Le 20 Janvier 2009 : Un jour comme les autres… ou presque ?

Publié le par Section socialiste de Sciences-Po

Qui mieux qu'une étudiante de troisième année, actuellement à Atlanta en Géorgie, pour nous raconter la journée d'investiture de Barack Obama ? Retrouvez son blog : http://lucilec.blogspot.com

Mardi 20 janvier, 9h30. Un jour normal qui commence. Si la veille était un jour férié, troisième lundi du mois de janvier célébrant l’anniversaire de Martin Luther King Junior (né en vérité un 15 janvier, en 1929), le mardi était bien travaillé, même s’il était facile de l’oublier. De nombreux cours étaient annulés, et des classes réservées pour des projections très spéciales. Comment pourrions-nous l’oublier ? Le changement arrive aujourd’hui : avec Barack Obama, à la présidence des États-Unis.

11h, je suis dans le lobby de mon ‘dorm’ lorsqu’un de mes colocataires se précipite sur la télévision, l’allume et monte le son. C’est CNN, mais les commentaires, du moins pour l’instant, ne volent tout de même pas très haut. Quelques stars, des noms célèbres et des figures connues sont en train de s’installer pour assister au passage de pouvoirs. Je lui demande comment cela va se passer, mais il n’en a aucune idée. C'est la première fois que l'investiture du président a un tel poids, et soulève un tel intérêt. Son discours, surtout, est attendu avec impatience. Pour de nombreuses personnes, le changement commence aujourd’hui à 12h. Pour d’autres, quoi qu’il se passe aujourd’hui, Obama n’arrivera pas à être à la hauteur des espérances qu’il soulève.

Malheureusement, sur une erreur de calendrier, une maladresse et je ne sais quoi d’autre, j’avais un entretien pour un stage au moment même de l’inauguration (11h30 – 12h30). Ce qui ne m’a pas empêchée de sentir la fièvre étudiante et médiatique autour de l’évènement. Non seulement de nombreux étudiants de ma connaissance ont fait le voyage jusqu’à Washington (depuis Atlanta,  667 miles / 1073 km !) mais ceux restés ne peuvent pas oublier l’évènement, sur lequel toutes les télévisions du campus sont fixées depuis 11h du matin. Quelle que soit la chaîne ou la couleur politique des commentateurs, Fox (conservateur) ou CNN (plutôt libéral), MSNBC (experts politiques) ou New York Times live sans commentaires, chacun en a pour son goût. L’écran géant du Student Center, les télévisions dans les cafétérias, les student lounges, en projection dans certaines salles de classes, et même projeté dans le « Success Center » où se tenait mon entretien…


Lorsque mon entretien se finit, je me précipite dans la salle de classe où le directeur de l’école de Public Policy (affaires publiques) et une petite dizaine d’étudiants regardaient la fin des discours. La scène est extraordinairement américaine : quelques pizzas, du coca-cola (Atlanta en est la capitale), et des cookies au glaçage bleu-blanc-rouge (avec un peu plus de bleu, la couleur des démocrates), adorablement patriotique à leur manière. Sur l’écran, la foule commence à se disperser, Obama à se diriger vers la parade, puis George Bush prend l’hélicoptère. Direction, le Texas. Une demi-minute de silence plus tard, le président de l’association des étudiants lâche : "C’est une des meilleures images de Bush que j’ai vu depuis longtemps." Toute la classe éclate de rire. Apparemment, la réaction a été presque la même partout, avec des éclats de joies, de rires, des applaudissements et un grand soulagement à l’idée que, finalement, on arrive à bout de ces 8 ans de néo-conservatisme interventionniste et agressif.

D’un autre côté mon entretien n’était pas le seul à se tenir au moment de l’inauguration, des dizaines d’étudiants attendaient avec moi, pour d’autres entretiens, d’autres compagnies dont les représentants étaient tout autant privés d’inauguration étaient venus en masse pour cette série d’entretiens organisés par l’école… Et quelques heures plus tard, en classe, j’ai entendu quelques uns de mes camarades américains rigoler parce qu’ils ne savaient même pas que l’inauguration avait lieu ce jour-là. Malgré le libéralisme relatif d’Atlanta, la Géorgie est un état Républicain, et si l’inauguration a été une grande bouffée d’air pour des millions de personnes, ce n’est pas cela qui va modifier les habitudes de la plupart des ingénieurs de Georgia Tech. Quelques T-shirts d’Obama plus présents que les autres jours, des textos extatiques et des status Facebook enthousiastes, sont parmi les signes les plus révélateurs de l’intérêt étudiant américain pour la politique. 

Alors, le 20 janvier ‘09, un jour comme les autres ? Pour de nombreux étudiants, peut être… Mais après avoir regardé, lu, relu le discours d’Obama, je me dis qu’il y a une chance pour que ce jour, somme toute assez banal, fasse une grande différence. J’ai l’espoir, à vrai dire même la conviction, que cette inauguration assez exceptionnelle a soulevé des questions, posé un précédent, pour les quatre ans à venir. Le précédent d’une nouvelle présidence. Un président humain, qui est nerveux et bafouille, qui est passionné. Un discours rassembleur, tourné vers la foi tout en incluant les non-croyants, l'histoire avec de nombreuses références au passé américain tout en s’adressant aux générations futures, patriote tout en tendant la main vers l’extérieur…

Seul l’avenir nous dira si ces espoirs trouveront satisfactions. Mais à mon avis, le 20 janvier 2009 n’a pas été un jour comme les autres. Je m’en souviendrais, je l’espère, longtemps.

Lucile Chneiweiss

Publié dans International

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