Kouchner, bouffon du roi ou roi des bouffons ?

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Les Ministres débauchés « n’avaient rien perdu de leurs convictions » disaient-ils. En réalité, cantonnés à pas grand chose, inexistants depuis leurs nominations, ils se font remarquer par quelques saillies médiatiques d’un goût souvent douteux et servant souvent d’auto-justification. Quand il ne s’agit pas des brillantes pensées telle que celle de Besson « il n’y a plus de clivage droite-gauche » (découvert en 2 mois), il s’agit carrément de tribunes dithyrambiques publiées à la gloire de Saint Sarkozy. La dernière en date est l’interview de Bernard Kouchner à Corse Matin, assez édifiante. Mais ce n’est finalement pas le plus grave.

Kouchner.JPG Kouchner ne connaît rien au dossier de la libération des infirmières bulgares. Comme il l’a reconnu lui-même lors de la conférence de presse organisée par Sarkozy, « ce n’est pas son dossier ». En revanche, M. Kouchner reste officiellement Ministre des Affaires étrangères. Quand les députés de l’opposition font leur travail, c’est-à-dire quand ils veulent savoir quelles ont été les réelles contreparties accordées aux Libyens, ils s’adressent donc à lui pour l’auditionner.

 

 
Cela devient alors le dossier de notre ami Ministre. Il ne sait rien, bafouille, répond à côté de l’ensemble des questions. Les députés de l’opposition s’en émeuvent logiquement, il est censé diriger la diplomatie française et l’enjeu pour l’ensemble de l’Afrique et du Moyen-Orient n’est pas mince. Kouchner, biberonné à la sauce Fillon, se lance alors dans l’invective. Les députés de l’opposition faisant leur travail ou encore le courageux député UMP Claude Goasguen, déclarant que « la vraie rupture devait d’abord s’incarner par un renouvellement des pratiques » ne participeraient selon Kouchner qu’à une vaste « bouffonnerie ». N’importe quelle critique ou remarque osant défier le génie sarkozyen ne pourrait provenir que d’une démarche « méchante (sic), gratuite et sectaire ».  L’emploi de ce vocabulaire par une personne censée user de la langue diplomatique n’est pas anodin. Il est censé colporter l’idée infantile mais qui a malheureusement germé dans certains esprits que les socialistes et toute opposition au sarkozysme ne feraient que colporter des remarques provenant d’esprits aigris et revanchards.
A la décharge de M. Kouchner, on a trouvé encore pire que lui dans la honteuse démagogie. M. Axel Poniatowki, député UMP et président de la Commission des Affaires étrangères de l’Assemblée Nationale est même allé jusqu’à déclarer que « toute personne se posant des questions sur cette libération aurait souhaité que les infirmières restent en Libye ».  

 
 

Pourtant, M. Kouchner, c’est bien vous de plus en plus qui paraissait être le bouffon de cette très mauvaiseBouffon.JPG farce. Aucune contrepartie disiez-vous, alors qu’au minimum cela a hâté la signature du contrat avec EADS. Alors que la question de la construction de l’hôpital à 300 millions € est toujours en suspens. Alors que surtout l’hypothèse du transfert de la technologie nucléaire se fait de plus en plus pressante. Que l’on parle même d’un réacteur EPR! Comment éviter cette escalade désormais, alors que rien n’était clair depuis le début ? La France est-elle prête dans (nous ne l’espérons pas) de futurs cas de prise d’otages à céder à tout prix aux demandes des ravisseurs (et éventuels terroristes), fussent-elles particulièrement élevées et risquées ? Même si le régime libyen a en partie normalisé ses relations avec les pays occidentaux, jusqu’où peut aller la coopération avec un régime policier qui torture et détient des milliers de prisonniers politiques ? Enfin, alors que Sarkozy rêve de son « Union de la Méditerranée », cette dernière devrait-elle avoir une composante nucléaire sur le modèle du traité Euratom, comme l’évoque Grégoire Mallard (Princeton University) dans son point de vue paru dans le Monde ?

La douste-blazysation de M. Kouchner

 
 

Sans réponses a priori, toutes ces questions méritent donc bien mieux que cette posture médiatique du Ministre des Affaires qui lui sont étrangères, selon le célèbre adage du prédécesseur de Kouchner à la tête du Quai d’Orsay. Elles méritent mieux également que les réponses en un mot du chef de l’Etat ou de l’un de ses porte-paroles, qui contredisent souvent d’ailleurs les paroles de Kouchner. Une grande partie des enjeux géopolitiques futurs est en effet inclus dans la question libyenne. Alors que la France et ses alliés tentent de contrôler l’escalade nucléaire iranienne (avec un succès tout relatif), il apparaîtrait invraisemblable que l’accès au nucléaire (même civil) d’un pays comme la Libye se fasse sans aucun débat.

M. Sarkozy a accepté la création d’une commission d’enquête parlementaire, après la demande formulée par François Hollande. Compte tenu de l’ignorance totale et du mépris affiché par M. Kouchner, l’audition de Mme Cécilia Sarkozy paraît donc nécessaire. Mais de manière plus générale, c’est la manière dont la politique étrangère de la France est menée qui devrait faire l’objet d’une évolution.

La bouffonerie réelle de l'information du Parlement en matière d'affaires étrangères

Puisque « Sarkozy l’Américain » se fait le contempteur de la belle démocratie américaine, il ferait bien d’en extraire le meilleur. Trois réformes semblent indispensables :

 

1. Ségolène Royal proposait dans son pacte présidentiel de créer un Conseil National de la Sécurité placé sous la présidence du Chef de l’Etat et qui regrouperait tous les services secrets (DGSE, DST) ainsi que le Premier ministre et les Ministres des Affaires étrangères et de la Défense. C’est au sein de cette entité que se déciderait la politique étrangère de la France. Et le Ministre des Affaires étrangères ou celui de la Défense, en fonction des sujets, seront responsables devant l’Assemblée nationale.

 

2. L’article 140 du règlement de l’Assemblée nationale prévoit que la création d’une commission d’enquête parlementaire relève de la commission permanente compétente. Il est donc invraisemblable que les députés de l’opposition aient du attendre l’aval de l’exécutif, à savoir Sarkozy et Fillon (au passage, aucun commentaire de Kouchner, pour une fois) pour « oser » créer cette commission d’enquête.

Dans une République où le Parlement aurait un véritable rôle, il est indispensable que les mentalités évoluent en la matière, que les parlementaires français, tels les sénateurs ou les représentants américains, n’hésitent pas à s’auto-saisir et à se constituer en commission d'enquête dès que nécessaire. En matière de création de commissions d’enquête, il conviendrait de donner, dans le futur statut de l’opposition en discussion, la possibilité à l’opposition de créer une commission d’enquête, à la manière de la saisine du Conseil constitutionnel, dès lors que 60 députés en expriment le besoin via une résolution. Mais la composition de cette commission restera bien entendu paritaire (majorité – opposition). Cette mesure semble particulièrement indispensable dans le domaine des relations internationales. Bien entendu, ces commissions doivent être dotées des mêmes moyens que celles des Etats-Unis, avec de véritables moyens d’investigation et un accès quasi illimité aux documents nécessaires ;

 

3. L’évaluation de la mission « Action extérieure de l’Etat » doit faire l’objet d’un examen plus approfondie et de discussions en amont. Tout dépassement des autorisations de crédit, devrait faire l’objet, comme dans le cadre du Congrès américain, d’un vote à l’Assemblée Nationale et non pas de rafistolage budgétaire. Il est par exemple invraisemblable que les parlementaires n’aient jamais été informé de la décision d’augmenter le nombre de militaires présents au Tchad.

 
 
La diplomatie doublement personnelle de M. Sarkozy doit nous amener à une réflexion imminente sur l’articulation entre le rôle de l’exécutif et du législatif en matière de relations internationales. Il est d’ailleurs étrange d’entendre toujours M. Kouchner justifier le présent par le passé, par les prétendus « trucs bien plus illégaux (re-sic)» que lui-même aurait fait avec Mme Mitterrand. On a même entendu un autre serial bouffon, M. Yves Jégo, sémillant porte-parole de l’UMP, comparer le rôle de Cécilia Sarkozy à celui de Jean-Christophe Mitterrand… La « rupture », M. Sarkozy, respectez-la au minimum dans ce domaine. Sans agiter vos bouffons...

Jonathan Gindt

 

Publié dans International

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Emmeline 23/08/2007 16:49

Eh bien ça y est : c'est le début de la fin de la démocratie !

Emmeline 17/08/2007 14:36

Je me fiche à vrai dire du rôle de Mme Sarkozy. Je suis beaucoup plus préoccupée par le fait que son époux ait dit, sans aucune justification, qu'elle ne répondrait à aucune question et aucune enquête. Mais de quel droit ?

Les autres "petites mains" ont certainement un supérieur, des électeurs, ... bref des gens devant qui elles sont responsables. Je veux que ce soit la même chose pour cette dame, c'est tout. Sinon c'est le début de la fin de la démocratie.

Sharky 17/08/2007 14:28

Mais quelle est donc cette fixette sur Cecilia Sarkozy, j'irais jusqu'à dire : "Mais qui est cette Cécilia?".

Dans ce dossier, depuis plus de 8 ans, des Cécilia il y a du en avoir des dizaines, des petites mains qui ont apportées leur écot pour tendre vers l'objectif de libérer ces infirmières et tout le monde s'en fout et ne leur demande rien.
Pourquoi elle alors? Moi en tant que citoyen, je m'en fout. si le fait d'aller boire le thé avec Machine ou Truc a permis d'accélérer le processus, eh bien bravo et basta.
Comme vous le disiez si bien, elle n'est pour pas grand chose dans l'affaire même si elle était là à la conclusion. Elle n'a pas (à votre grand désespoir) cherchée à en retirer le moindre crédit, de l'humilité en plus. Arrêtez les lectures estivales de fille Emmeline, ça vous pollue la tête vu qu'apparemment ça vous omnubile plus que tout en vous lisant içi.
Si je ne vous avais pas répondu c'est que je n'y accorde aucune espèce d'importance et vous feriez bien de passer à autre chose également, sur des vrais sujets de fond, pas des sujets de papier glacé.
Votre haine de notre président est-elle si grande que vous dépensiez une telle energie sur un sujet aussi mineur parce que dedans il y a Sarkozy? Respirez un coup et pensez aux crêpes de Tata.

Emmeline 17/08/2007 11:35

Quelle déception ! je n'ai toujours pas compris pourquoi Mme Sarkozy n'avait pas à rendre de comptes... Sharky, vous ne voulez pas m'expliquer ?

Quant à Kouchner, ni amour ni haine : mépris, nostalgie peut être, et une bonne dose de dégoût.

Sharky 17/08/2007 11:09

Tu es drole John, comment Fabius pouvait-il faire après avoir été pris en flag dans le pot de confiture?
Quand à savoir si cette opération barbouzarde avait un intérêt ou non pour la France, je n'en sais rien moi. Pour une fois je vais faire confiance à ton omniscience et du coup à postériori, je me dit que ce gouvernement était encore plus minable que je ne le pensais pour monter des pétards mouillés de cet accabit et en plus les rater!

Sur la Lybie j'ai déjà défendu ma position à ce sujet, toi aussi je ne remettrais pas le couvert.
Ce qui m'interesse plus est ta vision (une nouvelle fois réductrice) du terrorisme. D'un côté le méchant, diabolique et terroriste Kadhafi, de l'autre les gentils gars de Greenpeace (j'y rajoute les gentils faucheurs d'OGM que tu dois adorer). Pour moi ils sont tous, ou ont tous été dans la catégorie Terroristes, certes à différents degrés mais la même définition s'applique pour tous. S'opposer à des Etats et contre des lois par des actions de force est du terrorisme, il n'y a pas que les vilains arabes enturbanés qui méritent ce terme.

enfin ta vision de Kouchner ou je distingue ce subtil mélange haine/amour est triste. BK s'est construit une image ... au nom de quoi et dans quel but? Il a agit, s'est battu, n'a pas toujours réussi (c'est le principe de ceux qui agissent pas vraiment reconnus chez les socialistes). Entre une Royal arriviste qui pour seul mérite et postérité laissera des photos dans Match pour son accouchement, ses sorties sur Hanse, sa rigidité, son inconpétence, ses tailleurs et son extreme relooking et Kouchner, il n'y a pas photo.
Je ne pense pas que Kouchner ait fait ça pour le pognon (?), la Gloire (peut être mais il l'a payé sur le terrain pas dans Gala).

Ta dernière phrase m'amuse également car on sent ou ce regret que le PS n'ait jamais pu s'approprier complètement la réussite du trublion BK, ou le fait que le PS n'ait jamais su comment utiliser cet individualité au service du collectif comme l'a fait son pire ennemi.
Enfin, peux-tu me dire qui de Fabius, Royal et DSK (pour ne citer que ceux là) sont représentatifs du PS? Je salive à l'avance de ta réponse.