La franchise ? franchement, je ne comprends pas !

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

On avait déjà le ticket modérateur, la "piécette" raffarinette pour chaque consultation, le lundi de Pentecôte sacrifié (par qui d'ailleurs ? uniquement les salariés, tous les autres en étant dispensés, les vilains pas solidaires) sur l'autel de la canicule et des vieux - des personnes âgées pardon (qui pourtant n'en méritent pas tant, ayant commis le crime un jour d'avoir élu Mitterrand et précipité la France dans l'abîme gauchiste, mais c'est une autre histoire)... Maintenant, nous aurons les franchises, censées "responsabiliser" les vilains patients gaspilleurs.
 
Je passe sur celles concernant les transports sanitaires, avouant à regret mon ignorance la plus complète de ce que c'est (les trajets en ambulance,sans doute ?), pour ne m'attacher qu'à celles qui pèseront dorénavant sur les médicaments et les actes paramédicaux.
 
Remarquons d'abord le côté assez incitatif au gaspillage (aïe ! c'était précisément censé le combattre). Les gens risquent de réclamer spontanément des grandes boîtes de médicaments : un forfait c'est un forfait, il vaudra donc mieux une boîte de 20 que deux boîtes de 8 quand on veut 9 gélules...

Mais, surtout, je m'interroge sincèrement sur le bien-fondé théorique de ce mécanisme.

 
Car, enfin, lorsque je vais chez le pharmacien, de deux choses l'une :
1. ou je lui extorque en battant des cils des médocs sans ordonnance (dommage que la profession se féminise, soit dit en passant),
2. ou je lui présente, sûre de mon bon droit, une ordonnance dûment paraphée par mon médecin traitant (mais si, vous savez... celui auquel je viens de payer 22 euros pour qu'il m'imprime une feuille disant "Mlle Travers a été 3 fois hospitalisée pour des problèmes de rein, je l'autorise donc à aller voir un urologue").

Dans le premier cas, les médicaments ne sont pas remboursés par la Sécu, le fameux "trou" ne s'aggrave pas et je suis donc déjà entièrement "responsable". Dans le second...

 
Dans le second, à nouveau (j'ai toujours aimé les arbres de probabilité pour résoudre des questions de théorie des jeux) deux cas se présentent :

1. ces médicaments n'étaient pas nécessaires au traitement de ma maladie/mon hypocondrie, puisque comme chacun sait tout malade est un bien portant qui s'ignore et n'aime rien d'autre qu'aller lire "Paris-Match : comment sainte Cécilia a bouté les Bulgares hors de Libye" dans des salles d'attente. Scandale, alors : il y a bel et bien gaspillage d'argent public ! Mais, au fait, qui en est responsable ? est-ce moi, qui n'y connais rien et n'ai pas choisi ce qui est marqué sur l'ordonnance ? non pas, c'est le médecin, qui n'avait pas à prescrire des médicaments inutiles, et c'est lui qu'il faut "responsabiliser" ! C'est (en partie) ce qui se fait depuis des années, au travers de négociations avec les syndicats de médecins et au travers de l'ONDAM, l'objectif national de dépenses de l'assurance maladie. Ces nouvelles franchises ne vont donc rien changer à ma consommation, et il vaut mieux que mon médecin me dise pourquoi je n'ai pas besoin de médicaments pour mon rhume.

2. Ces médicaments étaient nécessaires. Il n'y a pas gaspillage d'argent public, il y a simplement maladie. Maladie que je n'ai pas choisie davantage (je ne fume pas - ni l'un ni l'autre -, ne bois pas, ne lis pas Paris Match, et pourtant...). Et je ne vois pas en quoi me faire payer 50 centimes (ou plus, d'ailleurs), outre les cotisations que je paye déjà à la Sécurité Sociale, m'empêchera d'être malade à nouveau la prochaine fois (si saint Nicolas fait en sorte que ça marche, grâces lui soient rendues). Où est la responsabilisation ?
 
Non, franchement, je ne comprends pas...
 
NB 1 : le raisonnement vaut également pour les actes paramédicaux, qui sont remboursés également uniquement sur prescription médicale.
NB  2 :  incidemment, subrepticement, on s'écarte de la logique à la base du système de sécurité sociale à la française. ce sera l'objet d'un autre article

Emmeline Travers
Emmeline est membre de la section PS ENS, une des sections universitaires socialistes

Publié dans Questions de société

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Sharky 17/08/2007 10:49

John sors de ta petite rengaine habituelle et ouvre les oeillères.
Je ne t'ai jamais dis que les médecins avaient raison, qu'ils étaient tout beaux et vierges, je te parle d'un problème plus large, dangereux pour notre société que les intérêts particuliers. Dans la vie il faut choisir ses combats, quand la Creuse ou la Lozère n'auront plus de médecins et que les indigènes mourreront d'une grippe ou d'un retour du choléra le problème est d'une autre importance que celui des labos qui est réel mais secondaire face au premier item. C'est très réducteur de n'apprecier une situation qu'au microscope ou à court terme. Pour une fois tu vois je suis sur l'humain et pas sur le financier. Pour rappel les médecins surtout en province, ne sont plus les riches notables qu'ils fussent.

La responsabilité est effectivement partagée mais là encore rien n'empêche d'agir à deux niveaux et la base la plus large donc le levier le plus efficace restent les patients. Ces derniers ont une mauvaise approche de la médecine qu'il faut corriger ce que tente de faire le gvt avec la franchise.
Avec vous il y a toujours le blanc et le noir (sans mauvais jeu de mot), hors comme toujours ou presque tout le monde est gris.

Enfin, belle pirouette d'autruche habituelle sur le comparatif avec les fonctionnaires mais même en étant quelque peu provoquant (j'étais quand même loin d'exemples extrêmes et choisis), je ne vois pas ou sont les anneries. Je ne doute pas qu'il y ait des fonctionnaires qui fassent 10 ans d'études, travaillent 70 heures pas semaine, prennent leur retraite à 70 ans, mais ils ne sont malheureusement pas représentatifs statistiquement de cette population. Tu sais les stats John, c'est pourtant ton rayon.

John_G 16/08/2007 14:54

@ Sharky,

je réitère toutes mes propositions faites plus haut, que tu ne commentes pas.
Par ailleurs, je soutiens la proposition d'Emmeline, même si à mon avis on devrait se limiter aux médecins officiant dans les dispensaires.

- Concernant la première partie, erreur de diagnostic total. Regarde toutes les facs de médecine (au passage très bonnes) de France. Leur recrutement explose en 1ère année, il y a en général entre 1800 et 3000 étudiants en 1ère année pour 300 places au numérus clausus (si l'on va jusqu'aux sages-femmes). Tout le monde veut devenir médecin ! Et en particulier généraliste, sauf qu'ils vont tous dans le Sud. Là est le problème et voilà pourquoi il faut supprimer la liberté d'installation.

Quant aux remarques sur les fonctionnaires, je ne commenterais même pas. Ca doit te faire plaisir d'écrire des âneries pareilles, tant mieux pour toi.

- sur la responsabilisation, tu ne te rends même pas compte de ce que tu écris. Qui prescrit antibiotiques et autres arrêts de travail sans discernement ? Qui touche des subsides colossaux des labos pharmaceutiques ? Le patient ou le médecin ? Je ne suis pas contre certaines mesures contribuant à éviter le nomadisme médical. Mais la franchise, non seulement cela ne rapportera rien ou peanuts (850 millions € au mieux), mais en plus aura pour effet de détourner certaines personnes venues avec une pathologie légère (angine blanche, tu connais non, comme Cécilia...) qui hésiteront à consulter au vu de la franchise pour revenir avec une pathologie lourde (pneumonie ou que sais-je) qui coûtera beaucoup plus cher à la collectivité. Je ne te parle pas en termes humains mais financiers, Sharky, tu devrais comprendre... J'avoue que celle-ci était facile.

Sharky 16/08/2007 14:35

Tous fonctionnaires! Dommage Emmeline, vos propos se tenaient jusqu'à ce tête à queue dogmatique.
Je ne reviendrais pas dessus, d'autres l'ont fait mais je vais essayer d'amener quelques éléments complémentaires au débat.


Premièrement, comme le dit peaceonearth, c'est facile de tirer sur l'ambulance quand on est pas au manettes, la problématique des médecins est nettement plus complexe surtout au niveau macro. Le gouvernement fait fasse à une pénurie croissante des médecins dits de campagne qui sont nécessaires. Prendre le sempiternel exemple du businessman Docteur Choukroun Paris 6ème n'est pas faire preuve de discernement. Les campagnes se vident de leurs médecins qui ne trouvent pas de repreneurs. La profession de médecin autrefois enviée et respectée ne trouve plus de vocations à hauteur de la demande. C'est plus facile et moins chiant d'être fonctionnaire, le nouvel eldorado (pas d'études ou peu en comparaison aux médecins, pas de semaine de 70 heures, pas de responsabilité forte, pour un salaire ramené au temps passé souvent meilleur, retraite entre 55 et 60 ans...)

Le fond du problème se trouve là, comment faire, certainement pas à court terme en tapant large sur toute la profession ce qui accélèrerait un mal bien plus léthal que celui que vous annoncez pour notre pays.


Deuxio, concernant la franchise et la responsabilisation des patients (nous tous). Là encore il faut écarter le débat. Premièrement regarder ce qui se passe autour de nous, nous sommes en tête du hit parade des consultations et des consommations de médicaments (y compris et surtout les plus triviaux). Sommes nous plus faibles et maladifs que nos voisins? Non, nous avons un système merveilleux certes mais totalement déresponsabilisé. Au moindre pêt de travers, pouf chez le médecin avec une petite grappe de vitamines, anxiolitiques et autre connerie à la sortie, voire et pire un vrai médicament alors que l'on a rien.
Nos voisins eux, s'automédiquent, ne s'écoutent pas tout le temps et ont une utilisation raisonnable et raisonnée de la médecine, chez nous c'est comme d'aller au supermarché, on consomme.


Pourquoi se priver, c'est gratos!

Là est la clé de la reflexion du gvt, en marketing (vilain mot pour des intellectuels comme vous) cela s'appelle la notion du gratuit. Pour un consommateur, ce qui est donné ou offert ne vaut rien car aucune valeur ne lui est attachée directement. Tout le travail en promotion commerciale est de maximiser la valeur perçue du cadeau bonux auprès du consommateur pour le pousser à l'acte d'achat sachant qu'il paye malgré tout son bonux mais sa perception est supérieure à la valeur réelle.

Pour le patient, c'est aujourd'hui la même chose mais à l'envers, la valeur est élevée mais la perception est nulle, c'est comme faire du shopping en emportant la vitrine. Le principe de franchise est symbolique avant tout, c'est faire réfléchir ou faire prendre conscience au patient de la valeur réelle des choses et ne pas consommer bêtement pensant que c'est l'autre qui régale. Oui là même lui participe, peut être qu'au prochain pêt de travers, il prendra une aspirine non subventionnée, serrara les dent 5 mn ou mieux ira courrir.

Emmeline 05/08/2007 22:25

(Désolée pour le fractionnement). Autre avantage notable d'un vrai statut (fonctionnaire ou assimilé, le mot ne fait pas tout) pour les médecins : la possibilité d'être rémunéré et de cotiser à la retraite dès après le concours comme élève-fonctionnaire. Ce qui éviterait aux médecins de commencer à travailler à 30 ans, et de devoir soit s'arrêter à 75 pour avoir une retraite complète, soit se faire en 30 ans autant d'argent qu'ils s'en seraient normalement fait en 40, sans compter de quoi compenser une retraite insuffisante...

Emmeline 05/08/2007 22:23

Fin de la liberté d'installation et du paiement à l'acte : que restera-t-il pour différencier un médecin d'un fonctionnaire (à part l'Ordre ?)...