Vu(e) d'ailleurs [2] : l'Amérique présidente !

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


International-socialiste.JPGAprès s'être envolé pour la Chine et avant de franchir les Alpes, voici notre premier rendez-vous outre-Atlantique, alors que les primaires américaines battent leurs pleins. Pour ce premier épisode, Thomas Ernoult nous relate l'un des favoris de l'investiture démocrate, à savoir le sénateur Barack Obama.

Boston, Massachussetts - Il y a quelques semaines...

Ovationné, écouté, et admiré par une foule de 9500 Bostoniens rassemblée aux Commons par une belle et chaude nuit d’automne, Barack Obama a montré à qui en doutait encore toute l’étendue de son talent oratoire. 

Obama.JPGL’homme, que la presse américaine avait trouvé falot et peu inspiré dans les derniers débats télévisés (je partageais cette analyse) entame à Boston un discours de 45 minutes, en plein air. La voix est posée, assurée, rassurante et Obama s’exprime quasiment sans notes.

Beaucoup autour de moi se souviennent du discours qui l’avait propulsé sous les feux de la rampe, le 27 juillet 2004 lors de la Convention nationale Démocrate d’investiture de John Kerry, à Boston également. Tous en frissonnent encore.

Le discours de ce soir est électrifiant, qui survoltera d’une brillante manière tous les grands sujets de préoccupation des Américains : la couverture-santé (notamment celle des enfants – le Président Bush a opposé récemment son veto à la prolongation du Children’s Health Insurance Program Reauthorization

Act), la guerre en Irak, la pauvreté, l'éducation, l’urgence environnementale, la place des Etats-Unis dans le monde,…

 

Leste et dynamique, le Sénateur de l’Illinois arrive sur la scène, souriant. Il peut l’être.

Celui qui, il y a seulement quelques années – quand John McCain entrait dans la course pour la Présidence et qu’Hillary Clinton s’apprêtait à gagner son siège de Sénatrice –, s’interrogeait sur son avenir politique vient de recevoir, et de quelle manière !, un important soutien.

Deval Patrick

Le second Gouverneur noir des Etats-Unis, élu du Massachussetts, Deval Patrick, a précédé Barack Obama : « We need a leader who is ready to call in our times for our service, and our sacrifice,” Patrick said. “You see, this election is not just about who we want. It’s about who we are. I want a president who understands that. I want Barack Obama. »

 

Gouverneur Patrick appuie Obama sur la question des valeurs et du caractère, primant dans l’esprit du plus sérieux concurrent d’Hillary Clinton - toujours talonnée dans les sondages comme dans la levée de fonds - sur l’expérience. « For once, I want a campaign that’s not about thecandidate, but about us *. Not about a resume *, but about character. Not about connections and convenience, but about conviction. Not about smearing the competition, but about lifting us all up » lance-t-il très en verve (sans jamais nommer Mme Clinton) devant des partisans évidemment très réceptifs.

« I don’t care whether the next president is the first black president or the first woman president or the first whatever. To tell you the total truth, what I care about is whether the next president has moral courage and a political backbone and the humility to admit what he doesn’t know and the wisdom to learn from others. »

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C’est donc à un référendum pour le changement qu’appelle Obama  – d’ailleurs, le changement est partout ici : les affiches, les pancartes, les cartons, les autocollants… Changement de visage, changement de politiques, changement des règles du jeu : «We don’t need someone who said ‘elect me I know the system’, because the system doesn’t work for us. We don’t need someone who knows how to play the game better; we need someone to put an end to the game playing » insiste le Sénateur, répondant directement aux attaques répétées contre son inexpérience, son manque de doigté dans les affaires capitoliennes, dans l’entre-soi trop bien calfeutré du pouvoir à Washington, DC. *


Barack Obama dresse d’abord le constat des échecs de l’administration Bush :

- une guerre en Irak sanglante reposant sur le mensonge, contre-productive et budgétivore,

- un système de santé inique (sa mère est morte assez jeune d’un cancer et a passé la fin de sa vie à étudier les polices d’assurance, inquiète pour la situation de ses enfants)

 

- des infrastructures routières vétustes et dangereuses (ponts qui s’écroulent,…),
 

- des inégalités accentuées (révélées notamment par le drame écologique, puis humanitaire de Katrina en Nouvelle-Orléans comme par le scandale judiciaire de Jena à caractère raciste),

- une incapacité chronique à regarder en face le réchauffement de la planète,

- l’image de la Maison-Blanche – et subséquemment celle des USA – considérablement dégradée dans le Monde, …

 

Assumant l’idéalisme qui lui est reproché à DC., l’ancien volontaire des quartiers pauvres et défavorisés de Chicago réveille la génération des vingtenaires d'aujourd'hui, celle que Thomas Friedman - le très influent chroniqueur du Times de New York - a appelé la Génération Q (Q pour Quiet: calme, paisible, trop sage) de Nouvelle-Angleterre : « Oui, je suis en colère ! * Oui, je suis impatient ! Oui, je suis frustré ! ». 


Et, appelant au changement, il promet de :

- se retirer d’Irak d’ici la fin de l’année de son entrée à la Maison-Blanche, avec l’ouverture d’une grande Conférence multilatérale sous le haut patronage de l’ONU ;

- mieux payer les enseignants ;

- permettre à tout citoyen américain d’être soigné dans de bonnes conditions ;

- donner à chaque jeune Américain, même sans le sou, l’opportunité d’aller au collège (l’équivalent de l’Université ici).
Dans une tirade jouant sur le pathos, il déclare : « I saw children without any prospects for future. They could be my children, my brothers. They are our children » ;

- faire en sorte que chacun puisse mener une vie décente sans avoir besoin de cumuler les emplois ;

- prendre à bras le corps la question de l’énergie et du climat ;

- revenir sincèrement à la tribune de l’ONU (« America is back » lance-t-il à la Reagan…), de parler à tous les acteurs de la communauté internationale, y compris aux ennemis des Etats-Unis.
Et Obama de citer JF Kennedy : « Never negotiate with fear, but never fear to negotiate ! ».

 

Barack Obama, à quelques semaines du premier scrutin des primaires dans l'Ioha et le New Hampshire (petits États certes, mais très courtisés pour leurs effets d’entraînement), exhorte enfin la jeunesse, encore elle, la Génération Q, celle des croisades Facebook, profile contre profile. « Trust in yourself and in your ability to bring change ! * » martèle le jeune Sénateur noir à la foule composée en grande majorité de blancs  

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« Trust in yourself and in your ability to bring change !
»… Cette dernière phrase ainsi que toutes les autres marquées d’un astérisque (je vous invite à remonter un peu dans l’article) a comme un parfum des thèmes et slogans de la campagne de Ségolène Royal, au printemps dernier. Il y a évidemment matière à discuter et n’allez pas croire que j’assimile les deux personnalités politiques. Je veux simplement pointer du doigt certaines points communs.

La première similarité me semble évidente : le procès en incompétence et en inexpérience. Les deux répliquent en dénonçant le système dans son ensemble, veulent remettre les règles à plat, casser les collusions mal saines, les accointances incestueuses et se positionnent, faute de mieux, comme des ex-siders assumés et fiers de l’être.

Secondement, et toujours dans la même veine, Obama et Royal mettent chacun l’accent sur la participation populaire (du bas vers le haut), d’abord au succès de leurs campagnes (« J’ai besoin de vous ! » et « … your ability to bring change ! »), puis de leur exercice du pouvoir si tant est qu’ils obtiennent le ticket d’entrée qui à la Maison Blanche, qui à l’Élysée.

Troisièmement, ils portent tous les deux des idées plutôt en rupture, en décalage avec les propositions traditionnellement portées par leurs camps. Chacun préfère insister sur des valeurs, établir quelques règles simples et transparentes permettant à chaque individu de « réussir sa vie ».

Encore : tous deux se disent libres ; libres du système (encore lui !), libres des carcans idéologiques dépassés. Exemple : Obama est contre la guerre en Irak dès le départ ; Ségolène Royal est contre l’idéologie punitive du profit (cf. Challenges du 29 mars 2007).

Quatrièmement, Barack Obama comme Ségolène Royal savent se mettre en colère quand les injustices sont insupportables…


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Sharky 05/12/2007 14:47

@ Pierre Henri
Comme en France avec MSR il y a toujours le candidat qui confirme la règle, et le fait que ce soit une candidate n'est que fortuit je pense. A moins que nous ne soyons qu'un monde d'ignobles machos!

pierre-henri 05/12/2007 00:36

Juste pour revenir sur le commentaire de Sharky, le dernier sondage publié par Reuters montre que les Démocrates gagnent dans tous les cas, sauf en cas de désignation d'Hillary, qui perdrais contre tous les candidats Républicains (Giuliani, McCain, Romney-> le mormon et Huckabee-> le pote de Chuck Norris, etc). Bref la victoire démocrate n'est en aucun cas acquise...
Attendons l'Iowa pour faire des pronostics :)

grutman 03/12/2007 22:32

Ah non, le PS ne doit pas changer de nom. Ce n'est pas en changeant l'enseigne du magasin qu'on en fera une vitrine plus attrayante. C'est en proposant des produits attractifs. Donc au PS de convaincre une majorité de Français que son programme est le meilleur. Les deux termes, parti et socialiste, ont un avenir pour peu qu'on sorte du bourbier actuel.

Vive le PS !!!

Diego 03/12/2007 16:04

Excellent ! Et je ne dirai q'une chose, on voit encore ici que c'est n'est pas, à gauche, "un PS" qui lève les foules mais bel et bien un "Parti Démocrate". Le PS a les mains libres pour changer de nom... !

Sharky 03/12/2007 13:12

Après Bush si les Démocrates ne l'emportent pas c'est qu'ils sont pires que le PS français! C'est la plus imperdable des imperdables celle là, tout comme en France lors des dernières élections.