L’administration Obama et l’environnement

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

L’euphorie semble être retombée à Washington et on ne peut que s’en réjouir vu la quantité de dossiers chauds qui attendent la nouvelle équipe en place à la Maison Blanche. Le Président Obama a promis hier dans son discours d’investiture d’ouvrir une nouvelle ère de responsabilité pour l’Amérique, et il n’y a pas domaine où elle est plus nécessaire que l’environnement. En effet, après 8 ans d’une Présidence aux mains des lobbies pétroliers et automobiles, jugée la moins favorable à l’environnement depuis un demi-siècle, les Etats-Unis accusent un retard terrible qu’il leur sera difficile de combler sans des mesures drastiques et rapides.

Bonne nouvelle : Obama, en plus d’avoir la peau noire, semble aussi avoir l’âme verte. C’est d’ailleurs bien visible dans l’équipe qu’il a choisi pour gérer les nombreux dossiers écologiques qui l’attendent. On peut tout d’abord citer Steven Chu, Nobel de physique en 1997, qui sera son Secrétaire à l’Energie, qui va garantir que les décisions politiques concernant l’environnement soient basées sur les connaissances scientifiques disponibles et pas uniquement sur ce que les lobbies du pétrole veulent (cf. l’affaire du rapport de l’agence de protection de l’environnement qui avait été « légèrement » modifié par la Maison Blanche). Pour coordonner les décisions et en améliorer l’efficacité, Obama a également créé une cellule « verte » dans son équipe dirigée par l’ancienne directrice de l’EPA sous Clinton, Carol Brown. Il a également mis à la tête de cette agence Lisa Jackson,  une spécialiste de l’environnement qui a travaillé avec le gouverneur du New Jersey pour faire de cet état un des plus avancés du pays sur l’environnement. Et à vrai dire, avoir à disposition une brochette d’experts ne sera pas de trop tellement la tâche s’annonce ardue et les objectifs annoncés ambitieux.

Le programme environnemental est consultable sur le -très beau- site de la Maison Blanche, mais voici quelques uns des principaux points. Obama s’est engagé pendant la campagne à faire en sorte de réduire les émissions de gaz à effet de serre de 80% d’ici 2050, ce qui est dans la fourchette de ce que conseille le GIEC mais sera extrêmement difficile à réaliser (même en ne sous-estimant pas la capacité d’adaptation de la société américaine). Pour ce faire, il veut faire passer la production d’énergie depuis des sources renouvelables à 25% du total en 2025 et mettre en place un système d’échange des permis à polluer comme celui qui existe déjà en Europe. D’ailleurs, pour montrer à quel point cette équipe est cohérente, le plan de relance prévu par la nouvelle administration inclut 20 milliards de dollars de réductions d’impôts pour le solaire, géothermal etc.

Tout cela est louable mais n’est pas, à mon sens, la partie la plus intéressante de son programme. La nouvelle équipe semble en effet concevoir la réalisation de ces objectifs dans le cadre plus large d’une réforme profonde des modes de production de l’économie américaine. En d’autres mots, le « Green new Deal » d’Obama ne se contentera pas d’inciter les gens à mieux isoler leur garage comme en France, mais mettra en œuvre des moyens importants pour créer une réelle économie verte. C’est dans ce but qu’il est prévu que le gouvernement fédéral investisse 150 milliards de dollars pour créer 5 millions d’emplois « verts » et pour « catalyser » l’investissement privé vers les secteurs environnementaux.

On voit donc bien que l’administration Obama n’est pas là pour plaisanter sur les questions environnementales. Il ne faut bien sûr pas préjuger de ce qui va réellement être mis en œuvre, car désirs et possibilités sont souvent ennemis en politique. Mais il n’en reste pas moins que les grands textes devraient être présentés devant le Congrès très prochainement, pour profiter de sa large majorité, de ses 78% de popularité et des traditionnels 100 jours de grâce dont dispose tout Président avant que la guerre politique ne recommence sur Capitol Hill. Les choses ne seront cependant pas simples car c’est une vraie révolution économique et sociale qu’il faut engager dans ce pays où les habitudes de consommation sont souvent poussées à l’extrême. Pour y avoir vécu un an, je sais qu’il est courant pour les Américains de se doucher plusieurs fois par jour, de laisser toutes les lumières allumées en quittant son logement, de prendre sa voiture pour faire 500m etc. Si Obama est sérieux sur l’environnement, il faut que son administration lance des campagnes nationales de sensibilisation en parallèle de tout le travail à accomplir sur le plan politique et économique. Dans tous les cas, la nouvelle équipe en mettant sur pied un plan de relance vert a montré qu’elle prenait les problématiques écologiques à cœur et qu’elle comptait utiliser la crise économique comme une opportunité pour rendre l’économie américaine structurellement plus verte. Si seulement nous pouvions en dire autant du plan de relance français… (vous en saurez plus sur ma haine du plan de relance français au prochain épisode !). Yes he can, but will he ?

Romain I.

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Romain 22/01/2009 17:47

Cela dit, les mentalités de la population américaine avaient déjà commencé à changer depuis des années sous l'impulsion des groupes écologistes américains, qui sont bien bien plus actifs que ceux en France. Mais effectivement, la route reste longue pour eux.

Val 22/01/2009 16:02

Merci Romain pour ton article. Ce qui est intéressant, c'est que les crises écologiques te financières ont fait évoluer les mentalités aux USA. Les nouvelles voitures présentées à Detroit ne peuvent pas se passer de moteurs hybrides ou de solutions peu polluantes, les nouvelles technologies informatiques présentées au CES de Las Vegas font des progrès en matière de respect de l'environnement et de consommation d'énergie etc.
Les projets d'Obama vont accentuer cette mutation, avec l'investissement dans les énergies renouvelables, l'engagement de créer des "emplois verts". L'écologie est un de ces domaines politiques où le passage du projet théorique à la réalité est le plus douloureux, mais comme le dit la belle affiche du blog, le progrès est en marche !