2008, année du retour de la gauche

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Après les "cinq piteuses", autrement dit les cinq jours de la visite de Kadhafi en France, cette semaine marque de manière assez évidente une profonde évolution, sept mois après l'élection de Nicolas Sarkozy.

Même si certains n'ont certainement pas tort en percevant une forme de manipulation dans les déclarations - un peu trop franches pour ne pas être coordonnées - de Rama Yade, on sent bien que cela a en partie échappé à l'Elysée. Contrairement au fantasme de certains commentateurs et d'Opinionway, l'opposition a eu la possibilité de reprendre le dessus, et elle l'a prise.

Face à cela, et afin de brouiller encore davantage les cartes, un prochain remaniement serait envisagé. Il donnerait lieu à de nouveaux débauchages, témoignant si l'en était besoin du simple caractère stratégique de cette opération.

Tout cela doit être fait pour respecter le tempo des municipales, qui commence à s'accélérer. Patrick Devedjian n'a pas hésité à dire qu'il s'agissait d'un vote à signification nationale. François Hollande, lui répondant, lui a emboîté le pas en disant qu'il s'agissait d'un référendum anti-Sarkozy. On peut apprécier la franchise de ces deux analyses, les deux grands partis rejetant souvent cette interprétation, au gré il est vrai des résultats obtenus. D'autres pourront objecter que les élections municipales portent sur des enjeux locaux, des hommes plutôt que des idées voire des projets "apolitiques" si l'on rentre dans le conception bisounourso-bayrouïste.


Paris vaut bien une... remise en cause de la fonction présidentielle !


En réalité, cette deuxième interprétation des élections municipales n'est plus possible. Rachida Dati, candidate parachutée dans le VIIème arrondissement de Paris (face à l'excellente candidate socialiste Laurence Girard) vient d'indiquer que le Président de la République s'impliquerait personnellement dans la Sarkozy-UMP.JPGbataille des municipales, viendrait même sur les marchés (sic), voire participerait à des meetings de campagne. Voici donc tout le sens de la rupture : la campagne permanente. Sauf que si on ne peut pas empêcher Nicolas Sarkozy de continuer à faire des discours de campagne quand il intervient en tant que chef de l'Etat, on s'étonne fortement qu'il oublie ce que cette fonction lui incombe comme positionnement "au-delà des partis". Il est incompréhensible par ailleurs qu'un Président se vantant d'avoir pratiqué une "ouverture" explique ensuite que tous les pouvoirs devraient être concentrés dans les mains d'un seul parti (l'UMP) et des groupuscules l'entourant qui lui ont fait allégeance.

C'est à ce niveau qu'intervient la déclaration de Bernard Kouchner, qui ne sait plus quoi dire pour tenter d'exister. Il a déclaré dans une phrase alambiquée dont il a le secret : "que la victoire de Bertrand Delanoë ne lui déplairaît pas", rajoutant, in extremis, que cela ne signifiait pas que Françoise de Panafieu lui déplaisait. Cette réaction a immédiatement donné l'occasion à certains féodaux parisiens de l'UMP de se payer le soldat Kouchner, notamment les inénarables anciens compétiteurs à la désignation face à Panafieu, à savoir Goasguen et Lellouche. La candidate UMP a elle, feint de jouer la grande joueuse. On craint en réalité qu'elle n'ait soit pas compris soit apprécié le simple fait que Kouchner parle au moins d'elle. Cette déclaration a pu faire croire certains au génie sarkozyste tentant de faire croire à une volonté élyséenne de faire perdre l'UMP à Paris et de porter Bertrand Delanoë aux nues pour plus tard. Cette lecture est totalement fausse. Plus que jamais, Nicolas Sarkozy veut la victoire de chacun des candidats UMP. Il s'agit d'un test national, dont il n'hésitera pas à exploiter les résultats s'ils lui sont favorables.


La contre-attaque plutôt que la résistance

Cette manoeuvre témoigne d'une chose : ces élections municipales mettront chaque Français devant un choix à double facette. Bien sûr, il s'agit de choisir des orientations d'une politique locale et bien entendu, comme le rappelle à juste titre Bertrand Delanoë notamment à qui l'on demande souvent de réparer tous les dégâts causés par la politique gouvernementale, la municipalité dispose de compétences précises et limitées. Mais il ne faut pas perdre de vue qu'au-delà de la lecture politicienne qui en sera faite, le seul moyen pour les Français de créer des ilôts non pas de résistance mais de contre-attaque à la politique menée au niveau national se trouve d'ici les régionales de 2010, au niveau municipal (et cantonal). Dans de nombreux domaines (économie, petite enfance et écoles primaires, environnement...), les municipalités peuvent pallier les carences étatiques et proposer de véritables contre-propositions concrètes. C'est aussi avec ces laboratoires de terrain que le PS pourra construire l'alternative nationale.


Pourquoi François Bayrou aurait du refuser de monter dans l'appartement... d'Alain Juppé


Par ailleurs, comme nous l'avions déjà écrit ici, il est illusoire, pour les électeurs du Modem comme pour toutes personnes souhaitant créer des alternatives au sarkozysme, de croire à une schizophrénie entre l'UMP nationale et ses équipes locales. Le troc politicien organisé entre François Bayrou et Alain Juppé (craignant la panne électorale à Pau, Bayrou a cédé aux avances d'Alain Juppé lui promettant d'user de son influence...) est l'exemple caractéristique des dérives de l'absence d'une consigne nationale.

On ne peut pas prétendre, comme le Modem mais aussi comme toute organisation politique
Bayrou---cart.JPG proposant la remise en cause du sarkozysme (pensons à la LCR par exemple), vouloir éviter la concentration des pouvoirs, être en désaccord profond avec la plupart des actions du gouvernement et de la majorité actuels et dans le même temps, s'allier en fonction des circonstances.

On peut le regretter, mais ces élections locales auront valeur de validation grandeur nature de la fin de cet "état d'apesanteur" de la majorité présidentielle qui a  tenté de brouiller les cartes pour mieux rafler la mise finale. Essayons de remettre de l'ordre et montrons que des victoires nettes de la gauche, sur des projets solides, c'est loin d'être du bluff.

 

 

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Emmeline 17/12/2007 22:10

Non, Sharky, comme je l'explique (mais vous ne lisez JAMAIS ni les billets ni les commentaires ?) les "Trente Glorieuses" elles-mêmes, expression du démographe Alfred Sauvy désignant les années 46-73, sont déjà un jeu de mots avec les "Trois Glorieuses", journées de juillet 1830. J'éclaire le débat public et c'est ma joie, comme dirait l'autre... (oui c'est une vraie cause vraie)

John_G 17/12/2007 19:27

@ Sharky,

- oui j'aime bien le retour aux fondamentaux de temps en temps. Sans doute mon côté droitier :-)

- sur les impôts locaux, je t'ai déjà donné les infos dans l'un de nos précédents débats. Je ne vais pas y revenir.

Sharky 17/12/2007 19:20

Ah John reprends ses fondamentaux :
-tu n'as pas lu ou ne sais pas lire!
-la mauvaise fois, tu parles de jours et pas de journées, et puis c'était pour rire arrête de vouloir gagner sur tout avec n'importe quelle justification alambiquée.
- l'attaque personnelle avec l'argument de front bas avec mes pb d'ortographe (seule Maitresse Emmeline a le droit de me reprendre car chez elle c'est une vraie cause vraie, pas chez toi ou c'est le pauvre argument ultime) et de math (? c'est pas moi c'est Grutman!)

@ Emmeline
N'était-ce pas des "années" (45, 50's, 60's,75) pour le coup, les Trente Glorieuses? ... tout comme les "années" folles.

PS de fond : @ John. A quel prix d'augmentation des impots locaux, ah mais c'est la Décentralisation bien sur.

Emmeline 17/12/2007 17:13

Pause culture : Sharky, les "Trente Glorieuses" (oh mais "ans" c'est masculin !) faisaient déjà référence aux "Trois Glorieuses", ces journées (pas jours) de la fin de juillet 1830 où les Bourbons avaient définitivement été renversés. Quand on ne sait pas...

John_G 17/12/2007 14:52

Au fait, j'avais oublié de répondre sur deux points :
- "journées", c'est féminin non ? Par ailleurs, sur les vingt dont tu parles, personnellement, je n'en compte que 15 dont 5 en cohabitation... Décidément, l'orthographe puis les mathématiques Sharky... T'es sûr que le niveau baisse ou qu'il était bas à ton époque ?
- sur le Modem, ce que je reproche à Bayrou, c'est son inconséquence totale et ses alliances à la carte. De toutes façons, son électorat qui restera aux municipales se reportera massivement sur le PS. Là-dessus, je n'ai aucune inquiétude.