Le résultat des élections politiques italiennes du 13 et 14 avril est sans appel : la coalition de droite menée par Silvio Berlusconi est sortie victorieuse du scrutin. Le Peuple de la Liberté a obtenu à la Chambre des députés 36,4% des voix et son allié, la Ligue du Nord, 9%. Au Sénat, le Pdl a obtenu 37,8% des voix et la Ligue du Nord, 8,2%. Le Parti démocrate a obtenu 33,6% des voix à la Chambre des députés et son allié Italia dei Valori, 4,3%. Au Sénat, le Pd a obtenu 33,8% des voix et Idv, 4,3%. La coalition Pdl+Ligue+Mouvement pour les Autonomies aura 344 députés et 174 sénateurs : c’est une large majorité qui va permettre à Silvio Berlusconi de gouverner seul, à la tête de sa coalition.
En outre, le Pd n’a pas complètement atteint l’objectif de conquérir l’électorat modéré. En effet, l’Union du centre a obtenu 5,5% des voix ce qui lui permet d’avoir députés et sénateurs. Ces voix qu’a prises l’Udc sont probablement celles qui ont finalement manqué au Pd pour faire la différence. Qu’en déduire ? Le Pd n’a probablement pas convaincu suffisamment l’électorat catholique modéré. À l’avenir, tout en respectant l’idée de laïcité, il faudra peaufiner le discours sur les mœurs qui a toute son importance en Italie. Mais tout cela ne saurait expliquer l’écart de voix entre la droite et la gauche. Le fait que la Ligue du Nord soit à 8% et l’extrême droite (incarné par le parti La Destra) à 2,5%, c’est-à-dire presque autant que la gauche radicale, est significatif. En effet, certains thèmes qui paraissent importants pour les Italiens ont été mieux exploités par la Ligue et l’extrême droite. L’Europe, le fédéralisme italien et l’immigration ont servi de terreau électoral pour les extrémistes. Le Pd a manqué de pugnacité dans son argumentation pour la défense de l’Europe dans un pays où le passage à l’euro est encore mal vu. Le sujet du fédéralisme a été totalement absent ce qui a laissé le champ libre à la Ligue qui a pu développer à souhait son discours inégalitaire concernant le fédéralisme fiscal. Enfin, le raccourci véhiculé par la Ligue et l’extrême droite, « présence des immigrés=chômage et insécurité » n’a pas été suffisamment démontée. Le Pd a manqué de répondant sur la question de l’immigration face à une droite adepte d’un discours volontiers nauséabond sur ce sujet.
Diego Melchior
Commentaires
Dans les mois à venir, le Pd va sûrement repenser son rapport avec la gauche radicale qu'il est obligé de représenter par défaut au Parlement.
Veltroni selon toi a fait une campagne au centre ? C'est ton avis, c'est pas le mien ni d'une bonne partie des camarades de l'ex-PCI. Le vrai problème, je persiste à le déclarer, c'est d'une part le manque de clarté sur certains sujets politiques (et là tu as tout à fait raison en ce qui concerne l'Europe -mais tu remarques que je l'ai évoqué dans ce billet) et d'autre part le Pd a aussi foiré dans le choix de ses candidats, notamment dans le Nord.
Il s'agit de toute façon de faire une opposition digne de ce nom et d'éviter la casse au maximum...
Entièrement d'accord, tout l'importance d'un genre de génération très rapide déjà amorcé d'ailleurs...
Bravo!
après avoir entravé une loi d'amnistie pour l'élargir aux délits financiers,
Silvio et ses vassaux comptent 70 condamnés parmi leurs parlementaires...
mais pas Silvio qui avait été sauvé par une accélération de la prescription votée par SON parlement...
Samantha = Rama Yade ?
1. Clément fait sienne l'idée d'une convergence du centre-gauche avec la gauche dite "radicale". Je la crois indispensable en Italie comme en France pour combattre l'affairisme, l'incompétence et les dérives vers l'extrême-droite ;
2. Diego accepte en définitive l'idée d'un ancrage à gauche plus concret et lisibile du PD, chose qui à mon avis explique effectivement en partie la défaite de Veltroni. Il est incompréhensible que le PD puisse être au niveau européen avec des députés qui soutiennent Berlusconi en Italie !
@ Samantha,
si ton rêve est de porter au pouvoirs un vieil affairiste de 71 ans qui a ruiné l'Italie et corrompu pour un bon moment l'ensemble de sa vie politique, on se dit que même Barrès doit se retourner dans sa tombe !
Trackbacks
Aucun trackback pour cet article





Une fois n'étant pas coutume, Diego m'irrite tant par son manque de recul par rapport aux déclarations du PD que par son manque de mise en perspective :
- En premier lieu, cette défaite est collective et son effet le plus déroutant réside dans l'absence ( je dis bien l'absence ) de représentation du PSE ( sans parler des Verts et des Communistes ) au Parlement italien...
Personne n'est donc gagnant à ce petit jeu en dehors de la centain de parlementaires de la ligue, de la famille Mussolini dont un des membres retourne au Parlement...
Pour être honnête, le PD a mené une campagne encore plus au centre que Ségolène Royal : en d'autres termes, si la course aux électeurs modérés est un objectif, il ne semble payant ni en France ni en Italie...
Enfin, la décision de Veltroni de ne pas s'allier ( alors que Berlusconi lui n'a pas hésité ) avec sa gauche l'a naturellement porté à la défaite dans le cadre d'une loi électorale qui favorise les coalitions...*
Néanmoins, la responsabilité étant largement collective, il est vain de continuer à se déchirer entre centre gauche et gauche radicale... Le Parti Démocrate doit absolument accepter rapidement l'adhésion au PSE ( environ la moitié de ses élus à Strasbourg siège avec les libéraux ) plutot que de chercher don quichottesquement à transposer le modèle du parti démocrate US en Europe
PS : cher Diego, la gauche italienne continue de s'allier avec le PS partout ou elle le peut, et si Rome ne bascule pas dimanche grace aux voix fascistes, c'est grace aux " maximalistes irresponsables" que le PD devra sa victoire