Entre la dinde de Noël et les cotillons de Nouvel An, ou tout simplement pendant vos vacances, une petite page de réflexion à la fois ludique et profonde qui vous
changera de Michel Drucker. Loin de la longueur des articles de ce blog, il s'agit du troisième volet d'Inventeurs d'avenir, émission réalisée par des militants PS et qui couvre les trois sujets évoqués lors des
Forums de la rénovation. Vous pourrez d'ailleurs retrouver ici la première émission consacrée au rapport des socialistes
à la nation, ici la deuxième consacrée aux rapports entre les socialistes et le marché.
Ce troisième et dernier volet, consacré aux rapports des socialistes avec l'individu, est scindé en deux parties. Le premier débat, agrémenté de
témoignages et de reportages, regroupe Mireille Le Corre, déléguée nationale du PS à la fiscalité et à l'emploi et Lucile Schmid, conseillère régionale Ile de France. Le deuxième débat est quant
à lui mené par Najat Vallaud-Belkacem, conseillère régionale Rhône-Alpes et rapporteuse du Forum de la rénovation "Les socialistes et l'individu" et Laurence Rossignol, vice-présidente de la
région Picardie.
Communiqué ravi mercredi matin de la
Ministre des Finances et de l'Emploi, Christine Lagarde, célèbre pour ses petites phrases fortes à propos (du type : "il n'y a plus d'essence - abordable - faites du vélo !"). Elle
annonce que la mesure phare du paquet fiscal, au coût estimé entre 6 et 9 milliards € (à nombre d'heures supplémentaires équivalent à celui de 2006), autrement dit la défiscalisation des heures
supplémentaires porterait ses fruits, puisque : "40% des entreprises de plus de 10 salariés auraient déclaré utiliser le nouveau dispositif gouvernemental".
Totalement enferrée dans ses gimmicks de campagne, la Ministre poursuit même en déclarant : Nous avons voulu créer un dispositif pour
redonner du pouvoir d’achat en permettant aux Français de travailler plus pour gagner plus ; les heures supplémentaires, ça marche !".
La ficelle est tellement énorme qu'on est toujours effarés qu'aucun journaliste n'ait saisi la moindre occasion de contre-carrer cette affirmation qui serait simplement culottée si elle
n'était pas à ce point trompeuse.
Toute la journée, les différents media ont repris l'information tronquée selon laquelle "40% des entreprises françaises y auraient recours", ce qui peut s'apparenter à un relatif succès.
Or, pourquoi le gouvernement précise-t-il dans son communiqué que ce chiffre ne concerne que "les entreprises de plus de 10 salariés" ? Peut-être, parce que les entreprises de
moins de 10 salariés représentent 91% du total des 2,4 millions d'entreprises répertoriées en France et plus du tiers de l'emploi total ?
Du coup, si l'on raisonne avec ce chiffre en tête, cela signifie que le dispositif mis en place par la loi TEPA ne concerne que 40% de 9% du total des entreprises françaises. Autrement dit,
3,6% des entreprises françaises ont eu recours au dispositif gouvernemental de défiscalisation des heures supplémentaires. Effectivement, ça change la perspective et
démontre à quel point cette mesure est d'une inanité économique sans nom alors qu'elle devait être la clef du "choc de confiance".
Pourtant, le gouvernement ne s'arrête pas en si bon chemin : de nouveaux tuyaux d'une longueur inégalée sont même en train d'être montés avec la monétisation des RTT pour mettre un terme
(provisoire) à la plus gigantesque usine à gaz qu'il nous était donné de connaître. Le "Président du pouvoir d'achat", vous y aviez cru ? Vous auriez du savoir avant que la personne
l'ayant dit aimait les contes de Disney...
Bonjour à tous,
toute l'équipe du PS Sciences Po vous invite à tous se rejoindre ce soir à partir de 18h30 pour la dernière réunion de l'année autour de Bertrand Delanoë.
Après 19 réunions riches et attirant toujours plus de Parisien(ne)s dans les autres arrondissements parisiens, c'est dans le XIème que se conclut ce soir cette phase
d'enrichissement du pré-projet municipal de Bertrand Delanoë et de son équipe.
Venez nombreux !
Salle Olympe de Gouge
15, rue Merlin
75011 Paris
Métro : Père Lachaise (ligne 2) ou Voltaire (ligne 9)
Pour toute information, contactez Camille Spire, secrétaire de section : ps_scpo@yahoo.fr
Une croissance de 1,9%, soit la performance la plus médiocre de la zone Euro alors que
Christine
Lagarde claironnait
encore il y a quelque jours l’objectif de 2,25%, un déficit du commerce extérieur qui va connaître un record jamais atteint (soit près de 40 milliards €), des
déficits publics qui se creusent (52,1 milliards € fin octobre 2007 contre 48,2 milliards € à la même période en 2006)… et la liste serait longue. Pas de problèmes, l’année 2007
serait selon certains « exceptionnelle ». Selon qui ? Laurence Parisot, présidente du Medef.
Peu avare (en compliments en tout cas, pas en augmentations de salaire) ce jour-là, Laurence Parisot n’hésita pas à ajouter que cette année « correspondait à l’entrée dans le XXIème
siècle grâce au changement de rythme impulsé par l’arrivée de Nicolas Sarkozy à la tête de l’Etat ». Laurent Wauquiez et David Martinon (non non !) n’avaient même pas osé, Laurence
Parisot l’a fait ! Comment expliquer une telle hagiographie du sarkozysme (si vous n'en croyez pas un mot, lisez ici) ?
Plusieurs explications possibles (on est preneur d'autres théories) :
1. On se rappelle de cette fameuse scène de la nuit du Fouquet’s évoquée dans le livre éponyme
d’Ariane Chemin. Nicolas Sarkozy fête dûment sa victoire avec les personnes qui l’ont aidé à l’obtenir (Martin Bouygues, Arnaud
Lagardère, Pierre Giaocometti…) et le téléphone sonne. C’est Claude Guéant qui répond, Laurence Parisot au téléphone. Le toujours sémillant chet de l’Etat déclare alors : « Pas
cette conne ! Elle n’a même pas réussi à réunir tous les patrons autour de moi ». Si cette dernière affirmation sonnait un peu étrange face à la liste des invités du Fouquet’s,
elle n’était pas totalement fausse puisque certains patrons courageux et lucides (hors CAC 40) avaient effectivement soutenu Ségolène Royal. On peut penser que Laurence Parisot a depuis essayé,
par ses multiples déclarations dithyrambiques, cette dernière n’en étant que la caricature absolue, essayer de laver le manque de zèle perçu malgré tous les efforts déployés au cours de la
campagne ;
2. On comprend cependant mieux les propos de Laurence Parisot en lisant la suite de sa déclaration. La patronne des patrons déclare effectivement : « je crois que l’année 2007
était une année tout à fait extaordinaire (…) pour le Medef ». Là, c’est un aveu franc et massif qu’on comprend tout à fait. Bouclier fiscal soit des chèques de plusieurs millions
d’euros pour un petit millier de personnes, maintien des golden parachutes scandaleux dont la suppression avait été pourtant promise pendant la campagne, démantèlement des 35 heures,
défiscalisation à tout va des charges patronales et sans contre-partie, n’en jetez plus, mon bon Président. Laurence Parisot est ravie ;
3. Une dernière explication : l’humour. Le jury du prix "Press club, humour et politique" ferait bien de ne pas clore trop vite sa liste de nominés. A l’heure de l’évocation de la nécessaire « fluidification des relations sociales » par Denis Gautier-Sauvagnac et la caisse noire anti-grèves de l’UIMM qu’évidemment, Laurence Parisot méconnaissait totalement, elle évoque même, sans rire « l'année d'une maturité nouvelle des relations sociales et des relations entre les organisations patronales et syndicales ».
Ceci étant, on remarque que Laurence Parisot sait manier la carotte et le bâton. Dernier épisode en date :
tout va bien et vous êtes formidable M. le Président quand des avantages nous sont confiés sans
aucune contrepartie demandée en retour. Donnez-nous de la liberté, mais laissez-nous en faire ce que nous en voulons. Voilà effectivement que Laurence Parisot tire à boulets rouges sur le projet gouvernemental de rachat des RTT pour 2007, qu’elle jugeait pourtant « bonne »
il y a quelques jours encore. Si même le Medef (pour des raisons qui lui sont propres en revanche) aide les socialistes à démontrer l’inanité voire la stupidité d’un projet gouvernemental de
« pouvoir d’achat » qui est une duperie rarement égalée, peut-être que le sarkozysme économique est définitivement une catastrophe pour tout le monde, dont malheureusement, les
Français ne vont plus pouvoir rire longtemps.
L’absence du thème de la solidarité dans le débat lors des présidentielles, et aujourd’hui encore, montre l’embarras de la gauche
face à une question complexe qui nécessite une réflexion de fond sur le lien social et la place de l’Etat comme garant de la cohésion sociale.
Cet embarras est lié à la situation économique et sociale de la France. Depuis le milieu des années 70, la société salariale et l’Etat-providence sont entrés en crise. Jusque là, le système combinait de façon vertueuse solidarité sociale et efficacité économique. Le système économique de l’après-guerre dit fordiste était basé sur un compromis salarial – acceptation des méthodes de production standardisées contre partage des gains de productivité- qui s’est rapidement généralisé et a permis de créer un système de sécurité sociale, basé sur des contributions salariales et qui assurait chacun contre des « risques » collectifs (chômage, maladie, retraite, maternité…). On avait ainsi un cercle vertueux entre le système de solidarité sociale qui assurait à tous une protection et un pouvoir d’achat créant un effet de demande positive, et un système économique assurant du travail pour tous et servant ainsi de base au système de protection sociale.
La remise en cause dela solidarité est liée à deux cause principales, inter-dépendantes
- Tout d’abord, le système de solidarité sociale est entré en crise avec le système fordiste généralisé. Le modèle fondé sur une logique d’assurance tous risques est devenu déficitaire à mesure que le chômage de masse est apparu et que le nombre de chômeurs s’est accru par rapport aux nombre des salariés, financeurs du système. Le système de protection sociale s’est trouvé de moins en moins compatible avec le nouveau mode de régulation économique et le régime de croissance en vigueur.
- La dé-légitimation du système. Alors que le système s’apparentait à une assurance pour tous, dans lequel chacun était dans la position de donner, mais également de recevoir, l’apparition d’un chômage de masse et la précarisation des parcours professionnels ont peu à peu dualisé le système. D’un système assurantiel, fondé sur les contributions sociales, on est progressivement passé à un système d’impôt visant à financer le système par le budget de l’Etat et à créer des couvertures sociales minimales pour ceux qui ne pouvaient plus contribuer au système (ex. de la CSG). La multiplication des minima sociaux a donné une visibilité forte à des mécanismes de solidarité qui existaient déjà dans le système assurantiel, elle a levé le « voile d’ignorance », faisait apparaître un système dualisé entre contributeur net et bénéficiaires nets, les premiers refusant de plus en plus de « payer » pour les seconds.
Une remise en cause de la notion de solidarité, devenue pansement fragile plutôt que remède véritable
La notion de solidarité s’est trouvée mise à mal à double titre. Alors que la notion de solidarité avait porté le mouvement de protection sociale dans le sens de l’universalisation des droits,
elle ne semble à présent destinée qu’à entretenir la bonne conscience des sociétés modernes à l’égard de leurs pauvres. « Sous des airs de gauche, on en revient à la vision la plus
archaïque du social comme béquille des dysfonctionnements les plus criants de l’économique » (Pierre Rosanvallon, le Nouvel âge des inégalités). On confond la politique et
les bons sentiments, en se focalisant, au détriment d’une analyse globale du système, sur le segment le plus vulnérable de la population. L’exclusion apparaît comme un état social donné et non
comme le résultat d’un processus. Au lieu d’agir sur elle en se situant en amont, en examinant par exemple la déstabilisation générale de la condition salariale et la multiplication des
situations de précarité, on voit la pauvreté comme un état social figé, auquel on pourrait remédier en circoncisant la population
touchée et en l’attaquant par des mesures « chirurgicales », du type « Grenelle de l’insertion ».
Parallèlement, la remise en cause actuelle du modèle social prend la forme d’une critique du projet d’égalité auquel la société adhérait ou d’un renoncement, contrainte budgétaire oblige, au modèle de cohésion sociale auquel les individus semblent attachés. Ils peuvent alors avoir l’impression que la seule réaction possible des pouvoirs publics devant l’accroissement des inégalités est la résignation. Même les discours généreux ne sont pas sans connotation négative : vouloir préserver les acquis, sauver la Sécurité sociale, c’est déjà reconnaître qu’ils sont en péril et que la seule stratégie est de limiter les dégâts. Sauver ce qui peut l’être est une théorie négative du progrès social, qui revient à renoncer et à déterminer le « contrat social » de manière purement gestionnaire qui deviendrait subordonné à l’économique. Le progrès économique et social seraient alors dissociés et entreraient dans une relation d’arbitrage. La compétitivité ne pourrait croître qu’au détriment de la cohésion sociale et l’aspiration à l’égalité serait un obstacle à la compétitivité.
L’enjeu pour nous est de rétablir, dans les têtes, mais également dans l’action de l’Etat, l’existence d’une relation vertueuse entre le progrès économique et social
Ceci exige évidemment de ne pas céder à la facilité du renoncement et de s’atteler à un travail d’analyse des nouvelles formes d’inégalité, plus dynamiques et plus « intra catégorielles », qui procèdent d’un système économique en perpétuelle mutation, restructuration. La société est devenue moins visible, d’où le flou actuel des politiques publiques, car les inégalités structurelles sont redoublées par de nouvelles inégalités, au statut indéterminé. Ces inégalités multidimensionnelles moins visibles et finalement plus aléatoires complexifient le système de protection sociale qui tente d’appréhender ces différentes inégalités, multiplication qui crée incontestablement des frustrations.
La complexité sociale et économique d’aujourd’hui a pour conséquence un flou pour les politiques et en particulier les hommes de gauche. Il apparaît alors plus facile de mettre fin à des mécanismes sociaux en mettant en évidence leurs coûts, facilement visibles au travers des chiffres du déficit de la sécurité sociale, que de s’interroger sur les bénéfices qu’une telle solidarité a sur les ressorts de la croissance, grâce à ses effets d’externalité (notamment l’éducation, le logement...).
Nous refusons de tomber dans ce travers qui consiste à abandonner le projet social. Mais cela nécessite évidemment un effort d’analyse poussée sur le
fonctionnement actuel de notre économie et de notre société. Il s’agit d’analyser et de réfléchir sur les transformations fondamentales du système économique et social qui remettent en
cause depuis plusieurs années le système de solidarité sociale fondé sur un système de régulation économique entré en crise. La gauche est confrontée à un nouveau tournant qu’elle se doit
d’affronter pour reformuler les conditions du lien social et civil à l’âge de l’Europe et de la « mondialisation ». Il ne s’agit pas de mettre fin à l’Etat providence, au contraire. Il s’agit bien là pour la gauche de réaffirmer sa fonction primordiale de garant de la solidarité.
La possibilité d’une synergie n’a pas disparu entre solidarité sociale et dynamisme économique avec la crise du mode de croissance de l’après-guerre et la crise financière du système de protection sociale qui lui était associé. L’exemple souvent donné du système danois (« flexi-sécurité ») repose sur un système de protection sociale très fort et complémentaire d’un système économique dynamique. La diversité des modèles de protection sociale dans le monde (Japon, Suède, Allemagne) illustre qu’il n’existe pas une seule issue, qui serait le passage au privé et au choix individuel.
On ne peut de toute façon se satisfaire d’une société qui accepterait de manière passive des inégalités largement fondées sur les conditions initiales (capital économique, social …), faisant de nombreux individus des citoyens de seconde classe. Ce serait accepter un déterminisme social, contraire au principe démocratique.
Le programme de notre Atelier, certes ambitieux, vise donc à la fois à réaffirmer la légitimité de l’Etat, au détriment de toute philanthropie ou
néo-paternalisme et de repenser le lien Etat- économie afin de redonner à la solidarité son sens premier de « faiseur de lien social », élément essentiel, s’il est là vraiment besoin de
le dire, de la société française.
Elise Delaitre coordonne avec Lancelot Arzel les travaux de l'Atelier "Solidarités"




