Tout d’abord, il ne sera pas question dans cet article des qualités ou des défauts de Benazir Bhutto. Comme toute femme politique d’envergure, le personnage avait
ses zones d’ombre et la perception que nous pouvions en avoir dans les pays occidentaux était sans doute bien différente de celle qu’en avaient les Pakistanais. Mais ce qui nous
intéresse ici, au-delà de l’hommage qui doit être rendue à la femme combattante et courageuse, plus que l’enquête sur les responsables directs de l’assassinat odieux dont elle a été victime, sont
les causes indirectes de cette terrible nouvelle.
Il ne s’agit certainement pas d’excuser le terrorisme et cette manière lâche non seulement d'attenter à la vie humaine mais aussi de contourner la volonté démocratique (des élections législatives doivent avoir lieu dans deux semaines au Pakistan) mais de se demander, modestement, dans une région aussi troublée, comment nous en sommes arrivés là. A plusieurs égards, la responsabilité américaine est engagée dans le processus qui a conduit à ce funeste événement. Deux erreurs manifestes et interdépendantes semblent avoir été commises : la première est philosophique (basé sur le néoconservatisme), la deuxième est géostratégique (l'appui total au régime de Musharaf).
La guerre contre le terrorisme n’a pas eu lieu
Suite aux attentats du 11 septembre 2001, toute la stratégie américaine a été (légitimement au départ) tournée vers la lutte contre le terrorisme. Le Président Bush n’hésitait même pas à parler de « guerre » (war on terror). La guerre en Afghanistan, qui bénéficiait de la légitimité internationale (résolution du Conseil de sécurité) en a constitué le premier acte. De très nombreux Etats, dont la France, se sont alliés avec les Etats-Unis sur le front afghan pour mener une guerre authentique contre les Talibans. La guerre en Irak, sans appui de la communauté internationale, a ensuite été présentée comme le deuxième acte de cette guerre plus globale contre le terrorisme. En réalité, au-delà des mensonges désormais établis et des motifs pétroliers, la décision de mener la guerre en Irak relevait d’un choix philosophique fondé sur la théorie néoconservatrice de « democracy building » et sur le fantasme d’un Grand Moyen-Orient gagné subitement par la démocratie et régenté par les Etats-Unis.
Au-delà de la situation
irakienne suite à l’invasion américaine de 2003 (centaines de milliers de civils irakiens tués, plus de 3000 soldats américains morts, un pays exsangue…) qui constitue en elle seule une
condamnation de cette opération calamiteuse menée quasi-unilatéralement (avec la complicité des Britanniques) par les Etats-Unis, ce sont aussi et surtout les conséquences indirectes de
la guerre en Irak qui sont encore plus calamiteuses. Faute de s’être concentrés sur un seul front, à la fois légitime et nécessaire, autrement dit en Afghanistan, les Etats-Unis et par ricochet
la communauté internationale, ont perdu partout. La situation en Afghanistan est absolument dramatique. Les chefs tribaux reprennent chaque jour un peu plus de terrain
et de pouvoirs, alimentés financièrement par le trafic de l’opium, dont le pays est redevenu la plate-forme mondiale. Le pouvoir central retranché à Kaboul et représenté par Hamid Karkaï est
totalement impuissant. La France, les Etats-Unis (qui viennent de débloquer 35 milliards $) et l’ensemble des pays alliés, sont obligés, plus de 4 ans après le début de la guerre, à redéployer
des troupes sur le terrain.
Oussama bin Laden, même si sa capture ne réglerait rien au problème d’Al Qaeda, n’a toujours pas été capturé et il est sans doute réfugié dans l’est du pays, à la frontière avec le Pakistan.
Cette triste réalité fait malheureusement écho à l’assassinat de Benazir Bhutto.
L’effondrement de l’axe du manichéisme
Benazir Bhutto "victime collatérale" de ce double fourvoiement de l'administration Bush
Ce soutien inconditionnel a du toutefois se confronter à la réalité. Pervez Musharaf a totalement échoué dans son rôle de chef de la lutte contre le terrorisme
dans cette partie du monde. Il a utilisé les islamistes qui représentent pourtant une frange mineure de l’électorat pakistanais (environ 10% des votes). Il a laissé faire les
implantations multiples de madrassa (écoles coraniques) enseignant un islam radical. Le territoire pakistanais a pris le relais de l’Afghanistan des talibans en matière de présences
d’apprentis-terroristes sur son sol. Benazir Bhutto a été autorisée par les Américains à retourner sur le sol pakistanais à partir du moment où son retour était la dernière chance de
rétablir une situation qui s’empirait de jour en jour, du fait du double autisme des dirigeants américains et pakistanais. Sans la bénédicition des Etats-Unis et du même coup la disgrâce
de Musharaf, jamais Benazir Bhutto n’aurait pu revenir dans son pays. En l’assassinant aussi rapidement, les terroristes qui en sont responsables, avec la complicité ou non d’une partie
de l’establishment (politique et militaire) pakistanais, ont voulu signifier aux Américains que définitivement la guerre n’est pas un jeu et certainement pas « over ».
Le bilan est désastreux et ne peut réjouir personne. Outre le fait que le Pakistan est un pays nucléaire, cette affaire témoigne du chaos total que lègue à la planète la calamiteuse présidence Bush. Alors que l’Afghanistan aurait du être la priorité de l’action militaire des Alliés, cette opération a été reléguée au second plan pour satisfaire la mégalomanie de quelques idéologues avec la guerre d’Irak. Aujourd’hui, une partie du Pakistan s’est talibanisé tandis que l’Afghanistan s’est largement irakanisé.
Comment ne pas s’étonner dans le même temps que la France n’ait même pas jugé utile de rappeler aux parlementaires américains (voir le discours de Sarkozy au
Congrès), et sans vouloir donner des leçons, que la guerre d’Irak a été une faute dramatique dont le monde paiera longtemps le tribut. Quand on se rend compte de la place que prend cette
opération dans les primaires américaines, on est consterné par cette amnésie française. Un ami, c'est aussi quelqu'un que l'on doit préserver de ses démons, précisément quand on les
connaît.
Loin de toute polémique et de tout angélisme, l’assassinat de Benazir Bhutto doit aussi nous inciter à recadrer profondément la politique étrangère française. S’éloignant de toute démonstration de zèle à l’égard de notre allié américain (comme cela a récemment été le cas avec l’Iran), nous pourrions au contraire apporter notre vision particulière en matière de lutte contre le terrorisme. Parmi les premières touchées par des actes terroristes sur son sol et bénéficiant de services secrets parmi les plus efficaces au monde, la France dispose d’une expertise reconnue à travers le monde en matière de lutte contre le terrorisme. La France pourrait en faire l’une des priorités de sa présidence de l’Union Européenne et inciter la nouvelle présidence américaine à se désengager dans la voie non seulement meurtrière, dangereuse pour l’équilibre international mais improductive pour ses propres objectifs dans laquelle elle s’est engagée.
Le 15 décembre 2007 a eu lieu le deuxième forum de la rénovation du Parti Socialiste portant sur le thème : « les socialistes et le marché ». En fait, les interventions des multiples contributeurs de ce forum ont convergé pour rappeler que les socialistes sont pour l’économie de marché. Ils ne sont pas pour une économie administrée.
Mais le modèle qu’il promeut doit être performant aussi bien économiquement, que socialement et écologiquement, d’où cette expression utilisée tout au long du forum « d’économie sociale et écologique de marché ». Les socialistes s’occupent de la production et de la redistribution des richesses.
Les entreprises ne sont absolument pas les ennemies du Parti Socialiste ! Sans elles, il n’y a pas de compétitivité possible - compétitivité entendue comme Innovation, Infrastructure, Investissement. Les socialistes reconnaissent l’efficacité du marché, sans que ce soit un reniement. La question du marché ne doit plus être instrumentalisée contre nous.
L’économie de marché est ce qu’on en fait ; elle peut être régulée. Le Parti Socialiste croit au dosage : la part d’intervention publique ou de « laissez faire » dépend des secteurs. Il faut trouver un équilibre : par exemple, le travail n’est pas une marchandise, et ne peut être traité comme telle.
Le marché est effectivement un « bon serviteur » : il est productif, innovant, créateur de richesse et de dynamisme. Mais c’est un « mauvais maître » : le marché est myope, injuste, brutal, spéculatif et irrationnel.
La régulation est alors nécessaire : il faut savoir « faire rentrer le fleuve dans son lit ». La puissance publique est une digue. La liberté est d’autant plus garantie quand des règles sont établies.
Nous disons donc « oui au marché, et non au tout marché ». La place du marché se trouve entre soumission éblouie et rejet de ce dernier : dans l’intervalle, il y a la justice sociale, l’efficacité économique et écologique.
En France, on a dit : « Oui à l’économie de marché, non à la société de marché ». En Allemagne, il a été dit assez justement : « le marché autant que possible ; la puissance publique autant que nécessaire ».
Arrêtons donc de revenir en arrière et appliquons une « stratégie du non-regret » : nous sommes pour l’économie de marché. Comme l’a déclaré un intervenant, nous ne devons « baisser ni les yeux ni les bras devant la droite ; être fiers de ce que nous sommes ; être sûr de ce que nous voulons ». Et ce que nous voulons c’est une économie sociale et écologique de marché humanisée par l’Etat, les associations et les syndicats.
On connaissait la politique spectacle du gouvernement français avec ses objectifs de 25 000 expulsions et 125 000 interpellations par an, qui ont pour seul objet de brosser l’électorat dans le sens du poil de sa xénophobie. Cette politique du chiffre à la fois irrationnelle et inhumaine a pour conséquence d’engendrer des drames quotidiens, des re-expulsions de migrants dans des pays où ils sont effectivement en danger (Darfour…), et de faire vivre dans la terreur 400 000 personnes mises hors du droit par des lois de plus en plus restrictives et répressives.
Cette politique risque
de prendre une nouvelle dimension avec le projet actuel de « directive retour » qui sera soumise au Parlement européen au mois de janvier 2008.
La proposition de la Commission vise à harmoniser les politiques d’immigration sur le volet répressif (lutte contre l’immigration clandestine) et s’inscrit ainsi dans la
continuité des politiques européennes depuis 1999 et le traité d’Amsterdam qui sont principalement marqué par la restriction de l’accès du territoire et l’externalisation des procédures
et contrôles.
La directive prévoit notamment de fixer la durée de rétention à 18 mois l’enfermement des personnes étrangères va devenir le mode normal de gestion des migrations en Europe » – un alignement sur le modèle
de Maltes qui détient systématiquement les demandeurs d’asile pendant 12 mois. (en France elle est pour l’instant de 32 jours, dans d’autres pays
elle peut être illimitée), ce qui selon Caroline Intrand, (responsable des questions européennes à la Cimade) « signifie qu
Par ailleurs, les mineurs pourront désormais être enfermés et expulsés, chaque mesure d’éloignement sera systématiquement assortie d’une interdiction de retour sur le territoire européen, le droit des accords de réadmission est légitimé ainsi que les charters communautaires, l’action du Frontex.
D’après Caroline Intrand, « on est arrivé ici à un point de rupture : auparavant, il s’agissait avant tout de politique spectacle (regardez en France, on nous annonce un nombre de personnes à expulser) ; maintenant, on se rend compte que les instruments existent pour remplir effectivement ces objectifs. »
Sophie Banasiak
Alors que chacun découvre ce matin ses cadeaux au pied du sapin, Nicolas Sarkozy a quitté la France pour l’Egypte à bord d’un Falcon 900 appartenant à l’homme d’affaires Vincent Bolloré qui s’était déjà illustré en prêtant un yacht luxueux et désormais fameux au Président nouvellement élu.
L’Elysée n’a pas souhaité faire de commentaires sur les conditions de ce départ, préférant à l’évidence réserver la transparence à l’identité de la personne qui accompagne le Président.
Du « racolage passif » au risque de « corruption passive »…
Nicolas Sarkozy fait figure de récidiviste en matière de cadeaux de ce type : il faudrait ajouter aux largesses amicales de Vincent
Bolloré, les conditions dans lesquelles le Président a séjourné à Wolfeboro cet été.
La défense du Président a consisté alors à affirmer que ses voyages n’avaient rien coûté au contribuable. Soit. Mais le problème soulevé par les cadeaux des amis de Nicolas Sarkozy est tout autre…
En effet, si amicales soient les intentions de Vincent Bolloré, il existe, compte tenu de l’importance des intérêts économiques de Vincent Bolloré, un risque réel lié à ces pratiques quand bien même elles seraient bien inspirées, sans même parler de corruption active.
Sans vouloir démythifier l’esprit des fêtes de Noël en sombrant dans un cynisme à la mode, certains cadeaux, dont le montant est tout sauf négligeable, ne sont en effet pas « gratuits » et appellent une contrepartie implicite…
Pour un nouvel âge de la moralisation de la vie politique
Compte tenu des risques de « corruption passive » liés à ces pratiques, les conditions du départ ce matin de Nicolas Sarkozy appellent une réflexion sur l’encadrement des cadeaux faits aux élus.
Laurence Girard, tête de liste socialiste pour les élections municipales dans le
VIIème arrondissement et, à l’époque, candidate aux élections législatives, avait, au moment de l’épisode de la croisière du Président, formulé des propositions dans ce sens.
L’occasion de rappeler que des limitations à des montants raisonnables et d’importantes restrictions sont déjà
fixées dans les entreprises et l’administration.
Si prompt à louer les vertus des logiques de l’entreprise et à prôner leur transposition à d’autres secteurs de la société, Nicolas Sarkozy serait bien inspiré d’établir la transparence et d’accepter que le législateur impose des restrictions aux élus.
Après les efforts importants engagés dans les années 90 pour instaurer une éthique politique en matière de financement des partis, il demeure une importante « zone grise », qui se situe dans le champ des avantages en nature et des cadeaux faits aux élus. La France demeure en retard dans l’encadrement de cet espace. La plupart des scandales qui défraient aujourd’hui la chronique et décrédibilisent l’action publique se situent presque systématiquement dans ce domaine.
Pour des raisons sans doute liées à la culture politique française, il est plus difficile de sensibiliser l’opinion aux problèmes de risques de soft corruption que peuvent poser les relations entre les intérêts privés et la sphère publique que lorsqu’il s’agit d’affaire se situant clairement dans le champ de l’illégalité… Au moment de l’affaire de la croisière, les Français semblent avoir été plus sensibles aux arguments du chef de l’Etat sur le coût nul de son voyage pour le contribuable.
Pourtant, cet effort est indispensable pour entrer dans un nouvel âge de la moralisation de la vie politique après les réformes engagées en matière de financement des partis. Il s’agit, conformément à un des chevaux de bataille de Ségolène Royal pendant la campagne présidentielle, de tendre vers un Etat et un pouvoir politique réellement impartiaux…
Bastien Taloc
En toute laïcité, alors que celle-ci est particulièrement menacée ces derniers temps, l'équipe du PS Sciences Po vous souhaite de très bonnes fêtes
2007.
Après une année 2007 très chargée, l'année 2008 va démarrer sur les chapeaux de roue pour la section des socialistes de Sciences Po. Plus d'informations dans quelques jours.




