La droite ne sait plus où elle habite

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

« C'est au gouvernement, à partir de ces indications très fortes qui ont été données dans le droit fil des engagements pris, de mettre en oeuvre, de préciser les modalités qui seront bien sûr discutées et votées par le Parlement ». Vous vous demandez qui a bien pu proférer une phrase tellement dénuée de sens que même Jean-François Copé n’aurait pas osé la prononcer ? Eh bien la nouvelle porte-parole du gouvernement, Christine Albanel, essayant de justifier les pantalonnades répétées du cabinet du Président de la République, pardon, du gouvernement et du chef de la majorité présidentielle, pardon, du Président de la République, Nicolas Sarkozy, hier.

Ce dernier a promis une rétroactivité de la déductibilité des intérêts d'emprunts des ménages. Restant peu claire dans ses modalités, elle s'appliquerait à tous les emprunts en cours, et pas seulement à ceux contractés après le 6 mai.

J’aimerai d'ailleurs savoir comment M. Woerth peut prétendre qu’il n’y a pas eu cafouillage, alors qu’il disait il y a quelques jours, dans un grand élan de réalisme financier, le contraire de ce que son « patron » (nouveau langage fillonesque) a dit hier. Sans parler des déclarations de Christine Boutin, Ministre du Logement. Au final, peu importe le périmètre exact de cette mesure. Je défie d’ailleurs quiconque de me dire de quoi il en retourne exactement. Réfléchissons aux conséquences macroéconomiques d’une telle mesure.

1. Une mesure doublement inefficace et injuste :

- Un constat de base douteux : la France a-t-elle besoin à ce point d'être propriétaire ?

* Le problème tout relatif de la "France propriétaire" :
58% des Français sont actuellement propriétaires. On peut considérer qu’il s’agit d’un problème mais pas si aigu que cela quand on sait que seulement 42% des Allemands ou 53% des Hollandais ou des Suédois par exemple possèdent leurs logements. Seuls l’Italie et l’Espagne, en vertu d’une tradition de propriétaires, ont des taux largement supérieurs (proches des 80%). Donc ne dramatisons par le problème. Surtout quand l’on sait que celui d’un simple accès au logement est bien plus aigu (600 000 personnes selon les mesures les plus optimistes), sans parler des 3 millions de Français mal-logés. Et ce ne sont pas des déductions d’intérêt qui vont les aider à financer leurs logements.

* Dans le flou intégral, essayons de dégager quelques pistes :

Ne pas conditionner la déduction des intérêts aux conditions de ressources est à la fois injuste socialement et inefficace économiquement. Surtout, pourquoi cette mesure devrait-elle rétroactive ? Jusqu’où s’étend-elle ? M. Woerth avait tenté de la délimiter, vite balayé par les réflexes électoralistes de M. Sarkozy.

- Une mesure injuste socialement :


En quoi un ménage assujetti à l’ISF qui fait de la spéculation immobilière en achetant des immeubles dans le XVIème ne devrait-il pas payer intégralement ses intérêts ? Même si cela se limite aux résidences principales et aux primo-acquéreurs, comment s'assurer que pour un même ménage, plusieurs prêts ne pourront pas être contractés (père, mère, enfants...) ? En quoi une personne ayant acheté un bien immobilier en 2000 et dont la valeur a au moins doublé devrait-elle avoir droit à ce cadeau fiscal ? On va encore nous parler de "mérite" ensuite...

- Une mesure triplement inefficace économiquement :

* Une hausse des prix sur le marché immobilier : comme le mettent en avant les agents immobiliers, elle conduira à un afflux massif d’acheteurs de pierre, contribuant à augmenter les loyers pour les populations les plus exposées. Alors que nous nous arrivions à un pic de l’augmentation de la bulle immobilière, cette mesure va finalement contribuer à augmenter drastiquement les prix sur le marché immobilier, déjà à leur sommet ;

* Un effet nul voire négatif sur le pouvoir d’achat
: l’autre grand argument sarkozyste serait la relance du pouvoir d’achat par cette mesurette. Déjà, ce raisonnement est assez étrange : en quoi l’encouragement au crédit immobilier de long terme et du même coup la réduction de la part du crédit à la consommation contribuerait-il à relancer la croissance ? Mystère. Ensuite, si l’on veut bien croire que la consommation sera relancée, on sait bien que sur 100 € de produits achetés, 40 € proviennent d’achats de produits importés. La relance de la demande est importante mais on l’a assez dit (en tout cas l'UMP refuse d'écouter) : le problème actuel de la croissance francaise est aussi et surtout un problème d’offre.

* Un effet catrastrophique sur les finances publiques : La retenue de M. Woerth s’expliquait par la rigueur dont on peut faire gage au Ministre. Il a du se dire que face à toutes les propositions insensées de Sarkozy au cours de la campagne, il fallait bien rectifier le tir afin de ne pas répéter les affres budgétaires du gouvernement précédent ou du brillant passage de Sarkozy au Budget (plus de 4% de déficit). Mais patatras, le chef de l’UMP, tout en démagogie, rompt une nouvelle fois la promesse d’une certaine rigueur budgétaire et crée, après les heures supplémentaires, le bouclier fiscal ou la suppression des droits de succession, la nouvelle « mesure à 4 milliards d’€ » minimum. Minimum ai-je bien dit puisque comme l’évoquait l’archéo-marxiste Marc Taouti (président de l’Association pour la connaissance et le dynamisme économique – ancien chief economist de Natixis et soutien de Sarkozy durant la campagne), cette mesure, selon les nouveaux (anciens ?) contours définis par Sarkozy coûterait plutôt 10 milliards d’Euros. Cela pourrait ainsi conduire à un déficit de l’ordre de 3% dès 2007 si on poursuit dans cette direction. Il ne s'agit donc plus d'une « pause » de la réduction du désendettement de la France évoquée par M. Woerth dans le cas d'une mesure "raisonnable" (à 4 milliards €), il s'agit d'un trou que l'on va à nouveau creuser.

2. Les propositions du PS : l'accès au logement plutôt que l'accès à la propriété et des engagements budgétairement réalistes

- Mettre en place un bouclier logement pour tous qui se substitue au bouclier logement pour quelques-uns. Il s’agit de plafonner à 25% la part du budget des ménages consacrée au logement dans le parc privé conventionné. Cela passera notamment par la revalorisation des aides personnalisées au logement. Selon les estimations hautes de l’Institut de l’entreprise, cela coûterait 350 millions € ;

- Faire appliquer la loi SRU votée par les socialistes et détricotée petit à petit par les assauts de la droite. Quand les maires ne respectent pas les 20% de logements sociaux, l’Etat, via le préfet, doit se substituer à eux. 120 000 logements sociaux doivent être construits par an. Et dans le cadre de cette construction, il conviendra d’inciter fiscalement, au cas par cas, l’accession sociale à la propriété. Coût estimé : 200 millions d’€ ;

- Mise en place d’un service public de la caution qui permette aux jeunes étudiants ou aux jeunes couples par exemple (qui ne souhaitent ou ne peuvent pas tout de suite devenir propriétaires) de pouvoir néanmoins financer leur accès au logement. Coût estimé (fourchette haute) : 500 millions d’€

- Extension des dispositifs de prêt à taux zéro (PTZ) qui permettront un accès à la propriété quand les personnes le souhaitent. Ce PTZ sera bien sûr, comme aujourd’hui accordé sous plafond de ressources mais ce dernier sera étendu. En doublant l’étendue de ce dispositif, le coût serait de 1,2 milliards d’€, soit encore très loin des propositions ahurissantes de Sarkozy.

Face à la communication galopante et joggeuse, au final incompréhensible de Nicolas Sarkozy, les propositions du PS sont à la fois innovantes, responsables budgétairement et permettent de répondre en grande partie aux problèmes actuels que connaît le marché de l’immobilier, qui ne seront que renforcés voire re-créés par les mesures démagogiques de Sarkozy.

Jonathan Gindt

Publié dans Questions de société

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PAUL 04/06/2007 15:22

vous me comprenez mal je disais qu'en decentralisant on reduit les emissions de CO2:dans les espaces ruraux peu developes les comerces te hpitaux sont tres eloignes les uns des autres et apr consequent cela entraine de long trajets en voiture. si lactivite economique etait mieux repartie sur el territoire il y aurait ces ervices un peu partout speares entre eux par de plus petites distances.

Emmeline 04/06/2007 10:15

Oui, l'armée possède de grands ensembles immobiliers (je citais l'exemple des communs de Versailles) au coeur ou en bordure de villes. Ensembles transformables en petits appartements à condition de grands travaux, bien sûr, mais sans trop de mal... Je suis plus sceptique sur votre commentaire suivant : on peut difficilement s'élever à la fois contre la "décentralisation économique" et contre le CO2 des bagnoles, car si tous les Français devaient habiter en région parisienne, imaginez-vous les bouchons le matin...

PAUL 04/06/2007 01:37

une solution plus oblique au probleme du logement et de developer l'activite economique la ou les prix sont plus accessible aux primo-acquereurs.Le probleme du logment n'est aps homogenement aussi severe partout en France et la ou il est le plus fort c'est car tout le monde veux habiter a proximite des emplois potentiels et des services publics d'un niveau certain. Donc une partie du probleme du logment c'est aussi celui de la decentralisation (pas tant admninistrative qu'economique) .Je suis que construitre dans le Cantal reviens netement moins cher qu'a Paris amis encore faufdrait-il convaincre les gens de s'y instaler dans le Cantal.D'ailleurs cela pourrait avoir des retombes ecologiques vertueuses: les habaitants ruraux qui doivent faire des kilometres pour rejoindre commerces et hopitaux produiraient moins de CO2 si ces services etaient mojns clairsemes en dehjors des grandes aglomerations .

PAUL 04/06/2007 01:28

@emmelineUtiliser le foncier detenu aopr l'etat semble etre une bonne idee mais je ne suis pas sur que la nature du foncier militaire se prete bien a l'hebergement civil:s'il s'agit de casernes qui renferment d egrands dortoirs qui logeanient jadis les conscrits il sera diifficile de les redecouper en unites propices a accueilir des familles. Et puis il y a  aussi la question de la position du dit foncier ;si la encore il s'agit de bases en rase campagne ce n'est aps ideal pour la proximite de l'emploi et des commerces. Ou feriez-vous reference a du foncier clasique qui etrangemnt apartiendrait a la defense?   Si oui il y en a t-il-beaucoup? 

Emmeline 03/06/2007 21:50

On est d'accord là aussi, je suis également contre la vente des logements sociaux (d'ailleurs je ne suis pas forcément pour une France de propriétaires comme fin en soi, mais pour une France où tout le monde a un logement assuré à LT, ce qui n'est pas forcément exactement la même chose) ! malheureusement si on revient dessus, il y aura une levée de boucliers (pas fiscaux, hélas) comme jamais !A part ça, c'est dit, on se tutoie ! mais la prochaine fois que tu es agacé, pense à mettre comme pseudo "tefy, 22 ans"... Pour ce qui est de notre chef des armées : quand on voit ce qu'il n'a pas fait à Neuilly, on se demande si il va se brouiller avec son nouvel ami Morin pour le bien des demandeurs de logements sociaux. M'enfin, c'est sûr qu'on n'a pas à baisser les bras d'avance !