Vue d'ailleurs [6] : faire gagner un programme politique de centre-gauche, consensuel et ambitieux ? Si può fare!

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

undefinedAprès une première analyse des idées issues de rénovation de la gauche italienne dont le PS pourrait se saisir, Diego Melchior nous propose ci-dessous une analyse détaillée du programme du Parti démocrate et de son chef, Walter Veltroni, qui sont engagés dans une bataille électorale particulièrement âpre face à la droite conservatrice et sarkolâtre de Silvio Berlusconi.

Alors que le débat sur l'alliance possible ou non avec le centre agite et agitera encore le PS, cet article propose un éclairage transalpin sur cette question.

Alors que la gauche radicale de la Sinistra-Arcobaleno était, au début du mois, sur le point de présenter Olivio Diliberto, parlementaire professionnel, plutôt que l’ouvrier de la Thyssen, Ciro Argentino, et que le Parti de la Liberté de Berlusconi plaçait en tête de liste le fasciste Giuseppe Ciarrapico, Walter Veltroni déposait, dimanche dernier, des listes du Parti démocrate, entièrement renouvelées où place avait été faite aux jeunes, aux femmes, aux minorités, à des figures de la société civile, aux salariés, bien sûr, mais aussi aux chefs d’entreprises.

Le clivage entre les deux autres principales forces en présence est d’abord là : dans la conception des listes. Le Parti démocrate a tout fait pour proposer des listes aussi bien à la Chambre des députés qu’au Sénat incarnant le renouveau et la volonté réformiste du centre-gauche. Bien sûr, les uns et les autres ont reproché au Parti démocrate d’être le parti de la contradiction. Le parti de la contradiction, vraiment ? Non, le parti du consensus.

Le consensus est probablement une conception étrangère aussi bien à la gauche radicale qui ne conçoitParti-d-mocrate-italien.JPG la politique qu’en termes de lutte entre un supposé bas et un supposé haut qu’à la droite qui, avec sa rhétorique haineuse, méprisante et paranoïaque, ne conduit qu’à dresser les Italiens les uns contres les autres. Oui, le Pd a su mettre d’accord les Radicaux et les Teodems. Oui, le Pd présente aussi bien l’ouvrier Antonio Boccuzzi, rescapé de l’accident à la Thyssen en décembre dernier que le chef d’entreprise et ancien président de la Fédération patronale de la métallurgie, Massimo Calearo. L’Italie a besoin d’un parti qui représente tous les Italiens, c’est pourquoi, des hommes et des femmes d’horizons différents ont été choisis.

Lundi paraissait le programme définitif du Parti démocrate proposant douze chantiers prioritaires que lancera le Pd s’il gagne la majorité. L’Italie a quatre grands problèmes selon Walter Veltroni : l’inefficacité économique, une inégalité chronique entre les personnes, des limites encore trop fortes au niveau des libertés individuelles et une démocratie de mauvaise qualité.

Walter Veltroni à la tête du Pd s’engage s’il est élu à revoir d’abord entièrement la gestion de l’Etat : dépenser mieux et moins pour réduire le déficit public. À cela devrait s’ajouter une réforme fiscale : réduction de l’impôt sur le revenu pour les salariés, notamment en priorité aux femmes du Mezzogiorno. Les familles se verraient également octroyer une prime de 2 500 euros par enfant. De même, une réduction fiscale sera en mise en place pour les locataires d’appartement afin de faciliter l’accès au logement. Le Pd propose aussi, sans avancer de chiffre néanmoins, de multiplier les logements sociaux.

Au niveau de la sécurité et de la justice, le Pd prévoit de recruter plus de fonctionnaires de police et de veiller à ce que les peines soient réellement exécutées tout en garantissant aux citoyens le droit à une justice impartiale et juste. Les magistrats devront se spécialiser et accepter une gestion plus efficace, voire managériale de la justice.

Walter-Veltroni.JPG Même si ce domaine reste flou, notons aussi quelques avancées finalement à propos des droits de la personne qui ont beaucoup fait débat au sein du parti. Le Pd veillera à éviter que se produise un « acharnement thérapeutique » sur les malades, notamment en autorisant le testament biologique. Un premier pas peut-être vers la légalisation de l’euthanasie ? De même en ce qui concerne l’homosexualité, bien que le mot n’apparaisse pas dans le programme, le Pd s’engage à reconnaître un droit aux personnes vivants ensembles librement.

Un ambitieux projet écologique : rompre avec le tout pétrole. Pour le Pd, qui n’oublie pas le combat écologique, l’Italie doit être le pays du soleil. Le Pd s’engage à faire en sorte qu’au moins 20% de l’énergie soit produite grâce aux éoliennes et aux panneaux solaires. Le Pd propose aussi un plan qui permettra en dix ans de transformer les anciennes sources principales de chauffage des lieux publics et privés en sources se fondant sur les énergies renouvelables. Le Pd entend enfin rompre avec l’écologisme du refus en développant des infrastructures écologiquement soutenables, ainsi le Pd ne s’opposera pas à la création de la ligne TGV Lyon-Turin-Trieste.

Au plan strictement social, comme cela avait été déjà annoncé par le gouvernement Prodi à la suite des accidents meurtriers dans les usines Thyssen-Krupp du Nord du pays, le Pd propose trois mesures pour plus de sécurité au travail : la création d’une Agence spéciale dédiée à la sécurité ; primes aux entreprises qui investissent sur la sécurité ; indemnités rehaussées en cas d’accidents du travail. Ensuite, c’est la lutte contre le « piège de la précarité » qui apparaît comme essentiel dans le programme du Pd : toutes les périodes d’essai des contrats de travail seront allongées et l’Etat veillera à inciter les entreprises à embaucher par contrats à durée indéterminée. En outre, sera créé un fond de crédits réservé aux jeunes qui souhaitent créer leur entreprise et des aides de l’Etat seront versées aux PME. Les libéralisations de certains secteurs publics seront enfin envisageables ; de
Berlusconi-Sarkozy.JPGplus la gestion de la TV sera complètement revue pour éviter tout monopole de l’information.

Autre sujet important : l’immigration. Le Pd entend changer clairement la dernière loi sur l’immigration faite par la droite (la Bossi-Fini). Il faut s’engager à multiplier les entrées régulières et lutter contre l’immigration clandestine. Le Pd propose également le droit de vote pour tous les extracommunautaires aux élections municipales.

Enfin, le Pd entend mener une réforme institutionnelle de grande ampleur pour éviter à l’avenir toute crise de gouvernement identique à celle de janvier 2008 : une chambre de 470 députés élus selon des collèges uninominaux à deux tours, les députés seront désignés par des primaires internes aux partis avec une obligation de parité homme/femme ; le Sénat ne comptera plus que 100 membres représentants les régions. Le gouvernement se composera de 12 ministres et  de 60 membres au maximum et n’aura besoin que de la confiance  de la Chambre basse. L’opposition se verra doter d’un statut.  Les jeunes de 16 ans auront le droit de vote aux élections municipales. Et, enfin, préoccupation majeure des Italiens (qu’avait cristallisé Beppe Grillo à l’automne dernier) : les citoyens condamnés pour de graves délits ne pourront pas se présenter aux élections quelles qu’elles soient.

 
Un programme donc qui tente d’apporter des solutions à l’ensemble des préoccupations des citoyens en se focalisant, bien sûr, sur les grands sujets : déficit public, sécurité au travail, droits et sécurité des personnes, environnement, entreprenariat et réforme institutionnelle.
Progressistes-mondiaux.JPGL’alternative réformiste qu’incarne le Pd est une chance. Les sondages donnent encore à l’heure actuelle gagnante la droite de Silvio Berlusconi, mais l’écart se réduit de jours en jours tandis que le nombre d’indécis augmentent. Berlusconi demande à l’Italie de se relever ? Walter Weltroni a répondu que l’Italie ne s’était jamais couchée, mais qu’elle était seulement lasse des mêmes tours de passe-passe politiques par les mêmes personnes depuis des années. L’Italie a besoin que s’ouvre une nouvelle saison politique comme l’a connu l’Espagne avec Zapatero ou la Grande-Bretagne avec Tony Blair. Cette volonté n’est pas une utopie, si può fare!

Diego Melchior

 

Publié dans International

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grutman 18/03/2008 18:53

Je suis de l'avis de clement car je préfère largement le PSOE de Zapatero au PD de Veltroni. Ce sont deux partis qui n'ont pas la même histoire et, à mon avis, si le PS français doit suivre un chemin, en gardant ses spécificités, c'est bien l'exemple du PSOE.

Où est la cohérence idéologique du PD ? Est-il autre chose qu'un globiboulga mollasson, une alliance défensive contre une droite agressive ? En quoi Veltroni est-il différent de quelqu'un comme Bayrou ou Morin ? Pour une gauche réformiste et transformatrice, vaut-il mieux chercher à être consensuel ou assumer les clivages tout en laissant toute leur place aux points de vue différents ?

L'Espagne est un pays qui se modernise à tous points de vue, alors que l'Italie, aussi bien sous Prodi que sous Berlusconi, a eu tendance à régresser relativement aux autres pays européens. Mais bien entendu, je souhaite de tout coeur que le pourri soit battu et que le centre-gauche soit vainqueur.

Forza ZP !!!

clement 17/03/2008 22:42

Je continue à penser que le PD et le PSOE ( mais aussi le PS ) sont irréconciliables...
Ensuite, je ne pense pas que la lutte à la mafia doive être confiée à la sociét civile et encore moins aux partis politiques mais à la magistrature. Evidemment, dès lors que le gouvernement Prodi a sanctionné professionnellement des juges qui enquetaient sur des affaires politiques, les Italiens n'ont aucune raison de ne pas préférer Berlu, malheureusement.
La proposition de Veltroni sur le salaire minimum garanti est un attrape nigaud de campagne électorale. D'abord parce qu'il ne précise pas si le projet de 1000 euros est brut ou net. Ensuite parce que la structure productive italienne ( temps partiel et travail au noir ) ne peut évidemment rentrer dans ce champ.
Je te rappelle que l'aile gauche du PD, ce ne sont pas des sociaux démocrates mais soit des communistes ayant tourné casaque soit des électrons libres...
Par contre, je suis pret à reconnaitre que le PD dispose d'un électorat bien plus à gauche que ne l'évoquent la presse...
Pour finir, je ne comprends pas l'intéret de refuser l'alliance avec la gauche au niveau national alors qu'elle est programmée pour les élections locales ( Rome par exemple ) qui auront également lieu le 13 avril ?

Diego 17/03/2008 22:28

Il y a évidemment des choses vraies dans ce que tu avances, mais justement le propre d'un parti réformiste, c'est de prendre les problèmes un par un, progressivement.

Peut-être que la ligne du Pd ne correspond pas entièrement à la ligne du PSOE mais il est clair que la méthode comme les ambitions sont identiques.

Le constat sur les inégalités de revenu : je suis d'accord. Et Veltroni fait d'ailleurs le même constat que toi et propose une revalorisation globale des salaires accompagnée d'une négociation avec les partenaires sociaux.

En ce qui concerne la lutte antimafia, je pense que la Pd a voulu laisser toute sa place aux associations quitte à ne pas faire du sujet une priorité du programme mais à laisser la lutte antimafia exclusivement à la société civile d'où un soutien au mouvement Libera. Il faut en effet arrêter de croire que les partis sont de bon rempart contre le crime organisé car quand ils saisissent du sujet, on constate beaucoup plus de dérives que de solutions aux problèmes.

Après en ce qui concerne, les droits civils je partage ton sentiment : le Pd ne va sûrement pas assez loin. Mais là c'est une option stratégique qui l'a emporté...

Sur la question du Lyon-Trieste, pour ma part, j'attends de voir le programme détaillé du Pd sur l'écologie parce que pour l'instant c'est surtout une proposition balancée parmi d'autres.

Enfin, probablement que le Pd a une conception démocrate-chrétienne de la politique mais comme tu le signales fort justement il y a une aile gauche qui vieille à ce que le Pd ne renie pas ses racines sociales-démocrates.

clement 17/03/2008 22:05

Mon cher Diego,
je m'interroge sincèrement sur la pertinence de soutenir la campagne électorale du Partito Democratico.
En laissant de coté le refus de la majeure partie du PD de se tenir en dehors du PSE, il me semble que sa ligne politique soit bien plus proche du Modem que de Zapatero.
En effet, comme tu le noteras, le programme économique s'articule uniquement autour de réductions fiscales, parmi lesquelles la défiscalisation des heures supplémentaires ( que ne l'as tu citer ). D'ailleurs, tu noteras que la proposition d'un RMI avancée par Prodi en 2006 est passe à la trappe.
Or les inégalités de revenus progressent en Italie depuis le tournant de la rigueur de 1983 qui a gelé tant les salaires de la fonction publique que du privé. Une étude de l'OCDE rendue publique la semaine dernière souligne ainsi que la rémunération moyenne italienne est l'antépénultième au sein de l'UE à 15. Pour autant, sur la période 2001 2006, un rapport de la Banque d'Italie souligne que les revenus des professions libérales a progressé plus vite que la croissance en aggravant une inégalité devant l'impot déjà criante dans ce pays d'évasion chronique.
Au delà des problèmes macroéconomiques, la question de l'évasion fiscale illustre l'attitude pour le moins laxiste de ce parti en ce qui concerne la criminalité organisée du Mezzogiorno. Je passe pudiquement sur les élus du PD en difficulté avec la magistrature. Tu noteras que le choix de ne pas représenter Rita Borsellino et Nando Della Chiesa en Sicile est pour le moins représentatif de l'abandon des militants de l'antimafia...
L'évocation de ces bourdes ne serait complète si l'on ne pointait pas la différence fondamentale qui existe entre Zapatero et le PD en matière de droits civils. D'un coté, un premier ministre courageux qui fait passer tant le mariage homosexuel que la reconnaissance de la mémoire des soldats républicains. De l'autre, un partito democratico qui ne prend ni la peine de rappeler qu'il a laissé couler un projet très équilibré de droits civils mais qui ne s'engage pas clairement en défense du droit d'avortement.
En dernière analyse, la question du dépassement de l'écologie du refus est également un point noir du programme du PD. Si les projets d'infrastructures pan européens sont nécessaires, l'exemple de la gestion du Trieste LYon est l'exemple même de ce qui ne faut pas faire. Schématiquement, depuis 10 ans, le nombre de convois qui utilisent la ligne Savoie-Turin a reculé de moitié ( de moitié ! ). Dans le même temps, la concession pour la descenderie du tunnel de 52 km a été confiée à l'entreprise du fils de l'ex ministre des transports de Berlu ( dit Lunardi la taupe pour son projet de tunnel entre la Sardaigne et le continent ). Pour finir, la construction de la ligne Trieste Turin est financée par des fonds publics mais un accord a été trouvé pour que l'exploitation soit assurée dès que possible par une compagnie détenue en partie par la Fiat. Au passage, je fais noter que les signalisations sur les voies les rendent impraticables à nos TGV...

Je pense qu'il n'est pas nécessaire de s'étendre plus longtemps sur ces points. Quitte à me te faire hurler, je te rappellerait que le PD est bien plus proche d'une conception démocrate chrétienne de la politique. Evidemment, campagne électorale oblige, "l'aile gauche" du PD insiste sur sa vocation sociale démocrate. Cet argument ne doit pas nous leurrer. Pour finir, je te rappelle que le PD est matériellement encore au pouvoir, il y a un mois, la CJCE a condamné l'Italie sur le fondement de l'illégalité de la procédure d'attribution d'un canal hertzien à une chaine berlusconienne, peut être la plus outrancière ( cf le journal télévisé de Emilio Fede )...Jusque là je n'ai noté aucune réaction...aucune...et l'astreinte devrait commencer à produire ses effets d'ici peu de temps...

W l'Arcobaleno !!!