HES, 25 ans d'action aux côtés du PS en faveur des droits LGBT

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po


Entretien avec Gilles Bon-Maury, le président d'HES (Homosexualités et Socialisme) depuis 2007. Etienne et Sébastien l'ont rencontré le mardi 13 janvier dans le cadre de l'atelier du changement « le PS et la question LGBT ». Nous en retranscrivons les principaux éléments sur le blog, afin de nourrir la réflexion sur ce thème. Si vous souhaitez en savoir plus sur notre groupe de travail, contactez Sabastian : sebastian.billows@sciences-po.org

Remarque sur la terminologie
Parler de la « question gay » renvoie à une question très identitaire. Plusieurs frontières identitaires existent, parmi lesquelles la frontière de l'orientation sexuelle et la frontière du genre. Je préfère parler de cela que des étiquettes ambigües. HES lutte sur plusieurs fronts et milite également activement pour les droits des « personnes trans ».
En ce qui concerne l'existence même d'une « communauté gay », Têtu a effectué un sondage en 2007, interrogeant ses lecteurs sur leur croyance en l'existence d'une communauté spécifique. Moins de la moitié des lecteurs a affirmé appartenir à une telle « communauté ». De plus, parmi ces derniers, les critères de cohésion identifiés au sein de la « communauté » varient. Pour certains il s'agit d'une « communauté » culturelle, pour d'autre une « communauté d'expérience » et, pour un autre groupe encore, un « mode de vie ».


I) L'histoire d'HES
HES a été créé en 1983, deux ans après la « dépénalisation » de l'homosexualité. Le ministre de l'intérieur, Gaston Defferre, a fait supprimer les « listings » d'homosexuels tenus dans les préfectures, et dissout la « Brigade mondaine ». Cet harcèlement policier qui s'appuyait sur un article du Code pénal datant du régime de Vichy avait pour effet la clandestinité des relations sexuelles gaies. C'était l'époque des descentes dans les lieux publics. Une certaine mythologie a été entretenue autour du vote supposé des gays pour Mitterrand en 1981. HES avait pour vocation de faire parler d'homosexualité, qui représentait encore, pour une certaine frange machiste du PS, un tabou. HES était proche du CERES, le courant chevènementiste, où l'on trouvait un certain bouillonnement intellectuel. HES a contribué à l'élaboration des lois de 1984 et de 1985 supprimant l'obligation d'être « un bon père de famille » pour accéder à un logement en location ou pour obtenir un emploi dans la fonction publique.
C'était juste au moment où survint le SIDA qui a interrompu la lutte pour l'égalité des droits au profit d'autres enjeux, alors plus pressants. Chemin faisant, on s'est toutefois rendu compte que la lutte contre le SIDA et l'exposition qu'elle a entraîné des homosexuels a donné une légitimité nouvelle aux revendications d'égalité des droits. Pour le PACS, l'effet du SIDA a été net : c'est à ce moment-là qu'on s'est rendu compte de la vulnérabilité des couples gays et des drames que les familles pouvaient provoquer à la mort d'un des deux partenaires. Lorsque la France s'est engagée sur le chemin du PACS, elle était pionnière. Or, dix ans après, elle est à la traîne.
A la question des rapports entre le PS et HES, les deux entités sont indépendantes l'une de l'autre. HES a également la prétention de jouer un rôle auprès d'autres partis de gauche, comme le MRC, le PRG...  Cette indépendance offre des avantages en termes de liberté de parole. Lors du vote du PACS et dans la période qui s'en suit, HES a éprouvé certaines difficultés dans ses relations avec le PS. Depuis la période douloureuse de la première lecture de la proposition de loi, l'association a pris de l'importance. Durant la dernière décennie, nous sommes passés de quelques dizaines à 350 cotisants.
En 2002, nous n'avons pas activement participé à la campagne de Lionel Jospin. Act Up a fait campagne contre lui, du fait de son faible bilan en matière de lutte contre le SIDA. Jusqu'en 2005, vu de la France, l'exemple venait d'ailleurs : de l'action du gouvernement Zapatero qui a ouvert le mariage et l'adoption aux couples de même sexe. De même le « mariage » de Bègles célébré par Noël Mamère a contribué à remettre le mariage gay sur le devant de la scène. En juin 2004, le Bureau national du PS a voté en faveur du mariage et de l'adoption pour les gays et lesbiennes. En conséquence, deux propositions de loi ont été déposées à l'Assemblée nationale.
En somme, tout au long de son cheminement, HES a suivi le calendrier du PS pour avancer. Les textes proposés au sein du parti font l'objet d'un suivi assidu. Nos contributions écrites sont le produit d'un véritable travail de réflexion mené par nos diverses commissions. Au Congrès du Mans en 2005, nous avons obtenu la signature de notre contribution thématique par de « grands noms » tels que Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius, Bertrand Delanoë, Benoit Hamon... Nos propositions ont été relayées dans la motion de synthèse finale. De même, nous sommes intervenus lors de la rédaction du projet socialiste en 2006 et lors des commissions de rénovation tenues en 2007. En 2008, avant le Congrès de Reims, les principaux leaders socialistes ont signé notre contribution thématique.

N'y avait-il pas un danger d'insister lors du débat sur le Pacs sur le caractère «conformiste » de l' « amour homosexuel » ?
On est très vite passé du discours sur la souffrance des homosexuels éprouvée lors des années les plus sombres du SIDA à un discours prônant l'égalité formelle avant tout. Car ce sont ces discriminations devant la loi qui sont le cœur du problème. Elles sont une incitation à la violence, qui se manifeste par des agressions à l'encontre d'homosexuels, par un taux de suicide supérieur à celui du reste de la population... L'ouverture du droit au mariage aux homosexuels s'entend comme un acte symbolique fort à cet égard.



II) Parcours


Gilles, quel est ton parcours militant ?
Mon engagement au sein du Parti socialiste date de 1997. J'ai intégré HES en 2002. Au sein de cette structure, je m'occupais de nos relations avec nos homologues européens. Mes efforts ont porté leurs fruits en Octobre 2005 lorsqu'a été lancé le réseau européen des socialistes engagé dans la lutte pour les droits LGBT. Cette initiative est devenue le réseau « Rainbow Rose », qui joue un rôle d'observateur au sein du PSE. En 2006, j'ai été élu trésorier d'HES. J'ai donc eu à gérer le budget de campagne conséquent qui nous a été alloué par l'équipe de campagne. En 2007, j'ai été élu président d'HES.

Comment se structure la démocratie interne au sein d'HES ? Est-ce que les courants du Parti Socialiste y ont une influence ?
Nous tâchons de nous tenir à l'écart de ce qui divise les socialistes. De 2004 à 2007, nous sommes passés de 80 à 350 adhérents. En 2004, lorsque nous étions encore loin du Congrès, nous nous sommes posés comme défi d'avoir une existence au-delà de Paris. Des implantations ont été créées à Brest, Toulouse, Lyon, Marseille, Lille, aux Antilles, à Clermont-Ferrand, à Orléans et à Bordeaux. Longtemps, HES apparaissait comme cantonnée au 11ème arrondissement de Paris. Un autre objectif, certes un peu difficile dans notre cas, a été la parité hommes / femmes au sein des instances dirigeantes. Toutes les sensibilités du Parti socialiste y sont représentées, sans qu'aucune ne soit majoritaire. Une des membres du bureau n'est pas adhérente au PS.

Etre gay ou lesbienne, est-ce un obstacle pour faire de la politique ?
Cela n'empêche pas toujours d'être élu. Berlin, avec Klaus Wowereit, et Paris, avec Bertrand Delanoë, ont à leur tête des maires ouvertement gays. Mais je ne veux pas m'étendre sur les effets d'une « sortie du placard » pour les élus. Bertrand Delanoë ne met par exemple pas du tout son homosexualité au centre de son engagement politique. S'il est vrai qu'il peut faire figure de modèle auprès de jeunes homosexuels peu sûrs d'eux, il serait malhonnête de faire pression sur tous les hommes et femmes politiques « dans le placard » pour qu'ils fassent leur coming-out. Nous ne pouvons raisonnablement pas exiger des personnalités élues dans les zones difficiles de rendre leur homosexualité publique. Ce serait trop facile. Cela doit rester un choix personnel. Act Up a menacé d' « outer » une personnalité de droite au moment du débat sur le PACS. Leur a projet a néanmoins suscité un tollé général au sein des associations LGBT.

Est-ce qu'il existe des cas d'homophobie au sein du Parti Socialiste ?
Il n'existe pas au PS d'omerta homophobe. Les tabous sont brisés. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'y a pas d'homophobie. Lorsqu'on porte un cas d'homophobie à notre connaissance, nous prenons contact avec la victime supposée. En fonction de la situation, nous pouvons nous rendre sur place et organiser une réunion, afin de montrer notre présence et faire parler d'homosexualité. Ainsi, nous parvenons à faire avancer les choses. Toutefois, établir un état des lieux exhaustif serait trop ardu. Il reste que nous sommes le parti le plus avancé sur cette question.

Quel est le rapport de la presse à l' « outing » ? Que pensez-vous du cas de Roméro ?
Jean-Luc Roméro a été « outé » dans un entrefilet d'une gazette gaie gratuite distribuée dans les bars gays du Marais. Il a publié une dépêche AFP pour le faire savoir. Et, une fois qu'il a créé un battage médiatique sur le sujet, il a fait paraître une autobiographie intitulée On m'a volé ma vérité...


III) Perspectives d'avenir : au-delà du mariage et de l'adoption
Si la gauche parvient au pouvoir en 2012 et qu'elle ouvre le mariage aux couples du même sexe en leur permettant d'accéder à la filiation, est-ce que le combat sera terminé ? Quelles sont les revendications au-delà du mariage et de l'adoption ?
La lutte pour les droits LGBT est une des marches pour les droits civiques. Dans chacune de ces « marches » minoritaires (marche des femmes, marche des noirs...), le processus est le même. On commence par lutter pour la dignité. Puis, on lutte contre la discrimination dont on fait l'objet. Ensuite, on veut doter la société des moyens de concrétiser les droits acquis en théorie.
Après la reconnaissance de l'homoparentalité, la question à poser sera celle de la manière dont on fait un enfant aujourd'hui. Les choses avancent vite.

Quels sont les schémas familiaux appelés à se développer dans le futur ?
Même si les Eglises ont peine à le comprendre, la structure familiale est vivante. Le schéma 1 papa / 1 maman / 2 enfants est dépassé depuis longtemps. La famille est de plus en plus variée. Citons la procréation médicalement assistée ou la coparentalité où, par exemple, un couple gay s'associe avec un couple lesbien pour construire un projet parental. Une priorité demeure intangible cependant : celle des droits de l'enfant. On peut poser la question de son droit à l'accès à ses origines, par exemple. HES veut se situer en amont des évolutions futures et avance vers la possibilité de la gestation pour autrui. Ce qui définit la famille, ce n'est pas une structure de parenté particulière, mais un projet : faire d'un enfant un adulte. Il n'y a finalement, à long terme, aucune raison de limiter la famille à l'union féconde entre deux adultes.

La défense par HES et le PS de l'égalité des droits en matière matrimoniale cache-t-elle une valorisation sous-jacente du mariage ?
Au sein du PS, sur ce sujet-là, les femmes débattent plus facilement que les hommes. Je vous invite à lire et relire le Projet pour la France des années 80 rédigé avant les élections présidentielles de 1981. Avant tout, le PS reconnaît la famille comme lieu de solidarité. Mais il reconnaît également que cette famille peut s'organiser sous des formes diverses (communauté, maternité célibataire, paternité célibataire...). Le paragraphe suivant traite des droits des homosexuels. Regardons également le projet des socialistes pour 2007. Tout y est et tout y a été dit. Le PS est tout de même l'héritier du mouvement soixante-huitard de libération des mœurs. Beaucoup d'élus socialistes s'opposent à l'Eglise et encouragent toute action qui peut aller à son encontre.



Dans quelle mesure les décisions judiciaires ont-elles changé le sort des personnes LGBT ?
Lorsque dans un Etat le législateur ne répond pas à une question que lui pose la société, le juge doit le faire à sa place. La jurisprudence n'a pas été vecteur de beaucoup de progrès au niveau du couple. Les décisions judiciaires ont surtout eu un effet sur les questions de parentalité et d'identité de genre. En mars 2002 a été voté par l'Assemblée nationale la loi ouvrant la possibilité de déléguer l'autorité parentale. Personne n'avait prévu de délégation parentale croisée permettant, par exemple, à deux femmes de disposer d'une autorité parentale sur l'enfant du conjoint. Le législateur ayant éludé cette question, le juge y répond à sa place. Il en est de même de la question des conditions à remplir pour obtenir la reconnaissance d'un nouveau genre. Le législateur n'a jamais abordé la question du changement de genre.
La Cour de Justice des Communautés européennes a aussi fait progresser le statut des personnes LGBT. Au niveau européen, des négociations sont en cours pour parvenir à une directive transversale contre les discriminations. Lors du débat sur le Traité constitutionnel européen, nous avons pris position pour le « Oui » parce que la Charte des droits fondamentaux qui y était attachée pouvait entraîner des avancées concrètes. La CJCE a récemment condamné l'Allemagne. Dans un couple de même sexe, après la mort de l'un des membres, le conjoint survivant s'est vu refuser le droit à une pension de réversion. La CJCE a obligé l'Allemagne à obtempérer. En France, chaque année lors des votes de projet de loi de financement de la sécurité sociale, les députés socialistes proposent d'étendre le bénéfice de la pension de réversion aux couples de même sexe. La majorité de droite refuse chaque année. Par ailleurs, la CEDH a condamné la France pour avoir refusé à une femme l'agrément pour adopter en raison de son orientation sexuelle.

Comment envisager la lutte contre l'homophobie dans les endroits reculés ou dans les banlieues ?    
Parmi nos commissions thématiques à HES, il en existe une qui se nomme « territoires ». Au sein de celle-ci ont été formés des sous-groupes sur les milieux ruraux, sur les DOM-TOM et sur les banlieues. Le problème tient à l'absence de relais associatifs. On constate que si un jeune LGBT de ces milieux veut s'épanouir, il doit voyager, subir un déracinement. HES propose des réponses politiques. Elle rencontre les élus des zones concernées et s'est rendue compte que ces derniers sont souvent désarmés du fait de l'absence de relais. C'est pourquoi nous insistons sur l'importance des programmes nationaux combattant l'homophobie partout, dans la rue, à l'école, au travail, et à la maison.

S'il fallait dessiner d'une phrase l'horizon de votre action sur le long-terme ?
Que la République devienne indifférente au genre.

Publié dans Questions de société

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Sebastian 17/01/2009 17:51

...et un grand merci à HES, non seulement pour leur action, mais en outre pour leur publication sur Dailymotion de toutes les archives vidéo parlementaires des débats sur le PACS. C'est un vrai régal...

Etienne 16/01/2009 19:45

Un grand merci à Gilles Bon Maury pour cet échange très constructif !