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Lundi 28 avril 2008

Il y a presque un an jour pour jour Nicolas Sarkozy obtenait la majorité des voix au deuxième tour de l’élection présidentielle. Après plusieurs mois d’une campagne intense, le candidat qui voulait incarner la rupture et le renouveau de la France avait réussi à se faire élire… par les plus anciens de ses concitoyens. Car malgré les concerts de Faudel organisés pour la relève du 16ème arrondissement parisien, les jeunes électeurs ont bel et bien plébiscité la gauche et la candidate socialiste en 2007.

 

Le début d’une grande histoire


Le nouveau président, fraîchement installé à l’Elysée et toujours accompagné de ses conseillers les plusprogressistes, tentait alors l’impossible : devenir le représentant de cette France qui n’avait pas voté pour lui. Il fallait commencer par une mesure séduisante pour les jeunes. Les fans de Salut les copains ! ont été enchantés de voir Johnny Hallyday revenir de son exil helvétique grâce à l’adoption du paquet fiscal. Il fallait ensuite faire la preuve de sa capacité à mener des réformes au service de l’avenir en profitant de l’état de grâce qui suit chaque élection. Les étudiants dubitatifs ont observé le gouvernement s’évertuer à faire passer une réforme de l’université vide de sens comme de substance. Il fallait enfin renouveler la pratique politique. Les jeunes salariés, dont beaucoup sont condamnés au temps partiel subi, se sont alors inspirés de leurs nouveaux gouvernants et ont rêvé de croisières, de Rolex, de Ray-Ban et de tout ce qu’ils allaient bientôt pouvoir s’offrir grâce à la majoration des heures supplémentaires qu’ils ne pouvaient pas effectuer.

 

C’était le bon temps !

Las, l’effet du retour de notre Johnny national s’est vite estompé. Françafrique, fin de la politique d’ouverture, mesures sans cohérence et couacs gouvernementaux à répétition : le petit Nicolas a vite fait de se chiraquiser. Mais ce n’était que provisoire. Le président a bien vite compris qu’il allait perdre son électorat traditionnel à force de séduire les jeunes en imitant son prédécesseur. Depuis sa défaite cuisante aux municipales, c’est donc de Gaulle qu’il essaye d’imiter. Restauration de la fonction présidentielle classique, rupture avec le présent pour défendre avec passion les grandes politiques nées de l’époque gaullienne : le président était enfin arrivé à destination pour liquider l’esprit de mai 68.

 

Une jeunesse révoltée

 

Un an après les présidentielles, la jeunesse de ce pays se bat pour son avenir. Les lycéens, unanimes contre la politique du président, luttent pour le maintien d’une éducation de qualité. Les étudiants attendent la prochaine coquille vide qui fera office de réforme de l’université. Les jeunes travailleurs attendent 2012 avec impatience pour se défaire de ce président qui leur avait promis de s’attaquer au problème de leur pouvoir d’achat.

 

Sarkozy, tout aussi populaire que de Gaulle en 1969, est maintenant tout aussi conservateur. Un an plus tard, le pouvoir a encore fait régresser Sarkozy et la politique de la droite. Un an plus tard, le président et sa majorité sont plus que jamais conservateurs. Un an plus tard, la femme du président est plus jeune. Ce n’est toujours pas le cas de son électorat.


Antoine Besson et Max. P

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Opposition
Samedi 26 avril 2008
Toujours depuis l'Italie (qui aurait peut-être besoin d'un bon petit Mai 2008), Diego Melchior se penche cette fois-ci sur les mensonges répétés de la droite sur Mai 1968, dont le paroxysme a sans doute été atteint un fameux 29 avril au Palais omnisport de Paris-Bercy. Sujet qu'en service commandé, l'UMP a décidé d'aborder au cours du prochain mois.
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En France, nous fêtons cette année le quarantième anniversaire de Mai 68. Mais attention aux récupérations politiques ! Celles-ci s’annoncent en effet nombreuses, d’ailleurs le site Internet de l’UMP Grandes Ecoles consacré aux quarante ans de Mai 68 est l’exemple le plus probant… Et dire que certains de leurs militants se revendiquent de l’héritage historiographique de René Rémond ! Le vénérable historien doit se retourner dans sa tombe, hélas. Le PS veut lui aussi fêter les quarante ans de Mai 68 ? Pourquoi pas. Mais il faut le faire alors différemment de la droite. Le PS ne doit pas faire de Mai 1968 son héritage particulier, mais doit expliquer clairement en quoi 1968 est l’héritage de tous les Français et que, sans 1968, la France du XXIe siècle n’en serait sûrement pas là aujourd’hui. Ce travail d’explication ne peut être réussi qu’en rétablissant un certain nombre de vérités et en déconstruisant le discours de droite, volontairement mensonger sur l’année 1968, et le Mai français en particulier.

 

En tant qu’internationalistes convaincus, nous devons avant tout rappeler que l’année 1968 ne s’est pas arrêté aux portes du quartier latin. Non, 1968 est une « révolution mondiale » dont les mouvements sociaux du Mai français ne sont qu’une petite partie. Ce Mai français a-t-il été réussi ? A-t-il laissé un héritage dont nous pouvons nous enorgueillir aujourd’hui ?


La droite semble tenir un double discours lorsqu’il s’agit de répondre concrètement à ces deux questions. D’une part Mai 68 aura été un échec et son héritage une catastrophe. D’une part Mai 68 aura été un échec et son héritage une catastrophe. D’autre part, les jeunes de 1968, enparticulier, auraient quand même permis à la jeunesse de se libérer, mais le flambeau devrait être repris par les jeunes populaires et par les étudiants de l’UNI. Bref, par les jeunes de droite… Le premier discours est déjà une belle erreur d’appréciation et pourtant c’est le discours du Président de la République, Nicolas Sarkozy ! En effet, selon un sondage [1] réalisé auprès des Français, en novembre 1998, « les mouvements étudiants de Mai 68 » arrivaient en seconde position, juste derrière la Seconde guerre mondiale, en tant qu’événement marquant du XXe siècle, confirmant ainsi l’intuition légitime que 1968 marque une étape essentielle dans l’histoire de France. Mais rappelons nous pourtant le discours de Bercy, le 29 avril 2007, dans lequel le futur Président de la République déclarait alors : «L'héritage de Mai 68 doit être liquidé une bonne fois pour toutes.» Des paroles en l’air : Nicolas Sarkozy faisait de Bernard Kouchner, un des acteurs de Mai 68, son ministre des Affaires étrangères.

 

Néanmoins, lorsque la droite se résigne à accepter l’héritage de Mai 68, c’est au prix d’amalgames nauséabonds. La droite d’aujourd’hui n’est en rien héritière POLITIQUEMENT des mouvements sociaux de Mai 68, mais au contraire de la réaction gaulliste du 30 mai et de juin 1968. Qu’est-ce que l’UNI ? Une association étudiante créée à partir des SAC, les Sections d’Actions Civiques, réputés pour leur extrémisme. Qui était responsable du SAC en 1968 ? Charles Pasqua. Avec qui Nicolas Sarkozy a fait ses premières classes politiques ? Charles Pasqua. De qui s’est entouré Nicolas Sarkozy dans sa conquête du pouvoir ? D’anciens membres d’Occident (groupe d’extrême droite) comme Patrick Devedjian qui répandaient la violence dans le mouvement social. On comprend que Nicolas Sarkozy veuille liquider l’héritage de ce Mai 68-là…

 

Le premier mensonge de la droite concerne le mouvement social de 1968 en lui-même. C’est en fait toujours la même argumentation propre à la droite. De Mai 68 au mouvement contre le CPE de 2006 : les mouvements sociaux seraient le fait d’une minorité contre une majorité silencieuse. Hélas pour la droite, en ce qui concerne Mai 68, les faits sont là : l’opinion publique était favorable au mouvement étudiant à ses débuts, c’est l’absence d’issue politique immédiate qui conduira l’opinion publique à se retourner. En outre, le 22 mai, on décompte plus de 8 millions de grévistes : il est donc absurde de parler de majorité silencieuse. Enfin, n’oublions pas que, même après la manifestation du 30 mai, de Gaulle est de moins en moins populaire chez les Français. Il démissionne d’ailleurs en avril 1969.

Le second grand mensonge de la droite est de faire croire que Mai 68 aurait ouvert l’ère du laxisme généralisé. Cette thèse résume toute la pensée politique d’un « philosophe » comme Luc Ferry. Il est navrant de voir ici se confondre laxisme et liberté. Mai 68, c’est en effet d’abord la libération de la parole. La libéralisation de l’ORTF est probablement la conséquence la plus palpable de Mai 68. Libération de la parole donc et contestation de l’autoritarisme, de l’impérialisme et du totalitarisme ; les cibles sont claires : le PCF et le pouvoir gaulliste. Sans cette libération de la parole qui s’est exercée de manière non-violente, un certain nombre de droits aujourd’hui acceptés par tous n’auraient pu être conquis. C’est après Mai 68, durant les années 1970, que les mouvements pour la libération sexuelle, les mouvements  féministes, les avant-gardes culturelles gagneront la reconnaissance de ces droits. Aujourd’hui, si la France connaît une si grande vitalité associative, c’est grâce à Mai 68 qui a permis à la société civile de s’imposer comme le contre-pouvoir par excellence à l’Etat et aux entreprises.

 

La droite aime l’opportunisme. Pour attaquer Mai 68, elle récupère aujourd’hui à son compte le discours du PCF d’alors : les soixante-huitards aujourd’hui seraient les garants de l’ordre établi. C’est le troisième mensonge. Les soixante-huitards se seraient embourgeoisés (la droite parle de « bobos », vocable emprunté à l’extrême droite d’ailleurs) et auraient trahi leur « cause » en se vendant au néolibéralisme. C’est unargumentaire de café du commerce. D’abord, il n'y a pas de portrait type du soixante-huitard. Les soixante-huitards sont ceux qui ont participé aux mouvements sociaux de l’année 1968 et à leurs suites jusqu’à la fin des années 1970 : « génération 1968 ». Ensuite, les soixante-huitards ne sont pas exclusivement représentés par les anciens membres très médiatisés aujourd’hui du courant de la gauche prolétarienne (à l’époque à la remorque du mouvement). À côté de cela, il y a le courant libertaire et le courant deuxième gauche (la CFDT). Enfin, il n’y avait pas pour la majorité des soixante-huitards de « cause » : la prise de pouvoir n’a jamais été l’objectif du mouvement de Mai. L’esprit de Mai était tout autre : il s’agissait de renverser des ordres établis certes, mais surtout d’amorcer un processus de démocratisation  de la société et de libéralisation des mœurs. Et donc de ce point de vue-là, les soixante-huitards ont atteint leurs objectifs.

 

Un dernier mensonge honteux de la droite : celui d’imputer à Mai 68 un soi-disant fossé entre les générations. Pour la droite, les soixante-huitards avaient tout, mais voulaient plus. Mai 68 leur aurait donné bonne conscience et permis d’obtenir le meilleur pour leurs enfants ce qui aurait sapé l’envie de s’engager des générations successives. C’est ce que résume le fameux slogan, « les soixante-huitards ont à leur tour légué un héritage lourd pour notre jeunesse », du site de l’UMPGE. Ce raisonnement est  faux, bien entendu. En effet, en 1968, il y avait bien un malaise : il s’est traduit par le mouvement social. Et si les soixante-huitards ont obtenu mieux pour leurs enfants, ce n’est pas pour les empêcher d’être, eux aussi, jeunes. D’une part, tous les jeunes n’ont pas vu leurs conditions s’améliorer : on pensera aux jeunes des banlieues que la droite a définitivement oubliés. D’autre part, les jeunes après Mai 68 ont continué de s’engager comme l’a montré le mouvement contre le CPE en 2006.

 

Et la gauche quand même dans tout ça ? Longtemps, il est vrai que le Parti Socialiste a considéré d’un œil soupçonneux Mai 68. D’ailleurs, le PS dans sa  majorité n’est pas issu d’une gauche héritière de 1968 et s’est donc bien gardé d’y faire référence. Mais tout cela a changé aujourd’hui. Avec le meeting de Ségolène Royal, en mai 2007, au stade Charléty, le PS acceptait officiellement l’héritage de Mai 68.

 

Mai 68 a donc laissé un héritage à tous les Français, en faisant de l’engagement une démarche accepté par tous. Mais, nous qui sommes jeunes, savons que les combats de notre génération sont différents de ceux de la génération 1968. Nous n’imiterons pas nos parents car les sujets sur lesquels s’engager sont propres à notre temps. Nous n’avons pas renoncé à l’engagement car nous savons que des grands chantiers doivent encore être menés pour améliorer notre quotidien. Il y en a au moins deux qui mobilisent les jeunes, au-delà des barrières politiques : c’est la lutte contre la précarité et la construction européenne. Mais ce sont aussi ces deux chantiers-là que la droite a définitivement oubliés...

 
Diego Melchior


[1] Cité in Audoin-Rouzeau, Stéphane, Becker, Annette : 14-18, retrouver la Guerre, Paris, Gallimard, 2000.

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Contre l'esprit de repentance sur Mai 68 !
Vendredi 25 avril 2008
Cet article, malgré la nouvelle série lancée sur ce blog, n'a rien à voir avec Mai 68. Quoique... Ce soir, Nicolas Sarkozy s'exprimait devant les Français pendant plus près de deux heures dans un décor néo-napoléonien.

Mais surtout, malgré la présence de cinq journalistes tout au long de l'émission (et il faut le reconnaitre, la pugnacité peu coutumière de certain-e-s d'entre-eux), personne n'a semble-t-il relevé plusieurs déclarations invraisemblables ou erreurs manifestes et grossières commises par celui qui a décidément du mal à devenir chef de l'Etat.

Impuissance


Contrairement aux porte-flingues tout au long de la semaine dernière, Sarkozy a reconnu les couacs. On aurait pu surtout lui poser une question sur l'autorité dont il estime encore disposer dans la majorité quand il déclare, à propos de son sentiment sur le droit de vote des étrangers aux élections locales : "je suis intellectuemment pour, mais je n'ai pas la majorité pour le faire" (oubliant au passage, qu'il pourrait compter, sur ce dossier, sur l'appui des parlementaires de gauche, mais il n'a pas du comprendre le sens du mot "ouverture"). Inutile de dire que l'on n'a rarement entendu un tel aveu de faiblesse ou une telle tartufferie...

Inconséquence


Certains commentateurs ont loué la clarté, la "précision" pédagogique des explications sarkozystes. Quelqu'un ici pourrait-il nous expliquer :
- quel est le mode d'application exact du RSA? Alors que Woerth lui-même le chiffrait à 5 Mds €, que Hirsch le chiffrait entre 3 et 4 Mds €, il tombe entre 1 et 1,5 Mds € dans l'estimation sarkozyste (griffonée sur un coin de table ?). Par ailleurs, la PPE (Prime Pour l'Emploi) est-elle supprimée, réaménagée ?

- quelle est la réponse exacte sur les suppressions de postes ? Déjà ça commence par une raffarinade sans doute due aux rencontres trop fréquentes avec le phoenix du Haut-Poitou ces derniers temps : "la jeunesse est inquiète...forcément on est inquiet quand on est jeune, parce que si on n'est pas inquiet quand on est jeune" (blanc). Ensuite, la question lui est posée plusieurs fois : "les 19000 suppressions de postes seront-elles maintenues?", réponse : "on maintient les réformes qui permettront les suppressions de postes". Sauf erreur, les réformes (en dehors de la suppression du samedi matin) ne sont pas encore entamées. Donc elles n'ont pas produit leurs effets. De cette manière, comment peut-on anticiper une diminution de postes sans attendre ce que ces dites réformes ne se mettent en place ? Ou alors la suppression de postes en tant que telle est une réforme ?

Dans ces deux cas, ce sont deux beaux galimatias qui nous préparent des couacs  incessants.


Incompétence

Lorsque la question de la régularisation des travailleurs sans-papiers a été évoquée, celui qui est censé plus que quinconque ne pas ignorer la loi n'a pas arrêté de confondre systématiquement demande de naturalisation et obtention d'un titre de séjour. Il a d'ailleurs ensuite indiqué être favorable à sa sempiternelle "immigration choisie" en défendant précisément que cela pouvait se concevoir dans le secteur du bâtiment ou de la restauration... secteur précisément d'où sont issus les sans-papiers en question. Peut-être faut-il qu'il fasse un aller-retour simplement pour améliorer les points Miles des policiers les accompagnant ?


Ces graves erreurs, ces bourdes importantes (qu'on aurait moins pardonné à d'autres) effectuées par un Président en exercice posent de réelles questions sur l'aptitude de l'équipe actuelle à gouverner la France. Cette habitude à se renier en permanence ("ce que les gouvernements précédents n'ont pas fait  pendant 20 ans" pour quelqu'un qui a été Ministre pendant 7 ans durant la période qu'il incrimine), sans parler de son incapacité totale à répondre sur la principale préoccupation des Français (le pouvoir d'achat) si ce n'est en concédant une "erreur de communication", nous confortent dans l'idée que ce quiquennat ne sera que la continuation des 5 piteuses dernières années. Et en plus, on a toujours Raffarin...
par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Opposition
Jeudi 24 avril 2008
Nous entamons aujourd'hui une nouvelle rubrique sur ce blog, qui s'inscrit dans le cadre d'une démarche plus large lancée par la section des socialistes de Sciences Po. Cette série d'article, réunie sous la bannière "En 2008, contre l'esprit de repentance sur Mai 68" a pour objectif de montrer que la commémorationnite aigue dont semble souffir la droite en particulier sur cette question ne doit et ne peut toucher la gauche de la même façon. Les socialistes ne doivent pas avoir de mal à assumer l'esprit de Mai 68. Cela ne doit pas empêcher le PS d'une analyse sans concessions sur ce qui s'est passé à l'époque en son sein, des réussites et des échecs de Mai. Mais en aucune manière, ce travail doit consister à renier, à expier les prétendues fautes de la génération précédente, voire de fomenter un complot contre cette même génération qui serait encore au pouvoir.


Notre objectif, dans la série d'articles que nous ouvrons aujourd'hui, est de se demander ce que la gauche a retenu de Mai 68, ce qu'elle ne doit pas oublier et en reflet ce que la droite n'a toujours pas compris à propos de cet événement et pourquoi il reste pour elle, 40 ans plus tard, un "passé qui ne passe pas".

Aulne Abeille inaugure cette rubrique avec cet article qui dresse les principales caractéristiques de la perception de Mai 68 pour un militant de gauche, mélange de romantisme politique et de revendications sociales fortes. Il revient a contrario sur la vision mi-revancharde, mi-schizophrène de la droite actuelle.

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Ces mots flottent, parmi d’autres, sur un mur du hall de notre vieille maison. Rue d’Assas, sur un mur de la faculté de droit on lit : « Comité civique demande bonnes consciences pour délations ». A Nanterre on souhaite : «  Bientôt de charmantes ruines » et on l’écrit sur un mur. Et on scande : « Vivre sans temps morts, jouir sans entraves. »

Quarante ans en arrière le mois de Mai fit trembler la vieille République gaullienne dans ses charentaises et manqua lui faire rechausser ses bottes pour se solder finalement par la plus belle sortie de chaussettes à clous de la Vème République.

Bien, ça fait 40 ans et alors ? Une amie, qui n’est pas de gauche, me disait hier : « Mai 68, qu’est-ce que vous en avez à faire ? ». C’est une bonne question, à laquelle je vais essayer d’apporter un brin de réponse.

 

Mai 2008, les barricadiers de la rue Soufflot au Panthéon !

 

Je pense que quand on est de gauche on a, quelque part au fond de soi, le palais de la Modena en flammes, s’effondrant sous les bombes du fascisme. Je pense qu’au fond de son placard on a, enfoui sous la glorieuse poussière du souvenir, le feutre de Léon Blum et un poil de barbe de Jean Jaurès, comme talismans ! Je pense que l’on se prend à relire avec émoi les discours de Clemenceau ou de Badinter sur l’abolition de la peine de mort. Et dans l’album photos, entre les clichés vieillis de la Commune et ceux, numériques, de la dernière campagne présidentielle, sont glissés quelques images de Mai : des CRS, des pavés, des slogans, des filles souriantes et des garçons aux cheveux longs...

Cela s’appelle la mémoire politique, l’héritage. Ce sont des symboles. Cela fait partie de l’esthétique, de l’engagement de gauche. J’entends déjà ricaner… « On la voit la gauche, archaïque, regardez, elle a 40 ans de retard, voire plus. Mais modernisez-vous bon sang ! ».

Là est une différence cruciale. Mai 68 est pour moi et ceux de mon camp un souvenir romantico-politique. Mais nous ne rêvons pas de faire aujourd’hui Mai 68, tel n’est pas notre programme. Et nous ne sommes pas le parti d’une faction. Nous sommes le parti de tous et d’aujourd’hui. Et si sur les photos de Mai, je me sens plus proche de l’ouvrier gréviste que du CRS, je vois malgré tout deux victimes d’un système qui méritait d’éclater. Et mon souhait est que la société soit organisée de telle manière à ce que les matraques et les pavés n’aient plus à se parler de manière aussi musclée, pour ça il faut réformer la société, progresser sur le chemin de l’égalité des chances et des droits, de la justice sociale et de la liberté politique. C’est pour ça que je suis socialiste, je me sens du côté des grévistes de 68 parce que je vois l’injustice contre laquelle ils se sont élevés et je souhaite qu’à l’avenir de tels soulèvements ne soient plus nécessaires car, hélas, ils opposent les victimes aux victimes…

 

Mais qui donc a 40 ans de retard ? Qui rêve encore de Mai 68 ?...

 

Apparemment nos adversaires en font des cauchemars. Et j’irai plus loin, pour eux ce souvenir fonde une politique. Une politique d’ordre et de sécurité, une politique de la matraque bien plus que de la libération sexuelle… Mais parce que la droite d’aujourd’hui s’est bien rendue compte que « jouir sans entrave » est plus agréable, au fond, que de « travailler à la sueur de son front » et d’ « enfanter dans la douleur », en menant cette politique elle n’a même plus l’honnêteté de tante Yvonne. Son discours est encore plus étrange que celui de ses vieilles années. Il s’agit de faire comprendre que certains ont le droit de jouir, parce qu’ils occupent certaines places dans la société et que d’autres doivent travailler toute leur vie pour mériter la montre, la belle voiture et le reste…

Alors qu’avons-nous à faire de Mai 68 ? Et bien pour nous c’est un symbole et une étape dans le progrès de notre société. Nous sommes en paix avec Mai 68, ni triomphateurs, ni revanchards, le passé c’est le passé comme on dit. Mais en face… Et bien en face ils ont plus de problèmes, il faut les comprendre. La liberté de tous les effraie un peu, parce qu’elle fait de l’ombre à la sacro sainte autorité, surtout quand elle est liberté de jouissance et d’épanouissement. Mais en même temps, le droit au bonheur et au plaisir c’est tentant… Et pourtant, c’est coupable, parce que jouir est un péché. Alors on retrouve les bonnes vieilles recettes de la bigoterie : le mérite, le travail, la souffrance, l’effort avant le réconfort, le devoir des uns et le droit des autres…ou l’hypocrisie, tout simplement…

Mai 68 n’est pour nous ni un programme, ni une question, ni un problème. C’est un fait, une étape, un pas. Il y a du bon et du mauvais, dans la méthode et dans le fond. Mais telle n’est pas la question du jour. Dans la société de XXIème siècle les héritages de Mai ont eu le temps de passer à travers le tamis de l’histoire et des différents gouvernements. Ce qui reste n’est pas contestable, ce sont des progrès démocratiques : la femme doit être l’égale de l’homme, ils doivent tous les deux être libres sexuellement, pouvoir maîtriser leurs corps et leurs vies et avoir le droit au bonheur et à l’épanouissement, quelle que soit leur position sur l’échelle sociale, librement. Vouloir solder cet héritage, c’est être rétrograde. Vouloir en profiter pour soi en privant une partie de la société de la possibilité matérielle d’exercer ces droits, c’est ne même pas avoir le courage de ses idées. Si on n’est même pas capable de s’appliquer à soi même les principes que l’on veut appliquer à la société, c’est que l’on reconnaît qu’ils sont mauvais. Je ne reproche pas au Général d’avoir voulu étouffer Mai, il allait en week-end à Brégançon en DS, parfois au péril de la vie des poulets de tante Yvonne… Mais de ceux dont la vie illustre l’héritage de 68 j’attends qu’ils ne prétendent pas que ces principes sont nocifs pour la société. Du temps de l’UDR un préfet divorcé était mis à la retraite d’office, je ne regrette pas cette époque, je comprends qu’on veuille mener une vie plus moderne. Mais dans ce cas, que tous puisse mener le même type de vie s’ils le souhaitent.


Aulne Abeille

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Contre l'esprit de repentance sur Mai 68 !
Mercredi 23 avril 2008
Un comité de rédaction représentant l'ensemble des sensibilités a permis la naissance de ce projet de nouvelle déclaration de principes du Parti socialiste.

Ce texte rédigé en 21 articles est désormais soumis à l'examen de l'ensemble des militants du Parti socialiste qui ont la possibilité de faire part de leurs amendements.
Le texte sera ensuite voté le 14 juin prochain par le Conseil national (Parlement du parti) et deviendra la 5ème déclaration de principes, prenant la suite de celle du Congrès de Rennes en 1990.


La section des socialistes de Sciences Po participera au débat. N'hésitez pas à déposer ci-dessous vos commentaires sur le texte que vous pouvez lire à partir du lien ci-dessous :



Nous organiserons ponctuellement des débats, sur ce blog, et en section, sur les différents articles de ce projet de déclaration.

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Rénovation

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-Téléchargez notre contribution au Pacte présidentiel sur les prisons : "Politique carcérale, un devoir de changement pour les socialistes" (février 2007)

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-Téléchargez notre contribution au Projet socialiste sur la décentralisation : "Pour une nouvelle ambition socialiste au service de la décentralisation" (juin 2006)


-Téléchargez le compte rendu de notre débat-formation sur la fiscalité et la protection sociale (janvier 2007)
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