Derrière le masque du "consensus", les deux visages de l'écologie

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Pacte de Nicolas Hulot, démarche engagée par Al Gore, « Grenelle de l’Environnement » : le thème de l’urgence d’un effort volontariste en faveur de l’environnement s’est imposé avec une rapidité étonnante dans le débat public dans la période récente. Un consensus semble même s’être dégagé dans le sens d’une prise en compte transversale des problématiques environnementales dans nos politiques publiques. Si l’on peut se réjouir que ces actions contribuent à une sensibilisation de l’opinion aux enjeux environnementaux tout en restant prudents quant à la portée réelle du Grenelle de l’Environnement et de certains de ses effets d’annonce, il convient d’aborder avec beaucoup de méfiance ce nouveau « consensus »… Il appartient ainsi aux socialistes d’opérer une véritable clarification sur ce point, au profit d’une conception rationaliste, progressiste et démocratique de l’écologie.

 

Méfions-nous des « faux consensus » et appliquons leur aussi le principe de précaution…

 

L’écologie et les politiques environnementales font l’objet de deux grandes approches qu’il convient de bien distinguer.

 

D’un côté apparaît une conception rationaliste et progressiste qui voit dans le progrès technique et dans les techniques de marché, des instruments possibles au service du développement durable. Cette approche consiste concrètement, sans pour autant nier que des amendements doivent être apportés à nos pratiques et à notre modèle de croissance, à concevoir l’innovation technologique comme un gisement de solutions aux problèmes environnementaux. Elle implique un renforcement de l’effort de recherche et développement, par ailleurs vecteur de croissance économique. Elle n’exclut pas d’emblée non plus la réflexion et le débat sur le recours à des mécanismes de marché pour orienter les comportements des acteurs tels que la mise en place de marché de droits à polluer notamment.

 

Club-de-Rome.JPGDe l’autre côté apparaît une autre conception à laquelle l’écologie s’est souvent résumée dans les représentations les plus stéréotypées, celle d’une écologie fondamentaliste, préconisant une révision profonde de nos modèles de développement, vouant une grande méfiance aux avancées technologiques et conférant même pour certains à la nature une dimension presque religieuse. D’une certaine manière, le parti de la décroissance en constituait la manifestation dans les années 70 et encore aujourd’hui.

 

La contradiction entre ces deux visions apparaît ici clairement. Cependant, le consensus actuel, à l’image de l’engouement presque unanime pour le pacte environnemental de Nicolas Hulot pendant la campagne présidentielle, doit interpeller. Ne serait-il pas le fruit d’une ambiguïté, ou même de l’amalgame entre ces deux grandes conceptions de l’écologie qui ont bien peu à voir et sont même contradictoires ?

 

Si ces deux approches ont pour point commun la conscience de la nécessité de promouvoir un développement soutenable, respectueux des équilibres naturels, elles se fondent sur deux optiques radicalement différentes dans leur philosophie générale. L’illusion d’un consensus provient sans D--croissance-copie-1.JPGdoute du fait qu’elles peuvent converger sur certaines mesures d’ordre pratique ici ou là.

 

C’est pourtant entre ces deux visions radicalement différentes dans leur philosophie que se situent le véritable débat et le véritable enjeu. Or le consensus récemment dégagé ne permet pas de faire la part des choses entre ces deux conceptions, il tend plutôt à tracer une ligne de clivage simpliste entre ceux qui seraient sensibles à l’enjeu environnemental et ceux qui ne le seraient pas. Au final, ce qui est présenté comme le fruit d’une prise de conscience inédite contribue paradoxalement à passer à côté des véritables enjeux et à bloquer le débat…

 

L’on pourrait d’ailleurs disserter à l’envi sur l’ambivalence du consensus en politique plus généralement : il peut être un facteur de prise de conscience et d’accélération de la décision politique comme il peut être, bien souvent, le fruit d’une ambiguïté et retarder la révélation des vrais enjeux du débat…

 
 

Un impératif de clarification pour les socialistes face à la tentation insidieuse de l’obscurantisme et du malthusianisme

 

En plus de brouiller les cartes, le consensus actuel semble signer le triomphe ou tout du moins la propagation d’une vision fondamentaliste. Cette approche trouve un terrain d’autant plus prospère dans un contexte de scepticisme ambiant qui favorise les raisonnements malthusiens dans l’opinion publique en France et probablement plus généralement en Europe. Difficile dans ces conditions, sans céder pour autant à un discours paranoïaque sur l’existence d’une supposée « pensée unique », d’adopter une posture explicitement rationaliste sans être assimilé à un adversaire de la prise de conscience écologique.

 

Pourtant, les socialistes sont attendus sur ce point. Attachés à l’héritage du rationalisme des Lumières, la gauche doit porter clairement et explicitement une vision positive et progressiste de l’écologie. Soucieux d’apporter des réponses transversales aux problématiques environnementales,Eoliennes.JPG les socialistes n’ont pas attendu l’engouement actuel pour ces questions pour s’en saisir. Cependant, loin de céder à la tentation du mimétisme, ils doivent avoir aujourd’hui avoir le courage d’apporter une clarification dans le débat actuel et d’affirmer leur préférence pour une conception rationaliste de l’écologie.

 

Il s’agit, dans le respect d’un principe de précaution essentiel pour la santé publique, de ne pas céder par automatisme à un scepticisme mécanique face à toute innovation. Cette « technophobie » est pourtant présente, implicitement et peut-être même inconsciemment, dans les discours ambiants. Or l’écologie ne saurait constituer le cheval de Troie d’une technophobie qui constituerait un nouvel obscurantisme.
 

Progressisme et rationalisme ne signifient pas pour autant confiance aveugle dans la technologie et occultation des grands débats sur les choix technologiques et énergétiques comme ce fut le cas en France concernant les conditions dans lesquelles a été lancé notre programme nucléaire. Au contraire. Le débat public et la démocratie ont encore beaucoup de progrès à accomplir dans ce domaine.

Il est ainsi essentiel que cette conception rationaliste se double d’une conception démocratique des grands choix technologiques, associant au maximum les citoyens, les chercheurs, les intellectuels et, sur les questions éthiques, les représentants des cultes à la délibération politique. C’est sur ce point essentiel aussi que les socialistes doivent se distinguer de la droite qui, à l’occasion d’un choix essentiel, celui du développement du réacteur EPR, a administré la preuve qu’elle goûtait peu le débat sur les choix technologiques ou d’une écologie technophobe qui aspire aussi peu à un débat équilibré sur les OGM notamment.

 

Parce que céder au pessimisme et au malthusianisme ne serait pas moins qu’un renoncement aux valeurs de la gauche et à sa filiation à la pensée des Lumières, la gauche doit donc faire entendre une voix différente et claire en matière écologique, dans le sens d’une conception progressiste, rationaliste et démocratique. Le processus actuel de rénovation et de questionnement sur l’identité de la gauche est l’opportunité d’opérer cette clarification…

Bastien Taloc

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Commenter cet article

John_G 17/12/2007 13:20

@ Bruno,

ah bon, pour ma part, contrairement à un fantasme né de la campagne électorale, je n'ai jamais apprécié les grandes capacités littéraires de Sarkozy, entre "héritation" et autres "abdominem". Je ne connaissais pas cette anecdote de Mitterrand mais même si j'admire le personnage, décidément, la rupture est bien loin, entre continuité du pire de la Realpolitik chiraquienne et proximité avec la lie de la mitterrandie vieillissante (Dumas, Charasse...).

Bruno 17/12/2007 07:28

Clement,
1) Ce que tu dis n'est pas tres malin, comme l'a justement fait remarquer Sharky.
2) Mitterrand avait loue la culture litteraire de Sarkozy, notamment sur Malraux et Camus, apres en avoir discute lors d'un voyage a l'etranger (pays de l'est). Je suppose que Mitterrand s'y connaissait.
Alors les cliches ecules et les calembours a deux francs, merci.

clement 16/12/2007 17:20

Je suis honteux de te faire subir ma médiocrité mais satisfait que tu te l'infliges librement...un peu comme la majorité silencieuse n'est ce pas ?
En l'occurence, je ne pense pas que le club de Rome puisse être analysé pertinemment avec la grille de lecture que tu nous proposes...
c'est ballot

Sharky 15/12/2007 17:31

Dites donc Clément, vous êtes restés au printemps dernier avec vos "pipoles" à 2 balles avec des reflexions du genre les "miens y sont plus beau que les tiens" et autres Naboléon. C'est la cave de la conscience politique!

Et après cela se veut intellectuel en vantant les "oeuvres majeures" écrites au kilos par des nègres, pour des politiciens de Gauche sous occupés en mal d'auto promotion et d'argent de poche.
Sainte MSR donne-t'elle les droits de son auto évangile à des oeuvres caritatives comme promis du bout des lèvres à un journaliste facécieux? Encore faut il en vendre!
Pfffff, la route va être longue dans ce désert.

clement 14/12/2007 20:39

Merci pour ce post...
Le club de Rome c'est tout de même d'un autre niveau que les pactes de Hulot...
Quant à Bruno, préfères tu Tapie, Johnny, Clavier ou Doc Gynéco ???
PS : ça ne fait pas trop mal de savoir que Naboléon n'a jamais dépassé les 2 ouvrages au compteur ?