Vu(e) d'ailleurs [10] : Viva Zapatero, super ZP !

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

« Une victoire claire ». C’est ainsi que José Luis Zapatero, premier ministre socialiste espagnol a qualifié sa victoire le 9 mars 2008 sur son principal opposant, le conservateur Mariano Rajoy. Du moins, est-ce qu’il prétend… Qu’en est-il vraiment ? Aiguilloné par de bons amis (merci Néel et Jonathan !), j’ai fait ma propre analyse avec mes yeux d’étudiant français Erasmus de cet évènement que j’ai vécu de près.  Je vous soumets donc un tableau de cette victoire réelle mais nuancée, porteuses de leçons pour notre PS français.

 

Tout d’abord, un tour d’horizon de la politique en Espagne s’impose. Sur le plan politique, la société espagnole est assez crispée. Certes, me direz-vous, l’héritage hisorique est lourd. L’Espagne garde encore des marques douloureuses de la Guerre Civile qui divisa le pays et même les familles en deux blocs : la gauche républicaine et la droite franquiste. Sous F. Franco, durant 36 années, les républicains restés en Espagne furent largement séquestrés, et maltraités (la vale de los caidos). A partir de 1978, la Monarchie parlementaire refixa les deux bouts difficilement grâce notamment à la figure de réconciliation du roi Juan Carlos.

 

D’où des plaies qui restent ouvertes. Or, Zapatero put parfois y retoucher durant sa législature, que ce soit en négociant avec le groupe terroriste ETA, ou bien par sa loi sur la mémoire historique en faveur de l’ancien camp républicain. Bref, une « politique de clan » qui a eu pour principal effet de tendre la société espagnole entre droite et gauche. D’une part, la droite entretient une haine forte contre Zapatero, considérant qu’il gouverne pour les siens sans penser à l’Espagne : un démagogue. D’autre part, la gauche juge la droite rétrograde face au « meilleur premier ministre qu’on ait jamais eu », comme me l’a résumé avec enthousiasme une étudiante de la Universidad Complutense de Madrid.  Bien sûr, ces tensions se retrouvent au Congreso espagnol. Les débats entre l’opposition du Parti Popular et le PSOE de Zapatero, donnent lieu à des propos généralement peu agréables adressés au Premier Ministre. Gauche droite, droite gauche : nada nuevo !

 

Cette crispation de la vie politique espagnole reflète aussi les problèmes des grands partis qui sont en panne d’organisation. Le PSOE, parti socialiste de Zapatero, souffre des critiques de son bilan. Il connaît souci de leadership, du fait du peu d’autorité qu’a Zapatero sur les siens, et compte surtout sur la présence de la vice présidente,  María Teresa Fernandez de la Vega, pour être tenu. D’autre part, le Partido Popular est en crise de direction de d’identité. Depuis 2004, il a perdu la grande autorité de son chef et créateur José María Aznar. Or, il n’a trové en la personne de Mariano Rajoy avant tout un homme de synthèse (un peu comme notre F.Hollande) entre les trois tendances du parti : démocratie chrétienne, libéralisme, et conservatisme. La droite déprime en Espagne…

 

C’est pourquoi, malgré ce que pouvaient dire certains militants suivant naturellement leur « passion politique », les résultats étaient plus qu’incertains. D’abord, parce que les deux principales forces politiques sont au coude à coude depuis 4 ans,  le PSOE ayant 164 voix, et le PP 148 en 2004. Ensuite, parce que les deux camps gauche droite sont tellements figés que l’Espagne souffre d’une véritable viscosité électorale. Cela a même fait dire à ZP (le surnom espagnol du Premier Ministre), que « tout reste à gagner » début mars 2008. Un peu de modestie ne tue jamais son homme, au contraire…

 


Et la campagne ? J’y viens… Zapatero a largement joué sur son bilan et son sens de la communication pour l’emporter sur son vieil adversaire. Son principal point fort est d’avoir été capable de mener une politique économique assez pragmatique aidé par son ministre de l’économie Pedro Solbes.  Sa politique sociale est généralement appréciée, notamment sa lutte pour la défense des droits de la femme. En revanche, sa politique intérieure est entachée par l’échec de ses négociations avec ETA. Face à cela, le PP en mal d’unité, jugulant avec peine ses conflits internes, ne cesse d’attaquer la politique de Zapatero, sans jamais proposer de réelle alternative. Il leur arrive même, assez paradoxalement, de présenter des mesures assez déconnectées de la réalité économique (cf. vouloir que tous les pères de famille puissent être chez eux dès 17h et goûter avec leurs enfants : convivial, mais pas sérieux). 

Partant, les débats furent généralement stériles. Par exemple, les débats télévisés entre Rajoy et Zapatero furent généralement un jeu où chaque protagoniste reproche à l’autre ce qu’il a fait lorsqu’il était/est au pouvoir. Jolie série de droites et crochets, mais peu de défense.

 

Par conséquent, la victoire de Zapatero fut assez serrée. En effet, le PSOE de Zapatero obtient seulement 169 sièges sur les 350 sièges du Parlement espagnol. Bien sûr, ce résultat, au-delà de la victoire de Zapatero en soi, a un second aspect positif : il souligne une montée du PSOE de 5 sièges. D’autre part, le PP, quoique perdant, a également enregistré un beau score en totalisant 148 sièges, soit 6 sièges supplémentaires. En tout, les deux partis enregistrent un total de 90 % des voix.  La bipolarisation de la société espagnole est ici extrêmement claire. Cela correspond bien, d’ailleurs, au caractère tranché de la société espagnole. Cependant, quelques nuances sont à apporter à cette analyse. La première est la chute spectaculaire et étonnante de l’extrême gauche et de son principal parti la « Izquierda Unida » (Gauche Unie) qui n’obtient que 3.81% des voix. Une deuxième petite limite à la bipolarization qui redonnera courage à nos amis centristes : le nouveau parti UPyD (union pour le progrès et la démocratie) de Rosa Diez (ex PSOE) obtient plus d’1% des voix.

 

Néanmoins, cette douloureuse victoire présage des changements pour l’Espagne et est porteuse de leçons.

 

Tout d’abord, cette douloureuse victoire permet à Zapatero d’installer un gouvernement d’un « genre nouveau » (passez moi l’expression qui pourrait à tort être jugée machiste). En effet, Zapatero a réussi tant bien que mal à se faire élire. Suite à la victoire sans majorité absolue du PSOE, le candidat Zapatero n’a pas pu être investi par la Chambre des députés fraîchement constituée dès le premier tour, et a du attendre le second tour pour obtenir la majorité absolue (moitié + 1 voix) nécessaire à son investiture. Or, aussi mince soit-elle, la victoire de Zapatero lui permet de former un nouveau gouvernement.

Quoi d’original me direz-vous ? Rien, si on s’en tient rigoureusement au droit. En revanche, la composition du gouvernement est elle originale. Il fait plus que respecter la parité : sur les 17 ministres, 9 sont des femmes (dont Carmen Chacón à la Défense). Bref, ZP est un féministe qui va plus loin que Sarko. Au-delà de ma petite mesquinerie vis-à-vis de notre Président de la République, cette composition du gouvernement en Espagne représente un effort de modernisation important de l’Espagne. En effet, la libération de la femme y est un thème essentiel depuis une bonne vingtaine d’années.

A partir de ce gouvernement, un autre point positif est que ZP entend espérer changer la vie politique espagnole à travers l’action gouvernementale. Il compte notamment mettre fin à la crispation entre droite et gauche qui a tant marqué la vie politique espagnole depuis la défaite de la droite suite aux attentats du 11 mars 2004.

 

 

Mais, me diront certains esprits critiques, quelle utilité a tout cela pour nous, PS français ? Jy viens tranquillement, Je pense, pour avoir vécu cette élection de près que de quelques leçons peuvent être tirées de la victoire de M. Zapatero. La première, certes irréalisable aujourd’hui même, est l’importance d’être déjà au pouvoir. Zapatero a largement joué sur les aspects positifs de son bilan et sur son expérience politique pour l’emporter sur Rajoy. D’autre part, un candidat qui a su travailler son sens de la communication a toujours beaucoup plus de chances de l’emporter sur son adversaire. Par exemple, lors des débats télévisés, Mariano Rajoy semblait toujours bien mal à l’aise et lisant péniblement ses notes, tandis que ZP était bien plus naturel.  Enfin, le dernier enseignement de cette victoire a la Pyrrhus de Zapatero est l’importance de profiter d’un adversaire fissuré. Le PP était complètement fendillé entre ses diverses tendances (depuis les centristes comme Gallardón, maire de Madrid, aux conservateurs comme Esperanza Aguirre) et blessé par l’absence de son grand patron, J.M Aznar. En clair, « diviser pour mieux régner », comme le disait Machiavel. Certes, ce genre de situation parait difficile aujourd’hui en France, mais patience…

 

 

Ainsi, nous voilà au lendemain d’une victoire difficile, mais importante du parti socialiste en Espagne, d’où de nombreuses leçons peuvent être tirées. Il est intéressant voir une victoire du Parti Socialiste en Espagne l’année même des trente ans de la démocratie espagnole, depuis l’approbation de la Constitution espagnole le 27 décembre 1978. Pure coincidence ? Voire…  En attendant, viva ZP et au travail !


 

Charles-Thibaul Petit

Publié dans International

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françoise 23/05/2008 02:24

comment peut-on faire mieux ou plus que la parité ? il y a une seule alternative : égalité ou non.
17 ministres + 1 président du conseil = 18 membres du gouvernement.
La moitié de 18 = 9 = le nombre de femmes = le nombre d'hommes.
Et c'est justement la parité dans un gouvernement. L'Espagne sait mieux compter que le France, au vu des commentaires !!

Diego 19/05/2008 22:14

On a failli frôler l'incident diplomatique entre l'Italie et l'Espagne ce week end au sujet de l'immigration. :s

grutman 18/05/2008 14:15

Claro, viva ZP !

Seul petit reproche al companero espanol, il ne faut pas qu'il se renie sur la question de l'immigration mais au contraire, insister sur les retombées positives non seulement culturelles mais aussi économiques de la politique menée depuis 2004.