Ségolène Royal et la rénovation : discours de Melle

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

De retour de mon périple picto-charentais et dans le cadre de la publication des différentes tribunes sur la rénovation que nous avons décidé d’initier sur le blog, vous trouverez ci-dessous un résumé, aussi fidèle que possible, à l’excellent discours d’une heure et demi que Ségolène Royal a prononcé lors de sa rentrée SR-Melle-2.JPGpolitique, dans son ancien fief politique de Melle (Deux-Sèvres). A bien des égards, ce discours esquisse des réponses très claires aux défis auxquels le PS va être confronté dans les toutes prochaines semaines. Si ma neutralité est déjà atteinte, je tiens toutefois à respecter la forme que nous avons donné à ces différentes tribunes et ne commenterai pas les propos de Ségolène Royal. Voici donc en résumé l’essentiel de ses déclarations, reprises entre guillemets. Je n'en ai gardé que le "meilleur" (même si tout était très bon...). Je me suis permis à une seule reprise de retranscrire ce que j'avais moi-même noté. Bonne lecture et à vos commentaires.

I. La rénovation d’une idéologie : des réponses claires à des questions fondamentales et le marché

  1. Les socialistes et le marché
  2.   


« Est-on pour ou contre le marché ? Question singulière pour un parti qui ne professe plus depuis bien longtemps l’étatisation des moyens de production.

Le marché nous est aussi naturel que l’air que l’on respire ou que l’eau que l’on boit. Il s’agit là d’un jeu d’enfoncement de portes ouvertes. Mais l’eau peut être polluée et l’air vicié et c’est là que le débat politique trouve sa pertinence.

Nous inscrivons bien évidement notre action dans le cadre des économies de marché et s’il faut l’écrire, écrivons-le une fois pour toutes. Mais nous ne faisons pas confiance au marché pour assurer la justice sociale et la cohésion démocratique des sociétés, et s’il faut le dire disons-le. Le marché se dirige spontanément vers là où il y a du pouvoir d’achat. Il n’est pas, contrairement à une gentille comptine des théoriciens libéraux, lucides sur les nouvelles demandes sociales, les souffrances, les carences. Il s’y engouffrera quand l’action politique et les évolutions de la société auront créé le mouvement et le mouvement, le besoin. Par exemple, l’industrie pharmaceutique et l’industrie du tourisme ont connu hier un boom grâce aux lois sur les congés payés et la sécurité sociale. Cette même logique se vérifiera demain avec la sécurité environnementale. Le marché doit avoir sa place, toute sa place, rien que sa place. Les socialistes allemands ont une devise, le marché chaque fois que cela est possible, l’Etat chaque fois que cela est nécessaire. Nous, socialistes français, nous pouvons y ajouter la juste place des services publics.

Je suis convaincue qu’un Etat et des collectivités locales en symbiose avec la société sont la canne d’aveugle du marché. Ce qui veut dire des pouvoirs publics performants et une société agissante, participative, et par-dessus le marché une économie dynamique. »
 
  1. Les socialistes, l’individu et le collectif 
  2.  


  3. « Nous, socialistes, ne serions pas au clair quant à la place de l’individu. Je suis assez sidérée que nous ayons peur de l’affirmation de l’individu qui est dans nos textes juridiques fondateurs celle de la personne humaine. Depuis l’Habeas corpus, la déclaration des droits de l’homme et du citoyen, la convention européenne des droits de l’homme, la liberté de conscience et d’expression de chaque être humain, et je n’oublie pas les droits de la femme et de l’enfant, tout le progrès de la civilisation fut d’attribuer des droits nouveaux à chaque humain : le droit à un travail, à une famille à un logement, au savoir, à la santé. Le rôle éminent de l’individu a commencé là et soyons en fiers d’y avoir contribué.

    Notre objectif est donc de favoriser le plein épanouissement de chacun et nous sommes de gauche précisément en ce que nous affirmons que chacun recèle des talents propres et que chaque être humain est singulier dans l’humanité plurielle.

    La confusion réside ailleurs. Cette charge contre l’individualisme révèle notre difficulté à élaborer des formes nouvelles et adaptées de délibération collective.
    (…)
    On nous dit que la gauche dans son ensemble est aujourd’hui affaiblie par une accusation à laquelle elle n’a pas répondu avec suffisamment de force. La gauche est suspectée de faire du collectif la mesure de toute chose. Accusée de faire des situations individuelles le seul résultat d’inerties sociales, de reproductions.
    (...)
    Nous ne devons pas seulement répondre à cette suspicion, mais reprendre l’offensive parce que c’est seule une bonne articulation de l’individuel et du collectif qui permettra d’affronter les mutations du monde et les légitimes aspirations à la réussite individuelle.

    Etre socialiste, c’est penser en effet que le collectif vient en soutien de chaque foyer, de chaque personne insuffisamment armée pour affronter les difficultés de la vie.

    SR-Melle.JPGEtre socialiste, ce n’est donc pas nier le potentiel de l’individu mais comprendre que l’individu isolé est faible, que sa volonté, aussi forte soit-elle est parfois insuffisante.

    Etre socialiste, c’est faire en sorte que chacun bénéficie de garanties collectives pour retremper ses ambitions et se créer de nouvelles opportunités.

    Etre socialiste, finalement, c’est penser la complémentarité profonde qui existe entre l’individu et la société et refuser l’opposition caricaturale que certains en font.

    Une sécurité sociale efficace, des services collectifs dans tous les territoires, une école et une formation dignes de ce nom, un accompagnement personnalisé vers l’emploi, c’est cela qui, pour nous à gauche, permet aux individus d’affirmer leurs choix et leur liberté, de s’affranchir d’un destin tracé d’avance.

    Aujourd’hui, c’est l’idéal socialiste qui est au service du progrès de chaque personne, de toutes les femmes et de tous les hommes de ce pays. Et c’est la droite, qui tout en mettant en avant la responsabilité et la liberté de chacun, dissimule son engagement au côté des réseaux, des rentiers, des gens de pouvoir et d’influence.

  4. Les socialistes, les droits et la responsabilité
  5.  


«
La complémentarité entre le collectif et l’individuel me permet de dire avec force qu’il n’y a pas de droits sans devoirs. Parce que chacun d’entre nous est comptable des moyens collectifs mis à sa disposition. Cet équilibre, la gauche a donné le sentiment qu’elle l’oubliait. Cela ne doit plus jamais arriver.

Je pense également que la notion de responsabilité est fondamentale. Et nous autres, socialistes, ne devons pas avoir peur de le dire car cette éthique de la responsabilité est ancrée au plus profond de notre patrimoine, chez Jean Jaurès comme chez Léon Blum.

La responsabilité de chacun vient du fait que nous vivons dans une communauté de citoyens. Lorsque je suis soigné, d’autres contribuent aux soins que je reçois. Alors il est normal que je rende des comptes, il est normal que je ne dise pas simplement « c’est mon droit ».

C’est cette conviction aussi qui nous conduit à souhaiter un Etat performant, capable de faire une juste utilisation des deniers publics. L’Etat ne peut pas se permettre de dilapider l’argent des impôts de manière inconsidérée ; l’Etat a le devoir à chaque instant d’évaluer son action ».

Conclusion

 « Vous l’avez compris, équilibre des droits et des devoirs, éthique de la responsabilité, efficacité de l’action publique, autant de valeurs que la gauche et le Parti socialiste doivent à nouveau faire entendre, approfondir, et accompagner de propositions innovantes. Cette liste n’est pas exhaustive, car il y aurait plein d’autres sujets à évoquer à l’échelle nationale comme internationale. A commencer bien sûr par celle, majeure à mes yeux, de l’excellence écologique, que j’aborderai dans quelques jours, notamment à l’Université d’été de La Rochelle ».

En guise d’exemples en matière de propositions :

« . En dépit de nombreux atouts (un excellent système de formation priLa France doit investir en priorité dans l'enseignement supérieur et la recherchemaire et secondaire, une sécurité sociale que le monde nous envie), la France est en effet mal préparée pour affronter les défis de l'économie de la connaissance et de la mondialisation.

Ensuite, la France doit investir dans les réformes structurelles : ouvrir les professions fermées, libéraliser le secteur de la distribution, établir un véritable « Small business act » pour les PME, mettre en place une véritable flexsécurité à la française avec un service de l'emploi efficace disposant des moyens nécessaires en matière de formation professionnelle: ces réformes sont coûteuses dans le court terme, on le sait, et pourtant indispensables pour générer une croissance forte et durable ».

II. La rénovation d’un Parti : vers un PS de masse, ouvert et plus pro-actif que réactif

  1. Un parti plus tourné vers les autres que vers lui-même
  2.  


« Le Parti Socialiste du 21ème siècle doit être à la fois un lieu de connaissance, un lieu de délibération, d’élaboration, enfin un outil de combat collectif. Il ne peut l’être que s’il vit en osmose avec les citoyens dont il est une des représentations.

Ses réunions doivent être ouvertes, les mouvements de société doivent lui être associés, les forums doivent nourrir ses propositions en amont, l’usage d’Internet doivent lui permettre d’être en contact quotidien avec ses millions d’électeurs.

Le renouveau, ce sera aussi une nouvelle manière pour nous les socialistes de travailler ensemble entre nous et une nouvelle manière de dialoguer avec les autres forces politiques parce que les besoins sont
urgents et que les solutions ne peuvent pas attendre, que les Français sont impatients.
»

  1. Un changement profond de notre fonctionnement interne : voulons-nous continuer à nous faire plaisir ou gagner ?
  2.  


«
Nos congrès doivent obéir à cette nouvelle logique. Plutôt que d’être le camp clos d’affrontements parfois obscurs, les positions des uns et des autres doivent avoir été validées par des débats qui leur donneront leur légitimité. Il faut que notre fonctionnement favorise les vrais débats et pas la prolifération des motions qui donnent souvent lieu à des règlements de compte inutilement brutaux suivis de synthèse parfaitement illisibles. Les Français se détournent de cette manière de faire de la politique. Ils sont au-delà et pas en deçà, Ne nous y trompons pas ce malentendu sera fatal au PS s’il n’est pas levé, et vite.

Enfin, si nous sommes ensemble, c’est pour ne pas se désunir à la première contrariété d’ambitions. Notre nouveau fonctionnement devra être clair là dessus aussi.
Ceci signifie que la vie interne doit tenir compte des échéances institutionnelles. Le programme ne doit pas être un programme de tactique interne mais un programme pour convaincre et gagner et pour faire progresser notre pays en réhabilitant justice et efficacité.

  1. Un Parti discipliné
  2.  


Des règlements de compte inutilement brutaux et une violence verbale incompatible avec l’idéal socialiste doivent être proscrits, voire condamnés. Une rénovation de la commission nationale des conflits devrait ainsi être envisagée. La procédure est actuellement trop lourde et il serait nécessaire de faire en sorte qu’un ps-1.pngsocialiste ayant trahi son idéal soit rapidement mis en cause, même s’il aura ensuite la possibilité un recours devant les instances nationales du Parti.

La désinvolture par rapport au vote des militants est également l’un des problèmes majeurs du PS alors que ces votes devraient être respectés par tous. Les luttes de place et de courants contribuent enfin à étouffer le débat d’idées plutôt qu’à le nourrir, contribuant ainsi à assécher les sections. On pourrait continuer longtemps la liste de ce dont nous sommes collectivement responsables. Constatons le gâchis de talent qui n’est plus possible face à une alternance. Le renouveau du parti socialiste doit aussi conjuguer efficacité politique, éthique du débat et des comportements.

« Je n’hésite pas à le dire : il faut un parti réuni, amical et discipliné. Les phrases désobligeantes, outre leur vulgarité, font un mal terrible à l’œuvre collective. Changer de méthode, c’est ce qui fera aussi la crédibilité des propositions des socialistes car les Français sauront sur quoi ils peuvent compter.»

  1. Un Parti qui cherche… et doit trouver, ensemble !
  2.  


« Nous sommes aujourd’hui dans l’opposition mais ce qu’attendent de nous des millions de gens c’est que nous nous comportions comme si nous étions en responsabilité pour nous mettre, là où nous sommes, parti, parlement, syndicats, laboratoires, entreprises, associations, régions, départements communes, au service de la nécessaire transformation des structures économiques et sociales du pays en agissant pour que ces mutations indispensables et difficiles ne se fassent pas au profit de quelques-uns uns et aux dépends du plus grand nombre.

Nous devons avoir la même attitude intellectuelle que celle d’un chercheur devant un problème nouveau : modestie mais obstination, esprit de curiosité et d’inventivité, rassemblement des intelligences, invention de nouvelles façons de faire, de se parler et de réfléchir. »

Pourquoi ne pas inviter, même les "brebis égarés" (mais nous sommes pas à la messe), sans volonté d'ostracisme. Pourquoi ne pas se réconcilier quand c'est possible ? Pourquoi ne pas discuter ?


Conclusion

« Le Parti socialiste est un grand parti, mais c’est aussi aujourd’hui un parti qui doute. C’est fructueux, le doute, c’est se poser des questions sur ce que l’on est, sur ce que l’on pense. C’est un mouvement nécessaire, je dirai même salutaire : car j’y vois la marque de ceux qui savent se mettre en question pour avancer.

(…)

Je me sens entièrement mobilisée et animée d’une volonté très solide et du bonheur qui nous rassemble. Contrairement à ce que je lis ici ou là, je n’ai aucun esprit de rancune, de revanche, aucune amertume, y compris envers ceux dont la chaude affection littéraire m’entoure dans cette rentrée. Je ne suis animée que par une énergie positive, plus renforcée par les épreuves et les bonheurs vécus au cours de cette année écoulée ».

Ségolène Royal, 25 août 2007, Melle (Deux-Sèvres) 

Retranscrit par Jonathan Gindt

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Fabien-Pierre NICOLAS 06/09/2007 19:20

Bravo pour la belle analyse du discours qui est effectivement fort intéressant.

tefy 31/08/2007 22:18

sans rapport avec le sujet (quoique)
selon le chapô : l'article du dessus "a pour objet d’ouvrir le débat."

sauf qu'un petit malin a désactivé les commentaires (à l'heure ou j'écris ces lignes)....

et ne dites pas que c'est un accident, il faut 2 manipulations pour décocher la case qui autorise les commentaires........

sur ce.....

Mireille 31/08/2007 17:22

Merci à Ségolène d'avoir encore renfoncé la conviction profonde d'un nouveau PS du XXI, dynamique et jeune. Elle est et demeurera la Femme Debout de pendant la campagne présidentielle. Elle ne se conjuguera plus jamais au singulier, la rénovation du parti passera par elle et les militants (es) que nous sommes, plus déterminés que jamais.
Ségolène puissante et forte, plus encore aujourd'hui qu'hier.
Nous étions au RV de Melle et nous serons à tous ceux qui suivront.

Emmeline 31/08/2007 14:25

J'ai aussi beaucoup apprécié le texte du discours, merci Jonathan.

grutman 31/08/2007 14:14

Discours de Ségolène Royal effectivement très intéressant et constructif. Et bien plus riche que les extraits politiciens qui ont été choisis par les grands médias pour en rendre compte...

Après m'être découvert fabiusien, je me découvre royaliste ! Comme Sarkozy: un socialiste refoulé ;-) ! A moins que... vu les gens de l'UMP...