Les oubliés de la crise financière

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Mme Lagarde a prévenu, sur les ondes de RTL, l’année 2009 risque d’être « difficile » et les difficultés budgétaires qui s’annoncent ne risquent pas d’améliorer la situation. Les dépenses prévues pour aider les banques et surmonter la crise financière imposent de faire des choix et le gouvernement a déjà défini ses priorités depuis qu’il a adopté le paquet fiscal. On ne peut pas donner de l’argent à tout le monde ! La preuve en a été donnée récemment par les révélations de l’ONG Oxfam concernant la suspension d’une partie de l’aide au développement dans la loi de finances 2009-2010. Les engagements pris en 2008 seront tenus, mais les subventions, essentiellement en direction des pays africains, seront ensuite largement diminuées. Selon Oxfam, pour la seule Afrique de l’Ouest, les suppressions de subventions entre 2008 et 2009 représentent 49 millions d’euros, pour l’Afrique centrale ce montant est de 19 millions d’euros.


Ces réductions conjoncturelles s’inscrivent dans une tendance lourde de recul généralisé de l’aide publique au développement (APD). Le candidat Nicolas Sarkozy avait pourtant promis que d’ici 2012, l’aide au développement atteindrait les 0,7% du PNB. Mais ces promesses semblent bien lointaines désormais, en témoigne la part de plus en plus faible de l’APD dans le PNB français (0,5% en 2006, 0, 39% en 2007).


Les mesures d’allègement ou d’annulation des dettes d’un certain nombre de pays pauvres ne servent qu’à gonfler, de manière un peu artificielle, les chiffres de l’APD, comme l’avait déjà souligné en 2004 un rapport du CAD (Comité d’aide au développement), organisme dépendant de l’OCDE. Pourtant à chaque crise –en 1973, comme lors de la récession du début des années 1990- ce sont les pays pauvres qui subissent le plus les dérives du capitalisme financier. Comme le remarquent plusieurs présidents d’ONG internationales (comme Care, Oxfam et Amnesty International) dans une lettre ouverte du 17 octobre : « Des états déjà fragiles risquent d’être affaiblis encore davantage par la crise actuelle et de glisser dans l’instabilité et la violence ».


Conjugué à une réduction des échanges commerciaux, le sacrifice de l’aide au développement au profit du sauvetage des intérêts financiers représente une grave menace pour les programmes mondiaux de lutte contre la pauvreté. Il ne s’agit pas seulement de donner de l’argent, encore faut-il réfléchir à une refondation globale des politiques d’aide au développement qui passerait par un effort planétaire de régulation de la mondialisation. L’agitation de Nicolas Sarkozy ne doit pas faire oublier que ce sont les mêmes recettes néolibérales qui l’ont longtemps inspirées qui sont à l’origine de l’explosion des inégalités et des déséquilibres économiques et sociaux à l’échelle mondiale.

Espérons, pour reprendre l’expression de Ségolène Royal, que la crise actuelle « aura guéri Nicolas Sarkozy » de son admiration pour la dérégulation économique et financière.


 


Arnaud L.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

David C. 06/11/2008 03:27

L’enjeux du Nouveau Breton woods est sur la table!

L'économiste Jean-Luc Gréau dans un interview donner au Nouvel Obs du 30 octobre, dénonce le Faux Nouveau Bretton Woods de la City.

« N. O. - Que peut-on attendre d'un nouveau Bretton Woods ? Quels rôles peuvent jouer les pays émergents ?
J.-L. Gréau. - De deux choses l'une. Ou bien le nouveau Bretton Woods s'inscrit dans la lignée du précédent, qui tendait à stabiliser le monde du point de vue économique, monétaire et financier pour favoriser la prospérité, l'emploi et le progrès matériel, intellectuel et moral des populations. Ou bien il procède d'une tentative de soumettre, plus encore que ce n'était le cas au moment où la crise a surgi, les entreprises et les populations aux exigences maintenues des opérateurs financiers préalablement sauvés par les Etats. Les pays émergents ont un rôle à jouer dans la mesure où ils favoriseront la naissance de ce monde multipolaire, plus équilibré et plus stable, dont nous avons besoin. »


Face à la situation historique et révolutionnaire que nous sommes entrain de vivre, il ne faut pas céder à la tentation de certains agitateurs qui pensent que du chaos naitra une plus belle société. Du Chaos sortira qu’une autre loi de la jungle ou le plus faible sera toujours le perdant.

Nous devons aussi dire non au faux nouveau bretton woods proposé par Gordon Brouwn et ses amis, qui essayent d’imposer brutalement un contrôle totale sur l’économie par la haute finance international de la City et Wall street.

Nous devons au contraire nous mobiliser autour de la mise en faillite du système actuel.

Pour aiguiser vos convictions politiques et économique afin de rentrer dans la bataille, je vous propose la lecture du dernier tract de solidarité et Progrès, L’indispensable rupture avec l’empire financier, par Jacques Cheminade : http://solidariteetprogres.org/IMG/pdf/TRACT_2008_11_03_NBW_1_.pdf

« L’avantage des crises est qu’elles changent les règles du jeu. Il dépend de nous que ce ne soit pas pour le pire, mais pour le meilleur. »

La France doit peser sur le G20, et nous, citoyens, devons tout faire pour influencer nos élites.

La révolution passera par une réforme profonde du système monétaire et financier international, et non par de vaines révoltes violentes.

David C.
david.cabas.over-blog.fr
leretourdusillon@gmail.com

Les Bisounours en folie 30/10/2008 02:28

Il est scandaleux que nos soldats ne soient pas mieux équipés contre les Talibans, qui, on le sait, sont des gens méchants et pleins de haine contre l’Occident. Que cette bande de va-nus-pieds ait pu faire chuter les deux tours du World Trade Center, l’un des hauts lieux de la culture occidentale, prouve leur détermination sans faille à vouloir contrôler le monde à partir de leurs grottes.
A ce sujet, nous notons aussi que personne - nous disons bien personne - dans les médias occidentaux, n’ose dénoncer le rôle accablant des islamistes dans la crise financière qui secoue nos démocraties. Et cela prouve non seulement que le système médiatique occidental est déjà entre les mains des Talibans, mais aussi que les journalistes sont eux-mêmes terrorisés à l’idée d’émettre la moindre protestation à ce sujet.

sébastien B. 28/10/2008 23:14

Excellent article ! Comme si la crise n'appelait qu'à des mesures nationales. Le désordre international ne fera que grandir. Ce n'est donc qu'aveuglement que d'ignorer ce qui se passe hords des frontières des zones nanties de ce monde.