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Mardi 6 mai 2008
Ce blog n'a pas l'habitude de parler (tout court) mais surtout pas de parler de lui. L'article précédent (sur le RSA) était pourtant le 500ème. Après près de deux ans d'existence et pas loin de 150 000 lecteurs, ce blog peut se vanter d'un succès quotidien. Merci à vous de continuer à nous lire, nous aurons l'occasion de le faire encore évoluer dans les prochaines semaines. Ci-dessous, nous continuons notre série sur l'anti-repentance avec Mai 68. Et quoi de mieux pour fêter cet anniversaire et l'esprit de 68 qu'un peu d'humour... Cet article est d'ailleurs, pour mieux le comprendre, une réponse à celui-ci.

 

Cela ne vous arrive jamais, en repensant à un événement historique majeur, de vous demander ce que vous auriez fait à la place de ses acteurs ? Quel camp vous auriez choisi ? Quelle attitude vous auriez adoptée ? Il est d’ailleurs des heures sombres de notre histoire pour lesquelles cette question est particulièrement éprouvante. En ce qui concerne l’année 52 avant Jésus-Christ, je dois reconnaître que la façon dont je perçois cette période diffère de la position qu’à mon avis j’aurais adoptée, si j’avais vécu ces événements.


Nombreuses sont les voix qui, sans toujours appeler à la « liquidation de l’héritage d’Alésia », déplorent un affaiblissement de l’autorité gauloise, le triomphe du « dictateur César » ou même une certaine perte des repères druidiques face à un envahisseur romain. Ce n’est pas mon avis. Le mouvement gaulois apparait parfois un peu absurde ou vain. Mais sa contribution à la libération d’un peuple de moustachus blonds buvant de la potion magique et de la cervoise est certainement sous-estimée, surtout du côté de mon courant de pensée historique.


Ceux qui organisaient autrefois les révoltes sont certainement aujourd’hui pour la plupart de sages professeurs, des cadres aisés ou encore des hauts fonctionnaires taciturnes parlant latin. Ils se plaignent de la société, répètent que l’on n’apprend plus rien à l’école, que tout va à vau-l’eau… Mais ils ont 2080 ans. A 20 ans, ils ont dit non ; ils ont rêvé ; ils ont exigé que les romains s’adaptent un peu à leurs aspirations.


Peut-on en dire autant de ma génération ? Ce n’est pas sûr. Je ne pense pas que nous donnions l’impression de vouloir reconquérir la Gaule. Certes, nous voulons notre place sans forcément dénoncer les inepties que les romains nous lèguent, mais sans souhaiter réellement remodeler l’Europe. Tout ce que nous exigeons dès que notre voix se fait entendre est une part du gâteau que les romains se partagent aujourd’hui.


Nous refusons le Traité de Rome parce qu’il a été signé en Italie et estimons qu’un traité fondateur de l’Europe devrait être signé à Gergovie. Nous n’acceptons pas une victoire des Italiens à la coupe du monde de football, synonyme d’une énième victoire des romains sur les gaulois. Nous n’écoutons plus Claude Barzoti et Richard Cocciante à la radio que nous accusons de remettre en cause l’exception culturelle. Nous nous opposons à la prolifération des pizzerias qui nous imposent la malbouffe romaine. Nous réclamons lacréation d’une station de métro « Gergovie » sur la ligne 4 et la destruction pure et simple de cette station située entre Porte d’Orléans et Mouton-Duvernet. Nous demandons que le « Champ de Mars », insulte à nos guerriers, soit rebaptisé « Pré de Toutatis ».  Nous exigeons la suppression du Sénat et son remplacement par une assemblée druidique plus conforme aux traditions institutionnelles de la Gaule éternelle. A l’image de nos prédécesseurs, toutes nos revendications consistent à exiger un retour des gaulois sur les romains. Avons-nous envisagé ce que la Gaule devra faire pour l’Europe et pour le monde ? Non, nous sommes nombreux réclamer davantage de place pour la Gaule, alors que pour beaucoup, Gauloise n’évoque qu’une marque de paquets de cigarettes, sur lesquels sont écrits « Fumer tue ». Avant Jésus-Christ, les romains souhaitaient écrire sur les troupes de Vercingétorix « Les Gaulois tuent ». Désormais, ce sont les gauloises qui tuent. Preuve supplémentaire que les temps changent mais que notre détermination reste intacte.


Je n’ai pas néanmoins la prétention d’être meilleur ou plus visionnaire. Bien que le mouvement de - 52 m’apparaisse sympathique et vecteur de changement, je ne pense pas que j’aurais participé à la révolte et tiré sur les tribus de César. Compte tenu de mon héritage familial, j’ai une certaine image de la place qui aurait été la mienne lors de ce fameux moi de juin 52 avant Jésus-Christ. Mon arrière arrière arrière arrière […] arrière grand-père, alors en sixième au lycée Cro-Magnon, n’avait pas eu de cours pendant les dernières semaines. Son établissement servant alors de base pour la confection d’arbalètes, son père l’inscrivit à la rentrée suivante dans un lycée plus réputé, le lycée Panoramix. Je n’aurais donc pas participé, mais j’aurais soutenu le mouvement.


Je peux donc imaginer aisément où j’aurais été à cette époque si j’avais eu vingt ans : quelque part entre Gergovie et Alésia, à partir du mois de juin. Je sais ce que j’aurais fait si j’avais eu vingt ans : j’aurais soutenu Vercingétorix. Je ne le regretterais pas pour autant.


Mathieu Roumegous et Julien Savy

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Contre l'esprit de repentance sur Mai 68 !
Jeudi 1 mai 2008

Lors de sa dernière intervention télévisée, Nicolas Sarkozy a semblé (sous réserve de démentis ultérieurs désormais coutumiers) maintenir son intention de réaliser la mise en place du RSA (Revenu de Solidarité Active). Il a par ailleurs indiqué comme piste de financement un vague redéploiement des moyens attribués à la PPE (Prime Pour l’Emploi). A persévérer dans la réalisation de ce chantier, sans vouloir y consacrer les moyens nécessaires, Nicolas Sarkozy risque de gâcher l’opportunité que constitue l’instauration du RSA.

 

 

L’OPA inamicale de l’UMP sur le RSA

A l’issue de l’intervention de jeudi dernier, on était tenté de croire que le RSA était devenu l’invention miraculeuse de la majorité. Or, cette affaire s’apparente en réalité à un énième travestissement de l’histoire. Le RSA est, contrairement à ce que pourrait laisser penser le traitement dont il fait l’objet par les médias, le fruit des travaux d’une commission intitulée « familles, vulnérabilité, pauvreté » présidée par Martin Hirsch qui avait remis à ce titre un rapport en avril… 2005 ! Ce rapport préconisait, comme mesure phare de lutte contre la désincitation financière au retour à l’emploi, la création d’une prestation : le RSA. A l’origine, celui-ci devait procéder de la fusion entre le RMI, l’ASS (Allocation Spécifique de Solidarité) et la PPE. Le sort des allocations logement faisait l’objet de réserves de la part de la Commission qui en appelait à l’arbitrage du politique sur cette question. En termes de périmètre, le RSA devait, d’une part, se substituer aux minima existants versés aux exclus du marché du travail et, d’autre part, constituer un complément de revenu pour les individus retrouvant une activité. Remplaçant le maquis actuel de prestations aux objectifs similaires et comportant des effets de seuil importants, le RSA constituait une rupture salutaire dans la politique d’accompagnement du retour à l’emploi.

 

Au moment de la remise du rapport, leurs auteurs, au premier rang desquels l’actuel Haut commissaire Hirsch, avaient insisté sur la flexibilité du coût du RSA, notamment du fait de la possibilité de moduler son périmètre et ses taux. Toutefois, M. Hirsch avait mis en garde le gouvernement contre la tentation d’une mise en place au rabais du dispositif, à une époque où les marges de manœuvre budgétaires étaient déjà particulièrement limitées. Voulant saisir la balle au bond, mais très contraint financièrement, le gouvernement Villepin avait trouvé un « compromis » à travers l’expérimentation du dispositif dans quelques départements.

 

Les candidats à la présidentielle, et en particulier Ségolène Royal, ont repris cette proposition. Elu président, N. Sarkozy n’a fait qu’élargir – a minima – l’expérimentation (pour un coût de 25 M€ contre les 9 Mds€ que coûte le paquet fiscal au cours de l’année de son entrée en vigueur) alors que le chiffrage du RSA, en fonction de l’ambition qu’on lui assigne, oscille entre 1 et 7 Mds € (d’après une estimation de Matignon faite en 2006). Nicolas Sarkozy a fait plus que reprendre cette idée en limitant sa portée, il l’a largement récupérée en instillant dans les esprits qu’il en était l’inventeur. Or, non seulement il n’en est pas le créateur mais il pourrait en être le fossoyeur…

 

 

Le RSA du pauvre ?

 

Le gouvernement Fillon-Sarkozy est confronté aujourd’hui à une impasse encore plus insurmontable que le gouvernement Villepin en son temps : la mise en place du RSA constitue désormais une promesse explicite du candidat Sarkozy qu’il serait de bien mauvais goût d’abandonner. Dans le même temps, l’état des finances publiques connaît une dégradation très rapide qui n’autorise plus aucune largesse (après celles toutefois conséquentes et beaucoup moins utiles du paquet fiscal). Placée au pied du mur, l’UMP est donc tentée par la mise en œuvre au rabais du RSA. Cette mise en place est effectivement envisagée sur la base de l’hypothèse formulée jeudi par le chef de l’Etat d’une enveloppe de 1,5 Mds € consacrée au RSA, ce qui renvoie au bas de la fourchette évoquée en 2006 par Matignon. Par ailleurs, que dire de l’option évoquée revenant à réduire en-deçà du seuil de 1,2 SMIC le champ des bénéficiaires de la PPE pour dégager des marges de manœuvre budgétaires qui seront consacrées au RSA ? 
 

  • Une telle décision est fortement contestable du point de vue de la redistribution verticale, corollaire du principe de solidarité. En effet, cela revient, de fait, à faire financer l’introduction du RSA par les contribuables les plus modestes (entre 1,2 et 1,4 SMIC) qui perdent alors le bénéfice d’un crédit d’impôt quand dans le même temps (comme le dirait Chantal Brunel, porte-parole de l’UMP manifestement indocile), de multiples niches fiscales sont réservées aux derniers déciles ; 
  • Cette décision serait en outre de nature à renforcer les effets de seuil là où précisément le RSA a pour objectif de les lisser ;  
  • Elle serait enfin susceptible de faire jouer un effet de seuil supplémentaire lorsque les personnes à bas revenus seront amenées à connaître des évolutions de carrière sources (nous l’espérons) d’augmentations salariales au-delà du seuil de 1,2 SMIC. Résultat : le contempteur en chef du « nivellement par le bas », qui n’avait eu pendant la campagne de cesse de dénigrer l’augmentation du SMIC, facteur selon lui de tassement des rémunérations vers le bas, est en train de s’adonner à son sport favori : le renoncement.

 

 

Martin Hirsch appliquera-t-il la jurisprudence Chevènement ou prendra-t-il sa carte à l’UMP ?

 

Si la démarche pragmatique de l’ancien président d’Emmaüs qui avait consisté à prêter une oreille attentive à toute proposition politique, d’où qu’elle vienne, intégrant l’idée du RSA était pleinement légitime, l’acceptation d’une entrée au gouvernement est apparue comme une erreur de jugement qui le conduit à s’enferrer aujourd’hui dans un positionnement contradictoire par rapport aux conclusions du rapport qu’il avait rendu.


A force d’obstination et de ce qui n’est rien d’autre que de l’auto-persuasion, M. Hirsch pourrait devenir, à son corps défendant, le complice de ce que son rapport préconisait d’éviter. Par excès d’orgueil, M. Hirsch refuse de constater son échec à convaincre le gouvernement de l’importance de cette réforme et semble préférer avoir la paternité d’une réforme sans ambition et mal ficelée plutôt que de préserver l’essentiel en quittant ce gouvernement.




Le RSA : une idée faussement consensuelle

 

 

Pour réaliser pleinement la mise en œuvre du RSA, il convient d’abord de mettre fin à son ambiguïté originelle quant à sa finalité. Le RSA peut effectivement se voir assigner deux objectifs :
  

  • Il peut être perçu comme un élément de lutte contre le phénomène des "travailleurs pauvres" au service de la cohésion sociale ; 
  • Il peut être, dans une perspective d’inspiration néo-libérale, considéré comme un simple complément de revenu permettant de rendre supportable pour le salarié la modération salariale voire la flexibilisation des salaires à la baisse en faisant reposer cette charge sur la collectivité. Quand les néo-libéraux ont finalement besoin de l’intervention de l’Etat pour réaliser leur dessein…  

La gauche doit clairement se saisir de la première option pour placer le RSA au cœur d’un ensemble de mesures visant à accompagner le retour à l’emploi.

 

 

Le RSA ne doit pas être le Revenu Solitaire finalement (in)Actif

 

Si le RSA apporte une réponse au problème financier posé par le retour à l’emploi, il ne saurait être une réponse globale au problème de l’insertion par l’emploi. Les analyses économiques abordant le problème de l’insertion sous l’angle des « trappes à inactivité » ont souvent pour défaut de limiter la problématique de l’accès à l’emploi à la question du différentiel de ressources financières entre les revenus de transfert et de solidarité perçus en cas de chômage d’une part, et ceux du travail d’autre part, perçus en cas de retour à l’activité et amputés par des prélèvements fiscaux divers.  

 

Comme le démontrent les travaux de Gosta Esping-Andersen, la question de l’accueil de la petite enfance, des prestations familiales et de la tarification des transports en commun notamment interviennent comme autant d’obstacles à la reprise d’une activité. Il appartient également au politique de faire en sorte que la sphère marchande propose des emplois de qualité offrant aux individus des perspectives réelles d’intégration et de mobilité sociale. N’en déplaisent à nos détracteurs, les socialistes croient plus que jamais aux vertus intégratrices du travail pour peu que la qualité de l’emploi soit assurée. Il serait donc nécessaire d’accompagner la mise en place d’un RSA ambitieux et volontariste des mesures suivantes :


1. La mise en place d’un service public de la petite enfance qui est la seule véritable réponse au défi à la fois du retour à l’activité pour tous (femmes comme hommes), mais aussi de l’égalité réelle, c’est-à-dire du combat contre les inégalités « à la racine » ;


2. La refonte de la formation professionnelle qui passe par :


- Le transfert total de son organisation aux régions, transfert de compétence logique avec l’attribution aux régions du « développement économique » ;
 
- Le redéploiement de la manne de la formation professionnelle dont le bénéfice est aujourd’hui ciblé sur les plus qualifiés (parfois même détourné par des entreprises au profit de formations très peu qualifiantes qui ont uniquement vocation à adapter les salariés à l’évolution de leur poste de travail (à l’image des nombreux stages liés au passage à l’Euro dispensés à des caissières dans le cadre de la formation professionnelle) ;

- La création d’un contrat de transition professionnelle qui oblige contractuellement les entreprises à anticiper la formation de leurs salariés avant licenciement sous peine de remboursements de subventions publiques éventuellement perçues et d’amendes dont le montant progresse avec l’âge du salarié licencié ;

- La possibilité de monétiser les DIF (Droits Individuels à
la Formation) qui sont désormais cumulatifs d’une année sur l’autre.


3. Le redéploiement des aides économiques aux entreprises (63 Mds €) et des allègements de charge sur la base de critères liés à la qualité de l’emploi.
Nombre de ces avantages introduits soi-disant au nom de la compétitivité-prix liée au coût du travail bénéficient à des entreprises de services dont les activités sont peu délocalisables et créatrices de nombreux emplois précaires et peu qualifiés. Cela constitue autant de marges de manœuvre réutilisables pour financer un RSA volontariste.

 

De manière plus générale, c’est l’instauration d’une réelle sécurité sociale professionnelle, demandant il est vrai des moyens financiers conséquents, qui permettrait de répondre à une partie des défis que l’on a évoqués. Ces sujets difficiles, comme tous les autres, demandent qu’une équipe cohérente et compétente les mette en œuvre. A cet égard, Nicolas Sarkozy est tout l’inverse du roi Midas : il transforme les idées les plus intéressantes en plomb. Martin Hirsch semble malheureusement pris subir son influence : plutôt que de rejeter une réforme au rabais, il a préféré, contrairement à ses propres recommandations, gadgétiser son idée pour lui accoler son nom. Comme si son problème était davantage de se trouver une raison de rester au gouvernement que de réussir ce chantier.

 

Préparons dès maintenant la relève, car ce RSA bradé, quasiment vendu à perte, nous rappelle que les dernières démarques annoncent généralement une liquidation totale prochaine…


Jonathan G. et Bastien Taloc
 

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Questions économiques et sociales
Lundi 28 avril 2008

Il y a presque un an jour pour jour Nicolas Sarkozy obtenait la majorité des voix au deuxième tour de l’élection présidentielle. Après plusieurs mois d’une campagne intense, le candidat qui voulait incarner la rupture et le renouveau de la France avait réussi à se faire élire… par les plus anciens de ses concitoyens. Car malgré les concerts de Faudel organisés pour la relève du 16ème arrondissement parisien, les jeunes électeurs ont bel et bien plébiscité la gauche et la candidate socialiste en 2007.

 

Le début d’une grande histoire


Le nouveau président, fraîchement installé à l’Elysée et toujours accompagné de ses conseillers les plusprogressistes, tentait alors l’impossible : devenir le représentant de cette France qui n’avait pas voté pour lui. Il fallait commencer par une mesure séduisante pour les jeunes. Les fans de Salut les copains ! ont été enchantés de voir Johnny Hallyday revenir de son exil helvétique grâce à l’adoption du paquet fiscal. Il fallait ensuite faire la preuve de sa capacité à mener des réformes au service de l’avenir en profitant de l’état de grâce qui suit chaque élection. Les étudiants dubitatifs ont observé le gouvernement s’évertuer à faire passer une réforme de l’université vide de sens comme de substance. Il fallait enfin renouveler la pratique politique. Les jeunes salariés, dont beaucoup sont condamnés au temps partiel subi, se sont alors inspirés de leurs nouveaux gouvernants et ont rêvé de croisières, de Rolex, de Ray-Ban et de tout ce qu’ils allaient bientôt pouvoir s’offrir grâce à la majoration des heures supplémentaires qu’ils ne pouvaient pas effectuer.

 

C’était le bon temps !

Las, l’effet du retour de notre Johnny national s’est vite estompé. Françafrique, fin de la politique d’ouverture, mesures sans cohérence et couacs gouvernementaux à répétition : le petit Nicolas a vite fait de se chiraquiser. Mais ce n’était que provisoire. Le président a bien vite compris qu’il allait perdre son électorat traditionnel à force de séduire les jeunes en imitant son prédécesseur. Depuis sa défaite cuisante aux municipales, c’est donc de Gaulle qu’il essaye d’imiter. Restauration de la fonction présidentielle classique, rupture avec le présent pour défendre avec passion les grandes politiques nées de l’époque gaullienne : le président était enfin arrivé à destination pour liquider l’esprit de mai 68.

 

Une jeunesse révoltée

 

Un an après les présidentielles, la jeunesse de ce pays se bat pour son avenir. Les lycéens, unanimes contre la politique du président, luttent pour le maintien d’une éducation de qualité. Les étudiants attendent la prochaine coquille vide qui fera office de réforme de l’université. Les jeunes travailleurs attendent 2012 avec impatience pour se défaire de ce président qui leur avait promis de s’attaquer au problème de leur pouvoir d’achat.

 

Sarkozy, tout aussi populaire que de Gaulle en 1969, est maintenant tout aussi conservateur. Un an plus tard, le pouvoir a encore fait régresser Sarkozy et la politique de la droite. Un an plus tard, le président et sa majorité sont plus que jamais conservateurs. Un an plus tard, la femme du président est plus jeune. Ce n’est toujours pas le cas de son électorat.


Antoine Besson et Max. P

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Opposition
Samedi 26 avril 2008
Toujours depuis l'Italie (qui aurait peut-être besoin d'un bon petit Mai 2008), Diego Melchior se penche cette fois-ci sur les mensonges répétés de la droite sur Mai 1968, dont le paroxysme a sans doute été atteint un fameux 29 avril au Palais omnisport de Paris-Bercy. Sujet qu'en service commandé, l'UMP a décidé d'aborder au cours du prochain mois.
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En France, nous fêtons cette année le quarantième anniversaire de Mai 68. Mais attention aux récupérations politiques ! Celles-ci s’annoncent en effet nombreuses, d’ailleurs le site Internet de l’UMP Grandes Ecoles consacré aux quarante ans de Mai 68 est l’exemple le plus probant… Et dire que certains de leurs militants se revendiquent de l’héritage historiographique de René Rémond ! Le vénérable historien doit se retourner dans sa tombe, hélas. Le PS veut lui aussi fêter les quarante ans de Mai 68 ? Pourquoi pas. Mais il faut le faire alors différemment de la droite. Le PS ne doit pas faire de Mai 1968 son héritage particulier, mais doit expliquer clairement en quoi 1968 est l’héritage de tous les Français et que, sans 1968, la France du XXIe siècle n’en serait sûrement pas là aujourd’hui. Ce travail d’explication ne peut être réussi qu’en rétablissant un certain nombre de vérités et en déconstruisant le discours de droite, volontairement mensonger sur l’année 1968, et le Mai français en particulier.

 

En tant qu’internationalistes convaincus, nous devons avant tout rappeler que l’année 1968 ne s’est pas arrêté aux portes du quartier latin. Non, 1968 est une « révolution mondiale » dont les mouvements sociaux du Mai français ne sont qu’une petite partie. Ce Mai français a-t-il été réussi ? A-t-il laissé un héritage dont nous pouvons nous enorgueillir aujourd’hui ?


La droite semble tenir un double discours lorsqu’il s’agit de répondre concrètement à ces deux questions. D’une part Mai 68 aura été un échec et son héritage une catastrophe. D’une part Mai 68 aura été un échec et son héritage une catastrophe. D’autre part, les jeunes de 1968, enparticulier, auraient quand même permis à la jeunesse de se libérer, mais le flambeau devrait être repris par les jeunes populaires et par les étudiants de l’UNI. Bref, par les jeunes de droite… Le premier discours est déjà une belle erreur d’appréciation et pourtant c’est le discours du Président de la République, Nicolas Sarkozy ! En effet, selon un sondage [1] réalisé auprès des Français, en novembre 1998, « les mouvements étudiants de Mai 68 » arrivaient en seconde position, juste derrière la Seconde guerre mondiale, en tant qu’événement marquant du XXe siècle, confirmant ainsi l’intuition légitime que 1968 marque une étape essentielle dans l’histoire de France. Mais rappelons nous pourtant le discours de Bercy, le 29 avril 2007, dans lequel le futur Président de la République déclarait alors : «L'héritage de Mai 68 doit être liquidé une bonne fois pour toutes.» Des paroles en l’air : Nicolas Sarkozy faisait de Bernard Kouchner, un des acteurs de Mai 68, son ministre des Affaires étrangères.

 

Néanmoins, lorsque la droite se résigne à accepter l’héritage de Mai 68, c’est au prix d’amalgames nauséabonds. La droite d’aujourd’hui n’est en rien héritière POLITIQUEMENT des mouvements sociaux de Mai 68, mais au contraire de la réaction gaulliste du 30 mai et de juin 1968. Qu’est-ce que l’UNI ? Une association étudiante créée à partir des SAC, les Sections d’Actions Civiques, réputés pour leur extrémisme. Qui était responsable du SAC en 1968 ? Charles Pasqua. Avec qui Nicolas Sarkozy a fait ses premières classes politiques ? Charles Pasqua. De qui s’est entouré Nicolas Sarkozy dans sa conquête du pouvoir ? D’anciens membres d’Occident (groupe d’extrême droite) comme Patrick Devedjian qui répandaient la violence dans le mouvement social. On comprend que Nicolas Sarkozy veuille liquider l’héritage de ce Mai 68-là…

 

Le premier mensonge de la droite concerne le mouvement social de 1968 en lui-même. C’est en fait toujours la même argumentation propre à la droite. De Mai 68 au mouvement contre le CPE de 2006 : les mouvements sociaux seraient le fait d’une minorité contre une majorité silencieuse. Hélas pour la droite, en ce qui concerne Mai 68, les faits sont là : l’opinion publique était favorable au mouvement étudiant à ses débuts, c’est l’absence d’issue politique immédiate qui conduira l’opinion publique à se retourner. En outre, le 22 mai, on décompte plus de 8 millions de grévistes : il est donc absurde de parler de majorité silencieuse. Enfin, n’oublions pas que, même après la manifestation du 30 mai, de Gaulle est de moins en moins populaire chez les Français. Il démissionne d’ailleurs en avril 1969.

Le second grand mensonge de la droite est de faire croire que Mai 68 aurait ouvert l’ère du laxisme généralisé. Cette thèse résume toute la pensée politique d’un « philosophe » comme Luc Ferry. Il est navrant de voir ici se confondre laxisme et liberté. Mai 68, c’est en effet d’abord la libération de la parole. La libéralisation de l’ORTF est probablement la conséquence la plus palpable de Mai 68. Libération de la parole donc et contestation de l’autoritarisme, de l’impérialisme et du totalitarisme ; les cibles sont claires : le PCF et le pouvoir gaulliste. Sans cette libération de la parole qui s’est exercée de manière non-violente, un certain nombre de droits aujourd’hui acceptés par tous n’auraient pu être conquis. C’est après Mai 68, durant les années 1970, que les mouvements pour la libération sexuelle, les mouvements  féministes, les avant-gardes culturelles gagneront la reconnaissance de ces droits. Aujourd’hui, si la France connaît une si grande vitalité associative, c’est grâce à Mai 68 qui a permis à la société civile de s’imposer comme le contre-pouvoir par excellence à l’Etat et aux entreprises.

 

La droite aime l’opportunisme. Pour attaquer Mai 68, elle récupère aujourd’hui à son compte le discours du PCF d’alors : les soixante-huitards aujourd’hui seraient les garants de l’ordre établi. C’est le troisième mensonge. Les soixante-huitards se seraient embourgeoisés (la droite parle de « bobos », vocable emprunté à l’extrême droite d’ailleurs) et auraient trahi leur « cause » en se vendant au néolibéralisme. C’est unargumentaire de café du commerce. D’abord, il n'y a pas de portrait type du soixante-huitard. Les soixante-huitards sont ceux qui ont participé aux mouvements sociaux de l’année 1968 et à leurs suites jusqu’à la fin des années 1970 : « génération 1968 ». Ensuite, les soixante-huitards ne sont pas exclusivement représentés par les anciens membres très médiatisés aujourd’hui du courant de la gauche prolétarienne (à l’époque à la remorque du mouvement). À côté de cela, il y a le courant libertaire et le courant deuxième gauche (la CFDT). Enfin, il n’y avait pas pour la majorité des soixante-huitards de « cause » : la prise de pouvoir n’a jamais été l’objectif du mouvement de Mai. L’esprit de Mai était tout autre : il s’agissait de renverser des ordres établis certes, mais surtout d’amorcer un processus de démocratisation  de la société et de libéralisation des mœurs. Et donc de ce point de vue-là, les soixante-huitards ont atteint leurs objectifs.

 

Un dernier mensonge honteux de la droite : celui d’imputer à Mai 68 un soi-disant fossé entre les générations. Pour la droite, les soixante-huitards avaient tout, mais voulaient plus. Mai 68 leur aurait donné bonne conscience et permis d’obtenir le meilleur pour leurs enfants ce qui aurait sapé l’envie de s’engager des générations successives. C’est ce que résume le fameux slogan, « les soixante-huitards ont à leur tour légué un héritage lourd pour notre jeunesse », du site de l’UMPGE. Ce raisonnement est  faux, bien entendu. En effet, en 1968, il y avait bien un malaise : il s’est traduit par le mouvement social. Et si les soixante-huitards ont obtenu mieux pour leurs enfants, ce n’est pas pour les empêcher d’être, eux aussi, jeunes. D’une part, tous les jeunes n’ont pas vu leurs conditions s’améliorer : on pensera aux jeunes des banlieues que la droite a définitivement oubliés. D’autre part, les jeunes après Mai 68 ont continué de s’engager comme l’a montré le mouvement contre le CPE en 2006.

 

Et la gauche quand même dans tout ça ? Longtemps, il est vrai que le Parti Socialiste a considéré d’un œil soupçonneux Mai 68. D’ailleurs, le PS dans sa  majorité n’est pas issu d’une gauche héritière de 1968 et s’est donc bien gardé d’y faire référence. Mais tout cela a changé aujourd’hui. Avec le meeting de Ségolène Royal, en mai 2007, au stade Charléty, le PS acceptait officiellement l’héritage de Mai 68.

 

Mai 68 a donc laissé un héritage à tous les Français, en faisant de l’engagement une démarche accepté par tous. Mais, nous qui sommes jeunes, savons que les combats de notre génération sont différents de ceux de la génération 1968. Nous n’imiterons pas nos parents car les sujets sur lesquels s’engager sont propres à notre temps. Nous n’avons pas renoncé à l’engagement car nous savons que des grands chantiers doivent encore être menés pour améliorer notre quotidien. Il y en a au moins deux qui mobilisent les jeunes, au-delà des barrières politiques : c’est la lutte contre la précarité et la construction européenne. Mais ce sont aussi ces deux chantiers-là que la droite a définitivement oubliés...

 
Diego Melchior


[1] Cité in Audoin-Rouzeau, Stéphane, Becker, Annette : 14-18, retrouver la Guerre, Paris, Gallimard, 2000.

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Contre l'esprit de repentance sur Mai 68 !
Vendredi 25 avril 2008
Cet article, malgré la nouvelle série lancée sur ce blog, n'a rien à voir avec Mai 68. Quoique... Ce soir, Nicolas Sarkozy s'exprimait devant les Français pendant plus près de deux heures dans un décor néo-napoléonien.

Mais surtout, malgré la présence de cinq journalistes tout au long de l'émission (et il faut le reconnaitre, la pugnacité peu coutumière de certain-e-s d'entre-eux), personne n'a semble-t-il relevé plusieurs déclarations invraisemblables ou erreurs manifestes et grossières commises par celui qui a décidément du mal à devenir chef de l'Etat.

Impuissance


Contrairement aux porte-flingues tout au long de la semaine dernière, Sarkozy a reconnu les couacs. On aurait pu surtout lui poser une question sur l'autorité dont il estime encore disposer dans la majorité quand il déclare, à propos de son sentiment sur le droit de vote des étrangers aux élections locales : "je suis intellectuemment pour, mais je n'ai pas la majorité pour le faire" (oubliant au passage, qu'il pourrait compter, sur ce dossier, sur l'appui des parlementaires de gauche, mais il n'a pas du comprendre le sens du mot "ouverture"). Inutile de dire que l'on n'a rarement entendu un tel aveu de faiblesse ou une telle tartufferie...

Inconséquence


Certains commentateurs ont loué la clarté, la "précision" pédagogique des explications sarkozystes. Quelqu'un ici pourrait-il nous expliquer :
- quel est le mode d'application exact du RSA? Alors que Woerth lui-même le chiffrait à 5 Mds €, que Hirsch le chiffrait entre 3 et 4 Mds €, il tombe entre 1 et 1,5 Mds € dans l'estimation sarkozyste (griffonée sur un coin de table ?). Par ailleurs, la PPE (Prime Pour l'Emploi) est-elle supprimée, réaménagée ?

- quelle est la réponse exacte sur les suppressions de postes ? Déjà ça commence par une raffarinade sans doute due aux rencontres trop fréquentes avec le phoenix du Haut-Poitou ces derniers temps : "la jeunesse est inquiète...forcément on est inquiet quand on est jeune, parce que si on n'est pas inquiet quand on est jeune" (blanc). Ensuite, la question lui est posée plusieurs fois : "les 19000 suppressions de postes seront-elles maintenues?", réponse : "on maintient les réformes qui permettront les suppressions de postes". Sauf erreur, les réformes (en dehors de la suppression du samedi matin) ne sont pas encore entamées. Donc elles n'ont pas produit leurs effets. De cette manière, comment peut-on anticiper une diminution de postes sans attendre ce que ces dites réformes ne se mettent en place ? Ou alors la suppression de postes en tant que telle est une réforme ?

Dans ces deux cas, ce sont deux beaux galimatias qui nous préparent des couacs  incessants.


Incompétence

Lorsque la question de la régularisation des travailleurs sans-papiers a été évoquée, celui qui est censé plus que quinconque ne pas ignorer la loi n'a pas arrêté de confondre systématiquement demande de naturalisation et obtention d'un titre de séjour. Il a d'ailleurs ensuite indiqué être favorable à sa sempiternelle "immigration choisie" en défendant précisément que cela pouvait se concevoir dans le secteur du bâtiment ou de la restauration... secteur précisément d'où sont issus les sans-papiers en question. Peut-être faut-il qu'il fasse un aller-retour simplement pour améliorer les points Miles des policiers les accompagnant ?


Ces graves erreurs, ces bourdes importantes (qu'on aurait moins pardonné à d'autres) effectuées par un Président en exercice posent de réelles questions sur l'aptitude de l'équipe actuelle à gouverner la France. Cette habitude à se renier en permanence ("ce que les gouvernements précédents n'ont pas fait  pendant 20 ans" pour quelqu'un qui a été Ministre pendant 7 ans durant la période qu'il incrimine), sans parler de son incapacité totale à répondre sur la principale préoccupation des Français (le pouvoir d'achat) si ce n'est en concédant une "erreur de communication", nous confortent dans l'idée que ce quiquennat ne sera que la continuation des 5 piteuses dernières années. Et en plus, on a toujours Raffarin...
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Opposition

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