Mais qu'est-ce qu'il fout (vraiment) Olivier Besancenot ?

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Il est de bon ton actuellement de railler l’absence des principaux dirigeants socialistes sur le front socialJosiane-Balasko.JPG et plus généralement dans leur rôle en tant que principaux opposants au pouvoir en place. En interpellant de façon tonitruante les dirigeants du PS récemment, Josiane Balasko n’a fait que participer à la curée médiatique dont sont victimes l’ensemble des dirigeants socialistes actuellement. Le « PS bashing » a bien sûr des origines diverses et on ne peut pas exonérer notre Parti et ses dirigeants par ricochet de toutes responsabilités. La « chaude affection littéraire » dixit Ségolène Royal que se sont témoignés les dirigeants socialistes après la campagne électorale a fortement contribué à créer cette impression d’un Parti balkanisé, sans vision d’avenir. Les déclarations intempestives de certains parlementaires, s’écartant volontairement de la ligne pourtant décidée à la majorité (comme la récente décision du Bureau National sur le traité modificatif) sont également des causes évidentes de cette ambiance médiatique.
 

La pensée médiunique

Vautour.JPGMais au-delà de ces causes justifiées, on perçoit une forme de jubilation de la plupart des journalistes (sans parler des caciques de l’UMP), tels des vautours se goinfrant sur la carcasse de ce que serait la gauche de manière générale, à savoir « un grand cadavre à la renverse » comme Jean-Paul Sartre et non un « philosophe » contemporain a pu l’écrire.
Or, cette hallali est totalement disproportionnée quand on rappelle simplement que cela fait à peine six mois que le PS a perdu les élections. Qu’une défaite de ce type occasionne de profonds troubles dans l’identité d’une famille politique. Ou encore que sans remonter très loin dans l’histoire, on se rappelle de cette période de près de quatre ans, entre 1997 et 2001, où la droite s’intitulait elle-même « la droite la plus bête du monde » et vociférait sur ses bancs contre toutes les réformes entreprises par le gouvernement Jospin (il n’y a qu’à se rappeler l’exemple particulièrement navrant du PACS). La période d’introspection actuelle est nécessaire, même si elle a connu les dérives d’une trop forte personnalisation des enjeux. Plus elle sera intense, plus elle sera sans concessions, plus nous pourrons ensuite être en capacité de nous refonder pleinement. C’est une période peu agréable pour les militants et sympathisants socialistes mais qui est nécessaire, afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’après 2002. En ne quittant pas la vie politique de manière faussement digne, Ségolène Royal a rendu en réalité un grand service aux socialistes. Les attaques personnelles dont elle a été victime témoignent paradoxalement du fait que l’on ne peut cantonner l’explication à la personnalité du(de la) candidat(e) et que c’est le PS dans son entier qui doit se questionner. Certains objecteront que cette introspection empêche le nécessaire travail d’opposition, pourtant indispensable dans une démocratie qui fonctionne bien.

 

 

Comment l’hyperprésidentialisation du régime efface le travail souvent remarquable effectué par les parlementaires socialistes

 

On a eu l’occasion de souligner ici les limites de certaines initiatives prises par le groupe socialiste à l’Assemblée nationale. Pour autant, il ne faudrait pas négliger l’implication totale de nombreux parlementaires socialistes dans leurs hémicycles respectifs (Sénat et Assemblée Nationale). Soulignons par exemple les travaux de Alain Claeys ou de David Assouline sur les questions universitaires, ceux de Geneviève Fioraso sur la recherche, ceux d’Arnaud Montebourg sur la justice, ceux de George-Pau Langevin sur l’immigration… et la liste n’est bien entendu pas exhaustive. Malheureusement, ce travail est effacé par l’effacement progressif du Parlement et par la faiblesse du Premier ministre et du gouvernement actuels. Aucune décision ne leur appartenant, tout étant arbitré sans qu’ils soient consultés, les feux de l’actualité se concentrent rue du Faubourg Saint Honoré plutôt qu’au Palais Bourbon ou au Palais de Luxembourg. Le travail des parlementaires socialiste reste ainsi majoritairement inaudible, ce qui oblige certains de nos députés, à faire dans la surenchère verbale. Le dernier exemple caricatural est encore celui de Mme Dati sur la carte judiciaire, refusant même de recevoir les propositions du groupe socialiste, alors qu’une réunion de conciliation (autrement dit de marchandages) avec les parlementaires UMP a eu lieu à Matignon.

 
 

Ni frontale ni conciliante, l’opposition doit travailler l’alternative et pas l’alternance

 

Les reproches faits par la fameuse « pensée unique » médiatique au PS sont d’une contradiction profonde. Si Jean-Luc Mélenchon réclame une opposition sans concessions à la majorité en place, une avalanche de dénonciations en « sectarisme » s’abat sur les socialistes. Si Manuel Valls propose, maladroitement parfois, de soutenir le gouvernement sur le fond de certaines rares réformes, la meute crie à l’opportunisme et à la mollesse.

ps-1.pngEntre tentation de la pureté et mythe de l’union sacrée, il semble qu’une autre voie puisse être employée par le principal parti de gouvernement alternatif au pouvoir en place qu’est le PS. Le PS, s’il peut adresser des messages de sympathie aux mouvements sociaux qui se forment, notamment celui des fonctionnaires (au sein duquel un cortège du PS était d’ailleurs présent et bien accueilli) n’a pas vocation à se réfugier dans le contentement du suivisme syndical. Sans s’éloigner des principes stricts de la charte d’Amiens, le PS doit davantage entendre les propositions que les simples revendications du mouvement syndical.

La réforme des régimes spéciaux, entre autres, indique ce qu’est cette opposition « alternative ». Nous n’aurions pas pratiqué la même tentative de revanche sociale qui s’est soldée par la frustration de tous, celle des cheminots comme celle des usagers. Nous n’aurions pas menti aux Français sur le fait que cette réforme a minima réglerait magiquement la situation – au passage inquiétante – du déséquilibre des régimes de retraite. De ce fait, nous n’aurions pas isolé facticement de problème de l’ensemble de la question des retraites. En revanche, nous aurions aligné la durée de cotisation sur 40 ans. Soyons clairs !

 
La réforme des universités
, de la même manière. Nous aurions fait l’autonomie mais une autonomie réelle, pas celle prévue par la loi Pécresse (et par le manque de moyens du budget de l’enseignement supérieur) que nous avons décrit ici.
 


Nous ne devons pas non plus céder au moindre appel du pied d’une personnalité, aussi respectable soit-elle, sur une cause pourtant juste, avant d'être en mesure de proposer plutôt que d'hurler. La gauche efficace, économique et sociale plutôt que la gauche morale.
François Hollande a eu parfaitement raison de se rendre rue de la Banque hier au vu de l’entêtement incompréhensible des autorités au sujet de ces familles en situation régulière ne bénéficiant pas de logements décents. Il a eu d’autant plus raison de le faire que son intervention s’est soldée par quatre propositions concrètes :

 

- créer 100.000 logements temporaires: logements promis à la démolition, logements qui ne sont pasSRU.JPG occupés ;
 

- créer 120.000 logements sociaux, contre 50.000 aujourd'hui, en accordant les mêmes crédits au logement social et au logement privé, soit 23.000 euros par logement ;
 

- confirmation de "l'engagement de créer 20% de logements sociaux sur chaque programme immobilier conformément à la loi solidarité urbaine". "Je demande à Nicolas Sarkozy que, chaque fois qu'un maire ne répond pas à cette obligation, le préfet se substitue à lui", a-t-il précisé. Rappelons que cette proposition est également incluse dans la première version du rapport Attali, qu’on nous vend comme « apolitique » ; 

- encadrer les loyers pour 2008 au niveau de l'inflation.


Plutôt que la simple revendication et la déclaration d’intentions, le PS a donc fait des propositions. Qui permettra finalement de mieux faire avancer cette question cruciale ? L'action de Bertrand Delanoë (30 000 logements sociaux financés sur la mandature 2001-2007 contre 8000 entre 1995 et 2001) et de tous les présidents d'exécutifs locaux qui prennent ce projet à bras le corps ou les protestations attendrissantes (parfois) mais (toujours) totalement inefficaces d'un Olivier Besancenot ? Croyez-vous que cela est arrivé jusqu’aux oreilles de Josiane Balasko ? Le PS ne mérite pas [encore] qu'on lui tresse des couronnes de lauriers. Il ne mérite pas non plus d'être cloué au pilori.

Jonathan Gindt

Publié dans Point de vue militant

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John_G 24/11/2007 12:34

@ jani-rah,

- le "traumatisme" dont tu parles n'a pas été imposé aux adhérents socialistes, qui je te le rappelle, ont voté à 60% pour leur candidate. Et je n'ai par ailleurs pas l'impression que tous les sympathisants de gauche aient la même impression que toi ;

- sur la lisibilité du parti, de fait il existe déjà une équipe de secrétaires nationaux (dont Pierre Moscovici d'ailleurs) mais le problème comme le résume assez bien Stéphane Le Foll est que les media donne la parole à ceux, très minoritaires, qui dévient de la ligne majoritaire et arbitrée démocratiquement au sein du BN. Un sénateur de l'Essonne par exemple mais aussi un député-maire d'Evry (dans l'autre sens) parfois. Seul le(la) prochain(e) Premier(ère) secrétaire aura l'autorité suffisante pour régler cette situation ;

- Effectivement, comme le résume assez bien l'UMP, le PS est en bien meilleur forme dans les régions que rue de Solférino. Ici, à Paris, nous comptons bien gagner cette élection municipale, compte tenu en outre du bilan exemplaire de l'équipe de Bertrand Delanoë. Les camarades sont également très mobilisés à Bordeaux, Rouen, Reims, Nantes, Lyon et j'en oublie !

A Toulouse, nous souhaitons tous que les Toulousains ne démentent pas leur verdict sans appel des législatives. Et Pierre Cohen est un excellent candidat. Bonne chance à vous !

jani-rah 24/11/2007 12:05

Effectivement, la confusion actuelle, l'impression extérieure de disparition du PS est plutôt normale après une si rude défaite, et le traumatisme d'une candidature comme celle de Ségolène Royal pour nous.

Aujourd'hui il faut cependant travailler, mais aussi devenir plus lisible : une réflexion de fond, et des décisions en amont permettront d' être lisible et entendu. Aujourd'hui chaque socialiste peut avoir sa position sur tout. Il faudrait quelques secrétaires nationaux ayant autorité, parlant pour le parti.
Avec la possibilité pour chacun de marquer ses différences et de travailler à un corpus d'idées propres bien sûr.

Aujourd'hui je ne vois que Pierre Moscovici qui joue ce rôle sur les affaires internationales : clairement identifié, les média vont le voir, et sa position est celle du parti généralement.

Mais je pense que notre situation n'est pas aussi catastrophique que celle décrite à l'extérieur, il y a du mouvement en interne.

Ici à Toulouse on espère bien la victoire aux municipales avec Pierre Cohen, donc peut-être que nous sommes plus dynamiques qu'ailleurs cependant.

Ethno-Maso républicain 24/11/2007 00:03

“Cachez ce Christ que je ne saurais voir !”
ou la dhimmitude tranquille…

Au fond de la Chambre civile de la Cour d’appel de Pau, se trouve un magnifique vitrail du 17ème siècle représentant un Christ crucifié. Le 18 octobre dernier, ce vitrail fut voilé une grande partie de l’après midi.

La raison ? la Cour d’appel recevait la visite du ministre de la Justice, Rachida Dati…

Source : L’Eclair (quotidien du sud-est), 19 octobre 2007

Néel 23/11/2007 19:06

Je fais rarement des commentaires dont le but n'est que de marquer mon approbation. Mais là, je plussoie, et vigoureusement, encore !

(même si il y a une faute dans l'orthographie du nom de George Pau-Langevin, et même je suis amusé de l'habileté avec laquelle John a su recaser Ségolène ;-))