Il y a plus de c*** de gauche que de gens sympathiques de droite…

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

La responsabilité d'un responsable socialiste

Pour une fois on ne devrait pas (trop) pouvoir me reprocher de dire du mal de nos adversaires politiques. En effet je vais parler des miens, de ma famille et, comme il se doit, laver mon linge sale devant tout le monde.

 

Parce que j'aimerai rappeler à nos élus, à nos représentants, à nos militants qu'ils ont une responsabilité et que cette responsabilité s'accroît à chaque mandat, à chaque charge supplémentaire qu'ils acceptent. Leur responsabilité c'est tout simplement d'être encore un peu plus exemplaire que les autres, c'est de porter dans tous les actes de leur vie les valeurs pour lesquelles ils se sont faits élire.

 

Si nos élus demandent des passes droit, s'ils se permettent de mépriser, dans l'exercice de leurs fonctions, les gens qui travaillent avec eux ou pour eux alors tous nos discours, y compris les miens, sur l'humanisme et l'égalité ne sont que des mots. Et hélas de tels comportements ne sont que trop fréquents...

 

On pourrait dire que tout cela n'est pas grave, que nos élus, nos représentants, nos camarades, ne sont que des humains qui ont droit à leur moment de faiblesse. C'est certain. Mais il est des faiblesses que je leur pardonne moins facilement qu'à d'autres.

 

Clarifions un instant les choses. Je pense que la politesse est le premier devoir de l'humain en société. Je ne dis pas le respect, je ne dis pas l'empathie, je dis bien la politesse. Je n'exige rien de plus de mes semblables. Et encore...encore dans de nombreuses circonstances je peux comprendre que l'anonyme que je croise dans la rue soit agressif, parce qu'il a ses raisons, parce qu'il a eu une longue journée,... Je lui pardonne de n'être pas à la hauteur de l'idée que je me fais de lui parce qu'il m'arrive à moi aussi de ne pas être à la hauteur de l'idée que je me fais de moi.

 

Mais l'anonyme de la rue n'est pas mon représentant, ce n'est pas mon député, ce n'est pas mon trésorier de section, ce n'est pas le président de mon conseil général. L'engagement est un choix et nous avons choisi de nous engager pour défendre des valeurs humanistes. Nous avons choisi de nous battre pour plus d'égalité, plus de justice. Cela commence, à mon avis, dans la manière dont nous menons nos rapports humains.

 

Finalement je vais dire un peu de mal de nos adversaires... Nos adversaires ont le droit de se comporter comme des goujats, de se trahir, de mentir aux électeurs, de ne pas tenir leurs promesses. Parce que selon moi ils ne se battent pas pour la justice. Si on veut être moins provocateur on peut simplement dire que moi, qui ne partage pas leurs idéaux, je n'ai pas à les juger. Cela ne « m'étonne » pas, cela ne me « choque » pas, que des individus qui se battent pour des idéaux qui me paraissent illégitimes aient des comportements que je considère comme indignes.

 

Je ne veux pas dire que je ne désapprouve pas ce type de comportements de la part de nos adversaires. Je ne veux pas dire non plus que je n'ai pas de respect pour les militants et les élus de droite qui s'en abstiennent. Je veux juste dire que je n'attends rien de leur part. Quand je les trouve dignes, je suis heureusement surpris ; quand je les trouve indignes je me contacte de penser : « je me l'étais bien dit ».

 

Mais les militants de gauche, les responsables de section du parti socialiste, les élus socialistes, j'attends beaucoup plus d'eux. Et j'en attends d'autant plus qu'ils ont sollicité mes votes, qu'ils ont désirés me représenter à l'intérieur ou à l'extérieur du parti.

 

Soyons clairs, je ne n'attends pas d'eux qu'ils soient des surhommes. Je préfère bien sûr qu'ils soient dignes et moraux, même en privé. Mais justement le privé, j'attends d'eux qu'ils ne m'en parlent pas et cela ne m'intéresse pas. Par contre du personnage public j'attends de l'exemplarité, une irréprochabilité croissante avec l'importance du mandat. Du personnage public j'attends de sentir que le moindre de ses actes est inspiré par nos valeurs, guidé par nos valeurs et encadré par nos valeurs.

 

Promis, j'arrête (moi aussi) la langue de bois.

 

Dans mon parti, il y a de tout, on voit de tout. Des amis de trente ans qui se trahissent et se déchirent, des ambitions personnelles, des combats de coqs, des adhésions de complaisance, des procédures douteuses, des coups bas, des rumeurs, des déstabilisations, des dynasties, du clientélisme,... C'est la vérité. Cela existe. Comme à l'UMP, comme partout !

 

La seule différence c'est que ceux d'en face n'ont pas les mêmes valeurs que moi. Je ne sais pas s'ils considèrent réellement que tout cela n'est pas le fonctionnement normal d'une démocratie. Je ne dis pas qu'ils ne voient pas ces comportements de la manière que moi ! Je dis que je ne sais pas s'ils les voient comme moi. Peut-être, c'est mon hypothèse, qu'ils s'insurgent contre de tels agissements parce que cela fait 220 ans (en gros) que la gauche moderne a commencé sa révolution et qu'aujourd'hui il n'est même plus acceptable, même à droite, de ne pas adhérer à un socle minimal d'idées de gauche.

 

Mais passons... C'est une chose que d'être de droite et un salaud, ça me paraît acceptable, après tout je ne demande rien à mes ennemis, surtout pas de se comporter en accord avec mes valeurs. Mais être un salaud de gauche...c'est différent !

 

Pour moi il y a un problème fondamental dans l'univers : il existe des cons et des salauds de gauche. Evacuons les cons et les salauds qui se prétendent de gauche. Je comprends leur existence, sans problème, ils ne sont pas vraiment de gauche.

 

Mais il y a des cons et des salauds qui sont vraiment de gauche. Et encore, ce n'est rien, il y a même des gens qui partagent mes valeurs et que je trouve...fondamentalement antipathiques... Comment cela est-ce seulement possible ?

 

Mais je m'égare.

 

Reprenons le fil : il existe des cons et des salauds de gauche et je n'entends pas par là qu'ils me sont nécessairement antipathiques. J'entends par là qu'ils font des choses, en tant qu'homme public ou que militant, que je trouve infâmes. Non pas parce que ces actes me blessent, non pas au nom d'un différent personnel, mais bien parce que je trouve que ces actes contredisent tout ce que nous disons et faisons, ensemble, pour défendre nos valeurs communes.

 

Mais alors, que faire ?

 

Je pense que c'est un défaut de vigilance et je pense que ce défaut de vigilance est grave, parce que par nos actes nous pouvons, trop souvent, nier nos discours et ainsi apparaître comme des opportunistes, au mieux, ou des hypocrites et des menteurs, au pire.

 

Nous devons être vigilants à ce que tous les jours, dans notre vie, par nos actes, nous ne donnions pas de signes contraires à ce que nous proclamons du haut de la tribune politique. Et cette vigilance doit être croissante avec notre niveau d'engagement, notre niveau de responsabilité.

 

Il y a deux raisons à cela. La première vient du fait que la politique c'est avant tout convaincre. La belle affaire d'avoir raison, en démocratie cela ne vaut rien, ne légitime rien. Ce qui légitime le responsable politique c'est l'acceptation de son pouvoir par ses concitoyens. Et cette acceptation passe par sa capacité à convaincre. Et convaincre ce ne doit pas être, pour un leader de gauche, un exercice de démagogie. Ce doit être un exercice de pédagogie. Au-delà du jeu de mot la nuance a de l'importance. En effet les électeurs ne sont pas des dupes et la contradiction fondamentale entre la démagogie et les valeurs de gauche finit toujours par coûter aux dernières toute crédibilité et à l'homme politique qui s'est adonné à la première son mandat. Il est alors remplacé par un démagogue de droite, pour qui la contradiction est moindre.

 

La seconde est encore plus simple. Qui sommes-nous pour prescrire si nous ne nous appliquons pas à nous même les principes que nous prétendons être justes ? J'ai du mal à respecter les révolutionnaires pacifistes, qui n'ont pas de mot assez élogieux pour Octobre mais pas de mots assez dur pour la lutte armée... J'ai du mal avec les « anti-capitalistes » qui choisissent d'aller étudier à HEC ou de se mettre en disponibilité de la fonction publique pour échapper aux règles de cumul des revenus... J'ai du mal avec les écologistes qui prennent l'avion plutôt que le train, pour arriver plus vite en vacances... Et j'ai du mal avec les socialistes méprisant envers tous ceux qui sont, soi disant, en dessous d'eux sur l'échelle sociale...

 

Il faut donc être vigilant, il faut donc être socialiste dans sa vie avant de dire que l'on est socialiste, avant de vouloir convaincre les autres de l'être.

 

C'est une lourde charge que de décider pour les autres et cette charge n'est compatible avec des valeurs d'égalité et de fraternité que si l'on a le plus grand respect pour ceux qui l'ont confiée. Ce respect se manifeste, avant tout, par l'ardeur que l'on met à exiger de soi ce que l'on prêche pour les autres et la société.

 

Encore un fois, je vais passer pour l'idéaliste de service.

 

Et bien tant pis !

 

Et que l'on ne me fasse pas dire ce que je n'ai pas dit. Je n'ai pas dit qu'il ne fallait pas être ambitieux pour faire de la politique par exemple, bien entendu il faut être ambitieux. Bien sur que l'on ne reçoit pas les charges par hasard, on les recherche. Mais justement, sachant cela, il faut être conscient et vigilant.

 

Plus généralement il faut se connaître, pour se maîtriser, pour se garder de soi, pour se surveiller. C'est un travail constant, une responsabilité lourde. Et c'est aux militants, c'est aux électeurs de vérifier que leurs responsables sont dignes, dans leurs discours et leurs actes publics.

 

Mais c'est aussi une exigence que chacun doit avoir envers lui-même, au moment où il choisit de s'engager dans un parti de gauche. Après tout, si les valeurs de gauche ne correspondent pas à la vie que l'on veut mener, on peut toujours aller militer à l'UMP... Et c'est bien la première fois que vous lirez ici qu'il faut aller visiter la maison bleue !

 

Encore un dernier mot : ce travail n'est jamais fini, jamais complet et personne n'est toujours parfait. Moi-même, le donneur de leçon, je suis bien loin d'être ce que je considérerais comme un « bon » socialiste. J'ai mille anecdotes pour vous, drôles ou non, où j'ai été un salaud de gauche de plus...mais je vous les raconterai à une terrasse de café à l'occasion.

 

Ce sur quoi je veux insister c'est que dans un monde où personne n'est parfait il faut être exigeant et vigilant. Exigeant envers soi-même, ne serait-ce que par fierté, mais j'espère plutôt parce que l'on est convaincu que ce n'est que justice. Vigilant envers nos responsables, nos élus, nos représentants, parce qu'il faut surveiller tous ceux qui sollicitent nos suffrages. Il faut toujours exiger qu'ils nous disent la vérité, sans naïveté. Bien entendu que l'on est fier d'exercer des responsabilités, bien sur qu'il faut de l'ambition pour faire de la politique, c'est normal.

 

Mais il faut s'assurer que cette fierté et cette ambition restent ce qu'elles doivent être, ce que le militants et les responsables prétendent qu'elle est : un moteur au service de nos valeurs. Cette surveillance elle est de la responsabilité partagée de l'homme politique et de ses électeurs, du responsable et du militant.


AA

Publié dans Point de vue militant

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