De vrais assistés, ingrats en plus !

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Dès que le président est en difficulté et que l'opposition ose s'opposer, la majorité ne manque pas de rappeler que Nicolas Sarkozy a été élu sur un programme et des promesses qu'il faut bien qu'il applique. Sa pleine légitimité serait donc fondée sur le mandat que lui ont confié les Français après avoir entendu ce qu'il promettait lors de la campagne. Comme nous l'avons fait récemment avec la pantalonnade dans le domaine international et sans revenir aux promesses indiquant qu'il serait le "Président du pouvoir d'achat", nous reviendrons aujourd'hui sur l'une de ses promesses phares, qui a sans doute attiré vers lui une bonne partie de l'électorat ouvrier.

Serial-liar

Comment ne pas se souvenir du discours prononcé devant le carreau Wendel le 18 avril dernier ? LorsMenteur-menteur.JPG d'un discours d'une démagogie rarement atteinte au cours d'une campagne électorale, même chez les candidats purement contestataires, Sarkozy n'hésita pas à remettre en doute la légitimié du Plan Acier de l'époque, à déclarer que le "marché [était] performant sur le court terme mais aveugle sur le long terme" avant d'ajouter, paroxysme de la démagogie : "je veux me battre contre les délocalisations [...] le mot fatalité ne fait pas partie de mon vocabulaire" ou encore "je n'ai pas aimé que l'on laisse mourir Pechiney"...


Comment ne pas s'apercevoir aujourd'hui de la réalité des faits et de la contradiction profonde avec la politique menée par le gouvernement ? La politique industrielle est inexistante, faute de volonté bien sûr, faute de crédits surtout gaspillés en juillet dernier avec les funestes cadeaux fiscaux. Les délocalisations se poursuivent donc, dans l'indifférence générale, contrairement à tous les engagements de campagne. Mais surtout, les dernières délocalisations annoncées changent de nature et de deux façons. Tout d'abord, alors que seules les industries à faible valeur ajoutée se délocalisaient et que l'on prétendait au caractère inexorable de ces dernières, c'est désormais au tour des industries à forte valeur ajoutée de délocaliser leurs productions. Ensuite, et c'est sans le doute le plus incroyable dans ces récentes annonces, ces délocalisations sont le fait d'entreprises en relation directe avec l'Etat. 


Délocalisons, avec l'argent des contribuables !

Deux exemples récents donnent le tournis si ce n'est autre chose. 

Rafale.JPG- Dassault ou l'envol sauvage de l'oie gavée aux fonds publics : depuis plus de 50 ans, Dassault Aviation, en dehors de ses programmes civils (Falcon) est dépendante des commandes publiques. Elle dispose même très largement de fonds publics pour développer ses aéronefs. Le seul exemple du programme Rafale, dont le coût de développement dépasse largement les 35 milliards € et le désastre commercial assumé par le seul Etat français démontrent à quel point les liens entre l'Etat et Dassault sont vivaces. Pourtant, cela n'a pas empêché le PDG de Dassault de déclarer sans ambages, que "tout était délocalisable", en dehors (encore heureux) des centres de décision. Ce type de déclaration ne peut pas être admis par l'Etat français, dans la mesure où l'existence-même de Dassault et de ses performances financières dépendent des commandes de ce dernier ; 

- EADS ou l'Etat qui organise lui-même la délocalisation d'activités du territoire français : Arnaud-Lagard--re.JPGon atteint dans cet exemple le comble de la tartufferie d'Etat. Arnaud Lagardère, qui on ne le répétèra jamais assez, préfére passer pour "incompétent plutôt que pour malhonnête" persévère visiblement puisqu'il a déclaré tout à trac dimanche dernier qu'une grande partie de la production des Airbus allait être également délocalisée. Rappelons simplement que l'Etat français reste actionnaire à hauteur de 15% du capital d'EADS, que le secteur aéronautique en France est l'une des principales réserves d'emplois mais aussi de recherche-développement. Que l'Etat décide lui-même d'avaliser une délocalisation d'une entreprise dont il contrôle une partie du capital, ce serait en tout cas une première qui serait la première véritable "rupture" du quinquennat. 


Dans les deux cas, bien évidemment, le prétexte de l'Euro fort est avancé pour légitimer les délocalisations. Bien évidemment, l'Euro est à niveau trop élevé et cela porte en partie préjudice à Airbus dont les coûts de production sont en Euros et les recettes commerciales en dollars. Mais outre que cet argument peut être relativisé  (toutes les commandes ne sont pas impactées de la même façon : 40% d'entre-elles sont intra-européennes), il est inconcevable de déplacer des usines de production d'une telle importance à la petite semaine en tenant compte de l'évolution du marché des changes (qui évoluent d'ailleurs sans que l'anticipation soit évidente). Faudra-t-il les redéplacer dans six mois si la parité Euro-dollar s'inverse ? Ces arguments ne sont donc pas recevables. Ils le sont d'autant moins que ces entreprises sont, indirectement ou très directement, liées à l'Etat, aux fonds publics.

Les socialistes doivent être à l'avant-garde dans ce combat parce que dans ce cas, l'Etat peut beaucoup, voire tout. Sa démission dans le cas d'espèce serait inqualifiable, tellement elle mettrait en cause l'emploi bien sûr, notre industrie mais aussi nos intérêts stratégiques.

John_G
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