Vu(e) d'ailleurs [9] : quelles leçons tirer du résultat des élections italiennes ?

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po



Diego Melchior, notre correspondant en Italie, nous fournit une analyse à vif des derniers résultats électoraux décevants pour la gauche. Il serait intéressant de tirer les enseigments au niveau européen de cette défaite, tellement la comparaison entre le sarkozysme et le berlusconisme est riche d'enseignements. 



Le résultat des élections politiques italiennes du 13 et 14 avril est sans appel : la coalition de droite menée par Silvio Berlusconi est sortie victorieuse du scrutin.
Le Peuple de la Liberté a obtenu à la Chambre des députés 36,4% des voix et son allié, la Ligue du Nord, 9%. Au Sénat, le Pdl a obtenu 37,8% des voix et la Ligue du Nord, 8,2%. Le Parti démocrate a obtenu 33,6% des voix à la Chambre des députés et son allié Italia dei Valori, 4,3%. Au Sénat, le Pd a obtenu 33,8% des voix et Idv, 4,3%. La coalition Pdl+Ligue+Mouvement pour les Autonomies aura 344 députés et 174 sénateurs : c’est une large majorité qui va permettre à Silvio Berlusconi de gouverner seul, à la tête de sa coalition.

 

 

Victoire de la droite ne veut pas dire, défaite de la gauche. En effet, le centre-gauche incarné par Walter Veltroni, à la tête du Pd, même s’il a été battu, a obtenu le plus haut score de son histoire : en 2006, l’Ulivo n’avait totalisé que 31,3% des voix. Le Pd s’est imposé comme le grand parti de la gauche et du centre-gauche. La gauche radicale incarnée par La Sinistra/L’arcobaleno n’a obtenu que 3% des voix (alors qu’elle totalisait plus de 10% des voix en 2006). Cette coalition de quatre partis (dont Rifondazione Comunista et les Verts) n’aura pas de représentants au Parlement. De même pour le Parti Socialiste Italien qui a obtenu 0,9% des voix. Pour la première fois de son histoire, le Parlement italien n’aura pas en son sein de représentants de la gauche historique. C’est la deuxième leçon qu’il faut tirer, simple et pragmatique : alors que le discours économique du Pd, axé sur la lutte contre la précarité, a su convaincre, les idées de la gauche radicale n’ont rencontré aucun soutien auprès des Italiens. Son projet de société est apparu totalement décalé avec les aspirations de la population. C’est un avertissement fort pour la gauche européenne et, en particulier, pour tous ceux qui, dans un PS en plein travail de rénovation, défendent idéologiquement l’ancrage à gauche. Le Pd italien l’a prouvé : seule la voix réformiste du centre-gauche est l’alternative viable à la droite.

 

 

Cependant, le Pd n’a pas réussi à dépasser la barre des 35%, objectif initialement prévu. Pourquoi ? Les raisons sont probablement multiples. D’abord, le Pd paye le fait d’avoir participé à la législatureprécédente : faire partie d’un gouvernement sortant est toujours un désavantage surtout quand des problèmes importants non résolus existent encore sur le territoire au moment de l’élection. Ensuite, la droite a été habile et n’a rien épargné au Pd et à Walter Veltroni : mensonges et menaces. D’un côté, Silvio Berlusconi accusant le Pd d’être le Parti Communiste Italien du XXIe siècle, d’un autre côté, Umberto Bossi appelant les Italiens à sortir les fusils en cas de défaite de la droite…

 

En outre, le Pd n’a pas complètement atteint l’objectif de conquérir l’électorat modéré. En effet, l’Union du centre a obtenu 5,5% des voix ce qui lui permet d’avoir députés et sénateurs. Ces voix qu’a prises l’Udc sont probablement celles qui ont finalement manqué au Pd pour faire la différence. Qu’en déduire ? Le Pd n’a probablement pas convaincu suffisamment l’électorat catholique modéré. À l’avenir, tout en respectant l’idée de laïcité, il faudra peaufiner le discours sur les mœurs qui a toute son importance en Italie. Mais tout cela ne saurait expliquer l’écart de voix entre la droite et la gauche. Le fait que la Ligue du Nord soit à 8% et l’extrême droite (incarné par le parti La Destra) à 2,5%, c’est-à-dire presque autant que la gauche radicale, est significatif. En effet, certains thèmes qui paraissent importants pour les Italiens ont été mieux exploités par la Ligue et l’extrême droite. L’Europe, le fédéralisme italien et l’immigration ont servi de terreau électoral pour les extrémistes. Le Pd a manqué de pugnacité dans son argumentation pour la défense de l’Europe dans un pays où le passage à l’euro est encore mal vu. Le sujet du fédéralisme a été totalement absent ce qui a laissé le champ libre à la Ligue qui a pu développer à souhait son discours inégalitaire concernant le fédéralisme fiscal. Enfin, le raccourci véhiculé par la Ligue et l’extrême droite, « présence des immigrés=chômage et insécurité » n’a pas été suffisamment démontée. Le Pd a manqué de répondant sur la question de l’immigration face à une droite adepte d’un discours volontiers nauséabond sur ce sujet.

 

 

Une dernière leçon doit être enfin tirée et devrait intéresser particulièrement le PS. Pour gagner face à une droite adepte du « tous les coups sont permis » une réelle force organisationnelle s’impose. Le choix d’un leader après des primaires nationales, non limités aux seuls adhérents du parti, est la première étape. Doit suivre immédiatement l’élaboration d’un projet qui doit offrir un programme économique clair et précis mais qui doit se différencier de la droite principalement sur des sujets comme l’immigration ou la sécurité. Leader et projet sont indiscutablement liés. Les petits compromis entre forces antagonistes internes doivent être écartés. En ce sens, le Parti démocrate italien a ouvert une voie réformiste et démocrate que le PS ne doit pas avoir peur d’emprunter, d’autant plus que la configuration politique française d’aujourd’hui n’est pas sans rappeler la configuration italienne d’il y a quelques années. Il faut dès à présent concilier les tenants de la tradition socialiste et les tenants du christianisme social. C’est cette voie-là que doit suivre le PS, c’est la voie du centre-gauche.

Diego Melchior

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Diego 20/04/2008 22:24

Attention, les libéraux ne sont pas dans le PPE et les anciens de la Margherita sont dans le PDE (avec le Modem). Le reste les ex-DS, au PSE.

John_G 20/04/2008 19:16

Au final, toutes les positions sont conciliées :

1. Clément fait sienne l'idée d'une convergence du centre-gauche avec la gauche dite "radicale". Je la crois indispensable en Italie comme en France pour combattre l'affairisme, l'incompétence et les dérives vers l'extrême-droite ;

2. Diego accepte en définitive l'idée d'un ancrage à gauche plus concret et lisibile du PD, chose qui à mon avis explique effectivement en partie la défaite de Veltroni. Il est incompréhensible que le PD puisse être au niveau européen avec des députés qui soutiennent Berlusconi en Italie !

@ Samantha,

si ton rêve est de porter au pouvoirs un vieil affairiste de 71 ans qui a ruiné l'Italie et corrompu pour un bon moment l'ensemble de sa vie politique, on se dit que même Barrès doit se retourner dans sa tombe !

Clara 19/04/2008 21:59

Diegouille Président!

rat mort 19/04/2008 21:25

les faits aussi sont têtues :
après avoir entravé une loi d'amnistie pour l'élargir aux délits financiers,
Silvio et ses vassaux comptent 70 condamnés parmi leurs parlementaires...
mais pas Silvio qui avait été sauvé par une accélération de la prescription votée par SON parlement...

Samantha = Rama Yade ?

Samantha 19/04/2008 19:17

Je salue le talent de Silvio Berlusconi qui fait un retour magistral après avoir fait l'union dans son camp avec brio. C'est un régal, ce résultat: ça frustre quelques utopistes rêveurs - mais le peuple est têtu!

Bravo!