Quand Sarkozy ne vise même pas le juste (empire du) milieu entre flagornerie et réserves sur la Chine
Sarkouztine
U Gambira est le pseudonyme de l'un des dirigeants de la All Burma Sangha Coalition. Ashin Nayaka est fondateur de la Société missionnaire bouddhiste.
En tant que Bonzes, nous souhaitons soulager les douleurs quand nous les voyions. Nous ne pouvons pas ignorer les souffrances de notre peuple. Nous avons formé la coalition des Sangha quand nous avons vu que les Bonzes du pays étaient unis. Et ce ne sont pas les seuls. Quand nous avons commencé nos marches pacifiques pour le changement, étudiants, jeunes, intellectuels et gens ordinaires nous ont rejoint dans les rues.
Nous pensions que nous pouvions obtenir le soutien de certains généraux - eux-mêmes Bouddhistes - afin qu'ils nous rejoignent dans nos revendications pour moins de souffrance. Au début, nous leurs avons montré notre rejet des règles militaires en refusant leur aumône.
Nous n'avons pas perdu notre tendre affection pour les soldats ordinaires, ni même pour les leaders qui leurs ordonnent de brutaliser la population. Mais nous voulions les encourager au changement pendant qu'il en est encore temps.
Nous savons que certaines personnes dans l'armée et dans les organisations proches du régime sont hésitants à utiliser la violence contre les Bonzes. Certains soldats, qui avaient recu l'ordre de nous battre et de nous arrêter ont refusé car ils ne comprenaient pas pourquoi ils devaient agir ainsi.
Nous avons espéré créér un chemin différent de celui des chefs militaires, une route pour commencer un véritable dialogue avec les leaders de la population, pour l'unité de la nation. Mais cet espoir fut de courte durée. Le régime traque désormais tous ceux qui particient aux manifestations et commet d'innomables actes de violence.
Ils ont attaqué des monastères, arrêté des Bonzes et des Soeurs par la force. Nous avons entendu des témoignages selon lesquels des manifestants blessés auraient été enterrés
Le général brigadier Kyaw Hsan, un représentant des militaires, a récemment déclaré a l'envoyé spécial des Nations Unis, Ibrahim Gambari, que les manifestants dans la rue n'étaient pas des Bonzes mais des escrocs. Pourtant nous sommes des milliers de Bonzes, tous authentiques qui manifestons pour la paix.
La junte veut que le monde croit que le soulèvement est terminé. Mais nous pensons au contraire que ce soulèvement marque le début de la fin du regne militaire sur notre pays.
Le gouvernement militaire fera tout pour rester au pouvoir. Mais leurs actes de violence doivent etre montré au reste du monde. Peut-être pourront-ils encore pour un temps contrôler les rues et les monastères, mais ils ne pourront jamais dominer nos coeurs et notre détermination".
Paris, le 27 août 2007, Conférence des ambassadeurs. Abordant l'épineuse question de la Turquie, Nicolas Sarkozy tient des propos qui, dans sa bouche, prennent une résonance singulière. "La France ne s'opposera pas à ce que de nouveaux chapitres de la négociation entre l'Union et la Turquie soient ouverts" dit-il devant une assistance médusée.
Le refus de l'entrée de la Turquie dans l'Union semblait pourtant réglé. Association oui, adhésion non : Nicolas Sarkozy en avait fait une question de principe, lors de notre débat. Quelques mois plus tard, frappé par un principe de réalité jusqu'alors soigneusement nié, il dessine une perspective radicalement différente. La fermeture qu'il prônait se voit du jour au lendemain disqualifiée. On pense même à supprimer le referendum obligatoire préalable à une éventuelle adhésion. Pour la Turquie, tout redevient possible !
Ce revirement n'est pas isolé. 14 Juillet 2007 : les principales forces politiques libanaises dont le Hezbollah sont invitées à dialoguer à la Celle Saint Cloud, dans la résidence du ministre des Affaires étrangères. "Le Hezbollah est un acteur politique important au Liban. Il est l'une des composante du dialogue national et à ce titre, il est invité aux rencontres inter-libanaises" affirme ce jour là le porte-parole de l'Elysée. Oubliée la déclaration de Nicolas Sarkozy lors du forum de l'UMP du 12 décembre 2006 à propos d'une candidate qui avait rencontré la commission des affaires étrangères du Liban en présence de l'ambassadeur de France et dans laquelle ne siégeait qu'un seul député du Hezbollah : "le fait d'être un élu ne suffit pas pour discuter. Hitler avait été élu, ça n'en fait pas un interlocuteur respectable et responsable". La polémique fut entretenue une bonne semaine : faute lourde, inexcusable, inqualifiable, méconnaissance des questions internationales, et pour tout dire, incompétence.
Et que dire du dossier iranien et de l'accès à la filière nucléaire qui inclut la maîtrise de l'enrichissement de l'uranium ? Je m'y suis toujours opposée tant que les garanties de contrôle n'étaient pas apportées
Cette succession de retournements inspire de l'inquiétude et pose la question de la crédibilité de la parole de la France. Récemment nos partenaires se sont encore demandé s'il s'agissait d'improvisation ou de provocation lorsque le Président a fait du nucléaire civil, à la tribune des Nations-Unies "la meilleure réponse à ceux qui veulent, en violation des traités se doter de l'arme nucléaire" confondant, une nouvelle fois, l'achat d'électricité et la maîtrise de la totalité de la filière avec l'enrichissement de l'uranium qui permet, tôt ou tard, de passer du civil au militaire.
De tels revirements, soudains et imprévisibles, soulèvent des questions aujourd'hui sans réponses. Pourquoi cette navigation à vue, cette gestion erratique du dossier iranien ? Comment le Hezbollah infréquentable du mois de décembre 2006 est-il devenu l'interlocuteur acceptable du mois de juillet 2007 ? Que s'est-il passé pour que Nicolas Sarkozy change son fusil d'épaule sur la Turquie ?
A aucun moment le Président ne s'en est expliqué. A t-il péché par ignorance des contraintes internationales ? A-t-il délibérément oublié de révéler ses intentions ? Se doutait-il que certains de ses choix ne seraient pas tenables ? Si oui, pourquoi n'a t-il rien dit ? Chauffer l'opinion, donner l'apparence de la fermeté puis se dédire face aux risques d'isolement : serait-ce cela la nouvelle diplomatie de rupture ? C'est la perte de crédibilité de la France qui est en jeu aujourd'hui, et ce qui la menace c'est la banalisation de sa parole, une marginalisation très difficilement récupérable par la suite.
Dans le "concert des nations", notre pays apportait traditionnellement un contrepoint salutaire. Elle faisait entendre une musique différente, parfois mezzo voce, parfois fortissimo, mais toujours en harmonie avec deux valeurs cardinales : le sens du bien commun et l'éthique de la responsabilité qui interdisait d'utiliser la politique étrangère à des fins de politique intérieure.
Ex-Yougoslavie, Irak, Liban, Darfour, conflit israélo-palestinien : autant de théâtres sur lesquels la France récusait les fausses évidences et les manichéismes simplificateurs. A l'idéologie facile, à l'intérêt étroit, elle préférait l'analyse rationnelle des faits, ultime boussole d'un monde singulièrement complexe, ultime condition à une action crédible et respectée.
Or quel spectacle la Fra
Au fond, seul le rapprochement avec Washington donne à la diplomatie de Nicolas Sarkozy un semblant de cohérence. A l'heure où l'Amérique remet en cause ses choix de politique étrangère, à l'heure où le rapport Baker prône une nouvelle approche fondée sur le dialogue plutôt que sur le rapport de force militaire, à l'heure où même nos amis britanniques marquent leurs distances, Nicolas Sarkozy fait le choix de l'atlantisme. C'est une décision lourde de conséquence et pourtant, là encore nulle explication, aucun débat au Parlement.
Le Président de la République serait bien avisé de se ressaisir et de s'inspirer de cette sage recommandation du rapport Védrine : amis, alliés mais pas alignés. C'est en ne cédant pas à la tentation des surenchères et de la politique spectacle que la France, dont la crédibilité est indispensable à la paix du monde, disposera d'une diplomatie forte et écoutée, avant qu'il ne soit trop tard .
Le Monde - 1er octobre 2007
On ne sait pas exactement quel est le nombre de morts parmi les manifestations
en Birmanie mais on sait que l’agence officielle de presse birmane reconnaît qu’il y en a eu, sans doute a minima. Cela fait plus de 20 ans que cette junte militaire a pris le pouvoir
dans ce pays, qu’une autre « Corée du Nord » existe sans que cela ne semble poser de problèmes à personne.
On semble redécouvrir aujourd’hui que cette junte n’hésite pas à réprimer dans le sang, et que la
résistante Aung San Suu Kyi, Prix Nobel de la Paix, est en résidence surveillée.
Comme d’habitude, les sanctions maintes fois décidées par le Conseil de sécurité de l’ONU se sont finalement retournées contre la population et ont servi de moyen de mobilisation par la junte des
Birmans contre l’ « Occident ».
Par ailleurs, le retrait total de certaines entreprises, notamment françaises (Total) n’aurait pas d’effet, dans la mesure où leur départ serait vite compensé par l’arrivée d’autres investisseurs
européens… ou chinois.
Comme dans plusieurs cas diplomatiques majeurs, le rôle de la Chine est effectivement central. C’est la Chine qui soutient le régime à bout de bras, en raison des intérêts
détenus par les entreprises chinoises dans le pays. La configuration actuelle du Conseil de sécurité de l’ONU et la menace permanente de l’utilisation du veto chinois pose un problème à
l’ensemble du monde, dans la mesure où cela bloque tout processus diplomatique international bénéficiant de la seule légitimité qui vaille, celle du droit international
onusien.
Toutefois, si une réforme en profondeur de l’ONU doit être envisagée, afin
notamment de procéder à une configuration du Conseil de sécurité plus en phase avec le monde actuel (représentation des autres pays émergents notamment), les pays occidentaux ont actuellement des
moyens d’agir, en Birmanie bien sûr, mais aussi par extension, au Darfour par exemple.
Si la Chine est une puissance économique et militaire incontestable, le régime chinois continue à vouloir s’acheter une forme de brevet de respectabilité internationale.
L’organisation des Jeux Olympiques de 2008 à Pékin est censée lui apporter cela.
Comme le reconnaît Ségolène Royal, il ne s’agit pas de faire en sorte « que ces Jeux ne se déroulent pas, mais pour que les pressions soient efficaces avant, c'est à dire qu'il y ait une forme de dissuasion (…). Si la Chine sent une détermination de la part des régimes démocratiques par rapport à une événement majeur qui est l'expression de l'échange entre les peuples, elle pourrait sans doute bouger ».
Face à l’autisme de la junte birmane, à la volonté d’inaction de la Chine, cette question doit invariablement être posée. On s’étonne d’ailleurs du silence assourdissant du théoricien du « droit d’ingérence », par ailleurs Ministre des Affaires étrangères, Bernard Kouchner… Cela est peut-être du au rapport très controversé rendu en 2003 sur la « bonne gestion » des ressources humaines par Total (accusé d’esclavagisme)… en Birmanie. En tout cas, comme le disait une pancarte hier dans la manifestation parisienne : «Kouchner où est ton ingérence humanitaire?».
Jonathan Gindt




