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Dimanche 24 février 2008

Dans un article retentissant paru dans Le Monde en janvier dernier, le ministre d’ouverture JeanSarkozy-Bongo.JPG Marie Bockel s’engageait à « signer l’arrêt de mort de la Françafrique », ce système de relations néo-coloniales qui caractérise la politique africaine de la France depuis De Gaulle. Il relayait ainsi les propos tenus lors de l’affaire de l’Arche de Zoé par la Secrétaire d’Etat aux Droits de l’Homme Rama Yade : « l’Afrique de papa, c'est fini ».


Par ce genre de vociférations, les deux sous ministres ont à nouveau démontré leurs rôles d’aimables plantes vertes dans ce gouvernement fantôme écrasé par les conseillers élyséens. En effet, les événements de février dernier au Tchad viennent à point pour nous rappeler un autre reniement de Nicolas Sarkozy, qui avait promis pendant la campagne l’avènement d’une « diplomatie des droits de l’homme ».


Le 3 février 2008, alors qu’une colonne de rebelles s’apprêtait à arracher la capitale N’Djamena au président Idriss Déby Itno, tout laisse à croire que des forces françaises du 1er régiment parachutiste d’infanterie de marine, spécialement dépêchées sur place, ont pris part aux combats qui ont tué des dizaines de civils tchadiens. 
 

Comment expliquer ce soutien sans failles à l’un des pires dictateurs de la planète, si ce n’est par les appréciables ressources pétrolières qu’il contrôle ?

En dépit de ses idéaux passés, Bernard Kouchner vous répondra en qualifiant le régime du président Déby, issu d’un coup d’Etat sanglant en 1990, de « légitime ». Message reçu à Khartoum et Rangoon, avis aux amateurs de coups d’états dans toute l’Afrique. Même si cette affirmation a pu faire une fois de plus le bonheur des chapeliers français, c'est plutôt un profond désarroi qui règne dans les capitales européennes contributrices à l’EUFOR.

Morin-Deby.JPGCette mission de l’Union Européenne, composée de 3700 militaires dont 2100 français, devait se déployer ce mois-ci à l’est du Tchad (désormais sous contrôle des rebelles tchadiens), afin de sécuriser les camps de réfugiés originaires du Darfour. En étalant son parti pris pour le pouvoir tchadien, la diplomatie française saborde avant même son déploiement le plus grand effort jamais réalisé par la Politique Européenne de Sécurité et de Défense (PESD) et compromet l’équilibre de la région. Non content d’isoler un peu plus la France en Europe, Sarkozy lui a aussi fait perdre la face devant l’ensemble de la communauté internationale en demandant à un autre dictateur, le colonel Kadhafi, d’utiliser les bases libyennes pour ravitailler les avions militaires engagés au Tchad.
 

Outre ce double constat d’échec pour notre politique étrangère, les accents méprisants du discours de Dakar, les acoquinements avec Kadhafi et désormais le soutien armé aux dictateurs africains ne font que confirmer ce qui est devenu une évidence : le fameux « co-développement » passe par les fusils et la vision sarkozyste de l’Afrique s’arrête en 1960.
 
 
 
L’Afrique de papa, c'est fini, bienvenue dans l’Afrique de grand papa.
 
                                                                                                                  Nicolas Brien
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Questions internationales
Samedi 16 février 2008
Le PS a parfois paru négliger l'enjeu de défense. Dans son pacte présidentiel, Ségolène Royal avait en réalité maintenu l'effort financier consenti par la collectivité pour se défendre, à savoir 2% du PIB, en précisant qu'on ne pouvait pas prétendre construire une Europe de la défense autonome sans moyens conséquents. Elle insistait par ailleurs sur le fait que le budget de la Défense (47 milliards dollars) devait davantage chercher les coopérations avec le domaine civil.

Ci-dessous, deux militants, spécialistes des questions de Défense, démontrent à quel point les "réformes" actuelles sont aussi désordonnées, brouillonnes que mal choisies et imposent aux socialistes de se réapproprier le sujet.



La nomination d’une « personnalité d’ouverture » au poste de Ministre de la Défense ne laissait planer aucun doute sur la marge de manoeuvre dont il disposerait pour accomplir ses tâches. Avec Hervé Morin, nos attentes n’ont pas été déçues ! Mis à part le fantôme de son ministre Nouveau Centre au charisme légendaire, que restera-t-il du Ministère de la Défense dans 5 ans ?


Arm-e-fran-aise.JPGPas grand chose si l’on en croit les chiffres des différents scénarii de rationalisation actuellement étudiés, parlant de 20 000 à 70 000 postes supprimés. La Défense fait partie des secteurs les plus visés par la Révision générale des politiques publiques (RGPP) visant à remettre à plat les missions de l’Etat. S’il n’est pas (encore) question de la déléguer au privé, la réduction drastique des effectifs est à l’ordre du jour et l’ampleur de la restructuration annoncée est telle qu’une loi de dégagement des cadres (qui permet l’indemnisation ou le reclassement de fonctionnaires) paraît difficilement évitable. Cette mesure avait été utilisée à l’issue de la 2ème Guerre Mondiale du fait de la fin des combats. Or aujourd’hui les menaces sont réelles et immédiates et les missions confiées aux armées de plus en plus nombreuses.

Ce décalage entre les attentes vis-à-vis des armées et les moyens qui leur sont consentis est de plus en plus flagrant. Ce qui choque le plus dans la méthode employée par Nicolas Sarkozy est sa propension à multiplier les chantiers parallèles. Ainsi, en 2008, la Défense n’est pas seulement concernée par la RGPP mais aussi par le Livre blanc sur la défense et la sécurité collective (LBDSC) et la loi de programmation militaire (LPM 2009-2013). Alors qu’une démarche logique aurait du consister à se concentrer sur la définition du rôle des armées dans le LBDSC puis à en tirer les conséquences au niveau des équipements et des effectifs dans la LPM, tout est mené de front et sans coordination. Là où l’on devrait se demander « de quels moyens ai-je besoin pour remplir mes mission ? » est posée la question « quelles missions puis-je remplir avec mes moyens ? ».

Les effectifs ne sont pas les seules cibles de « l’effort exemplaire » attcaserne.JPGendu des armées par Nicolas Sarkozy. Le parc immobilier de la Défense va en prendre un sacré coup. Le regroupement des états-major sur un seul site à Balard (qui reste à construire !) devrait permettre de solder les bijoux de famille des 7ème et 8ème arrondissement pour financer les dépenses courantes et combler le déficit de l’Etat. Quant à la fermeture de multiples sites en région, elle risque de remettre gravement en cause la cohésion territoriale et le tissu économique de certaines zones, notamment dans l’est de la France. Les élus de tout bord en conviennent et il n’y a bien qu’Hervé Morin pour s’en féliciter (« Parfois, fermer un régiment ou une base est une chance » - H. Morin, Le Midi Libre, 04/01/2008).

Il faut dire qu’il n’a plus grand chose d’autre à faire. L’Elysée s’accapare en effet de plus en plus de prérogatives autrefois confiées aux services du Ministère de la Défense. C’est par exemple désormais une « war room » qui pilote les grands contrats d’exportation d’armement. A cela s’ajoute l’annonce début janvier 2008 de la création d’un Conseil de Défense et de sécurité nationale qui confirme la concentration des pouvoirs en matière de Défense dans les mains du Président. Les pouvoirs du Ministre de la Défense sont donc rognés par le haut après l’avoir été en 2005 par le bas du fait d’un décret renforçant considérablement les pouvoirs du chef d'état-major des armées (CEMA). De là à placer le CEMA sous l’autorité directe et immédiate du Président de la République, il n’y a plus qu’un pas à franchir...

Ministre transparent, effectifs décimés, immobilier prêt à être liquidé, concentration des pouvoirs à l’Elysée... Dans son élan de rationalisation, Nicolas Sarkozy ira-t-il jusqu’à supprimer le Ministère de la Défense ?

Antoine Besson et Maxime Pinto
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Questions de défense
Vendredi 15 février 2008

Au départ, on peut croire à une énième diversion sarkozyste, à un nouveau pare-feu fait pour dissimuler notamment le piteux bilan économique révélé ces derniers jours (1,9% de croissance contre 2,25% prévus). Mais le sujet est suffisamment grave pour que l’on n’ose pas soupçonner un chef de l’Etat capable de s’en servir de la sorte.

 

Quand on découvre la « proposition », on est toutefois à nouveau totalement abasourdis, même « effondrés » comme l’a dit hier Vincent Peillon. Si cette décision ne peut pas être prise comme un pare-feu élyséen de plus, c’est non seulement parce que le sujet abordé est loin d’être frivole mais aussi et surtout parce qu’elle révèle une pratique et  une philosophie institutionnelle plus que dangereuses, qui se confirme depuis huit mois.

 

La bling-blingisation de l’Histoire

 

Sur le fond tout d’abord, la démarche est plus que douteuse, pour deux raisons au moins. Comment peut-on résumer la Shoah, paroxysme de l’horreur génocidaire collective visant un « peuple » et non pas des individualités, à l’évocation de simples cas individuels ? Ce n’est pas en tentant de faire porter par un seul individu, de 10 ans, la lourde responsabilité d’un crime qu’il n’a pas commis, que nous allons pouvoir faire vivre le souvenir d’un massacre collectif généré par une lobotomisation de masse.

Au-delà de la violence psychologique que cela représente pour l’enfant, cela pose donc un problème d’approche philosophique de ce que fut la Shoah. Il s’agit en outre d’une approche purement émotionnelle, un enfant de 10 ans étant tout de même assez peu capable de raisonner sur le sentiment d'horreur perçu, totalement déconnectée de l’analyse historique qui a contribué à démontrer le caractère profondément inhumain parce que techniciste de la « solution finale ». Le recours à l’affect par identification à un jeune déporté contribuerait à renforcer une approche fondée sur le pathos, la compassion plutôt que sur la compréhension d’un phénomène complexe ayant conduit une bonne partie du peuple allemand à la barbarie.

 

Il est donc profondément incompréhensible que l’on pratique le nécessaire devoir de mémoire en utilisant des gadgets qui sont dangereux dans leurs conséquences directes (sur la perception de la Shoah en tant que telle) et indirectes (la « concurrence mémorielle » que cela peut générer).


Vers le développement d’une schizophrénie mémorielle ?

 

Par ailleurs, sans s’arrêter sur les débats nauséeux que l’initiative sarkozyenne a généré dans certains groupuscules, rappelons-ici la réaction de Simone Veil, présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Shoah : « Cette mesure est inimaginable, insoutenable et injuste […]. On ne peut pas infliger ça à des petits de dix ans. On ne peut pas demander à un enfant de s'identifier à un enfant mort. Cette mémoire est beaucoup trop lourde à porter. Nous mêmes, anciens déportés, avons eu beaucoup de difficultés après la guerre à parler de ce que nous avions vécu, même avec nos proches. Et aujourd'hui encore, nous essayons d'épargner nos enfants et nos petits-enfants. Par ailleurs beaucoup d'enseignants parlent - très bien - de ces sujets ». Elle ajoute que cela va créer une concurrence mémorielle absolument justifiable. Sans mettre évidemment tous ces évènements sur le même plan, pourquoi les protestants ne demanderaient pas que l’on évoque la Saint-Barthélémy, les Arméniens le génocide perpétré par les Turcs, les Tziganes et les homosexuels la persécution dont ils ont également été victimes durant la seconde guerre mondiale… ?

 

Si la Shoah occupe assurément une place particulière dans le devoir de mémoire que nous devons respecter et perpétuer, il est évident qu’elle ne peut être exclusive. Cette affirmation simple empêche la mise en œuvre, au-delà de son caractère douteux sur le plan historique, de la mesure évoquée. Ou alors s’agirait-il de culpabiliser nos enfants mais aussi de les rendre totalement schizophrènes ? Comme on l’a souligné, ces observations sont simples si le problème est posé à froid. C’est pour cette raison que de manière plus générale, cela révèle – à nouveau - une très inquiétante conception du pouvoir. Pourquoi ne s'en sont-ils pas rendus compte, leur faisant crédit d'un minimum de capacité de jugement ?

 

C'est "mon" idée

 

Comme dans de nombreux autres cas (lettre de Guy Moquet, réforme de la publicité à la télévision), une idée qui n’est pas totalement condamnable en soi est complètement viciée par le manque de préparation, l’improvisation pour ne pas dire la désinvolture qui caractérisent le pouvoir en place. Jamais une idée aussi importante n’a fait l’objet d’une concertation au sein du gouvernement. Comme Christine Albanel il y a quelques semaines, Xavier Darcos était incapable de répondre précisément au mode d’application concret de la mesure. On avait même l’impression, une fois de plus, que ce sont même les journalistes qui venaient de lui apprendre la nouvelle, tandis qu’il émettait de lui-même de nombreuses réserves.


Cette extrême personnalisation du pouvoir est plus que problématique. Elle témoigne d’un isolement total de l’Elysée par rapport au reste de l’équipe gouvernementale censée diriger un pays, un isolement tel que même Jacques Chirac ne l’a jamais atteint. 

Non seulement le Ministre n’en a pas été informé, mais personne d’autre n’a été consulté. Le président du CRIF a déclaré avoir été surpris par cette annonce (et a d’ailleurs également tenu à émettre de nombreuses réserves). Les syndicats enseignants, faute de Ministre au courant, n’ont évidemment jamais été consultés. Pourtant, si cette "peine" avait été prise, ils auraient pu apprendre que de nombreuses initiatives, beaucoup plus intelligentes (témoignages en classe, visites de musée…) existent déjà, que les enseignants « travaillent bien » comme le dit Simone Veil. Mais non, the show must go on, alors on sort une idée de son chapeau, sans en parler à personne, sans la faire mûrir, pour faire un coup, faire diversion ? Encore une fois, on refuse de le croire. On penche clairement pour l’incompétence et l’amateurisme caractérisés.

 

Si la question élyséenne mérite un traitement en soi, ce papier n’a certainement pas pour unique objectif de condamner la « pratique » élyséenne. Il s’agit aussi de rappeler à François Hollande comme à Malek Boutih par exemple que le devoir de mémoire n’est pas une fin en soi, que tous les moyens ne sont pas bons (y compris certaines "lois mémorielles") pour y arriver et que celui-ci est incontestablement condamnable sur le fond et la forme et terriblement contre-productif. Ce n’est pas parce qu’une certaine droite aux abois nous demande d’être « constructifs » qu’on se doit d’être en accord avec ses pires éléments.

John_G

 

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Point de vue militant
Jeudi 14 février 2008

Alors que se dessine la perspective d’un vote sanction contre le pouvoir à l’occasion des prochaines municipales, la gauche est confrontée à un paradoxe : loin d’être au mieux de sa forme, elle semble en mesure d’engranger de beaux succès électoraux. Ce paradoxe n’est en réalité qu’apparent compte tenu du caractère désormais systématiquement punitif des scrutins locaux. Loin de devoir nous conduire à pavoiser, une victoire en mars – si elle est souhaitable en soi – ne doit pas installer le PS dans la situation qui a été jadis celle de la SFIO : celle d’une gauche cantonnée à la gestion locale qui abandonne tacitement toute responsabilité nationale. Sa responsabilité est d’autant plus grande aujourd’hui que l’exécutif porte de façon inédite et très préoccupante les stigmates d’une fin de règne. Au-delà des municipales, les socialistes sont donc appelés, plus que jamais, à engager effectivement le chantier de leur rénovation pour offrir une alternative durable aux Français.

 

 

Fin de règne prématurée à l’Elysée ?

 

Même si les ferments d’un vote sanction sont déjà décelables depuis quelques mois, compte tenu du décalage croissant entre la réalité du problème du pouvoir d’achat et les réponses apportées par le gouvernement, il s’est joué, ces dernières semaines, quelque chose qui porte singulièrement les marques d’une fin de règne, huit mois seulement après l’élection de Nicolas Sarkozy.

 

Loin d’être excessive, cette impression se fonde sur une différence majeure entre le début de mandat de Nicolas Sarkozy et celui de ses prédécesseurs : alors que la fin de l’état de grâce s’accompagne généralement d’une déceptionundefined vis-à-vis des résultats de l’action de l’exécutif et d’une critique de son orientation, on instruit aujourd’hui non pas seulement le procès de la politique économique du gouvernement mais, plus fondamentalement, celui d’un style de gouvernement et de ses dérives.

 

L’affaire de Neuilly ajoute ainsi le clanisme et le népotisme à l’exhibition outrancière, au luxe ostentatoire et à la médiocrité qui semblent aujourd’hui tenir lieu de mode de gouvernement. Ce qui se joue actuellement est donc bien plus profond que les illusions perdues de 1981 ou celles de la fracture sociale en 1995. Aucune mesure économique ou recadrage superficiel de la communication n’y changera quelque chose. La période actuelle porte les traits d’une fin de règne. Cette situation est particulièrement préoccupante pour la suite du mandat de Nicolas Sarkozy : sa crédibilité et sa légitimité à engager des réformes sont aujourd’hui plus qu’entamées et le spectre d’un enlisement – peut-être définitif – plane lourdement.

 

La fragilité du sarkozysme est donc mise à nu. Il est le fruit de la victoire ambiguë d’un homme qui est parvenu, grâce au marketing politique et à un malentendu fiscal déterminant, à séduire concomitamment des « clientèles électorales » antagonistes.

 

 

Du vote sanction à la tentation d’un socialisme local gestionnaire

 

Dans ces conditions, le scénario d’un vote sanction aux municipales ne paraît pas surprenant même s’il faut tirer les leçons de 2001 en examinant avec prudence des sondages municipaux souvent plus fragiles par définition.

 

Plus largement, la participation punitive est devenue presque systématique à l’occasion des scrutins locaux. La faiblesse caractéristique des corps intermédiaires en France n’est sans doute pas étrangère au recours aux urnes comme voie de la manifestation du mécontentement. Ce phénomène a par ailleurs été renforcé à partir du moment où la concomitance des élections législatives et présidentielle a privé les Français de la possibilité d’imposer la cohabitation à l’issue d’un vote sanction aux législatives.

 

Ecartée durablement du pouvoir, la gauche a été logiquement la bénéficiaire de ce phénomène et a pu largement renforcer ses positions au niveau local. Plus que municipal, le socialisme est devenu local avec la conquête en 2004 de la majorité des conseils généraux et de la quasi-totalité des régions. Avec le renforcement des compétences des collectivités territoriales, cette présence de la gauche revêt sans aucun doute beaucoup d’importance. La gestion des exécutifs MAIRIE_SOUSTONS.jpgsocialistes est par ailleurs jugée positivement en général, alliant rigueur, efficacité et justice sociale. Des expériences particulièrement originales ont été développées faisant de ces collectivités autant de « laboratoires » de la gauche.

 

Certes. Ce satisfecit ne doit pas cependant conduire le PS à se contenter de ses positions acquises au niveau local. Dans une configuration où droite et gauche semblent mécaniquement se partager les rôles entre responsabilité nationale et responsabilités locales et où la cohabitation local-national fait figure d’ersatz de cohabitation, nous devons écarter cette tentation insidieuse de faire du socialisme local le seul horizon du socialisme en France. Souvenons-nous de la marginalité à laquelle s’est condamnée la SFIO en consentant tacitement à un abandon de ses responsabilités nationales pour se replier sur le niveau local.

 

De surcroît, dans un parti affaibli, confronté au départ de nombreux militants et donc au risque de se « notabiliser », l’influence des élus est mécaniquement renforcée. Or le rôle des élus dans un parti est ambivalent : leurs collectivités peuvent être autant de points d’ancrage dans la réalité et de prise de température, utiles pour faire évoluer nos grilles de lectures, mais leur poids décisif et l’importance qu’ils accorderont au maintien de nos positions électorales locales peuvent être aussi un facteur d’inertie.

 

Le socialisme local ne saurait donc être l’horizon de la gauche. Source d’expériences et d’innovations précieuses, il doit être conçu comme un levier et un instrument, non comme une finalité.

 

Au-delà de ce socialisme local, la gauche a plus que jamais un avenir. Ses valeurs n’ont rien perdu de leur modernité pour peu que les instruments placés à leur service soient renouvelés.

 

Or si nous souhaitons, nous socialistes, être à la hauteur des nos responsabilités nationales, nous devons dès maintenant engager ce travail profond de rénovation qui permettra de forger de nouveaux instruments au service de nos valeurs.

 

 

La rénovation, maintenant !

 

31-08-07_0064_ouverture.jpgNul doute que le mécontentement des Français les conduira assez logiquement à se tourner vers la gauche, notamment après une probable victoire aux municipales, en attente de réponses et de contre-propositions. Cette attente sera d’autant plus forte que la situation politique actuelle pourrait déboucher sur un enlisement durable voire définitif de l’exécutif. Un rendez-vous manqué des socialistes qui n’en seraient pas à la hauteur aurait alors des conséquences bien difficiles à déterminer…

 

Nous devons avoir conscience que nous contenter de récolter les dividendes du mécontentement ne suffit plus. Même d’un point de vue purement électoral : la rentabilité électorale de l’attentisme sur fond de protestation contre le gouvernement est devenue beaucoup plus incertaine au moment des élections nationales.

 

Les socialistes ont donc le devoir de construire un véritable projet. Un projet audacieux qui, fidèle à nos valeurs, repose sur des instruments renouvelés.

 

En effet, les Français, bien que mécontents de l’action de l’exécutif actuel, ne nous accorderons pas leur confiance si ce doit être sur la base de solutions qui ont déjà administré la preuve de leurs limites voire de leur échec.

 

Les « Forums de la rénovation » ont permis d’esquisser quelques pistes intéressantes mais cette démarche reste insuffisante et surtout peu lisible. Il eût été sans doute nécessaire d’y associer tous les militants par des mécanismes de remontée plus efficaces des travaux conduits à l’intérieur des sections. Cela a déjà été dit, notamment sur ce blog, mais un changement d’organisation du parti est nécessaire dans un sens résolument « participatif ». Une réflexion doit être engagée également pour donner plus de place aux nouveaux militants et permettre à ceux qui ne sont pas militants, mais qui le désirent, de contribuer à ce travail de fond qui nous attend.

 

Outre ces changements indispensables, le processus de rénovation que nous devons engager devra satisfaire plusieurs conditions.

 

Tout d’abord, nous ne devrons pas préjuger de son issue comme si les dés étaient déjà jetés. N’en déplaise à ceux qui cèdent aux raccourcis simplistes, repris par les médias, préempter la rénovation en posant d’emblée que son débouché doit être un « Bad Godesberg à la française », c’est d’abord être très peu ambitieux et c’est ensuite la condamner à l’échec.

 

Ouverte à toutes les sensibilités sans préjuger de son débouché, la rénovation doit en revanche donner  lieu à un choix clair à son issue. La recherche de la synthèse rend sans doute gouvernable notre parti mais, en devenant systématique, elle rend son positionnement peu lisible et l’affaiblit considérablement à l’extérieur comme sur le fond.

 

31-08-07_0007.jpgEnfin, ce processus devra respecter une trilogie, sorte de « triangle magique » de la rénovation : renouvellement des grilles de lecture, élaboration d’un projet et enfin, rédaction d’un programme. Nous devrons dans un premier temps bâtir de nouvelles grilles d’analyse de la société qui permettront dès lors d’envisager le renouvellement de nos instruments à l’aune des changements analysés. Ce travail sur le « logiciel » permettra alors d’écrire un projet sur la façon dont nous envisageons la France à long terme. Enfin, notre programme sera la déclinaison concrète et opérationnelle de ce projet à l’échelle d’une mandature.

 

Nous devons garder à l’esprit ces trois étapes et éviter de les confondre comme ce fut cas à l’occasion de l’élaboration du bien mal nommé « Projet socialiste », programme de synthèse qui a été baptisé « projet » sans doute par acte manqué…

 

Notre parti peut s’appuyer sur de nombreuses ressources pour relever ces défis. N’en déplaise à ceux qui semblent ne plus croire en son avenir, ses militants souhaitent prendre part à cet ambitieux travail.

 

Engagés avec détermination dans la campagne des municipales, n’oublions donc pas, pendant les semaines à venir, qu’au-delà de l’horizon du socialisme local, il existe bien un avenir pour la gauche et qu’il est de notre devoir de l’incarner.

 

 

Bastien Taloc

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Point de vue militant
Mercredi 13 février 2008
Nous vous recommandons la lecture de cet excellent travail réalisé par les trois spécialistes de la question du logement au Parti Socialiste : Annick Lepetit (députée de Paris), secrétaire nationale au Logement ; Jean-Yves Le Bouillonnec (député du Val-de-Marne), responsable des questions de logement au sein du groupe socialiste à l'Assemblée nationale et son homologue au Sénat, Thierry Repentin (sénateur de la Savoie).

Ce document propose une analyse et des solutions pertinentes et éprouvées sur le terrain que nous ne manquerons pas de commenter plus en détails.

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par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Questions de société

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