Pour la reconnaissance des stagiaires dans l'administration!

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Stagiaires de l'administration : assez !

Eparpillés, ignorés, les stagiaires de l'administration française ne sont pas encore parvenus à imposer leurs revendications. Disséminés dans le monde entier, présents pour peu de temps dans l'administration, ils peinent à organiser leur contestation. Leurs critiques sont pourtant largement partagées. Elles tiennent à la précarité qui s'infiltre dans les services administratifs de notre pays, et à la sélection discrète opérée entre ceux qui peuvent assumer financièrement l'absence de rémunération et les autres. Dans l'administration, nul n'ignore ces constats, pas même ceux qui ne cessent de vanter les vertus pédagogiques des stages et qui prônent la nécessaire professionnalisation de notre enseignement supérieur.

Non rémunérés, dépourvus de statuts correctement encadrés, les stagiaires ont désormais ceci de dérangeant qu'ils sont devenus indispensables à des pans entiers de notre administration. Leur importance ne saurait être exagérée. Mais il est difficile de nier que, dans de nombreux services, le recrutement de stagiaires reste un moyen pratique de compenser, tout au moins d'amortir, des réductions d'effectifs.

Tel est le premier problème : l'argument selon lequel les stagiaires ont d'abord vocation à apprendre ne tient pas. Les stagiaires travaillent, bien que leurs tâches ne soient guère reconnues comme telles. Bien plus qu'un complément de leurs études, leurs stages les insèrent dans un monde du travail dont ils découvrent d'emblée un travers : lorsqu'il s'agit des jeunes, la précarité est minimisée. « Les parents n'ont-ils pas vocation à les soutenir financièrement ? » s'interrogeront les innocents. Si, bien sûr, à condition qu'ils le puissent.

Arrive le second problème. Exiger un travail de qualité d'une personne non rémunérée est a priori inimaginable. Alors que notre gouvernement glorifie la juste rémunération de l'effort, cela tient au mieux de l'anomalie, au pire d'une hypocrisie généralisée. Les difficultés auxquelles sont quotidiennement confrontés les stagiaires de l'administration ne surprendront personne : trouver un logement, se nourrir, se déplacer jusqu'au lieu de travail entraînent des coûts évidents. Or les tickets restaurant, le recouvrement des cartes de métro, l'aide au logement ne sont pas légion dans notre administration. En l'absence de tels dispositifs, la vie quotidienne de ces milliers de jeunes se transforme en un exercice d'équilibrisme permanent, qu'évitent pudiquement de regarder nombre de leurs supérieurs hiérarchiques. Il y a là une réalité que nous devons regarder en face, à moins de nuire à la cohésion de notre Etat et de mettre à mal la solidarité qui lie ses agents.

A ce titre, les revendications des stagiaires nous concernent tous. Les stagiaires, les fonctionnaires et tous les Français ne peuvent se satisfaire de la situation présente. Les premiers pour les raisons évoquées à l'instant. Les seconds parce qu'ils ont intérêt à endiguer la précarité dans leurs services. Les troisièmes parce que la non rémunération des stagiaires engendre une sélection qui, au-delà des critères universitaires, se fondent sur les revenus familiaux. Or  nous ne pouvons appeler de nos vœux une administration dont les emplois, y compris et surtout les plus élevés, seraient de facto réservés à nos concitoyens les plus aisés.

A l'heure des propositions concrètes, une solution simple s'impose d'emblée : un alignement des conditions des stagiaires de la fonction publique sur les conditions des stagiaires du secteur privé. Grâce au décret n°2008-96 du 31 janvier 2008 relatif à la gratification et au suivi des stages en entreprises, ces derniers bénéficient désormais d'un encadrement juridique contraignant et d'une gratification fixée à 12,5% du plafond horaire de la sécurité sociale, soit 398,13 euros par mois à temps plein. Ce montant est largement insuffisant et cette mesure ne serait qu'un début ; mais ici, l'administration gagnerait déjà à se comporter comme une entreprise.

Jacques Rembrandt

Publié dans Point de vue militant

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