Au nord de l'état de New York, il ne se passe rien... ou presque

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Je suis aux Etats Unis depuis un peu plus de deux mois, dans une université de « upstate New York », Cornell University. Ce matin, par ma fenêtre, j’observais un va-et-vient inhabituel sur le parking en face de chez moi : il y a un bureau de vote juste à côté. Et le campus entier résonne de « election day », « Obama », « vote », « McCain », et autres « polls ».

On pourrait croire que c’est un endroit idéal pour observer la campagne électorale qui fait rage dans tout le pays. Et pourtant, non. Au jour le jour, l’enjeu électoral était presque invisible sur le campus et, dans une moindre mesure, en ville, malgré la conscience de l’enjeu et malgré le fait que la plupart des gens ont depuis longtemps des idées très arrêtées sur leur vote.

L’élection fait l’objet de beaucoup de conversations, en particulier aujourd’hui. En revanche, celles-ci restent très courtes et peu argumentées. Il y a des conférences académiques sur les enjeux ou les nouveautés de cette élection, mais presque jamais de débats entre les gens. Par ailleurs, je n’ai jamais été abordé par des supporters d’un candidat, ce qui est presque impensable en France dans une ville de la taille d’Ithaca, où est Cornell.

En fait, c’est justement parce que les électeurs ont déjà fait leur choix que la campagne est limitée ici. Dans tous les états, sauf un, le vainqueur remporte la totalité des sièges des grands électeurs. New York ne fait pas exception à la règle, et Obama y dispose d’une telle avance que les candidats préfèrent concentrer leurs forces sur les états les plus incertains, ces six fameux « swing states » qui font l’élection.

Une grande partie de l’élection repose, ici, sur de petits gestes individuels. Un très grand nombre de maisons arborent fièrement les couleurs du candidat préféré de leur occupant. Je ne vous surprendrai pas en vous disant qu’il y a une affiche Obama à ma fenêtre, comme d’ailleurs à la plupart des fenêtres de la ville. Et puis il y a les dons aux candidats. Ici, le déséquilibre Obama McCain est très perceptible.


Les signes « officiels » de la campagne sont donc rares. Peu de réunions, de distributions de tracts, ou d’affiches. Le parti démocrate dispose d’un local électoral en ville, les républicains aussi (sans doute, même si je ne l’ai jamais vu), mais c’est essentiellement pour distribuer quelques panneaux de soutien à Obama et aux candidats aux autres élections (sénatoriales, par exemple). Ils ont aussi une réserve de programmes, mais je n’y ai pas perçu une très grande activité. Les équipes de campagne sont pourtant importantes, ici, mais elles se concentrent sur les appels téléphoniques, qui peuvent permettre de contacter des habitants d’autres Etats, ou sur des actions de plus grande envergure. Ce week end, plusieurs bus de supporters démocrates et républicains ont fait le voyage vers la Pennsylvanie, le « swing state » le plus proche.

Je n’ai donc paradoxalement pas vu beaucoup plus de la campagne que quelqu’un qui lirait bien les journaux. A la télé, à part les quatre débats, je n’ai vu que deux ou trois pubs pour chaque candidat, alors que certains Etats voient des dizaines de pub sur leurs réseaux chaque heure. Et, bien entendu, j’ai vu en partie les 30 minutes de pub qu’Obama s’est payées la semaine dernière – le système est décidément bien différent.

On s’en remet donc à de petits signes. Par exemple, les Washington Wizzards ont perdu hier soir contre Pittsburg. A chaque fois qu’ils ont perdu, le parti en place a connu lui aussi la défaite. Toujours. Sauf une fois : c’était en 2004. Ici, évidemment, l’énorme majorité des étudiants et des profs espère que cette exception n’aura fait que confirmer une règle qui devrait, si on en croit les sondages, se vérifier de nouveau ce soir.

 Et ce soir, tout le monde sera devant sa télé, son ordinateur, ou au bar. Il ne se passe rien ici directement, mais tous ont conscience de ce qui se passe à l'échelle fédérale.

Néel Travers

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Etienne 05/11/2008 09:15

Merci Néel et désolé de t'avoir laissé seul, on ne pouvait pas blogger tellement il y avait de monde !

Mais America did it !

Néel 05/11/2008 07:42

Bon, je n'apprendrai rien a personne en disant qu'Obama est le nouveau président, ou le sera le 20 janvier. Mais cela ne m'empeche pas de m'en féliciter. Au vu de l'ambiance dans les rues, je crois que je ne suis pas le seul.

Néel 05/11/2008 03:07

encore quelques pubs, meme apres la fermeture des bureaux de vote. Amusant...

Egalement des prévisions, données avant la fermeture des bureaux dans les états de l'ouest (ce qui peut se comprendre, meme si on peut se demander si les resultats partiels n'influencenet pas les votants), mais meme avant la fermeture des bureaux dans des états ou des prévisions sont déjà données.

La facon dont les résultats sont présentés est assez différente de ce qu'on a en France, modalités de l'élection obligent, et "course technologique" aidant.

Quant aux résultats, il est encore un peu tot, mais je pars en ville assez content des résultats intermédiaires.

Néel 05/11/2008 00:16

Les premiers bureaux ont fermé il y a 10mn. Les derniers fermeront dans 5h.

A la télé, les images de personnes faisant des heures de queue pour voter me donnent un sentiment de déjà-vu. J'espère que cette fois le résultat sera meilleur.

Mon colloc', démocrate (un hasard), a reçu dans la journée 5 SMS appelant à voter et aller voter. Preuve que la campagne n'est pas qu'à la télé et sur internet. Les républicains pourraient-ils se faire battre sur leur propre terrain, la capacité à mobiliser vos électeurs le jour du vote?

Néel 04/11/2008 23:49

Ah, ca y est, les pubs se multiplient. En 30 mn, j'en ai vu 2. Toutes les deux étaient des "negative ads", faites pour détrourner d'un candidat plutôt que pour convaincre de voter pour quelqu'un (memesi ca se recoupe). La première s'intéressait aux élections nationales (en l'occurence, une pub républicaine, mais pas issue de l'équipe McCain, contre Obama), et l'autre à une élection locale. Je pense que tout le monde, en France, se moque de savoir que R. Hanah pense que M. Arcuri n'est pas un vrai indépendant et n'est pas assez impliqué dans la vie de la communauté, mais cette pub a le mérite de rappeler que les enjeux sont multiples et différents aujourd'hui, ce qui fait que les républicains, qui "draguent" les indépendants au niveau national, les attaquent au niveau local. J'imagine qu'il en va de meme, ailleurs, avec les démocrates.

Je rasure tout le monde, il y a quand meme bien plus de pubs pour des médicaments ou des assurances que pour les élections. Meme en journée électorale, on reste aux Etats Unis...