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Mardi 22 janvier 2008

On pourrait en rire, s'en satisfaire en tenant un raisonnement purement cynique et électoraliste. Mais le spectacle donné au plus haut sommet de l'Etat est tellement consternant qu'on pense aussi et avant tout à notre pays, à son avenir, quand on sait que les rênes ont été confiés à une véritable bande de guignols, qui en plus, sont satisfaits.

Prenons le simple déroulement de cette journée pour tenter d'illustrer - à nouveau - l'incurie et l'amateurisme qui caractèrisent l'équipe "gouvernante".

Une chose est sûre : il s'e(m)mêle !

Tout d'abord, l'exemple de la cacophonie malheureusement reproduit, vient bien sûr d'en haut. Dans ce cas, on a même droit à un multi-récidiviste. Sarkozy a effectivement d'abord déclaré, tout de go, qu'il allait s'engager dans la campagne des municipales, puisque une "électionSarkozy-municipales.JPG non-politisée, c'est une aberration". Au passage, n'était-ce sa phrase qui était une aberration : comment une élection ne peut pas être politique ? Mais voilà qu'aujourd'hui, après des sondages calamiteux (pour la majorité) dans la plupart des villes et au niveau national, après sa propre chute spectaculaire de popularité, qu'il déclare, toute honte bue ne plus vouloir désormais s'"engager dans les batailles municipales". Il le déclare dans une ville d'autant plus symbolique qu'il s'agissait de Pau, où il aurait pourtant pu illustrer sa prétendue réussite de l'"ouverture" qu'il avait imposée à l'UMP aux municipales, au prix de toutes les contorsions.

Par charité... laïque, ne tirons pas sur l'ambulance mais ces contradictions multiples sont préjudiciables à la qualité du débat démocratique, dans la mesure où aucune cohérence politique ne se dégage. Sarkozy ne sait plus sur ce quel pied danser. Heureusement que la gauche est "convalescente", qu'est-ce que ce serait si elle était en pleine forme...

Fadela, casse-toi de là !

De la même manière, on ne va pas trop avoir de compassion à l'égard de Fadela Amara, puisqu'elle est finalement totalement responsable de la situation dans laquelle elle se trouve, mais tout de même...

Aujourd'hui, après moult hésitations sur la venue ou non du Président puis du Premier ministre puis de... personne, Fadela Amara était heureuse d'annoncer enfin sont fameux plan "anti-glandouille". Des annonces assez plates, la réinvention de l'eau chaude, bref des mesures bien éloignées de l'ambition du "plan Marshall" évoqué pendant la campagne mais quelques pistes à creuser. Comme l'a bien résumé Aurélie Filippetti, porte-parole du groupe PS à l'Assemblée Nationale, on est passé au plan du plan "anti-glandouille" à la "maxi-embrouille".

Quelques heures plus tard, Christine Boutin, Ministre du Logement, n'hésitait, pas dans le petit jeu de p
Amara-Boutin.JPGing-pong médiatique qu'elle impose à Fadela Amara depuis plusieurs semaines, à déclarer que le plan présenté "manquait de prudence" et que "le temps des annonces, c'est terminé : les Français veulent du concret". Non, loin de là, Christine Boutin n'a pas rejoint le PS. Ses critiques sur le plan d'Amara n'ont d'ailleurs rien à voir avec celles que pourrait faire la gauche. Mais voilà simplement une Ministre de tutelle qui vient contredire quelques heures plus tard sa propre secrétaire d'Etat.

 

Christine Boutin a d'ailleurs déclaré qu'il n'y avait pas eu de concertation avec une secrétaire d'Etat censée être sous sa responsabilité et qu'elle avait plus ou moins "découvert" les annonces faites. Sans entrer dans un cours de science administrative, cette annonce est plus que préoccupante. L'Etat est-il gouverné ? Une équipe gouvernementale est telle une agrégation d'individualités ou un collectif ? Puisque l'on parle de notations, l'un des principaux critères devrait être le management de l'équipe, sans laquelle aucune cohérence ne se dégage. Assurément, Christine Boutin mais Nicolas Sarkozy également méritent un bon petit zéro pointé.

Le combat des titans : Christine Albanel vs Luc Chatel (waouh !)

Christine Albanel, déjà futur ex-Ministre de la Culture, ne sait plus comment faire pour combler les trous que le chef de l'Etat s'amuse à faire dans les budgets de la Culture sans même la prévenir (cf suppression de la publicité sur les chaînes publiques qu'elle a apprise... à la télé...). Pour financer les impératifs travaux de rénovation et d'entretien du patrimoine, la Ministre a donc pensé à créer une taxeCarlton.JPG sur les nuitées passées dans les hôtels de luxe. On ne jugera pas ici de l'idée de la Ministre en tant que telle, qui mérite peut-être d'être étudiée mais on est toujours surpris d'observer que cette idée n'a fait l'objet d'aucune concertation gouvernementale, alors qu'on nous répétait (c'était jadis, il y a quelques mois) que le "Conseil des ministres était un lieu d'expression libre comme jamais".

Si elle n'a fait l'objet d'aucune concertation, c'est parce que Luc Chatel, secrétaire d'Etat au commerce et au tourisme (si si, on vous jure) a déclaré quelques heures plus tard, en toute nuance (après, on va encore nous dire que la gauche est "agressive") : "
Au moment où nous voulons attirer une nouvelle clientèle à forte contribution, car si elle ne vient pas en France elle ira ailleurs, je ne suis pas sûr que ce soit le meilleur message à envoyer". 

Cette pratique du pouvoir pose un authentique problème de lisibilité de l'action publique. Finalement, on se rend compte à quel point nous avions encore surestimé le sarkozysme. Au départ, ces guéguerres picochrolines entre Ministres paraissaient organisées de l'intérieur, comme pour mieux phagocyter l'opposition réelle en en intégrant une factice au gouvernement. En réalité, ce n'est même pas un coup tactique magistral, c'est simplement le résultat d'un coup médiatique tellement grossier que la bulle a fini par éclater. Rassembler des personnalités inexpérimentées, des profils totalement incompatibles, des débauchés peu recommandables ne fait pas un esprit d'équipe. Encore moins quand ces mêmes Ministres n'ont plus de pouvoirs et que leur seule façon d'exister est de céder à la mode des petites phrases assassines pour se sentir exister.

Plus que la saugrenue idées des notes, face aux défis importants auxquels est confronté le pays (crise financière, économie atone, problème des banlieues...), c'est pourtant d'une équipe sérieuse dont ont besoin les citoyens. Une petite dissolution ? Allez, faisons en tout cas confince à des équipes sérieuses aux prochaines municipales.

 

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Institutions et pratique du pouvoir

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