Le plan Alzheimer : Grande Escroquerie nationale ?

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Nicolas Sarkozy a annoncé le 31 juillet dernier « un plan pour trouver les moyens de guérir la maladie d’Alzheimer ». Il s’agirait notamment de créer ou d’augmenter la franchise sur les boîtes de médicaments, les actes paramédicaux et les transports sanitaires, dans le but affiché de financer la recherche médicale et d’aider à développer les soins palliatifs. Des mécanismes de plafonnement (à 50€) et d’exonération de la franchise devraient être mis en place – sans que l’on sache bien comment cela va se faire. Je n’ai pas réussi à en trouver les détails, bien que les communiqués de presse abondent. Je suis donc preneur si quelqu’un a le texte du discours prononcé.

Mettre en place un « plan Alzheimer » plus conséquent que ce qui est fait actuellement est sans doute une priorité. La maladie d’Alzheimer, « Grande Cause Nationale » déjà identifiée comme telle par des gouvernements avec lequel notre PDLR se veut en rupture, est douloureuse pour les malades comme pour leurs proches, je ne le sais que trop. Mais ce plan est bien parti pour être une escroquerie : la solidarité face à Alzheimer doit concerner l’ensemble des Français ; le financement de la recherche contre la maladie d’Alzheimer devrait se faire par d’autres moyens ; ce plan n’est donc qu’un affichage politique. Comme toujours.

Les malades doivent-ils être les seuls à participer au financement des efforts de recherche ? C’est contraire à l’esprit porté par le système de Sécurité Sociale. La solidarité entre malades et bien-portants a vocation à être respectée, en particulier en ce qui concerne la maladie d’Alzheimer : sauf cas exceptionnels, on ne la développe qu’à partir d’un âge avancé, sans signes avant-coureurs, et les antécédents familiaux ne constituent qu’un indice supplémentaire de risque. Les « bien-portants » d’aujourd’hui pourront être les bénéficiaires du plan Alzheimer de demain, sans avoir participé à son financement. Quelle injustice, nous diraient les partisans du principe du « pollueur-payeur ». Au contraire, on ne choisit pas d’être malade. Et la lutte contre les dépenses de santé devrait passer par d’autres mesures. Celle-ci n’est en effet que peu responsabilisante.

Alzheimer reste un problème majeur, et la recherche en ce domaine doit être encouragée. Mais pas comme l’a proposé M. Sarkozy. En effet, des fondations, comme par exemple France Alzheimer, sont habilitées à recevoir des dons en grande partie défiscalisés. De la sorte, l’Etat participe ainsi largement au financement de la recherche et à la formation spécifique des soignants. L’Etat, pas la Sécu : ce n’est de toute façon pas à elle, pas plus à mon sens qu’à une assurance privée, de financer la recherche ! Et chacun peut choisir de donner, soit par altruisme, soit parce qu’il craint d’être un jour malade, soit parce qu’il a un proche qui souffre de cette maladie. Qui plus est, Alzheimer, en tant que « maladie de masse », intéresse les laboratoires : celui qui trouvera un médicament miracle ou un vaccin bénéficiera d’une rente extraordinaire. Tant mieux, d’ailleurs. Mais alors, pourquoi verser encore plus d’argent public dans ce domaine ? Ne vaudrait-il pas mieux concentrer les aides dans la recherche sur les maladies orphelines, par exemple ? celles qui laissent indifférents les financiers des laboratoires pharmaceutiques ?

Comme d’habitude, notre PDLR est en train de nous faire des effets de manche et de brasser pas mal de vent. Oui, il faut agir contre Alzheimer. Mais pas comme on nous le propose, pas uniquement ainsi, et pas quel qu’en soit le coût pour le reste du système. Quels sont donc les détails concrets de ce « grand plan » ? Ou est donc passée la lutte contre le trou de la Sécurité sociale ? Pourquoi les dons à la recherche n’ont-ils pas été mieux pris en charge, dans le cadre par exemple de la loi TEPA, qui a pourtant servi de phénoménal fourre-tout ? Comment se fera la répartition entre recherche publique et privée, et quel statut auront les unités de soins palliatifs ? Sur d’autres « grands projets », comme le service minimum, on a déjà vu l’hypocrisie maximum de notre nouvelle équipe dirigeante. M. Sarkozy ne semble pas parti, sur ce sujet, pour faire l’étalage de sa plus grande franchise.

Néel Travers

Publié dans Questions de société

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