Paint it green : l'année 2008 de l'environnement

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

La nouvelle vient de tomber : 2008 serait la dixième année la plus chaude depuis un siècle.  De manière générale, les dix dernières années comptent parmi les plus chaudes jamais enregistrées sur Terre et l'inquiétude des scientifiques, pas nouvelle, semble avoir touché la sphère politique. L'année 2008, bien que dominée par les élections américaines durant lesquelles il a été peu question d'environnement, a débouché sur de nombreuses avancées au sujet de la question du climat.

En France d'abord, où le gouvernement a mené a bien son Grenelle de l'environnement. Les objectifs sont clairs : 20% de réduction des émissions des gaz à effet de serre (GES) d'ici 2020, 20% d'énergies renouvelables et 20% d'économies d'énergie. Les réductions pourront être portées à 30% en cas d'accord multilatéral allant dans ce sens. On ne peut que féliciter le gouvernement d'avoir mené une consultation longue et poussée pour arriver à un résultat ambitieux. Cependant, cela ne doit pas faire oublier que ce n'est pas assez. Le GIEC préconise en effet une diminution de 25 à 40% pour éviter des dégâts globaux potentiellement dangereux. De plus, il faut non seulement que les objectifs soient tenus (ce qui risque d'être difficile compte tenu que le projet de loi Grenelle I reste très vague sur les économies d'énergies dans les bâtiments par exemple) mais il faut surtout ne pas considérer le problème comme résolu. L'opinion publique ne doit pas croire, et le Gouvernement s'il a un minimum de sens des responsabilités ne doit pas l'y inciter, que le Grenelle règle pour toujours la question des GES. Et c'est d'autant plus vrai que la crise économique pourrait venir ralentir les efforts de mise en œuvre du plan : le Gouvernement ne doit pas obéir à la branche la plus conservatrice de son électorat qui voudrait que l'argent serve à autre chose qu'à ces « conneries de gauchistes » (dixit ma tante). Et puis, rappelons-nous bien que si ce plan est appliqué, ce sont des millions d'emplois qui pourraient être créés et plusieurs points de croissance gagnés.

En Europe, le Président Sarkozy a, comme a son habitude, sauvé le monde de l'autodestruction.  Il a en effet réussi à arracher, au prix de concessions absolument minimes (voyons les Allemands ne polluent pas et les Polonais ont une efficacité énergétique modèle c'est bien connu), l'accord le plus parfait qui soit, signe de l'unité et de la force de notre union. Revenons deux minutes sur Terre, même s'il y fait de plus en plus chaud. L'accord trouvé par la Présidence française n'est pas en soi un mauvais accord. Il conforte effectivement l'Europe dans son rôle de leader mondial sur les questions environnementales et nous permettra de ne pas nous laisser mener à la baguette lors des discussions de Copenhague par les Américains (qui ont quand même une conception très... allemande de l'environnement). Les objectifs de cet accord sont les mêmes que le Grenelle de l'environnement mais on voit mal comment ils pourront être atteints. En effet, la principale force de cet accord concerne le marché européen du carbone, censé aider les industries à amorcer le virage vert à moindre coût économique. Les « permis de polluer » doivent progressivement devenir payants à partir de 2013 ce qui va accélérer le processus de réduction des émissions. Or, une bonne partie de l'industrie allemande a obtenu d'avoir plusieurs années de délai et surtout, et je ne peux pas dire à quel point ce point m'enrage (ainsi que toutes les associations environnementales), les centrales électriques à charbon polonaises pourront attendre 2019 avant de payer leurs permis. Or, à ma connaissance, peu d'entités polluent autant que les centrales à charbon. Je ne suis évidemment pas en train de dire que la Pologne aurait du accepter de « vertifier » (tentative de traduction de greenify. Fondamentalistes de la langue française, m'excuser) sa production d'énergie en dix ans, mais un accord plus cohérent aurait dû être trouvé par le Président Sarkozy.

Et enfin, il reste le niveau mondial. La préparation d'un accord post-Kyoto (les engagements de celui-ci prenant fin en 2012) est pour le moins laborieuse voire tout à fait bloquée. La raison : la lente agonie d'une administration américaine dont le moins qu'on puisse dire est qu'elle n'a jamais brillé par son environnementalisme. Globalement, tout le monde attend l'arrivée de l'équipe d'Obama. C'est en particulier le cas de la Chine et de l'Inde qui ne bougeront pas de leur position attentiste tant que les Etats-Unis n'auront pas accepté de limiter leurs émissions de CO2. Leur raisonnement est simple : pourquoi devrais-je investir des dizaines de milliards d'euros dans une économie moins polluante alors que mon économie se porte très bien telle quelle (comme tout ouvrier travaillant dans une usine pétrochimique du nord de l'Inde le remarque constamment) alors que le premier émetteur mondial de CO2 ne veut pas le faire ? La conférence de Poznan a subi deux échecs principaux. D'abord, les pays n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur le financement d'un fonds d'adaptation aux conséquences du réchauffement climatique, censé permettre aux pays du Sud subissant le plus durement ces effets de bénéficier de l'aide financière de la communauté internationale. Or, comme au restaurant, tout le monde est d'accord pour commander mais personne pour payer. Ensuite, les émissions liées à la déforestation n'ont pas été correctement prises en compte, malgré des efforts datant de la conférence de Bali. Un point positif cependant : l'Inde et la Chine prennent de plus en plus leurs responsabilités et il est fort à parier que si Obama fait bouger les USA vers une attitude plus conciliatrice, ces deux pays suivront.

Bref, l'année 2008 a été une année intéressante pour l'environnement. Beaucoup a été admis, des accords ont été trouvés et c'est une bonne chose. Il faut maintenant que les pays, et en particulier le notre, fasse preuve de courage et mette en route la machine verte. S'il ne le fait pas, alors toute la belle rhétorique du Président Sarkozy et de sa bande se sera encore une fois révélée creuse avec cette fois des implications très graves sur notre futur.

Romain Ioualalen

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Romain 29/12/2008 00:06

Si je me souviens bien le gouvernement chinois a créé un "super" ministère de l'environnement, ce qui montre bien que les autorités sont en train de se rendre compte que la situation ne peut pas perdurer comme ça. Pour répondre à ton premier post Val, je ne disais pas que la Chine était en train d'adopter une attitude aussi conciliatrice que l'Europe dans les négociations internationales sur l'environnement. Il semble juste qu'ils commencent à bouger, ce qui tombe à pic vu la croissance monstrueuse de leurs émissions de GES. Evidemment, on est loin d'une Chine verte. Quant au choix entre social et environnement que tu évoquais Etienne, je pense qu'il se pose pas dans ces termes, même pour les pays en voie de développement. L'environnement, pour eux, c'est en grande partie du social. D'ailleurs, ce qui rend les problématiques environnementales, notamment au niveau international, aussi difficiles à appréhender est le fait qu'elles sont totalement transversales et que donc elles ne peuvent être attaquées que dans une approche globale économique, sociale, politique etc). Pour la Chine ou l'Inde, améliorer les conditions environnementales revient à améliorer la vie quotidienne de leur population, avec des répercutions sur la santé, l'économie etc.
Et puis, n'oublions-pas que le vrai problème vient des USA et pas des pays en voie de développement. Et là encore, les Américains se sont réellement éveillées à la protection de l'environnement ces dernières années (grâce au boulot incroyable des organisations écologiques et dans une moindre mesure d'Al Gore).
Tout ça pour dire que la route est longue mais ayons l'espoir, et commençons par être irréprochables avant de juger les autres.

Val 28/12/2008 16:42

Je pense que nous sous-estimons les préoccupations environnementales des pays émergents, car nous sommes noyés dans les chiffres qui font peur : comment vivre avec un baril de pétrole à 150-200$? Comment nourrir tous les pauvres? Comment sauver la planète quand trois milliards de Chinois, Indiens, Brésiliens auront une voiture en plus des nôtres? Il faut développer des voitures qui polluent moins. De toute façon, les voitures les plus vendues restent des voitures occidentales et japonaises, nous pouvons donc influer directement sur la situation, et nous sommes nous-mêmes trop frileux là dessus. Les exemples identiques sont nombreux. Et dans leur soif de progrès et de consommations, ils se rendent compte que l'environnement est indissociable du reste.
On dit que les Chinois et tous les autres polluent pour se développer, quitte à menacer le monde entier pour avancer un peu plus vite de leur côté. Ce n'est qu'en partie vrai. Ils sont conscients des enjeux, presque autant que nous. La préoccupation écologique progresse aussi dans ses pays, et peut-être même plus vite que chez nous car la convergence vers nos modèles accélère le mouvement. Même s'ils ne sont pas les plus exemplaires au niveau international, ils avancent au niveau interne. Ils se mettent à trier les déchets, à imposer des normes aux entreprises et aux industries, les gens commencent à se mobiliser pour protéger les cours d'eau, les récoltes. Seulement leur niveau de développement fait qu'ils ont encore dix ans de retard sur nous au sujet de l'écologie. Mais le mouvement est également très récent chez nous, on a tendance à l'oublier! Ce n'est qu'en 2007 que le sujet a été vraiment central dans le débat politique en France; jusque là une partie du spectre politique ignorait la question quand les autres (les Verts exceptés, accordons leur au moins cela ;) l'évoquait mollement.

En résumé, il y a toujours de quoi être très inquiet sur la situation actuelle, mais au regard de l'évolution sur les dernières années, on peut être plus optimistes qu'il y a quelques temps.

Etienne 28/12/2008 12:18

Je te soutiens dans ta tentative de vertifier la langue française !

Sur le niveau mondial, je pense que pour beaucoup de pays en développement, l'environnement est un ralentisseur de la super-croissance. Ils ne voient pas pourquoi ils devraient réaliser un "développement vert" alors que les Etats-Unis ou l'Europe se sont industrialisés en polluant à tout va.

Et la question va se poser - je le crains - encore davantage en 2009. Alors que les effets sociaux de la crise vont être présents (je pense à la Chine par ex), je n'imagine pas l'Etat chinois investir davantage d'argent pour l'environnement.

Choisir entre "social" et "environnement". Est-ce là où les pays émergents en sont réduits? Pas complètement. Parce que, pour la plupart d'entre eux, ils font très peu de social de toute façon. Je pense qu'ils ont raison quand ils disent que les pays développés doivent payer une part plus importante. Mais c'est à ce moment là que notre super-ultra-wonder-président aurait du poser des conditions:

l'Europe prend une part + large, à condition qu'un accord soit signé par le gouvernement du pays en développement assurant que l'argent supplémentaire sera investi pour la protection sociale des citoyen/ne/s.

Val 27/12/2008 19:24

C'est vrai que 2008 a changé le rapport de force sur la question environnementale. On est arrivé au point où plus personne ne conteste la réalité du réchauffement climatique et la nécessité d'agir (sauf Claude Allègre, ou alors il a tourné sa veste sur ça aussi?). J'aime bien la construction de l'article, qui me semble adaptée au sujet, puisque les réponses sont à tous les niveaux, du global à l'individu.

Sur le Grenelle, c'était un premier pas nécessaire (à saluer), mais peut-être pas suffisant, surtout que le vrai jugement viendra lors de son application. La France en général et son Président actuel sont toujours très forts pour les beaux discours, reste à voir si les actes suivent.
Au niveau mondial, les premiers actes d'Obama sont intéressants : les nominations de John Holdren comme conseiller principal et du Nobel Steven Chu à l'énergie, le choix économique fort d'une industrie verte. Là encore il faut voir ce qu'il adviendra réellement, mais c'est positif.

Dans le même temps, je me dois de nuancer ce que tu dis sur la Chine que je connais un peu mieux que le reste. Les Chinois par exemple considèrent que le Protocole de Kyoto ne les concerne pas et donc qu'ils n'ont ni à le ratifier ni à l'appliquer. En effet, le texte parle des efforts qui doivent être faits dans les pays développés, or les Chinois se considèrent comme un pays tout juste en voie d'émergence (officiellement du moins...) et donc le texte ne parle pas d'eux... CQFD.

J'ai pourtant un espoir, qui rejoint ce que je pourrais dire du Grenelle français. La révolution verte ne passe pas uniquement par les textes. En Chine, les gens sont de plus en plus préoccupés par l'envrionnement. Il faut dire que les villes les plus polluées du monde sont en Chine, que tous les grands fleuves sont pollués, que l'eau n'est potable nulle part, que les déserts s'étendent (et se rapprochent dangereusement de Pékin!) et la Chine consomme plus de 50% du charbon mondial. Or quand les Chinois veulent des actes, ils sont plutôt efficaces : le gouvernement a fermé plusieurs dizaines de milliers d'entreprises polluantes du jour au lendemain, certaines villes commencent à metre en place le tri sélectif, et des projets d'envergure sont menés, comme la création de la première ville 100% verte du monde à Dongtan, sur une île à côté de Shanghai.

Pour moi, le vrai changement de 2008 aura été la flambée des prix du pétrole. C'est le signe qu'attendaient tous ceux qui étaient réticents et peu convaincus par l'écologie (à commencer par les marchés et les grandes entreprises). Le baril a triplé en quelques semaines, sans que personne ne puisse contrôler quoi que ce soit face au pouvoir des producteurs. Même si le baril a chuté depuis, l'économie a ressenti un vrai choc et les mentalités ont changé de manière irréversible.

Espérons donc qu'après la prise de conscience et les textes en 2008, nous aurons des actes à la hauteur en 2009 !