79%

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

C'est le chiffre de la semaine, qui résume, dans deux enquêtes distinctes, les premières grandes lignes du bilan de la première année de sarkozysme intégral (puisque précédée de cinq années de sarkozysme au moins partiel).

Le PS est (aussi) le parti des entreprises

La droite n'a pas eu de mots assez forts pour critiquer l'attitude des parlementaires socialistes, évidement non constructive, lorsqu'il s'agit de juger le paquet fiscal, qui a remplacé, dans le vocabulaire usuel, la loi dite "TEPA". Depuis le vote cette funeste loi au cours de l'été 2007, les socialistes n'ont eu de cesse de rappeler le caractère injuste de certaines mesures contenues dans le paquet (droits de succession, bouclier fiscal...) et l'aspect inefficace de l'ensemble et en particulier du dispositif de défiscalisation des heures supplémentaires. Toutes les premières études empiriques (déjà évoquées ici) démontrent la réalité de cette analyse et l'immense effet d'aubaine qu'a généré cette mesure.

Mais l'on pouvait se dire qu'a minima, même si les entreprises ne souhaitaient évidemment pas avoir recours aux heures sup sans disposer d'un carnet de commandes en expansion, elles pouvaient toutefois être seulement intéressées par ce dispositif.

Une étude menée par le cabinet d'avocats Fidal
auprès de 2049 entreprises (publié mercredi 16 avril)  nous démontre que nous sommes restés encore trop timorés dans la critique. Cette enquête révèle effectivement que 79% des entreprises interrogées ne "se sentent pas incitées à augmenter le volume d'heures supplémentaires", malgré le dispositif gouvernemental. Seules 18% des entreprises déclarent que cela les a au contraire incité à le faire, soit moins d'une entreprise sur cinq.

De manière générale, 39% des entreprises interrogées considèrent même que cette loi (TEPA donc) représente une "contrainte" pour elles plutôt qu'une "opportunité". Le plus cocasse, quand on entre dans le détail de l'enquête est que plus la taille de l'entreprise est importante, plus la perception de cette loi comme une contrainte grandit (48% des entreprises de plus de 250 salariés la considèrent comme une "contrainte" et 56% des entreprise de plus de 500 salariés). Or, ces entreprises sont celles précisément où les 35 heures sont en application complète (lois Aubry I et II), contrairement aux TPE où le passage aux 35 heures s'est effectué, pour la majeure partie, avec les aménagements Fillon.  

L'échec est total : même les entreprises qui disposent des capacités logistiques pour appliquer cette usine à gaz et qui seraient étranglées par les horribles 35 heures sont celles qui rejettent le plus le dispositif gouvernemental.L'enquête explique ensuite l'une des causes de la rapide désillusion sarkozyste : 61% des ouvriers et employés déclarent effectivement être désireux d'effectuer davantage d'heures supplémentaires (contre 35% des techniciens et agents de maîtrise et 18% seulement des cadres). Or, contrairement à ce qu'a voulu leur faire croire une démagogie de campagne que nous n'avons pas assez démontée, ce ne sont pas les employés qui sont maîtres de leur temps de travail, mais bien les employeurs... dont le désir de générer des heures supplémentaires est a contrario pour le moins fortement limité...

Même si l'on en vient à ne plus vouloir tirer sur une ambulance, rappellons, comme l'a démontré
le rapport de la commission des Finances commandée par Didier Migaud, que cette ambulance coûte cher ! Le prix de ce gigantesque effet d'aubaine n'est effectivement pas neutre pour les finances publiques (4,1 Mds €) et il ne faut pas faire croire aux Français que cela leur rapporte un seul seul sou supplémentaire puisqu'il donne de leurs poches de contribuable plus qu'ils ne reçoivent en tant que salariés (3,78 Mds €). Autrement dit, un petit jeu sarkozyste à somme plus que nulle.


La rupture pas tranquille du tout avec la France


Aux 79% évoqués plus haut font écho un chiffre similaire, qui démontre, avec le recul que l'on accorde à l'égard de tous sondages, que la majeure partie de la France a divorcé avec Sarkozy et surtout avec la politique qui est menée.

Au-delà du seul examen de sa cote de popularité qui connaitra sans doute encore des hauts et des bas, 79% des Français considèrent, selon le sondage IFOP réalisé pour le JDD, que "l'action du Président et de son gouvernement n'a pas permis d'améliorer la situation de la France et des Français". Non seulement la chute est importante par rapport à novembre 2007 où les Français n'étaient "que" 59% à émettre ce jugement mais désormais ils considèrent majoritairement, qu'en dépit de l'agitation déployée, la situation n'a "pas du tout" changé. Enfin et surtout, désormais
même le coeur de cible est atteint puisque les sympathisants UMP ne considèrent qu'à une très courte tête (50% contre 49%) que l'action est plutôt positive...


Encore une fois, cet état de fait ne réjouit aucun citoyen responsable. La désillusion du sarkozysme rejaillit, parfois de manière injustifiée, sur l'ensemble des partis politiques. La majorité actuelle aura 10 ans de bilan à soutenir derrière elle en 2012. Aujourd'hui, le rôle des socialistes est de rappeler aux gouvernements les trois actions urgentes à entreprendre :


- De la rigueur... dans l'action gouvernementale : depuis janvier, avec une apothéose tragi-comique cette semaine, les cafouillages divers que certains prennent pour de la stratégie (c'est dire où on est arrivés...) sont l'une des raisons essentielles de l'impossibilité d'avoir un débat politique serein et compréhensible ;

- De la méthode dans les "réformes" : plutôt que de sauter comme un cabri sur sa chaise en criant "réformes, réformes !", le gouvernement doit éviter que la catastrophique et prétendue "réforme" de la carte judiciaire ne serve de modèle pour le reste des chantiers à venir. La concertation n'est pas l'ennemi de la décision, bien au contraire ;

- De la prise de conscience sur les erreurs passées : l'annulation quasi-totale du paquet fiscal (seules les mesures sur les intérêts d'emprunts, pour des questions de sécurité juridique, devraient être maintenues) qui démontre chaque jour son coût exorbitant pour des résultats plus que médiocres est la première des priorités.

Même s'il est de bon ton (à l'UMP) de dire que les cafouillages n'existent pas, le chef de l'Etat s'exprime demain. Espérons que cette fois-ci il écoutera cette fameuse "majorité (plus vraiment) silencieuse"...
  

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pas content 22/04/2008 17:03

puisqu'on parle budget, combien ça coûte l'organisation du 1er mai du fn par le conseil régional d'ile de France?

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