôt d'accord (cette gratuité là n'étant, rappelons le pour les inquiets du "téléchargement", pas la porte ouverte à une culture de la gratuité de tous les produits culturels, et heureusement sans doute). Mais, bien entendu, j'ai, sinon des critiques à émettre, du moins des inquiétudes à exprimer...

Car il faut bien se rendre compte que la gratuité des musées risque d'être une forme de redistribution à l'envers. Qui va dans les musées? Plutôt les classes moyennes et supérieures, plutôt les personnes disposant d'un capital culturel déjà important. Or la gratuité serait financée par un "jeu de la Française des Jeux, encore à inventer", suivant le modèle britannique, selon C. Albanel.  Et qui "consomme" les jeux de la Française des Jeux? Plutôt  des gens issus de classes moyennes  ou défavorisées. 


Bien entendu, on peut espérer que la gratuité joue un rôle incitatif plus fort pour les personnes disposant d'un revenu moins important, et que donc la gratuité des musées accentue leur représentation parmi les visiteurs. C'est-à-dire, donc, qu'on peut croire que le revenu joue un rôle plus important dans l'accès à la culture que l'environnement socio-culturel. Est-ce crédible? Il faudra sans doute, pour cela, attendre les résultats de l'expérience prévue pour les prochains mois.

Ceci dit, cette expérience concerne des musées assez  "élitistes", pointus : il ne s'agit pas du Louvre (gratuit, rappelons-le, le premier dimanche du mois - politique assez efficace). Il s'agit  par exemple des musées Cluny et Guimet à Paris, ou du musée Magnin à Dijon. Ce sont trois musées que je connais, et qui, croyez moi, sont intéressants, voire connus, mais pas autant que les "grands" musées nationaux. L'information risque, en plus, d'être centrée sur les réseaux existant déjà : plaquettes distribuées dans les musées, par exemple.  A moins que TF1 ne prenne une grande initiative culturelle (on peut rêver) en faisant un reportage sur "les musées gratuits"?  Toujours est-il que  l'on risque de se retrouver avec une fréquentation accrue des gens qui sont déjà consommateurs de musées,  et de faire des surprises sympathiques à quelques touristes. Des effets d'aubaine, quoi...

Pour continuer dans cette analyse (presque) économique, on peut relever un paradoxe : si le développement de la culture par l'éducation et la visite de musées renforce le capital culturel et si le capital culturel réduit la consommation de jeux type loterie nationale, alors le succès de la gratuité des musées reviendrait à supprimer ses sources de financement...

Cette expérience, si restreinte, ne donnera, au mieux, que quelques pistes sur l'augmentation de l'attractivité des musées, et risque de favoriser un peu plus les populations aisées. La gratuité totale des musées (nationaux) promise par notre PDLR ferait-elle mieux? Peut-être, mais rien ne le prouve.

En l'absence d'une gratuité pour tous, je suis donc plus convaincu par des mesures ciblées, comme celle pour les 18-26 ans, actuellement également à l'étude : oui, là aussi il existe des différences sociales héritées, mais au moins on peut espérer des campagnes d'information ciblées sur les jeunes.

Mais elles devraient être complétées par une politique éducative mettant l'accent sur les activités culturelles, le développement de "clubs" dans les écoles, collèges et lycées. Cela impliquerait, sans nul doute, soit une augmentation des moyens, soit un redéploiement des effectifs professoraux...soit que les enseignants assurent bénévolement ce service public de l'éducation à la culture (travailler plus pour gagner autant...). Ce n'est pas, si j'ai bien suivi, l'esprit actuel de la réforme (quel grand mot...) de la fonction publique.

Qu'on me permette, ici, de citer  le projet socialiste pour les législatives de 2007. "Nous développerons toutes les formes d’aide gratuite pour lutter contre la marchandisation de l’école (études encadrées, assistances personnalisées, etc.) en réalisant l’avénement d’une société éducative partagée grâce à la participation de tous les partenaires de l’école : collectivités locales et associations d’éducation populaire. Pour assurer l’épanouissement personnel de l’enfant, nous développerons les initiatives dans le domaine culturel et dans celui des activités d’éducation physique et sportive." Voilà qui (quelle surprise !) me convainc davantage.


Malgré ces quelques réserves, j'ose souhaiter à cette expérience gouvernementale - une fois n'est pas coutume - une grande réussite. En espérant que les résultats de l'évaluation seront disponibles bientôt et dans des conditions parfaitement transparentes.

Néel Travers
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Education
Mardi 11 septembre 2007

Une véritable politique de recherche des liquidités à tout prix, court-termiste voire de vente des « bijoux de famille » semble continuer et s’étendre à l’ensemble de la scène énergétique (après GDF notamment). Il faudrait maintenant privatiser ou tout au moins ouvrir le capital d’Areva. Rappelons que l’entreprise, numéro un mondial de la filière nucléaire, est détenue à près de 90% par l’Etat via notamment le CEA (Commissariat à l’Energie Atomique).

Une vieille idée de Sarkozy commence à émerger à nouveau, celle d’un rapprochement entre Areva et Alstom. Plusieurs scénarii sont possibles mais au-delà de l’hypothèse dangereuse et catastrophique d’une ouverture d’ensemble du capital Areva (c’est-à-dire y compris la filière de l’enrichissement) pour la sécurité du pays, étudions la plus « raisonnable ».

L’idée serait de rapprocher Alstom, fabricant des centrales avec la filiale Areva NP (ex Framatome), qui est détenue à 66% par Areva et à 34% par Siemens. Or, Alstom est détenue depuis 2006 à hauteur de 25% par le groupe Bouygues qui souhaite se diversifier dans d’autres secteurs, alors que l’une de ses filiales, Bouygues Télécom, accuse de sérieuses difficultés. Il s’agirait donc pour l’Etat français d’exercer son option de rachat sur les parts détenus par Siemens et de les attribuer à Alstom.

Au-delà de l’opposition évidente que cela suscite chez Siemens, on peut s’interroger sur l’intérêt stratégique d’une telle décision. Areva est déjà le leader mondial et sa force est précisément de maîtriser l’ensemble du cycle (de l’extraction du minerai à son retraitement en passant par la constructionPDM-nucl--aire.JPG des centrales). Alors que les questions de transfert de technologie (voir de pillage) sont particulièrement sensibles, la propriété publique du capital est une garantie de la sécurité et de l'autonomie de l’entreprise nucléaire. Cette ouverture de capital qui devrait revenir à privatiser Areva NP pour que l’opération soit intéressante financièrement pour Alstom, mettrait en péril cette sécurité. En outre, si l’accès d’Areva à certains marchés est rendue difficile (notamment aux Etats-Unis) par sa soi-disant propriété publique, cette décision ne changera rien aux tentations protectionnistes des Etats-Unis. Parallèlement, alors que l’entreprise est confrontée à des difficultés aussi bien dans la mise en place de l’EPR en Finlande que dans le traitement des déchets, cela viendrait la déstabiliser au plus mauvais moment. Enfin, cette situation profiterait davantage à Alstom et à Bouygues qu’à Areva elle-même. L’Etat actionnaire a pour vocation de privilégier l’intérêt de ses entreprises avant celui des entreprises détenues par des capitaux privés… même amis du Président de la République !

Dans ce secteur stratégique, espérons en tout cas que cela donnera lieu à un véritable débat sur cette politique industrielle et énergétique qui mérite bien mieux que cette agitation et que ces décisions à l'emporte-pièce. L'intérêt d'Areva est très peu perceptible dans cette affaire et au-delà de la filière nucléaire française dans son ensemble. La recherche sur la 4ème génération doit aussi être l'une des priorités d'Areva, il s'agit d'un objectif d'intérêt public (gestion des déchets nucléaires notamment) que seuls des capitaux publics peuvent permettre d'assurer.

Les socialistes doivent ainsi dépasser une partie de leur méfiance stérile à l'égard de cette énergie et affirmer bien au contraire la volonté de la France et de l'Etat français à continuer à être les fers de lance mondiaux en la matière, en ne le bradant pas à des intérêts privés inconciliables avec les spécificités et les enjeux de la maîtrise de ces technologies.

Jonathan Gindt
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Energie - Environnement

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