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Mardi 29 janvier 2008
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Les publications de nos correspondants à l'étranger continuent. Après le Canada, merci à Elsa Foucraut de nous fournir ce 5ème numéro. S'il y a bien une problématique que permet le recul de l'étranger, a fortiori depuis un pays comme l'Egypte, c'est celui de l'é-/imm- igration. Prochains départs imminents : Italie, Etats-Unis, Chine...



Pour penser « l'immigration subie », prenons une terre d'émigration et d'immigration à la fois grâce à sa position stratégique, où l'émigration est essentiellement économique. Nous sommes en Egypte. Ici aussi, les flux migratoires dans la Méditerranée occupent le débat public. Récemment, le naufrage de plusieurs embarcations de clandestins a fait la une des journaux, et le phénomène continue d'alimenter les colonnes des journaux.


Ils sont jeunes, célibataires et peu qualifiés, et subissent chômage, salaires bas (1) et faibles perspectives de développement. Ceux qui ont réussi à émigrer rapatrient des revenus, construisent de grandes maisons, adoptent une attitude consumériste à leur retour et deviennent des modèles. Chaque village a sa destination, ce qui crée des réseaux sur place. Un expatrié peut mettre de côté 40 000 livres Emigration.JPGégyptiennes par an (5000€), soit plus que ce qu'il aurait économisé en une vie. L'immigration actuelle vers l'Europe est récente en Egypte, et reproduit le modèle des pères, qui s'expatriaient dans le Golfe par centaines de milliers dans les années 70, avant de rentrer au pays.


Les riches s'offrent l'avion et un faux visa Schengen avec l'intention de le dépasser, les pauvres paient environ 25 000 livres égyptiennes (3000€) à des passeurs. Le système rapporte au passage un revenu significatif aux pêcheurs... qui sont de plus en plus nombreux en prison. Selon Ayman Zohry (2) , chacun connaît les risques et conséquences de l'émigration clandestine. Lorsqu'un partenariat a été lancé avec l'Italie pour permettre à 7000 Egyptiens de décrocher des contrats légaux, la demande a été très forte. Trop. Au final, la voie légale semble longue et impossible. Entre le légal et le possible, la contradiction est donc trop forte.

Ici, un étudiant en informatique décroche un stage en France mais préfère abandonner ses études pour y rester. Ailleurs, des familles sont sans nouvelles de leur fils depuis des mois, sans avoir s'il est mort. Lorsque les clandestins sont interceptés par la police, ils se font passer pour des réfugiés irakiens ou palestiniens, pour obtenir un sursis pendant lequel ils n'auront aucun contact avec l'Egypte, par peur d'être démasqués.


Quant au gouvernement, il est trop occupé à maîtriser sa propre démographie
Egypte.JPGpour s'occuper de celle de l'Europe. Le Caire, plus grande ville d'Afrique, se développe de manière anarchique, et 80 millions d'égyptiens s'entassent sur moins de 5% du territoire, ce qui entraîne des densités de population supérieures à celles de Singapour. Parallèlement, l'Egypte accueille plus de réfugiés irakiens et soudanais que l'Europe, bien que pas toujours de bon coeur. Pour parler codéveloppement et réfugiés, citons donc Michel Rocard dans sa totalité : la France « ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais elle doit y prendre sa part ».


Les média jouent un rôle marginal, et on se méfie tellement des informations officielles qu'elles permettent surtout aux rumeurs de se répandre. La principale source d'information reste les parents déjà installés en Europe. Lorsqu'on est prêt à sacrifier ses études, à investir des sommes colossales malgré le risque de finir en prison, à accepter des conditions de travail déplorables en connaissance de cause, et surtout à risquer sa vie, quel obstacle sera suffisamment fort pour stopper les migrants ? Les gouvernements européens peuvent donc durcir leurs lois, on appelle cela la démocratie. Cela n'aura que très peu d'effet sur le nombre de migrants, on appelle cela la réalité.

Elsa Foucraut
 

Un jeune, parmi les centaines qui passent leur temps dans le café, interrogé sur le fait de savoir s’il aimerait voyager clandestinement, même après avoir entendu ces incidents dramatiques, a dit sur un ton très ferme : « Oui ». Et d’ajouter : « J’aimerais bien être comme ces clandestins. Mon revenu quotidien ne dépasse pas les 10 L.E., ce qui ne suffit pas pour acheter un paquet de cigarettes ou boire un verre de thé. J’ai entendu dire que mon village va être submergé dans 3 ans, à cause des changements climatiques. S’il faut se noyer pourquoi ne pas prendre le risque et partir ? ».  -  El-Ahram, 5 décembre 2007.



1- 
On estime que le salaire moyen en Egypte oscille entre 30 et 50€ par mois.
  

2- 
Chercheur (American University of Beirut) spécialiste des flux migratoires en Egypte.

Lire l'intégralité de son étude : Egyptian irregular migration to Europe, disponible sur www.migrationletters.com

par Section socialiste de Sciences-Po publié dans : Vu(e) d'ailleurs
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Commentaires

Mais peut-on penser que les lois ont vocation à arrêter les migrants??? Elles cherchent uniquement à rassurer un électorat qui n'a jamais vu un immigrant & qui tremble devant sa télévision.
L'exemple du mur de la frontière amércano-mexicaine est le parfait exemple.
Les migrants économiques n'ont rien à perdre, même pas la vie...
réflexion sympa, sauf l'utilisation des caractères en gras, comme s'il y avait des choses importantes dans le texte & d'autres inutiles. Vos lecteurs seraient trop idiots pour savoir sélectionner ce qui leur est important dans le texte???
commentaire n° : 1 posté par : Thalasrum (site web) le: 02/02/2008 11:18:16

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