Nicolas Sarkozy supprimera-t-il le ministère de la Défense ?

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Le PS a parfois paru négliger l'enjeu de défense. Dans son pacte présidentiel, Ségolène Royal avait en réalité maintenu l'effort financier consenti par la collectivité pour se défendre, à savoir 2% du PIB, en précisant qu'on ne pouvait pas prétendre construire une Europe de la défense autonome sans moyens conséquents. Elle insistait par ailleurs sur le fait que le budget de la Défense (47 milliards dollars) devait davantage chercher les coopérations avec le domaine civil.

Ci-dessous, deux militants, spécialistes des questions de Défense, démontrent à quel point les "réformes" actuelles sont aussi désordonnées, brouillonnes que mal choisies et imposent aux socialistes de se réapproprier le sujet.



La nomination d’une « personnalité d’ouverture » au poste de Ministre de la Défense ne laissait planer aucun doute sur la marge de manoeuvre dont il disposerait pour accomplir ses tâches. Avec Hervé Morin, nos attentes n’ont pas été déçues ! Mis à part le fantôme de son ministre Nouveau Centre au charisme légendaire, que restera-t-il du Ministère de la Défense dans 5 ans ?


Arm-e-fran-aise.JPGPas grand chose si l’on en croit les chiffres des différents scénarii de rationalisation actuellement étudiés, parlant de 20 000 à 70 000 postes supprimés. La Défense fait partie des secteurs les plus visés par la Révision générale des politiques publiques (RGPP) visant à remettre à plat les missions de l’Etat. S’il n’est pas (encore) question de la déléguer au privé, la réduction drastique des effectifs est à l’ordre du jour et l’ampleur de la restructuration annoncée est telle qu’une loi de dégagement des cadres (qui permet l’indemnisation ou le reclassement de fonctionnaires) paraît difficilement évitable. Cette mesure avait été utilisée à l’issue de la 2ème Guerre Mondiale du fait de la fin des combats. Or aujourd’hui les menaces sont réelles et immédiates et les missions confiées aux armées de plus en plus nombreuses.

Ce décalage entre les attentes vis-à-vis des armées et les moyens qui leur sont consentis est de plus en plus flagrant. Ce qui choque le plus dans la méthode employée par Nicolas Sarkozy est sa propension à multiplier les chantiers parallèles. Ainsi, en 2008, la Défense n’est pas seulement concernée par la RGPP mais aussi par le Livre blanc sur la défense et la sécurité collective (LBDSC) et la loi de programmation militaire (LPM 2009-2013). Alors qu’une démarche logique aurait du consister à se concentrer sur la définition du rôle des armées dans le LBDSC puis à en tirer les conséquences au niveau des équipements et des effectifs dans la LPM, tout est mené de front et sans coordination. Là où l’on devrait se demander « de quels moyens ai-je besoin pour remplir mes mission ? » est posée la question « quelles missions puis-je remplir avec mes moyens ? ».

Les effectifs ne sont pas les seules cibles de « l’effort exemplaire » attcaserne.JPGendu des armées par Nicolas Sarkozy. Le parc immobilier de la Défense va en prendre un sacré coup. Le regroupement des états-major sur un seul site à Balard (qui reste à construire !) devrait permettre de solder les bijoux de famille des 7ème et 8ème arrondissement pour financer les dépenses courantes et combler le déficit de l’Etat. Quant à la fermeture de multiples sites en région, elle risque de remettre gravement en cause la cohésion territoriale et le tissu économique de certaines zones, notamment dans l’est de la France. Les élus de tout bord en conviennent et il n’y a bien qu’Hervé Morin pour s’en féliciter (« Parfois, fermer un régiment ou une base est une chance » - H. Morin, Le Midi Libre, 04/01/2008).

Il faut dire qu’il n’a plus grand chose d’autre à faire. L’Elysée s’accapare en effet de plus en plus de prérogatives autrefois confiées aux services du Ministère de la Défense. C’est par exemple désormais une « war room » qui pilote les grands contrats d’exportation d’armement. A cela s’ajoute l’annonce début janvier 2008 de la création d’un Conseil de Défense et de sécurité nationale qui confirme la concentration des pouvoirs en matière de Défense dans les mains du Président. Les pouvoirs du Ministre de la Défense sont donc rognés par le haut après l’avoir été en 2005 par le bas du fait d’un décret renforçant considérablement les pouvoirs du chef d'état-major des armées (CEMA). De là à placer le CEMA sous l’autorité directe et immédiate du Président de la République, il n’y a plus qu’un pas à franchir...

Ministre transparent, effectifs décimés, immobilier prêt à être liquidé, concentration des pouvoirs à l’Elysée... Dans son élan de rationalisation, Nicolas Sarkozy ira-t-il jusqu’à supprimer le Ministère de la Défense ?

Antoine Besson et Maxime Pinto

Publié dans International

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John_G 07/03/2008 20:47

Malheureusement, certains travaillent (eh oui) et ne profitent honteusement pas des largesses du bolchévisme à la française. Mais promis, je vous réponds dès que possible.

Anspessade 07/03/2008 18:38

Mais non le robot, ne rigole pas, pour une fois que la pensée stratégico-militaire française est en avance sur son temps ! Il ne reste plus qu’à décréter subitement et en plein accord avec nous-mêmes que le canon, le porte-avions, l’avion de chasse, le sous-marin, etc. sont eux aussi obsolètes et la France aura apporté une contribution aussi majeure qu’inattendue au douloureux problème de la guerre. Sans parler des économies ainsi générées….
Sans rire, c’est l’esprit de la récente tribune de dirigeants socialistes à propos du Livre Blanc. Outre la maintenant traditionnelle et systématique ritournelle anti-Sarkozy, l’idée principale est que les travaux du Livre Blanc font fausse route car le fin du fin de notre politique devrait consister à faire de la prévention des conflits.
Certes, certes… Mais il me semble que la France s’investit déjà beaucoup dans la prévention, ce qu’elle peut d’autant mieux faire que ses moyens militaires sont (pour combien de temps encore ?) crédibles. Et puis, constatation désagréable mais bien réelle, il arrive parfois que la prévention échoue. Et là qui appelle-t-on ? Seulement des porteurs de sacs de riz ?

Samantha, il se pourrait que nos camarades socialistes soient retournés s’occuper de leurs joutes municipales, autrement plus intéressantes que la définition de notre Défense pour les vingt ans à venir. Si vous avez des questions, je m’efforcerai d’y répondre dans la mesure de mes connaissances.

le robot 07/03/2008 15:30

N'oublions pas non plus de rappeler aux esprits bizarrement amnésiques de nos amis socialistes que, à l'époque de la fameuse gauche plurielle, une fameuse ministre des sports ne daignait pas serrer la main des militaires présents aux cérémonies officielles auxquelles elle participait...; Et pourtant, je n'ai jamais vu un Alain Richard voire un Lionel Jospin s'offusquer d'un tel mépris à l'égard des personnels de la Défense de la part d'un membre du gouvernement... Imaginez le tollé si on apprenait qu'un ministre de droite ne serrait jamais la main aux syndicalistes?

Bref, John a beau tout donner pour nous faire croire que le PS s'intéresse un tant soit peu à la Défense, mais il n'arrive pas à casser le dogme: la Défense, si elle n'est pas mise en avant pas la droite, est certaine d'être cocue sous la gauche!

Cela dit, et pour conclure sur un tout autre sujet, je prie tous les jours pour que le PS gagne les prochaines élections présidentielles. En effet, je pourrai ENFIN adopter la posture intellectuelle confortable de l'opposition frontale à toutes propositions du gouvernement. Bref, revenir à la douce régression adolescente qui consiste à répondre noir quand on dit blanc... Mais je rêve lol

PS: je me suis toujours pas remis de l'affirmation de John selon laquelle les chars ne servent plus à rien... J'ai les zygomatiques courbaturés dis donc

Samantha 05/03/2008 10:13

@ remarque préliminaire
Les posts des bisounours en folie sont d'une part relativement orduriers, et surtout sont totalement hors sujet par rapport au fil. De plus, il est assez navrant (au vu de sa posture idéologique grand-guignolesque) de le voire citer les propos d'un élu communiste en guise de cache-sexe à sa non-pensée...

Bon c'était juste une remarque préliminaire.

@ Anspessade : je cherche à vous joindre, j'avais une question... J'apprécie en tout cas vos réponses très riches!

Anspessade 04/03/2008 17:22

@ John

Vous ne croyez pas au gouvernement des experts ? Une fois de plus vous enfourchez une idée qui est dans l’air du temps, en oubliant que vous serez vous-même bientôt un de ces « experts » en quelque chose. Personnellement entre l’expert et le spécialiste du café du commerce, je choisis sans hésitation le premier.
Ne soyez pas inutilement blessant, je ne suis pas le seul à connaître la Défense et d’ailleurs je continue à regretter que l’article sur votre blog ait suscité aussi peu de réactions.
Quant aux nombreux officiers qui entourent le ministre, croyez vous vraiment qu’ils aient une quelconque influence ? Trouvez cinq minutes pour discuter avec les officiers qui font leur mastère de Sciences Po, ils vous expliqueront comment des généraux de 55 ans se font mettre au garde à vous par des énarques de 30ans.

Les gendarmes totalement noyautés par la droite ?? Une fois de plus, permettez moi de vous demander de citer vos sources ! Vous oubliez bien vite comment ces mêmes gendarmes ont servi avec zèle une cellule élyséenne de triste mémoire et comment ils se sont fait sortir de l’Elysée par Mr Sarkozy dès le jour de son intronisation.
Qu’ils soient descendus dans la rue a au moins choqué les personnels des trois autres armées, l’image d’Alain Richard sablant le champagne avec eux deux jours après est encore dans toutes les mémoires, vous pouvez en être convaincu.

Vous abordez avec beaucoup de sous-entendus (peut-être par méconnaissance de la complexité du sujet ??) la retraite des militaires. Videz votre sac et dites franchement ce que vous en pensez, çà nous fera au moins gagner du temps.
Vous qui êtes donc « passionné » par ces sujets, vous n’ignorez certainement pas que le régime de retraite des militaires n’est pas un régime spécial (code des pensions civiles et militaires de retraite). Les dispositions spécifiques dont ils bénéficient ont pour objectif essentiel de favoriser les départs afin de disposer de personnels jeunes, donc en bonne forme physique.
On peut toujours discuter du système adopté en France mais toutes les armées occidentales ont dû mettre au point des systèmes équivalents. Les Anglais paient mieux leurs militaires, les « licencient » plus facilement mais leur versent un pécule conséquent à leur départ. Les Américains licencient aussi facilement mais les reconvertissent aussitôt comme « contractors » de la Défense. Et dans aucun de ces pays on ne considère les ex-militaires comme des gens qui volent les emplois des chômeurs !
Ce que vous ne voulez pas voir, dans votre scandaleuse comparaison avec la RATP, c’est que tout particulièrement dans la société d’aujourd’hui il y a deux choses qui méritent rémunération (d’une façon ou d’une autre), ce sont la disponibilité et la prise de risques. Et là, entre les militaires (gendarmes compris) et la RATP, il n’y a pas photo si vous me passez l’expression.

Je vois qu’en bon socialiste la société Dassault vous donne des boutons et que le GIAT vous tire des larmes de nostalgie ; on ne se refait pas…. Et pourtant, c’est un peu comme si on comparait Zidane à la mère Denis !

Oui le Leclerc a été conçu pour faire face au Pacte de Varsovie. Une des caractéristiques principales du contexte géostratégique, c’est qu’il est CHANGEANT. C’est entre autres la raison pour laquelle nous n’en avons acquis que 400 au lieu des 1200 initialement prévus.
Vous ne voyez pas ce qu’on peut en faire ? Mais la question se pose de la même façon pour tous les équipements militaires actuels (avions, chars, frégates, sous-marins). Le char, depuis son invention en 1917, représente toujours le meilleur compromis entre puissance de feu, protection et mobilité. Et que je sache aucune théorie, même parmi les plus iconoclastes, ne remet actuellement en cause le concept de char de combat. Des pays aussi pacifiques que la Suisse et la Suède ont sont d’ailleurs toujours largement dotés.

La question du Rafale est plus complexe. Dans les marchés à l’export la qualité technique importe paradoxalement assez peu face au contexte politique et de sécurité. Et le rouleau compresseur US n’est certainement pas en manque d’arguments « convaincants » quand il s’agit de gagner un marché.

SVP, ne me ressortez pas le coup de la cohabitation entre 1997 et 2002. Cette fameuse cohabitation ne vous a pas empêché d’imposer les 35 heures et d’escamoter quinze milliards d’euros sur le budget de la Défense. Quiconque verrait un possible lien entre ces deux points ne pourrait être qu’un mal-pensant…