Il est convenu de se réjouir, de se féliciter voire de dresser des lauriers à Nicolas Sarkozy après le « grand succès » du G8. Pourquoi ? Parce que le grand fait d’armes du Président français serait d’avoir inclus dans le communiqué du G8 l’adverbe « seriously » juste après la déclaration d’intention sur la volonté de réduire les émissions de gaz à effet de serre (GES). Merci M. Sarkozy, si vous n’aviez pas été là, si cet adverbe n’avait pas été rajouté, les autorités auraient donc appliqué cette indication non-contraignante par dessus la jambe… Le problème n’est pas tellement que Sarkozy essaie d’en tirer le mérite, il fait de la politique et il est en campagne. Le problème, c’est qu’une nouvelle fois, à part quelques-uns, les journalistes ne font pas leur travail.
Que l’environnement soit inscrit à l’ordre du jour du G8, tout le monde peut s’en féliciter, mais :
* L’inverse aurait tout de même été, comment dire… surprenant ;
* L’inscription de ce thème à l’ordre du jour et les résultats obtenus sont davantage à mettre au crédit de Angela Merkel, puissance invitante on rappelle ;
* Ce n’est pas nouveau… Rappelons-nous notamment du communiqué enflammé du sommet de 2005 à Gleneagles (ou même celui de Kanacka en 2004) où les dirigeants mondiaux déclaraient déjà tous leur flammes aux thèses mises en avant par les écologistes depuis de nombreuses années. Il fallait réduire les émissions de GES, parce que les « grands » de ce monde, notamment américains, reconnaissaient que cela pouvait être la « faute de l’homme ». A ce rythme-là, peut-être qu’en 2050 ils reconnaîtront que leurs prédécesseurs avaient eu raison en 2007…
* M. Sarkozy se vantait par ailleurs de vouloir inscrire un objectif chiffré. Le communiqué évoque une réduction de 50% d’ici 2050. Mais une réduction à partir de quelle base (le niveau des rejets en 1990 comme le propose le protocole de Kyoto, ceux d’aujourd’hui, d’avant ?). L’Agence Internationale de l’Energie (AIE), peuplée sans doute de militants Greenpeace, évoque une augmentation des émissions de GES de 50% d’ici 2030. Il me semble donc que la « grande ambition » affichée par le G8 est plus que limitée ;
* Bien sûr, il ne s’agit pas de se poser en donneur de leçons. Infléchir la position des Américains sur le sujet est particulièrement difficile, en particulier dans le cadre de ce type de sommets où l’on recherche le consensus mou. Mais ce qu’on reproche au chef d’Etat français, c’est une fois de plus cette communication à tout va, cette volonté électoraliste de tout s’attribuer, y compris les « victoires » bien maigrelettes. Sarkozy, déjà Ministre de tout en France veut maintenant nous faire croire à son rôle de Ministre mondial de l’Environnement, de rabatteur de caquet à Bush, à Poutine, à tout le monde en somme ;
* Le problème en outre, c’est que Sarkozy a néanmoins des pouvoirs, au niveau national et quand il a la possibilité de s’en saisir, il
ne le fait pas, volontairement. Dernier exemple en date, Alain Juppé, visiblement responsable de l’Environnement au sein du gouvernement avait cru que son titre de Ministre d’Etat lui
donnait le droit de faire des propositions pour le moins bienvenues. Juppé avait effectivement proposé, en suivant l’exemple allemand, d’interdire par décret l’accès au marché français de
certaines semences Monsanto dont de nombreux scientifiques ont mis en avant les effets au minimum dangereux et irréversibles sur l’environnement si elles sont utilisées en plein champ. Deux
heures plus tard, le véritable Ministre de l’Environnement, c’est-à-dire le Ministre de tout, Nicolas Sarkozy, remettait en cause cette facétie déviante et trop comment dit-on encore…
« pensée unique » du converti québécois à l’écologie.
De la même façon sur le plan national, nous attendons avec impatience les mesures réelles de réduction des GES, notamment comme le prévoit le Projet socialiste :
- Par une politique énergétique qui confirme en partie le choix nucléaire tout en réduisant sa part pour arriver à l’objectif de 20% d’énergie produit à partir d’énergies renouvelables à horizon 2020 fixé par le Conseil européen des 8 et 9 mars derniers ;
- Par un vaste plan d’économies d’énergie qui passe par la remise en cause des normes environnementales des habitations. Pour l’ancien, il s’agit d’isoler massivement les logements, alors que 40% de l’énergie est aujourd’hui gaspillée. Cela portera dans une première phase sur 400 000 logements, générant ainsi 100 000 emplois). Pour le neuf, aucun permis de construire ne devra plus être attribué sans que la nouvelle construction respecte les normes HQE (Hautes Qualités Environnementales) ;
- Par une fiscalité favorable aux comportement écologiques : TVA tendant vers zéro pour la diffusion des énergies propres dans les habitations (solaire, géothermie…) et pour les éco-industries ;
Et surtout, au niveau mondial, on attendrait que M. Sarkozy fasse la promotion de la mise en place d’une Organisation Mondiale de l’Environnement (OME), qu’un certain Jacques Chirac avait évoqué et qui regrouperait les multiples organisations existantes actuellement. De la même manière que l’on a mis en place l’OMC pour réguler la liberté de circulation des biens et des services, il semblerait judicieux de mettre en place une OME gérant la liberté de circulation des GES. Elle regrouperait en son sein aussi bien l’aspect expertise nécessaire (le PNUE pourrait lui être rattachée) et aujourd’hui éclatée que l’aspect gestion, par exemple la régulation d’un marché mondial de « permis d’émission ». L’OME aurait également un pouvoir contraignant, avec la mise en place d’un organe de gestion des conflits comme l’ORD (Organe de Règlement des Différends) de l’OMC.
Pour l’instant, alors que comme disait l’autre « la maison brûle, on [ne] regarde [peut-être plus] ailleurs » mais on essaie d’éteindre le feu avec un pistolet à eau… Pourtant, dans ce cas, on aurait bien besoin d’une « vague bleue »…
Jonathan Gindt
En ce début d'année 2007 les militants de la section PS de Sciences Po poursuivent leur travail de comparaison des projets des quatre grandes familles politiques en lice pour 2007 (FN, UMP, PS, Collectifs antilibéraux). Lorsqu'il sera finalisé, le projet de l'UDF pourra être intégré à la réflexion.
Nous mettons aujourd'hui en ligne le comparatif sur la thématique de l'agriculture. Vous le trouverez en cliquant ici.
En voici la synthèse :
L'agriculture est un secteur clef de l'économie française, qui induit un grand nombre d'emplois (secteur agricole, industrie agro-alimentaire, tourisme, …). Tous les partis proposent des solutions à la crise que connaît actuellement le monde agricole. La diversification des activités est un enjeu abordé par les partis de gouvernement (PS et UMP). Fidèle à sa conception réactionnaire et conservatrice, le FN propose un repli sur soi, et ne cherche aucune solution novatrice en termes d'activités agricoles. Toutes les solutions passeraient pour lui par une exonération des charges pour les agriculteurs, conception très poujadiste, mais rien n'explique comment alors financer la protection sociale dans le monde agricole. Par ailleurs les exploitants agricoles français exportent leurs productions vers des marchés étrangers, et la fermeture des frontières économiques de notre pays lui serait très nuisible.
Il est à noter que seul le Parti Socialiste perçoit l'activité agricole dans sa globalité. Seul le programme du PS aborde la question de la maîtrise foncière dans le monde agricole, qui est pourtant une question majeure, notamment dans certaines régions très peuplées et touristiques. La maîtrise foncière est le seul biais pour assurer une pérennisation de l'activité. Le PS propose une véritable contractualisation avec le monde agricole, qui doit recevoir le soutien des pouvoirs publics car l'activité agricole est à la base d'une activité économique importante, mais également de la santé, du bien être, du respect de l'environnement, de l'activité touristique, .... La protection sociale doit être améliorée pour les agriculteurs, leurs familles, et leurs salariés. En échange le monde agricole doit s'engager dans une production de qualité, seule véritable voie de sortie de la crise actuelle.
La candidate socialiste Ségolène Royal a écrit dans le Nouvel Observateur une longue tribune adressée à Nicolas Hulot.
Vous pouvez lire cette tribune ici : http://www.desirsdavenir.org/index.php?c=actualites&actu=513
Ségolène Royal y explique que la démarche de Nicolas Hulot est intéressante pour alerter l'opinion publique sur les constats. En revanche elle démontre pourquoi une politique de développement durable s'inscrit dans une politique plus globale, économique, sociale, fiscale, et qu'on ne peut donc pas se contenter d'une démarche "au-dessus des partis". La droite et la gauche n'ont pas la même conception de l'environnement et du développement.




