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Vendredi 3 octobre 2008
- Publié dans : Questions de société

Réjouissons-nous, Son omniprésidence Sarkozy est décidément sur tous les fronts. Du plus banal faits divers, il passe sans transition à l'histoire de la civilisation et au souffle de l'Esprit qui anime ce monde. Très modestement, tout en gardant les yeux baissés à terre et en m'inclinant à ras du sol, je souhaiterais répandre ici la gloire de la Parole sarkozienne.


Des propos inconséquents 
 

Car gloire à Sarkozy qui a créé une nouvelle religion. Le 14 juillet 2008, il a tenté  de soumettre à Son nouveau culte les habitants d'une lointaine contrée d'Arabie. Devenu tout à coup prêtre universel, Sarkozy en appelle à rien de moins qu'une religion unifiée : « Sans doute, Musulmans, Juifs et Chrétiens ne croient-ils pas en Dieu de la même façon. Sans doute n'ont-ils pas la même manière de vénérer Dieu, de le prier, de le servir. Mais au fond, qui pourrait contester que c'est bien le même Dieu auquel s'adressent leurs prières ? ». Tiens donc, Sarkozy est devenu spécialiste de théologie au point de pouvoir arbitrer plusieurs millénaires de conflits religieux ! En fait, tout va bien dans le meilleur des mondes. Musulmans, juifs et chrétiens vont s'aimer puisque M. Sarkozy leur a dit qu'au fond, leur foi était là même.
 

Pourtant, Sarkozy ajoute plus loin : « Dieu qui par-delà toutes les différences ne cesse de délivrer à tous les hommes un message d'humilité et d'amour, un message de paix et de fraternité, un message de tolérance et de respect ». Cette définition correspond certes au « Dieu » catholique, mais nul besoin d'être docteur en théologie pour savoir que cet optimisme n'est pas partagé chez certains protestants, dans la religion juive et dans la religion musulmane. Non pas que je veuille valoriser la religion catholique, je veux montrer bien au contraire que l'œcuménisme naïf tel que le pratique Sarkozy aboutit toujours à une reproduction en plus stupide du message des Evangiles. Notre président classe implicitement les cultes selon un ordre de valeur. D'un côté, il proclame qu'il « n'a pas à exprimer ma préférence pour une croyance plutôt que pour une autre », de l'autre, il dévalorise foncièrement toutes les religions non-catholiques, et a fortiori, les religions non monothéistes.
 

Une « laïcité positive » absurde et rétrograde
 

Guidé par l'Esprit, Sarkozy souhaite donc instaurer la « laïcité positive ». Si l'on en croit son discours prononcé lors de la venue de Benoît XVI à Paris, il s'agirait de briser la frontière entre le « sens religieux » et l'action publique. Quatre objections peuvent être formulées :


  • - La vision de Sarkozy repose sur une grave erreur quant à la loi 1905. Cette loi garantit la liberté de conscience. Chaque citoyen peut donc adjoindre à sa participation à la vie de la Cité tel ou tel «sens religieux». Sarkozy, si cela lui chante, peut lui aussi agir en chrétien (même si parfois on a des doutes, mais laissons de côté les débats théologiques...)

  • - Comment peut-on organiser cette «laïcité positive»? Faut-il réunir un collège d'experts religieux à chaque grande décision? Mais alors comment les choisirait-on? Dans une religion dispersée comme l'Islam, attribuer une légitimité à un tel impliquerait que l'Etat et la politique procèdent à un arbitrage dans les conflits religieux.

  • - L'argument principal de Sarkozy en faveur d'une laïcité positive est que l'humanisme (censé inspirer son action...) constituerait la fille des religions monothéistes. On voit là une démarche foncièrement conservatrice. Obligés de s'en remettre à des textes millénaires, les citoyens seraient donc incapables d'établir eux-mêmes les conditions du progrès de la société. Tout reposerait sur l'héritage et plus rien sur les capacités de l'homme.


Sous « l'humanisme », le pur cynisme
 

Sous les discours clinquants et « humanistes » se cache un pur cynique. Rappelons l'action de Sarkozy en tant que ministre de l'intérieur. Il a mis en place le CFCM, Conseil Consultatif du Culte Musulman, organe semi-officiel chargé de réguler l'activité cultuelle musulmane en France. Au même moment, lors des émeutes de 2005, il fustige les « jeunes de banlieue » avec l'aide des médias qui les présentent comme provenant de l'immigration maghrébine. Le rapport entre ces deux évènements est très simple : organiser l'Islam doit servir in fine à ce que la République confie à l'imam - et non au travailleur social ou à l'enseignement - le soin de calmer les tensions dans les banlieues « difficiles ». Dans le discours de Latran prononcé en tant que Président, on y voit plus clair : Sarkozy regrette « le désert spirituel des banlieues ».
 

Quelle sottise a poussé Sarkozy à s'intéresser à la religion ? Cette piété soudaine n'a qu'un seul sens : le conservatisme pur et dur au détriment de la liberté des uns et des autres ainsi que la liberté des cultes.

Sebastian Billows

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