Le couple franco-allemand à l'épreuve

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Le couple franco-allemand, rappelons-le, apparaît  historiquement comme le moteur de l'Europe. C'est pour et par lui que l'Europe politique et économique s'est construite. Or, depuis le début du mandat du président Sarkozy et plus encore depuis le début de la présidence française de l'Union Européenne, la relation entre les deux pays s'est détériorée de façon profonde et inquiétante.
Les points de divergence ont certes toujours existé, portant entre autres sur la baisse de la TVA  dans les secteurs à forte main d'œuvre. Mais la question du plan de relance économique à mettre en œuvre pour faire face à la crise financière a été particulièrement épineuse et douloureuse. Pour gérer cette crise, le manque de coopération européenne a été frappant puisque la seule décision prise a consisté en un vague accord évoquant un niveau d'engagement à hauteur de 1,5% du PIB européen et une action coordonnée. L'Europe, qui aurait du montrer sa puissance et son efficacité tant politique qu'économique  par l'adoption d'un plan de relance à l'échelle européenne nous a simplement montré qu'elle n'était capable que d'une libéralisation outrancière. Des plans d'investissement massifs dans les infrastructures, notamment les transports à l'échelle européenne, semblent pourtant une solution efficace pour relancer là la fois 'économie et la solidarité au sein de l'Union Européenne.    

Mais devant cet échec flagrant, nous devons nous interroger sur le refus d'Angela Merkel d'engager son pays dans un plan européen plus ambitieux. Son choix illustre la défiance qui existe entre nos deux pays et la crise de la relation franco-allemande. Or la façon dont M. Sarkozy a géré la présidence française de l'UE est en grande partie à l'origine de cette crise. Il a joué la carte de la marginalisation en développant  l'axe Paris-Londres. « La France donne l'impression de penser qu'il existe une stratégie alternative à l'axe franco-allemand » a ainsi dit Christophe Caresche. M. Sarkozy a en effet privilégié jusqu'ici les relations franco-britanniques, en délaissant ainsi le point de vue allemand. Il fit sans doute là une grave erreur. D'une part parce que le Royaume-Uni ne constitue certainement pas un allié stable au sein de l'Europe, de par son américanophilie et son refus de la monnaie unique. D'autre part parce que l'Allemagne constitue toujours la première économie européenne et occupe une position stratégique en Europe de par son histoire et sa géographie : c'est le seul pays qui véritablement à même de faciliter l'intégration  et le développement des anciens pays du bloc soviétique. L'Union pour la Méditerranée illustre également cette volonté de M. Sarkozy de marginaliser l'Allemagne. Ce projet est une stratégie de contournement puisque son  but non avoué consiste à exclure l'Allemagne de la nouvelle zone d'influence créée par et pour la France. Apparaît d'ailleurs à travers cette UPM la question  toujours non réglée du leadership en Europe qui pèse sur la relation franco-allemande. Cependant, la puissance de nos deux pays ne doit pas être vue avec un point de vue compétitif mais constructif!

A la place d'entreprendre unilatéralement les réformes que M. Sarkozy juge nécessaires, il devrait plutôt tenter de renforcer l'axe franco-allemand, celui-ci devant se montrer toujours plus stable et fort devant une crise à la fois financière, économique et politique au sein même de l'Union Européenne. Or, nous nous ne pouvons pas nier que la relation bilatérale s'est beaucoup affaiblie avec Sarkozy qui « n'aura cessé de jouer les fiers-à-bras avec la chancelière ». M. Sarkozy est très critiqué en Allemagne à cause de ses méthodes autoritaires et de sa prise de décision unilatérale. Ainsi, le secrétaire d'État allemand Günter Gloser  a récemment déclaré « Quand il y a une initiative, il est bien d'en tenir informé au plus tôt son partenaire ». Or, Mme Merkel s'est plainte de la multiplication des réunions orchestrées par M. Sarkozy. Elle s'est opposée à la tenue de sommets plus fréquents des chefs d'État et de gouvernement de la zone euro, adoptant une position de méfiance face aux velléités de gouvernement économique des Français. L'état du tandem franco-allemand suscite en outre des inquiétudes. « Les tiraillements incessants entre Paris et Berlin ne facilitent pas la tâche de la Commission », dit-on dans l'entourage de José Manuel Barroso. « La volonté de M. Sarkozy de court-circuiter les méthodes communautaires est troublante », indique un responsable d'un petit pays membre. L'espoir suscité par la nomination de Bruno Le Maire au poste de secrétaire d'État en charge des affaires européennes apparaît bien maigre, lui-même ayant déclaré que « les grands messes franco-allemandes, cela ne marche plus. »

Devant une relation franco-allemande plus que malmenée entre l'hyper activisme de Nicolas Sarkozy et l'hyper immobilisme d'Angela Merkel,  nous ne pouvons que rappeler combien le couple franco-allemand, de par son histoire, constitue la clé de voûte qui doit construire une Europe toujours plus forte politiquement et socialement.

Camille R.

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