Ce blog n'a pas l'habitude de parler (tout court) mais surtout pas de parler de lui. L'article précédent
(sur le RSA) était pourtant le 500ème. Après près de deux ans d'existence et pas loin de 150 000 lecteurs,
ce blog peut se vanter d'un succès quotidien. Merci à vous de continuer à nous lire, nous aurons l'occasion de le faire encore évoluer dans les prochaines semaines. Ci-dessous, nous continuons
notre série sur l'anti-repentance avec Mai 68. Et quoi de mieux pour fêter cet anniversaire et l'esprit de 68 qu'un peu d'humour... Cet article est d'ailleurs, pour mieux le comprendre, une
réponse à celui-ci.
Cela ne vous arrive jamais, en repensant à un événement historique majeur, de vous demander ce que vous auriez fait à la place de ses
acteurs ? Quel camp vous auriez choisi ? Quelle attitude vous auriez adoptée ? Il est d’ailleurs des heures sombres de notre histoire pour lesquelles cette question est particulièrement
éprouvante. En ce qui concerne l’année 52 avant Jésus-Christ, je dois reconnaître que la façon dont je perçois cette période diffère de la position qu’à mon avis j’aurais adoptée, si j’avais vécu
ces événements.
Nombreuses sont les voix qui, sans toujours appeler à la « liquidation de
l’héritage d’Alésia », déplorent un affaiblissement de l’autorité gauloise, le triomphe du « dictateur César » ou même une certaine perte des repères druidiques face à un envahisseur
romain. Ce n’est pas mon avis. Le mouvement gaulois apparait parfois un peu absurde ou vain. Mais sa contribution à la libération d’un peuple de moustachus blonds buvant de la potion magique et
de la cervoise est certainement sous-estimée, surtout du côté de mon courant de pensée historique.
Ceux qui organisaient autrefois les révoltes sont certainement aujourd’hui
pour la plupart de sages professeurs, des cadres aisés ou encore des hauts fonctionnaires taciturnes parlant latin. Ils se plaignent de la société, répètent que l’on n’apprend plus rien à
l’école, que tout va à vau-l’eau… Mais ils ont 2080 ans. A 20 ans, ils ont dit non ; ils ont rêvé ; ils ont exigé que les romains s’adaptent un peu à leurs aspirations.
Peut-on en dire autant de ma génération ? Ce n’est pas sûr. Je ne pense pas
que nous donnions l’impression de vouloir reconquérir la Gaule. Certes, nous voulons notre place sans forcément dénoncer les inepties que les romains nous lèguent, mais sans souhaiter
réellement remodeler l’Europe. Tout ce que nous exigeons dès que notre voix se fait entendre est une part du gâteau que les romains se partagent aujourd’hui.
Nous refusons le Traité de Rome parce qu’il a été signé en Italie et
estimons qu’un traité fondateur de l’Europe devrait être signé à Gergovie. Nous n’acceptons pas une victoire des Italiens à la coupe du monde de football, synonyme d’une énième victoire des
romains sur les gaulois. Nous n’écoutons plus Claude Barzoti et Richard Cocciante à la radio que nous accusons de remettre en cause l’exception culturelle. Nous nous opposons à la prolifération
des pizzerias qui nous imposent la malbouffe romaine. Nous réclamons lacréation d’une station de métro « Gergovie » sur
la ligne 4 et la destruction pure et simple de cette station située entre Porte d’Orléans et Mouton-Duvernet. Nous demandons que le « Champ de Mars », insulte à nos guerriers, soit
rebaptisé « Pré de Toutatis ». Nous exigeons la suppression du Sénat et son remplacement par une assemblée druidique plus conforme aux traditions institutionnelles de
la Gaule éternelle. A l’image de nos prédécesseurs, toutes nos revendications consistent à exiger un retour des gaulois sur les romains. Avons-nous envisagé ce que la Gaule devra faire pour
l’Europe et pour le monde ? Non, nous sommes nombreux réclamer davantage de place pour la Gaule, alors que pour beaucoup, Gauloise n’évoque qu’une marque de paquets de cigarettes, sur
lesquels sont écrits « Fumer tue ». Avant Jésus-Christ, les romains souhaitaient écrire sur les troupes de Vercingétorix « Les Gaulois tuent ». Désormais, ce sont les
gauloises qui tuent. Preuve supplémentaire que les temps changent mais que notre détermination reste intacte.
Je n’ai pas néanmoins la prétention d’être meilleur ou plus visionnaire. Bien
que le mouvement de - 52 m’apparaisse sympathique et vecteur de changement, je ne pense pas que j’aurais participé à la révolte et tiré sur les tribus de César. Compte tenu de mon héritage
familial, j’ai une certaine image de la place qui aurait été la mienne lors de ce fameux moi de juin 52 avant Jésus-Christ. Mon arrière arrière arrière arrière […] arrière grand-père, alors en
sixième au lycée Cro-Magnon, n’avait pas eu de cours pendant les dernières semaines. Son établissement servant alors de base pour la confection d’arbalètes, son père l’inscrivit à la rentrée
suivante dans un lycée plus réputé, le lycée Panoramix. Je n’aurais donc pas participé, mais j’aurais soutenu le mouvement.
Je peux donc imaginer aisément où j’aurais été à cette époque si j’avais eu
vingt ans : quelque part entre Gergovie et Alésia, à partir du mois de juin. Je sais ce que j’aurais fait si j’avais eu vingt ans : j’aurais soutenu Vercingétorix. Je ne le regretterais pas
pour autant.
Mathieu Roumegous et Julien Savy