Laïcité, j'écris ton nom

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Premier article sur le blog, mais certainement pas le dernier.

Merci à A, le nouveau trésorier de notre section, de prendre le clavier pour revenir sur une notion bien malmenée ces derniers temps : la laïcité.

 

 

Nous vivons une période à la fois étrange, angoissante et stimulante. Un moment particulier où des

valeurs qui furent au cœur du combat de la Gauche et que l’on croyait devenues des acquis, presque des terres pacifiées sous le règne du compromis œcuménique du consensualisme, sont à nouveau questionnées, secouées voire récusées par le parti au pouvoir qui après cinq années d’attentisme est atteint d’un accès de fièvre. Et souvent, prétendant briser les tabous, il se laisse tout simplement aller à ses pires instincts, que l’on croyait à jamais refoulés, voire évacués par la psychanalyse de la pratique républicaine…comme quoi les vieux démons sont toujours quelque part !


Mais l’important n’est pas là. Il n’est pas non plus, ici, dans le débat véhément pour savoir si un président de la République, garant des institutions, doit respecter ou non l’article premier de la Constitution de la République… Ce dont j’aimerais parler ici c’est ce que la Gauche entend (doit entendre ?) par laïcité, pour que celle-ci ne soit pas un mot creux et parce qu’un certain nombre de nos opposants veulent faire croire que c’est par frilosité que nous n’osons pas poser la question de la laïcité. En somme j’aimerais essayer de montrer que poser la question de la laïcité, de la manière dont elle est posée par les temps qui courent, ce n’est pas « briser un tabou » ni « ouvrir un débat », encore moins « être moderne et/ou pragmatique » mais bien poser une question politique assez vieille, que l’on croyait réglée et qui visiblement ne l’est pas.

 

Loin de moi l’idée de dire que la laïcité est une idée périmée, au contraire, elle est toujours plus d’actualité dans le monde moderne. Néanmoins il me semble que la manière dont nos gouvernants ont posé la question et tentent de mener le débat sent, elle, quelque peu le renfermé. La laïcité c’est une manière de vivre ensemble. Cela doit largement dépasser la question religieuse, même si celle-ci en est le premier acte en quelque sorte. La laïcité est une manière non pas de nier les différences et les spécificités de chacun mais de refuser qu’elles soient des barrières à l’intérieur de l’espace social. La laïcité c’est un pari d’intégration ambitieux, qui pose que chacun peut apporter ses bagages en France et « devenir français » c’est-à-dire entrer dans une communauté de droit. Il ne perd rien au passage, il gagne le droit d’être citoyen et le devoir de considérer son voisin comme tel. Ce pari est très français, et je sais bien que nos « spécificités » ne sont pas à la mode chez nos adversaires…

Mais n’aurions-nous pas ici raison de faire autrement ? La France n’est pas organisée en communautés, elle n’est pas un melting pot ; la France ne connaît que des Français, ni catholiques, ni juifs, ni noirs, ni blancs, ni homosexuels, ni travestis... Et ce parce qu’elle fait un pari ambitieux et désespérément simple : le pari laïc que les Français peuvent être juifs, homosexuels, protestants ou maghrébins (ou même tout à la fois) et être…français ! Et surtout que toutes ces différences, réelles ou fantasmées, revendiquées ou discrètes, n’empêchent pas les citoyens de vivre ensemble en France.
 

Et la Loi de Séparation dans tout ça ?...


On dira que je néglige la question religieuse, que je contourne mon sujet et que je noie le poisson. Je ne le
crois pas. Je crois qu’au contraire le cœur du sujet est là et que c’est bien pour ça qu’une partie de la Droite nous explique qu’il y a deux laïcités : la leur, la « laïcité positive » ; la notre, négative et sectaire. Ce discours veut cacher que s’en prendre à la laïcité c’est s’en prendre à un des fondements même du contrat républicain. Parce que s’en prendre à la laïcité c’est renoncer, petit à petit, à l’idée que la République refuse de voir les différences religieuses (et partant toutes autres différences identitaire) comme déterminantes, comme des catégories de droit. C’est s’en prendre à une idée qui n’est pas du sectarisme, ni une négation de la foi, ni un manque de respect. Au contraire, la laïcité permet à tous de croire, en leur âme et conscience, sans se soucier des conséquences de telle ou telle croyance ou appartenance sur leur place dans la société, puisque la seule communauté qui compte pour la République est celle des citoyens.


Doit-on rappeler qu’aux Etats-Unis, dont les premiers citoyens fuyaient les persécutions religieuses, on a séparé les Eglises et l’Etat pour protéger les Eglises et la liberté de conscience des citoyens ? En terre de France, fille aînée de l’Eglise, terre de papauté et amie du Saint Siège, la Séparation a eu comme butpremier celui de protéger l’Etat, certes. Mais aussi la foi de tous ceux qui n’étaient tout simplement pas catholiques et le choix de tous ceux qui n’avaient tout simplement pas la foi. La laïcité n’est ni un refus de la religion, ni même une adversaire de la religion. Elle est une certaine cécité du Léviathan qui rend les citoyens plus libres et une certaine cécité des citoyens qui est le premier pas vers la tolérance.C’est la seule laïcité que je connaisse en tout cas, elle paraît peut-être négative à certains. Du temps de mon grand-père elle s’appelait tout simplement laïcité et sa soi-disant soeur positive, s’appelait tout simplement cléricalisme…


AA

Publié dans Questions de société

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Aulne ABEILLE 24/04/2008 21:57

Je me permets de rajouter : on peut rire de tout, quand on peut rire de soi.
Et pour finir : la blague sur le gène de l'homosexualité, elle ne vient pas de mon camp.

Je ne suis pas anti-religieux, je suis un laïque, tu devrais apprendre à faire la différence. Parce que c'est toi qui ne la fait pas, je ne me suis lancé dans aucune attaque irréligieuse, ni dans aucune considération théologique. C'est toi qui déplace le débat, avec ton histoire de casser du curé, du rabin, de l'imam ou que sais-je encore... D'ailleurs tu remarqueras que la religion n'occupe qu'une place secondaire dans mon article et selon moi dans la question de la laïcité elle même.
A bientôt...

Aulne ABEILLE 24/04/2008 21:50

Merci Sharky pour cette clarté de pensée fulgurante...
"Parlons en" n'a pas fait d'article sur le thème ? Tu n'as pas appris la ligne du parti ?
J'ai du mal à comprendre le goût de la déformation, surtout devant un article écrit. Je peux comprendre qu'on ne soit pas d'accord, j'aime le débat. Mais je pense parler au nom de tous quand je dis qu'on aimerait des choses un peu plus productives...
Qui est idéologue ? Qui ne pense pas assez ?
Et puis une dernière fois sharky, écrire des commentaires sans fiel ne nuit en rien à la qualité de la pensée tu sais.

Les Bisounours en folie 05/04/2008 12:16

@ Elsa

" J'ai pas trop compris où tu voulais en venir... :s "

Ben si , cest simple , Jonathan se veut le porte-parole de la pensée creuse ambiante .

@John-G ,

A qui le dis tu ? Aux Bisounours ? Tu ne saurais mieux dire alors !!! ha ha ha

Allez je vais vous introduire dans la tête encore une de mes réflexions : Je constate que les laïcards déplorent le "déficit-démocratiqueeuh" dans l'Eglise .
En tant qu'institution qui cherche à guider dans une voie, à enseigner une morale , demande t'on aux écoles de faire de même en laissant aux élèves le soin de choisir les matières et ses professeurs ???

Oui , dans certaine école "libérale" et on voit les résultats ...

Elsa 05/04/2008 02:16

--> Johnathan

"Je dirais simplement pour résumer que la laïcité est la condition sine qua non de la publication de cette une de journal. Pourquoi ? Parce que la religion institutionnalisée, non extraite du champ de la vie publique, c'est la garantie maximale de l'absence totale de liberté d'expression. Je ne dis pas que la religion en est la seule cause mais elle est l'un des principaux moteurs par les dogmes et les tabous qu'elle génère."

J'ai pas trop compris où tu voulais en venir... :s

John_G 05/04/2008 01:45

@ Elsa,

je partage tout à fait le point de vue de Aulne.

- Je dirais simplement pour résumer que la laïcité est la condition sine qua non de la publication de cette une de journal. Pourquoi ? Parce que la religion institutionnalisée, non extraite du champ de la vie publique, c'est la garantie maximale de l'absence totale de liberté d'expression. Je ne dis pas que la religion en est la seule cause mais elle est l'un des principaux moteurs par les dogmes et les tabous qu'elle génère.

Donc je persiste à penser, même si je défends en même temps un choix "éditorial" (pour faire pompeux) que cette affiche a un lien plus que certain avec le débat sur la laïcité.

- Par ailleurs, je ne suis pas d'accord avec toi quand tu dis que ces caricatures (d'ailleurs, la plupart étaient très mauvaises d'un simple point de vue graphique...) n'ont rien fait gagner aux 100 ans de séparation de l'Eglise et de l'Etat (en France faut-il le préciser). Aujourd'hui, une véritable interrogation laïque porte sur l'islam. Et je pense que les démocraties et les Etats laïcs avaient au contraire le devoir de montrer à ce moment-là qu'ils ne cédaient pas d'un pouce sur ce principe, quelles que soient les pressions extérieures.

Non seulement je ne crois pas à l'efficacité d'un raisonnement consistant à dire qu'il ne faudrait pas publier en anticipant les récupérations négatives de tel ou tel mais je crois même qu'il s'agit d'une façon de penser assez dangereuse qui conduit à la justification a posteriori.

@ nos amis Bisounours,
on a presque le commencement d'un balbutiement de "réflexion" sans référence à une source extérieure. Waouh !

@ Sharky,
j'ai beau faire un effort, je ne comprends strictement rien à ton commentaire. Celui qui a parlé de "haine du curé, du rabbin ou de l'imam" ou de Notre-Dame se lève !

Ensuite tes "blagues"... vraiment j'aimerais savoir ce que ça vient faire avec la choucroute comme on dirait chez moi...