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Jeudi 13 janvier 2011 4 13 /01 /Jan /2011 22:19
- Publié dans : International

 

 Le slogan le plus entendu lors des récentes  manifestations en Tunisie est « travail, liberté, dignité ». Pour reprendre l’explication donnée par Abdelwahab Meddeb (écrivain, poète et animateur de radio franco-tunisien), les Tunisiens exigent un travail sur lequel s’appuyer et une liberté sur laquelle compter pour pouvoir vivre dignement. En effet, ce mouvement n’est pas celui d’une jeunesse fanatisée ou affamée. Il s’organise autour de tunisiens qui ont grandi dans la peur. Unis dans la révolte, ils se sentent grisés par leur tout nouveau sentiment de liberté. Ce mouvement a ainsi réveillé bien des consciences résignées ou dépolitisées. Il s’appuie sur des jeunes femmes et de jeunes hommes bravant chaque jour la peur que sécrète tous les régimes oppressifs. Ce combat intérieur mené par de nombreux tunisiens que ce soit en postant sur Facebook des commentaires chaque jour plus hardis ou en manifestant au péril de leur vie contre un régime policier mérite notre respect. Il est le témoin d’une maturité politique certaine.

 

Sans un régime policier, la Tunisie ne se transformera pas inéluctablement en ce chaos craint par un gouvernement français apeuré à l‘idée d’une Tunisie devenue source de migrations massives vers l’Europe et terreau de l’intégrisme islamique. Il faut refuser cette lecture. A ce stade, rappelons que la Tunisie réunit de nombreux atouts pour devenir la première démocratie arabe. Forte de ses jeunes diplômés, la société tunisienne a été marquée par les politiques progressistes de Bourguiba en faveur de l’émancipation de la femme. L’existence d’un Etat solide et l’absence de tout risque de séparatisme religieux ou ethnique au sein de cette population homogène fait de la Tunisie un laboratoire idéal pour l’émergence d’un projet démocratique arabe.

 

Il s’agit à bien des égards d’un moment historique. Malheureusement, en France, bien des intellectuels et des hommes politiques se complaisent dans l’image si trompeuse d’un régime rempart contre l’islamisme. Cette mystification a assez duré. Plutôt qu’un rempart, ce régime a produit tant de frustrations qu’il en est arrivé à renforcer le fanatisme religieux.

 

Dans sa volonté de faire le vide, le régime tunisien a supprimé tous les lieux de débat et l’essentiel des structures intermédiaires entre l’Etat et la société civile. Il se retrouve nu face à son peuple. C’est pourquoi la France doit se montrer ferme dans sa condamnation des atteintes répétées aux droits fondamentaux subies depuis la mi-décembre par le peuple tunisien. Elle doit accompagner l’Histoire plutôt que de tenter de la retenir. Si le peuple tunisien obtient satisfaction dans sa lutte, le danger islamiste pointera probablement, il faudra alors la combattre résolument. Les Tunisiens ont fait ce pari de la liberté et de la dignité ; ils méritent que nous les accompagnions dans cette entreprise courageuse qui a déjà obtenu comme premier résultat l’annonce par le Président Ben Ali qu’il renonçait à se représenter en 2014.

 

Tout cela doit nous pousser à nous réunir samedi à 14h place de la République pour protester contre la répression  brutale organisée par le régime tunisien. Cette lutte est celle de tous les socialistes qui ne peuvent que se ranger du côté des peuples face aux dictateurs.

 

S.  

Photo AFP

Communauté : parti socialiste
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Samedi 1 janvier 2011 6 01 /01 /Jan /2011 00:01
- Publié dans : Actu du PS et de la section Jean Zay

Voeux 2011


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Mercredi 22 décembre 2010 3 22 /12 /Déc /2010 14:01
- Publié dans : International

Le 7 décembre 2010, la section Jean Zay a reçu Jean-Louis Guigou, président de l’IPEMED, Institut de prospective économique du monde méditerranéen. Son intervention, didactique et nourrie, n’a malheureusement pas laissé de place au débat. Nous voulons le nourrir en détaillant quatre points qui nous ont interpellés.

 

Le projet défendu par l'IPEMED s'appuie sur un modèle libéral injuste

 

Selon Jean-Louis Guigou, la division du monde en blocs communiste et libéral a laissé place à une répartition en « quartiers d’orange », dessinant des espaces de coopération économiques Nord-Sud. La Chine tire les Tigres ; les Etats-Unis couvent leur arrière-cours ; à l’Europe d’impulser le décollage de la Méditerranée.

 

Comme la CECA, l’UPM est un projet de projets, qui doit solidariser les États membres autour d’objectifs économiques communs. Malheureusement le discours de M.Guigou s’appuie sur une vision libérale de la division internationale du travail. La main d'œuvre du Sud de la Méditerranée devrait ainsi favoriser l’essor à bas coût des entreprises du Nord. Rappelons d’une part que les bas salaires n’internationalisent pas la protection sociale et ne garantissent pas toujours des conditions de vie descentes. Les délocalisations massives, en plus de désindustrialiser l’Europe, ne contribuent pas toujours au développement économique du Sud. Dans la course à l’attractivité, les pays du Sud sont en général perdants : la main d’œuvre est toujours moins chère ailleurs, ainsi les PECO sont-ils concurrencés par le Maghreb, lui-même pris de court par la Chine. Ici, Jean-Louis Guigou a appelé à une préférence méditerranéenne, au titre qu’au contraire de la Chine, les pays méditerranéens n’exigent pas de transferts de technologie. Ce protectionnisme stérile dessine des rapports Nord-Sud injustes. L’image du quartier d’orange enjolive à notre sens un discours ultra-libéral voire néo-colonialiste.

 

Il n’est pas surprenant de voir que la gouvernance de l'IPEMED s'appuie sur les dirigeants de grandes entreprises liées à la Méditerranée par des intérêts économiques (approvisionnement en matières premières, débouchés commerciaux, centres d’appels) d’ores et déjà favorisés dans la zone. Si le dialogue entre ces entreprises et les gouvernements locaux est nécessaire, il est difficilement justifiable que le gouvernement porte institutionnellement, à grands frais pour le contribuable, des projets d'investissement déjà rentables, et pas forcément porteurs d'amélioration pour l'ensemble des citoyens concernés.

 

Un objectif douteux : faire cesser l’immigration par le « co-développement »

 

Un des arguments en faveur de l’UPM mis en avant par Jean-Louis Guigou porte sur les flux migratoires. Voilà en quelques mots ce qu’il défend : l’immigration est due aux écarts de richesse entre les deux rives de la Méditerranée. Alors, au lieu d’accepter des travailleurs provenant de cette région, nous devrions rendre les conditions assez attractives pour qu’ils restent chez eux. Cela passe par des investissements industriels mais aussi par la facilitation des transferts économiques effectués par les immigrés eux-mêmes.

 

L’argument selon lequel le développement diminue le nombre de candidats au départ est tout simplement faux, du moins à court-terme. Le cas du Mexique est éloquent à cet égard. Des recherches ont montré que la croissance économique stimulait, jusqu’à un certain degré, l’émigration. Une situation économique un peu meilleure renforce l’information dont dispose la population locale quant aux possibilités de départ. Elle crée aussi les conditions économiques permettant de supporter le coût du départ d’un travailleur potentiel. Par ailleurs, le développement s’accompagne classiquement de l’exode rural, accroissant automatiquement le nombre d’urbains, plus informés et plus mobiles.

 

Outre qu’il est faux, l’argument du « co-développement » s’inscrit pleinement dans la logique néo-libérale et néo-colonialiste de son discours. Ce n’est pas pour rien que Guigou a pris l’exemple de l’attitude (supposée) de l’Allemagne lors de la chute du bloc soviétique. Au lieu de s’être fait envahir par des masses d’immigrants des « pays de l’Est », cet État a eu la sagesse d’aller y investir et ainsi de se retrouver à la tête d’un système de division internationale du travail. Par ailleurs, Guigou a mentionné insidieusement le fait que les Arabes ont été arrêtés à Poitiers au VIIIe siècle. Veut-il dire par là que le co-développement serait le dernier rempart d’une civilisation chrétienne menacée ?

 

Dialoguer avec des gouvernements non-démocratiques ?

 

L’UPM, bien que construite sur des projets d’investissement économique, se targue d’ébaucher une union politique. Portée par le président Sarkozy, elle est un objet politique. Or l'opportunisme économique n'a que faire des libertés des peuples, et fait s’assoir à la même table des États privateurs de libertés fondamentales. L'UE, le Mercosur, se sont construits sur le partage de valeurs démocratiques, facteur de stabilité et de progrès. Vidée de son contenu démocratique, l'UPM ne pourra pas accomplir ses promesses, et risque de miner la légitimité de l’UE a intervenir dans les processus diplomatiques. 

 

Dans sa vision des rapports entre Europe et Méditerranée, Jean-Louis Guigou emprunte des raccourcis parfois simplistes, en particulier en ce qui concerne la corruption. Selon lui, celle-ci est la conséquence de l’action corruptrice des pays du Nord. S’il est bien entendu indispensable de garder en tête les dérives qui peuvent émerger des rapports de domination, cette vision demeure assez simpliste, et ignore complètement les leçons tirées de la théorie de l'Etat rentier et de la malédiction des ressources, pourtant utile à expliquer la situation de certains pays  tels que l’Algérie.  Dans ces Etats, la rente dérivée des matières premières empêche la diversification de l’économie nationale, la rendant vulnérable aux chocs extérieurs. Riche, l’Etat fixe un niveau d'imposition généralement faible qui ne favorise pas la démocratie : les gouvernements estiment ne pas avoir de comptes à rendre à la population, et redistribuent la rente de manière à acheter une certaine paix sociale. Dans ce contexte, il se développe souvent une « mentalité rentière » au sein de la population, ce qui constitue notamment un obstacle à l’émergence d’une réelle classe entrepreunariale. Ainsi, les travaux de recherche en économie ou en politique comparée ont clairement montré que l’abondance en matière première est loin d’être une garantie pour le développement des populations, et peut d’ailleurs conduire dans certains à un appauvrissement des populations (phénomène de la malédiction des ressources).

 

Quant au rôle des pays industrialisés du Nord dans ce cycle de corruption, il est complexe et ne peut être réduit à celui de corrupteur. Certaines initiatives du Nord permettent probablement d'améliorer les choses (exemple : le "publish what you pay" de l'EITI, adopté par de nombreuses entreprises occidentales). 

 

Dans ce contexte, nous sommes particulièrement surpris par le projet porté par IPEMED d’un marché commun de l’énergie. Selon lui, un tel marché assurerait aux deux rives d’être sur un pied d’égalité. Ce projet nous semble illusoire, et en aucun cas comparable avec le rapprochement de la France et de l’Allemagne autour de la CECA.

 

Gare à la simplification culturaliste !

 

Nous voulons dénoncer ici la façon culturaliste dont Jean-Louis Guigou a présenté les choses. Nous voulons dire par là qu’au lieu de prendre en compte la réalité complexe des pays de la rive Sud de la Méditerranée, il s’en remettait à des lieux communs qui ne reflétaient qu’une partie de la réalité.

 

Par exemple, comment explique-t-il l’islamisation des sociétés ? Selon lui, la montée du fondamentalisme est due à une perte de valeurs et d’espoir en l’avenir. « Les gens ne croient plus en rien » (ils n’ont plus confiance dans les institutions) et par conséquent se tournent vers une autre croyance, religieuse, pour continuer à entretenir l’espoir. Le phénomène est éminemment plus complexe (ce qui ne veut pas dire qu'il faut le minimiser, au contraire). En fait, sur ce point, Jean-Louis Guigou a semblé confondre la situation des pays dont il parle et l’opinion d’une partie de la population de ces pays. Nous avons eu le sentiment que sa vision a été très influencée par les groupes sociaux avec lesquels il entretient des contacts : les élites politiques et économiques du Maghreb, souvent francophones et laïques. Or, comme dans de nombreux pays en développement, ces élites connaissent généralement mal la société qui les entoure. Vivant en vase clos en raison des inégalités criantes, elles ne côtoient que très peu leurs concitoyens, et ont souvent une vision biaisée des phénomènes sociaux.

 

 Le point où la simplification culturaliste est la plus patente est la distinction constante qu’il opère entre « Européens » et « Arabes ». Or, les arabes sont loin de former une masse homogène. Rappelons l’existence d’autres communautés, tels que les kabyles ou les berbères . L’arabité n’est pas une donnée ethnique mais un sentiment d’appartenance culturelle, fondée en grande partie sur la pratique de la langue arabe, via tous les dialectes qui en sont dérivés. A l’échelle de la Méditerranée, les Arabes eux-mêmes n’ont jamais été unis, ni politiquement, ni culturellement. Pour s’en convaincre, on pourra se remémorer l’expérience des réfugiés palestiniens partis s’installer au Maghreb et dont les témoignanes montrent qu’ils ne comprenaient pas la langue parlée localement tant les différences de dialecte et les différences culturelles étaient fortes. Les liens historiques et culturels entre le Maghreb et la France sont beaucoup plus forts que les liens entre le Mashrek et le Maghreb (qui ne faisait pas partie de l'Empire Ottoman), même si on a assisté récemment à un développement des échanges économiques limité. Le Maghreb et le Mashrek, restent deux mondes bien différents, séparés par un désert.

 

Dans cette dichotomie, où positionner la Turquie, qui représente tout de même près de 80 millions d’habitants qui n’ont rien d’arabes et subit les méfiances de l’Europe ? Que faire d’Israël, des kurdes, des pays européens aux frontières de l’UE comme l’Albanie ou le Monténégro ?

 

Quel avenir pour l’UPM ?

 

Pour conclure, nous partageons l’idée qu’il est nécessaire de renforcer les liens entre les deux rives de la Méditerranée, cet espace historique d’échange et de cohabitation entre religions et entre civilisations devenu la frontière la plus inégalitaire du monde. En ce sens, l’UPM est un projet noble mais qui ne pourra fonctionner et contribuer au développement des peuples qu’à condition de ne pas être instrumentalisée au profit des intérêts politiques et économiques du Nord, de porter une ambition démocratique et de s’affranchir de toute tentation culturaliste ou néo-colonialiste.

 

Elsa C., Elsa F., Kim D., Sébastien B.

Communauté : parti socialiste
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Mardi 21 décembre 2010 2 21 /12 /Déc /2010 10:10
- Publié dans : International

                Environ 7 millions d’électeurs biélorusses étaient appelés à voter ce dimanche 19 décembre, lors de l’élection présidentielle. Une « élection » sans suspense, à l’issue de laquelle le « président » sortant Alexandre Loukachenko s’est vu accorder un quatrième mandat de cinq ans, après avoir été élu démocratiquement en 1994 puis réélu en 2001 et 2006 lors d’élections entachées de fraudes massives.

 

                Ce pays, qualifié de « dernière dictature d’Europe » par George W. Bush, est largement isolé sur la scène internationale, comme en témoignent ses relations difficiles avec la Russie. Auparavant alliés, les deux pays s’affrontent dans un conflit énergétique qui dure. D’un côté, la Russie demande le remboursement par la Biélorussie de sa dette correspondant aux livraisons de gaz russe effectuées ; et de l’autre, Minsk exige de Moscou le paiement de droits de transit pour le passage de ce gaz vers l’Europe.

                A cela s’ajoute la volonté de Loukachenko d’empêcher que les entreprises russes ne participent aux privatisations dans le pays, alors qu’il s’agit, comme l’explique Arnaud Dubien, chercheur à l’IRIS, d’un des objectifs principaux de la Russie dans les pays de l’ex-URSS, c’est-à-dire s’assurer le contrôle d’actifs stratégiques, notamment énergétiques.

                De plus, le Kremlin n’a pas apprécié la non-reconnaissance par la Biélorussie de l’indépendance de l’Ossétie du Sud et de l’Abkhazie, régions autonomes de Géorgie seulement reconnues par la Russie et quelques autres pays. Elle avait pourtant promis de le faire, en échange de l’aide économique de la Russie. Aujourd’hui, Loukachenko, dont les relations avec Vladimir Poutine sont notoirement exécrables, dit n’avoir jamais formulé une telle promesse.

                Tout cela constitue les bases d’un différend durable entre les deux pays, même si la Russie veut à tout prix éviter que se produise en Biélorussie une révolution « orange » similaire aux évènements ukrainiens de 2004.

 

                Outre la Russie, le régime de Loukachenko entretient des relations tendues avec les Etats-Unis et l’Union Européenne, qui ont interdit Loukachenko de séjour sur leurs territoires respectifs depuis 2002. Cependant, ces mesures ne semblent pas pouvoir faire évoluer le président biélorusse, qui n’a consenti que quelques gestes d’ouverture (la possibilité pour des candidats de l’opposition de se présenter, ainsi que l’acceptation de la présence d’observateurs internationaux lors du dépouillement) sans portée réelle.

                L’Union Européenne a toutefois promis à la Biélorussie une aide financière de trois milliards d’euros si une élection « libre et démocratique » se tenait enfin, afin de favoriser une transition démocratique. Mais la volonté politique pour un tel changement manque évidemment à Minsk, car cela signifierait pour Loukachenko la perte de son pouvoir.

 

                Ce pouvoir se caractérise par son autoritarisme, résultat d’une évolution constante depuis la prise de fonctions du président nouvellement élu le 20 juillet 1994. Les associations et les syndicats ont ainsi été progressivement muselés, les médias contrôlés, l’opposition marginalisée.

                Un exemple de cette domination croissante a été le référendum de novembre 1996, organisé en violation de la loi électorale, et qui a prolongé le mandat de Loukachenko de deux ans, avec en outre un accroissement de ses pouvoirs. Le président était alors au sommet de son pouvoir, comme en témoignent les rumeurs de l’époque faisant état d’une possible union entre la Russie et la Biélorussie, union dont le président aurait été Loukachenko.

                Mais depuis, ses soutiens ont évolué, et se trouvent aujourd’hui principalement dans les régions rurales et provinciales, alors que la contestation s’amplifie dans les grandes villes comme Gomel, Vitebsk ou Grodno, ainsi que parmi la jeunesse. La Russie, dans le même temps, soutient discrètement certains membres de l’opposition, comme Vladimir Nekliaiev, blessé lors de la répression des manifestations postélectorales de dimanche.

 

                Dimanche, Loukachenko a en effet, sans surprise, remporté le scrutin, avec plus de 80% des suffrages exprimés. Les résultats se sont suivis d’une manifestation d’une ampleur exceptionnelle, contre le régime en place, qui a entraîné l’intervention de la police anti-émeutes. Cette dernière a repoussé les manifestants à coups de boucliers et de matraques, avant de procéder à des dizaines d’arrestations. Les forces d’opposition craignent que ces arrestations n’aient pour conséquence un grand retour en arrière, avec une opposition éparpillée, entre prison et clandestinité.

 

David Guilbaud


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Lundi 20 décembre 2010 1 20 /12 /Déc /2010 10:05
- Publié dans : International

 

« Abidjan est doux » avancent les Ivoiriens lorsqu’il s’agit de décrire l’ambiance particulière qui règne dans les rues de leur capitale économique. Mais si ce credo est aujourd’hui remis en cause étant donné l’état de guerre avancé qui agite la lagune Ebrié, il ne semble pas davantage pouvoir s’appliquer au Parti socialiste français.

 

Des voix dissonantes sur la question ivoirienne

 

En effet, car si Laurent Gbagbo crie depuis maintenant deux semaines à l’ingérence internationale, les divisions du PS français et ses répercussions au Palais de Yamoussoukro semblent faire l’affaire du président « légal » reconnu par le Conseil constitutionnel de son pays.

 

Car il s’agit bien de divisions lorsque l’on parle de la position socialiste au sujet du verdict sorti des urnes présidentielles en Côte d’Ivoire. Jugé« infréquentable » par François Hollande en 2004 à l’époque où ce dernier occupait le poste de premier secrétaire du parti d’opposition, Laurent Gbagbo peut néanmoins compter sur le soutien de quelques membres éminents de ce dernier.

 

A la tête de cette délégation, Henri Emmanuelli. Preuve incontestable de ses liens avec l’universitaire Gbagbo : le député des Landes peut se targuer du sobriquet de « vieil ami », voire de « jumeau blanc » de la part de ce dernier (les deux hommes sont nés le même jour). Il n’empêche qu’en réagissant de la sorte, l’ancien président de l’Assemblée nationale s’éloigne des documents officiels de la rue de Solférino attestant de la reconnaissance sans faille d’Alassane Ouattara comme président légitime de la Côte d’Ivoire. Or, cette envolée qui a fait dire au socialiste qu’il existait « une campagne de suspicion et de dénigrement à sens unique dirigée contre les autorités ivoiriennes »aurait pu ressembler à un acte isolé si d’autres membres du PS ne l’avaient rejoint sur cette position.

 

Parmi eux, François Loncle, député de l’Eure, fait figure d’assesseur aux propos de M. Emmanuelli. Plus complexe est la position de leurs homologues parisiens, Jean-Marie Le Guen et Jean-Christophe Cambadélis. S’étant rendus,« en leur nom propre » selon la nouvelle première secrétaire Martine Aubry, en Côte d’Ivoire pendant la campagne, les deux ont jeté le trouble dans la maison socialiste. Reçu par Laurent Gbagbo en sa qualité de secrétaire national aux relations internationales, M. Cambadélis a depuis clarifié sa position en demandant à son hôte d’alors de « reconnaître les résultats ». Quant à Jean-Marie Le Guen, on se souvient de sa virée nocturne en compagnie de Jack Lang et du président ivoirien dans les rues d’Abidjan. Se trémoussant dans les boîtes de nuit les plus chaudes de la ville, on aurait pu augurer d’une solidarité indéfectible entre les trois personnalités. Or, les deux députés socialistes ont également éteint les braises d’une prétendue ambigüité de leur parti en demandant à M. Gbagbo de « respecter le processus électoral ».

 

Des liens historiques entre le PS et l’opposant Gbagbo

 

Qu’est-ce qui a donc bien pu mener à cette ligne de fracture au sein du parti d’opposition ? Pour y répondre, il faut revenir aux années 80. La Côte d’Ivoire d’alors connaît un âge d’or fondé sur une croissance économique exponentielle. Fruit de la hausse des cours du café et du cacao dont le pays s’est fait le premier producteur mondial, l’ancienne colonie française peut également s’appuyer sur une paix sociale et politique qui fait figure d’exception sur un continent ravagé par les guerres civiles depuis les années 60 et le « soleil des indépendances ». Ciment de cette image d’Epinal, la cohésion sociale prônée par le premier président de la République de Côte d’Ivoire, Félix Houphouët-Boigny. Père de la nation ivoirienne, « Nanan Boigny » fait pourtant de plus en plus l’objet de critiques du fait de l’interdiction par la Constitution de toute subversion, qu’elle soit syndicale ou politique.

 

Ainsi, en raison d’un hypothétique maintien de « l’unité nationale », sont réprimées les manifestations étudiantes de 1982 durant lesquelles un jeune professeur d’histoire diplômé de la Sorbonne fait figure de leader. Emprisonné, Laurent Gbagbo se réfugie peu après en France. Luttant contre la logique du parti unique défendue par Houphouët, il se rapproche du Parti socialiste français et se lie d’amitié avec Guy Labertit, membre du Parti socialiste unifié.

 

Les divisions au sein de la maison socialiste se font déjà sentir, le PS, alors au pouvoir, ne souhaitant pas déstabiliser un pays où la France détient de nombreux intérêts. De plus, François Mitterrand ne cache rien de l’amitié qui le lie à l’ancien député et ministre de la IVème République, Félix Houphouët-Boigny. C’est dans ce contexte que l’opposant Gbagbo retourne en Côte d’Ivoire et fait reconnaître aux instances dirigeantes son nouveau parti, le Front populaire ivoirien (FPI). Se réclamant du socialisme démocratique, ce dernier est intégré dans l’Internationale socialiste. Intégration qui lui donne un argument de poids à l’heure de combattre les successeurs du « Vieux » (le surnom d’Houphouët-Boigny) mort en 1993.

 

Fort de l’amitié de Guy Labertit, « monsieur Afrique » du PS jusqu’en 2006, date de sa démission, Laurent Gbagbo, président de la République ivoirienne depuis 2000, pouvait se vanter d’un soutien socialiste jusqu’en 2005 date du premier des sept reports de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire.

 

Les répercussions sur la cohésion de la famille socialiste

 

En effet, il n’y a pas que les jeunes Ivoiriens qui savent danser le « fatigué fatigué » et le PS français semble s’épuiser d’un président désormais aux bans de la communauté internationale. Il n’empêche que le passé ne peut s’effacer d’un coup de baguette magique et les soutiens d’alors sont les plus prompts à crier à la trahison de la gauche française.

 

Résigné, l’ami Jack Lang a, quant à lui, tenu à écrire à son « cher Laurent »dans une lettre du 5 décembre qui lui demande de « [reconnaître] les résultats proclamés par la Commission électorale indépendante ». Humaniste convaincu et défenseur de l’Etat de droit, le député socialiste s’est ainsi rangé à l’avis général et aux consignes socialistes exprimées dans un communiqué appelant « chacun (…) à respecter les résultats de l’élection et le travail de la CEI ».

 

Il serait préférable que la cohésion socialiste émerge sur la question ivoirienne. Celle-ci peut même constituer une chance pour le parti d’opposition aujourd’hui miné par les rivalités. L’organisation des primaires, tout autant que les sujets qui fâchent au sein du parti comme la sécurité ou l’ « égalité réelle », ne doivent pas faire naître un autre conflit que serait la position à tenir sur la situation en Côte d’Ivoire. La famille socialiste ne s’en remettrait pas et, sous couvert d’une prétendue amitié traditionnelle tant sur le plan personnel que politique, risquerait de s’attirer les foudres d’une population française déjà critique à l’égard de la tristement célèbreFrançafrique.

 

Le PS, en tant qu’entité étrangère, est-il néanmoins en droit de se prononcer sur la question ? Oui, car il ne faut pas laisser ce monopole à une droite qui a maintes fois prouvé son ignorance de l’Afrique et continue à alimenter les réseaux occultes entre Paris et le continent africain. Oui, car si l’autodétermination doit rester un principe fondamental des relations internationales, elle ne peut résister à la considération d’un peuple qui, quand il se fait décimer alors qu’il manifeste pour ses droits les plus tangibles, se moque profondément des lignes défendues par le droit international. Et enfin oui, car le PS serait passible de « non assistance à personnes en danger » s’il laissait faire et le premier des juges serait le peuple français.

 Arnaud Platel 


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