Un débat normal sur les régimes spéciaux ?

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

greve-sncf.jpgCela n’aura échappé à personne, même aux plus « people » d’entre nous : jeudi aura été marqué par une grande mobilisation des salariés de la SNCF et de la RATP. 


Il s’agissait bien d’une grève des régimes spéciaux, pour les régimes spéciaux. Mais l’enjeu dépasse la question de ces seuls régimes, dont la RATP et la SNCF sont d'ailleurs loin de constituer les seuls représentants.




Sauver la face


« Sauver la face », c’est sans doute un enjeu majeur pour les dirigeants syndicaux et politiques. On a donc pu constater que les acteurs tentent, au moins en apparence, de « jouer le jeu » des 2 cotés. Sans que cela exclue, chez les uns ou les autres, diverses manipulations, stratégies ou exagérations qui sont la norme dans tout rapport de force (social, mais aussi économique, industriel, culturel, international, etc)

Le monde syndical est traversé par des rivalités exacerbées par les velléités de plus en plus pressantes de réforme (représentativité, financement, etc). Au-delà des mots d’ordre, l’action syndicale doit être analysée dans ce cadre plus large. Dès lors, le bras de fer CGT-Sud ou les déclarations de la CFDT, qui y voit légitimation de ses positions de 95, sont aisément explicables. La grève des derniers jours n’est d’ailleurs qu’un élément de réflexion : le monde des syndicats patronaux est lui aussi en proie à des crises et repositionnements, comme le montre l’affaire Gautier-Sauvagnac.

Quant au gouvernement, il tente aussi de placer ses pions. Face notamment à l’érosion de sa popularité, le Président essaie de se racheter. Ses ministres sont appelés à feindre l’intransigeance, eux qui ont aussi du voir passer des réformes fiscales laxistes. Tout rapprochement avec l’amendement ADN serait bien entendu totalement exagéré…

Tout ceci n'aide pas à la mise en place d'une discussion sereine, qui serait pourtant nécessaire.


Préjugés contre préjugés


Assistera-t-on à une « remise a plat » ? Difficile, encore, de le savoir. Mais il faudrait que l’opinion publique accepte de prendre en compte la complexité du débat. Cela implique notamment que le gouvernement, les syndicats, l’opposition et les médias explicitent les enjeux de la réforme. Au vu de leur effroyable complexité, la tentation est grande d’une simplification abusive. Le gouvernement, par exemple (à tout seigneur, tout honneur...), en revient à la méthode du candidat Sarkozy : une fermeté apparente, qui permet surtout, sous prétexte « d’assumer », d’éviter toute remise en question d’une ligne politique mal justifiée.

Or que constate-t-on ? Que le « contrat social » ou que le « contrat d’entreprise » à la SNCF n’est pas le même que dans le privé. Face à des sujétions, comme l’obligation, pour assurer la continuité du service public, de travailler la nuit, le week-end ou les jours fériés, les salariés de la SNCF ne perçoivent pas de primes ni de majorations de salaire. En revanche, les efforts consentis sont compensés à la fin de la vie active par une retraite aux modalités spécifiques: plus précoce, mais pas uniquement.

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La logique à l’œuvre n’est hélas pas l’explication de ces spécificités, qui permettrait ensuite de se demander si elles sont (encore) légitimes. C’est tout simplement celle de la stigmatisation d’une certaine catégorie de la population. Un grand classique… Or les bénéficiaires des régimes spéciaux ne sont pas nécessairement des « nantis ». Chaque salarié soumis au régime général pourrait ainsi des demander pourquoi il n’a pas choisi d’intégrer la fonction publique ou les entreprises para-publiques, alors que rien ne le lui interdisait. Il existe, dans le privé, d’autres facteurs d’attractivité.

Noir contre blanc, c'est si simple...


Ne pas préempter les décisions à prendre


Une fois les enjeux clairement exposés (ce que bien évidemment je suis incapable de faire, seul dans mon coin…), restent des questions, qui doivent faire l’objet d’un débat au niveau national comme au niveau de chaque régime.

Qu’est ce qui est acceptable ? Si certains avantages sont compréhensibles au vu des conditions de travail d’une partie du personnel de la SNCF ou de la RATP, sont-ils légitimes pour ceux qui effectuent un travail administratif ? La « rupture de contrat » est un argument valide pour les cadres, mais les modes de rémunération à la RATP ou à la SNCF ont-ils vocation à être, eux aussi, intangibles?

Qu’est-ce qui est négociable ? Le nombre d’annuités n’est qu’un élément de l’équation de calcul des retraites… Le gouvernement, en se focalisant en apparence dessus, n’aide pas à créer un dialogue plus serein.

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Il y a, certes, un impérieux besoin de réforme des régimes de retraite. Qu’ils soit « spéciaux » ou non. Mais laquelle ? La méthode mais aussi le sens de la reforme que propose le gouvernement  pour les régimes spéciaux sont contestables. Or cette réforme ne peut etre dissociée du débat, plus général, qui sera nécessaire sous peu à l’échelle de l’ensemble du pays. Ses maîtres mots devraient être équilibre financier, réserves, solidarité intergénérationnelle, pénibilité(s), emploi... 

A suivre…

Néel Travers

 

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arnodu 14/11/2007 23:29

Comme quoi, l'Histoire n'a pas forcement le sens qu'on veut lui donner
http://www.historia-nostra.com/index.php?option=com_content&task=view&id=692&Itemid=60

davaro 01/11/2007 19:01

Petite séquence censurée sur tous les medias , seuls itélé et france3 12/13 ont osé diffusé cette séquence avant interdiction.
On ne sait pas si SARKOZY connait mal le dossier sur le dossier des retraites cheminots , s'il blague , s'il lache tout sur un coup de tête , si c'est pour semer la confusion chez les cheminots.... à suivre ..
http://www.dailymotion.com/video/x3ctzg_sarkozy-et-les-cheminots

Néel 23/10/2007 17:55

d'accord avec John (surprise).

Quant a pays neutre : LOL.
Ceci dit, les reflexions de l'ami Malevitch auraient sans doute bcp à nous apprendre, cf la 4e dimension dans la "nouvelle" peinture russe, etc. (pas exposée a la FIAC, mais celle des années 10-30 du siecle dernier)... mais on devie, laissons là s'affronter les guaino et les bouchet-petersen...

Pays neutre 23/10/2007 11:23

@Néel

Remarque à caractère esthétique:

Est-il permis d'etre adepte du suprématisme sans penser que celui-ci est simple et sans croire qu'il reflète le simplisme gouvernemental ou syndical en la matière ?

Emmeline 23/10/2007 10:01

Euh... les commentaires à l'article de Camille sont interdits ?